La V*** Marine d'Escobar
« Parlons maintenant de ce degré supérieur de vertu, que l'on peut comparer à l'or pur. C'est là une très excellente disposition pour que Dieu opère dans l'âme son œuvre de bonté, de sagesse et de miséricorde, c'est-à-dire pour qu'il lui accorde les grâces extraordinaires, qu'il la visite par lui-môme ou par ses saints, qu'il lui manifeste son être et les secrets divins, qu'il lui donne à goûter et à expérimenter les biens dont elle jouira au ciel. Cela est tellement vrai, qu'à mes yeux il est absolument certain que la bonté de Dieu nt laisêera de côté aucune de ces âmes de choix; seulement il donnera plus ou moins, suivant son bon plaisir et sa sagesse, ou suivant la disposition de l'âme. S'il fait le contraire, ce sera un cas exceptionnel, extraordinaire, dû à des raisons spéciales. Mais, normalement, Dieu agit comme je l'ai indiqué; et plus la vertu de l'âme sera parfaite et sublime, plus, selon moi, elle traitera familièrement avec Dieu, et Dieu avec elle, la comblant de ses dons spéciaux. Si Dieu ne se communique pas aux âmes avec abondance, c'est, à mon avis, uniquement à cause de l'imperfection de lews vertus » (t. 1, 1. V, eh. xxm, $ 4).
« Dieu veut se communiquer à ceux qui l'aiment ardemment; de même qu'un grand roi ou>Te son cœur et ses secrets à ses familiers. Ce prince peut avoir deux motifs : ou bien, il veut charger un de ses ministres d'une affaire importante, avantageuse à l'Étal; ou bien, il est poussé simplement par sa vive affection. Il ne sait rien lui cacher de ses pensées, il aime à l'entretenir avec lui, à le réjouir par cette conflance...; sa joie est de récompenser magnifiquement son amour, sa fidélité, en s'ouvrant pleinement à lui. Notre grand Dieu et souverain Soigneur agit de môme par rapport à ses serviteurs qui l'aiment it tout cœur » {ibid., S 5). Voir ch. xxvni, t« bi$.
ONZIÈME CâBACTÈRB DE l'dMON MYSTIQUE.
f • — Ce onclème caractère consiste en ce que l'union agît sur le corps et réciproquement.
*• — Dans le cas de lextnse, il est clair que l'union mystique agit sur le corps. C'est de là qu'est tirée la définition môme de ce degré (ch. m, *).
Cette action s'y exerce de quatre manières :
1* Les sens n'agissent plus, ou ne donnent plus que des connaissances confuses.
Suivant que l'action des sens cesse d'une manière complète ou presque complète, l'extase elle-même est appelée complète ou incomplète.
2" Le plus souvent les membres sont immobilisés. Par suite, on ne peut ni parler, ni marcher, ni faire de gestes, à moins que Dieu ne rende miraculeusement ce pouvoir. Ce dernier état est appelé Vextase mobile.
Voici quelques exemples de cette exception. S" Catherine de Sienne, S'* Catherine de Ricci et S'« Madeleine de Pazzi parlaient pendant leurs extases. On a recueilli ainsi les récits de ce qu'elles voyaient ou entendaient. S" Madeleine de Pazzi s'exprimait parfois avec une telle volubilité, qu'il fallait six secrétaires pour arriver à recueillir ses paroles {Vie, par le P. Cepari, ch. vu). Elle marchait parfois pendant l'extase. Une fois même, elle grimpa, sans échelle, le long d'une des colonnes de l'Église. Ce fait est arrivé souvent pour Catherine Eramerich, quand elle était sacristine, et qu'il fallait nettoyer ou orner les corniches, ou des endroits humainement inaccessibles (Voir M. Ribet, t. II, ch. xxxii).
S" Françoise Romaine entendait pendant l'extase les questions de son confesseur, mais non celles des autres personnes. Elle composait alors des vers de cantiques qu'elle chantait. Elle faisait des mouvements et des gestes en rapport avec les tableaux consolants ou douloureux qui se déroulaient devant elle; elle prenait part à ces scènes, préparant, par exemple, la crèche qui lui apparaissait comme devant recevoir Jésus naissant.
3" La respiration est à peu près arrêtée ; quelquefois elle semble l'être complètement. Il en est de même des battements du cœur et, par suite, du mouvement du pouls. Dans tout cela il y a des différences de degré, suivant que la contemplation est plus ou moins profonde. Parfois même on a pu craindre, à certains instants, que la personne ne fût morte (Voir aux citations, Zt).
k° La chaleur vitale semble disparaître. Le froid commence aux extrémités des membres.
En résumé, tout se passe comme si l'âme perdait en force vitale et en activité motrice tout ce qu'elle gagne du côté de l'union divine.
Plus loin je dirai un mot de certains phénomènes accessoires (n« il).
S. — Cas de 1» quiétude. Puisque l'état mystique influe sur nos organes, quand il devient très fort, comme dans l'extase, on devine qu'il doit commencer à avoir déjà une certaine action dans la quiétude, qui n'est que le diminutif de cet état.
L'expérience confirme cette idée a priori. Seulement le degré d'influence n'est pas le même pour tout le monde. Je crois qu'il est plus accusé sur les personnes d'un tempérament faible.
En tout cas, si une personne ne sent pas celte influence dans la quiétude, il faut bien qu'elle commence à l'éprouver lorsque l'union sera plus profonde, quoique inférieure à l'extase. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, elle constatera le fait. Autrement il n'y aurait pas continuité entre l'extase et ce qui la précède : il se trouverait un saut brusque en passant d'une espèce à l'autre,