S" Thérèse, décrivant l'oraison de quiétude
1* « Même parler, j'entends prier vocalemenl et méditer, est alors, pour l'âme, une fatigue; elle ne voudrait qu'aimer » (2« lettre au P. Rodrigue Alvarez).
2' « On ne doit pas abandonner entièrement ici Voraison mentale, ni même de temps en temps certaines prières vocales, si l'âme a le désir ou le pouvoir d'en faire ; car lorsque la quiétude est grande, elle éprouve une peine extrême à parler » {Vie, ch. iv).
3* « C'est comme une défaillance de toutes les facultés tant intérieures qu'extérieures : l'on voudrait éviter jusqu'aux moindres mouvements du corps... On ne parle qu'avec peine et une heure se passe à dire le Pater une seule fois « {Chemin, ch. ixxui).
4' « Le plus que l'on doive faire durant l'oraison de quiétude est de proférer de temps en temps quelques paroles de tendresse; qu'elles soient comme ce souffle léger qui rallume une bougie qui vient de s'éteindre, et non comme ce souffle plus fort qui l'éteindrait si elle était allumée. Je dis que ce souffle doit être doux, pour indiquer que ni le soin ni la quantité des paroles ne doit occuper la volonté » {Chemin, ch. xxxiii).
5* « Dans la théologie mystique dont j'ai commencé à parler, l'entendement cesse d'agir; Dieu lui-même en suspend Vaction » {Vie, ch. xti). Il s'agit là de la quiétude, dont la sainte a dit au chap. x : r c'est, je crois, ce qu'on appelle la théologie mystique ».
6* « Lorsque Dieu veut suspendre toutes les puissances de l'âme, comme nous avons vu qu'il le fait dans les dogrés d'oraison di^jà exposés, il est clair que, quand même nous ne le voudrions pas, celle présence de Vhumanité sainte nous est enlevée. Qu'alors il en soit ainsi, fort bien; cela se comprenil. Heureuse une telle perte, qui ne va qu'à nous faire mieux jouir de ce que nous semblons perdre » {Vie, ch. xiti).
7* « Quand je suis en oraison, il est rare que je puisse discourir avec Tentendement, parce que mon àme commence aussitôt à se recueillir et qu'elle entre dans la quiétude ou le ravissement >» {Lettre ou relation de 1560, adressée à saint Pierre d'Alcantara).
KO. — S' Jean de la Croix :
1* « Lorsque Dieu commence à répandre sur l'àme cette onction intime qui n''sulte d'une connaissance amoureuse, douce, paisible, solitaire, très éloignée des sens et des pensées naturelles de l'esprit humain [cet ensemble de qualités ne convient qu'à l'état mystique], il la tient dans cet état sans lui permettre de goûter ni df méditer aucune vérité du ciel ou de la terre, parce qu'il l'absorbe uni'juement dans cette onction précieuse qui l'incline à la solitude et au repos. Alors viendra un de ces directeurs qui ne savent travailler qu'à grands coups de marteau comme le forgeron sur l'enclume; et parce qu'il no connaît pas (iaulre doctrine, il lui dira : « Allez; marchez donc! quittez cette voie! vous « perdez votre temps; tout cela n'est que de l'oisiveté. Prenez un sujet d'oraison « et méditet-le, etc.. » {Vive Flamme, str. 3, vers 3, S 8). 2 Seconde règle (40) :
« Parfois cependant Dieu fait produire à l'âme des actes distincts ou formulés, et cela avec une certaine durée. L'àme doit alors, de son côté, se borner à élever amoureusement son attention vers Dieu, sans faire d'autres aiAes que ceux auxquels elle se sent inclinée par lui. Son altitude est de rester pour ainsi dire passive, sans se donner aucun mouvement, sans s'appliquer à autre chose qu'à cette attention amoureuse, simple, fixée uniquement sur son objet, à peu près comme quelqu'un qui ouvre les yeux pour regarder avec amour » {Vive Flamme, str. 3, vers 3, S 6).
SI. — S** Catherine de Sienne. L'un de ses historiens raconte : « Son âme ayant fait des progrès dans la contemplation, les prières vocales durent cesser peu à peu. Enfin les ravissements de l'esprit arrivèrent à un tel point qu'elle ne pouvait parvenir au bout de l'oraison dominicale sans tomber en extase » (Bolland., 30 avril, n* 113).
SS. — Le Vbu Louis de Blois : conduite par rapport aux actes additionnels :
« Pour que l'âme arrive à l'union mystique, il faut qu'à la ressemblance de Dieu, elle devienne pleinement pure et simple... Toute image ou pensée des choses passagères, bien plus, la pensée des anges ou de la Passion du Seigneur, toute idée intellectuelle, sont ici-bas un empêchement pour celui qui désire s'élever à l'union mystique avec l'être supersubstantiel et superintellectuel de Dieu. Dès lors, au moment de cette union, les pensées et images, qui, en d'autres temps, sont très utiles à chercher et à conserver, doivent être laissées de côté; car elles constituent un intermédiaire entre Dieu et I àme. Sitôt donc que l'ascète, qui vise à cette union, sfj sent fortement enflammé d'amour pour Dieu et attiré, qu'il abandonne les images, qu'il se presse d'entrer dans le Saint des Saints, dans ce silence intérieur, où l'opération n'est plus humaine, mais divine >» {Instit. Spirit., ch. xii, S 3, n» 1). S9 bis. — S' François de Sales; première règle {94) : * Quau<i vous seret en celte simple et pure confiance filiale auprès de Notre> Seigneur, demeurez -y, mon cher Théolime, sans vous remuer nullement pour
202 CHAPITHE XIV.
faire des acles sensibles, ni de l'entendement, ni de la volonté. Car cet amour simple de confiance et cet endormissement amoureux de votre esprit entre les bras du Sauveur comprend par cvcoUence tout ce que vous allez chercher çà et là suivant voln' ^'oùl. Il est mieux de dormir sur cette sacrée poitrine que de veiller ailleurs, quelque part que ce soit » (Tr. de l'am. de Dieu, 1. VI, cil. viu).
5S. — Le V<>i» Barthélémy des Martyrs (0. P.) :
u Bien des gens ont pensé que cette union si pure peut être troublée par toutes sortes d'images, môme par celles qui, en elles-mônies, sont les plus utiles et avaient produit auparavant dans lâmc d'excellentes dispositions; comme seraient les rcprésenlations des mystères du Verbe incarné ou la pensée des attributs divins. Mais il faut entendre cela avec discrétion, de peur de tomber dans l'erreur. Si l'on veut dire que l'âme se reposant dans cette pure union et la goûtant, ne doit pas s'obstiner k les chercher, ni à les conserver longtemps, mais que plutôt il faut fermer les yeux de l'esprit à de tels objets, eh bien, oui, j'avoue qu'en général, cette doctrine est exacte. Mais si l'on va jusqu'à prétendre que toujours ces images gênent ou empêchent la vigueur et la perfection de l'union, je crois que c'est faux. En effet, l'expérience montre que souvent quand l'âme s'élance vers Dieu avec ferveur, il y a soudain une pensée qui se présente à son intelligence. Exemple : Ce Dieu s'est fait homme pour moi et a été cruciTié. Non seulement une telle pensée n'empêche pas l'union, mais elle contribue à renforcer l'amour et l'admiralion qui entrent dans l'union » {Abrégé de la doctrine mystique, ch. xi, §2; cité par leR. P. Meynard, 1. 1, n' 125).
»j. — La B»"*« Marie de l'Incarnation, carmélite (M'»» Acarie) :
« Cette attraction qu'elle eut à l'âge de vingt-deux ans ne l'empêcha pas seulement de lire, mais aussi de faire oraison vocale, ayant en cela si peu de force qu'elle ne pouvait pas dire sans une très grande peine un seul Ave. Je lai vue, allant aux champs avec elle, comme elle commençait son chapelet avec sa fille aînée, n'en pouvoir dire le premier Ave sans aussitôt n'être plus à elle. Un recueillement intérieur la saisissait incontinent et l'empêchait de continuer. Sa flile ne s'en étonnait nullement, car elle savait que cela lui était ordinaire. Elle disait bien à ses oreilles deux ou trois mots de ce qu'elle devait dire; mais voyant qu'elle ne lui répondait rien, elle se mettait à l'achever seule. C'est pourquoi ses confesseurs avaient peine à lui donner une pénitence en ses confessions; de sorte que quelques-uns, sachant combien l'oraison vocale lui était pi-nible, ne lui enjoignaient que ces deux paroles : Jésus, Maria, ou bien quelque aumône, ou de se prosterner â terre. C'était une des causes qui la détournaient de faire profession [au Carmelj. Car, quoique les sœurs laies, du nombre desquelles elle était, n'aient pas beaucoup d'office à dire, cependant elles en avaient encore trop pour elle, et il ne lui était pas possible de s'en acquitter. Elle en fut dispensée par les supérieurs...; toutefois elle n'y manqua jamais, et a toujours dit tout ce qui était enjoint à celles de cette condition, quoiqu'elle y ressentit de très grandes diffieultét » (Vie, par André du Val, 1. Il, ch. xin).
« Étant jeune, souvent elle était contrainte de s'enfermer dans sa chambre, tant pour cacher les fortes attractions qui lui arrivaient, que pour en empê-
cher la trop gn'»"'ie impétuositt^. Elle se mettait alors à marcher rapidement, à frotter ses mains et ses bras, ou à s'appliquer fortement à quelque œuvre pénible... Quelquelois elle prenait une épinetle dont elle jouait fort bien, non pour attirer sur soi le mouvement divin, comme il se lit de quelques saiats, mais plutôt pour lempêcher et s'en distraire » {ibid., 1. 1, ch. ni).
ftS. — La V»" Marie de llncarnation, ursuline :
i" Elle raconte les états mystiques qu'elle avait, étant encore dans le monde :
<> Je n'avais plus le pouvoir de faire des piières vocales. Si j'essayais de réciter mon chapelet, mon esprit était aussitôt ravi, et je ne pouvais plus proférer une parole. Il en était de même pour l'office. Quelquefois cependant le sens caché des psaumes m'était communiqué tout à coup avec une onction indicible, et je pouvais alors les réciter. Pour la lecture, mon confesseur m'avait mis entre les mains les œuvres de S** Thérèse. J'y trouvais quelquefois du soulagement ; mais quelquefois aussi il m'était impossible de lire, & cause du grand recueillement intérieur dont je viens de parler » {Histoire, par l'abbé Chapot, part. I, ch. iv).
2* « Quelque sujet d'oraison que je puisse prendre, quoique je l'aie lu ou entendu lire avec toute l'attention possible, je loublie. Ce n'est pas qu'au commencement de mon oraison je n'envisage le mystère [d'un simple regard], car je suis dans l'impuissance de méditer, mais je me trouve en un moment et sans y faire réflexion, dans mon fond oïdinaire où mon âme contemple Dieu, dans lequel elle est » (Lettre du 8 oct. 1671 à son fils).
SA. — Bo^suet :
i* M"»» de Maisonfort lui écrivait : « Il me semble qu'entre les personnes qui sont dans cette oraison simple, les unes n'ont nulle difficulté aux prières vocales, les autres en ont beaucoup, et quelques autres y ont une espèce d'impossibilit>*. Il est rapporté que la Mère Marie de l'Incarnation qui a établi les carmélites en France, ne pouvait dire un Pater de suite »> (Lettre 1»^, u" 11, t. XXVII de r^^dilion Lâchât, p. 325). Bosauet répond : « Je crois ces dispositions très T'^elles dans les âmes ».
2" Dans le texte suivant et quelques autres, Bossuet emploie, pour dépeindre la ligature, un terme un peu excessif : Il l'appelle une impuisaance ; ce n'est souvent qu'une diffiruHé. Lui-même, du reste, adoucit ailleurs sa pensée, quand il dit que cette impuissance « n'est pas toujours absolue » {ibid., lettre 12*, n* 12, p. 388). Il constate, et c'est là un point important, que l'existence de la ligature est admise par tous les mystiques :
« Voici... ce que nous trouvons de Tétat passif dans les mystiques approuvés, et je le réduis à six propositions.
« La première, que selon eux l'état passif est un état de suspension et ligature des puissances ou facultés intellectuelles, où l'âme demeure impuissante à produire des actes discursifs. Il faut remarquer retle derni(''re parole; car l'intention de ces docteurs n'est pas d'exclure de leur oraison les acte." libres... qui powraient se former sans discours; mais les actes où l'on s^exeite Koi-méme par un discours ou réflexion prt'cédenle... El il y a là un grand changement dans la raanièrc d'opérer de l'âme. Car l'âme, accoutumée au raisonnement et à exciter elle-même ses affections par la comid-ratioii de certains
20i CHAPITRE XIV.
motifs, loul d un coup, comme poussée de main souveraine, non seulement ne discourt plus, mais encore n?/)eu/;j/u5 discourir; ce qui attire d'autres impuissances durant le temps de l'oraison » {Instruction sur les étals d'oraison, 1. VII, n-9) (1).
« Dieu n'en demeure pas là, et ayant une fois tiré l'àme de sa manière accoutumée, il la manie comme il lui platt. Souvent il veut seulement qu'elle le regarde en admiration et en silence. Elle ne sait où elle est; elle sait seulement qu'elle est bien; et une paix que rien ne peut troubler lui fait sentir qu'elle n'est pas loin de Dieu: Elle fera dans un autre temps les autres actes du chrt^tien ; dans ce moment, ni elle ne veut, ni elle ne peut en faire d'autre que celui de se tenir abîmée en Dieu » {ibid., n' H).
S9. — La B*"" Marguerite-Marie Alacoque :
1» « Mon bon Maître, me faisant sensiblement sentir sa divine présence, découvre ses beautés à mon âme; et son amour liant en même temps toutes ses puissances, je demeure sans lui pouvoir rien dire, pour lui témoigner mon ardeur; ce qui m'est un tourment, quoique la douceur en soit bien grande. Je ne laisse pas de faire tous mes efforts pour sortir de cet état, mais c'est en vain. Mon Dieu voit avec plaisir mes peines inutiles, sans me donner aucun secours... Voilà les plus ordinaires occupations de mon oraison, non pas que je fais, mais que mon Dieu fait en moi, sa chiHive créature. Le plus souvent je la finis sans savoir ce que j'y ai fait, ni sans faire aucune résolution, demande ni offrande que celle de mon Jésus à son Père Éternel, en cette sorte : Mon Dieu, je vous offre votre Fils bien-aimé pour moa action de grâces de tous les biens que vous me faites.
M Mais la nature et Tamour-propre me livrent de furieux combats en me faisant entendre que je perdsmon temps, que je suis dans la voie de perdition, ce qui me cause quelquefois de si grands troubles, que je ne sais à qui recourir, si ce n'est à mon Dieu. Je le trouve toujours prêt à m'assister de son secours, pour m'aider à sortir de l'inquiétude où cela me tient. Il fait jouir mon âme de sa divine présence et d'une grande paix, qui me met aussitôt dans ma première tranquillité, par ces paroles qu'il me répète souvent : L'enfant ne peut périr entre les bras de son père tout-puissant » (t. I de la Vie publiée par la Visitation de Paray; 2» édition, p. 93. La bienheureuse a écrit cette note, en 1673, à vingt-six ans, trois ans après son entrée à Paray).
2* Elle dit encore, en parlant du P. de la Colombière : « Comme je lui eus fait entendre que ce Souverain de mon âme me poursuivait de si près, sans exception de temps et de lieu, que je ne pouvais prier vocalement, à quoi je me faisais souvent de si grandes violences que j'en demeurais quelquefois la bouche ouverte sans pouvoir prononcer une parole, surtout en disant le rosaire, il me dit de ne plus le faire, et de me contenter, pour les prières vocales, de
(1) Il peut sembler que Botiuet n'aortit pas dû meUre ainsi ta ligature comme • premier • caractère de l'état mystique. Nais s in but était de réfuter les quiéUstes; il fallait commencer parler suivre sur ce terrain, qii était pour eux le principal. Quant au fond de l'état mystique, il en remet l'élude .i pl<i« tard : • D'expliquer maintenant ce qui te paste dans celte excellente oraison, ce n'en est pas ici le lieu... On en dira dam le temps ce que i« Saint-Esprit en apprend au\ homnes de Dieu qu'il a mis dans cette pratique • (t^td-, n* iu). Il n'a plus retrouvé l'occasion d'en parler.
LA LKiATURE. 20?
ce qui m'était d'oblig:ation, ea y ajoutant le chapelet, lorsque je le pounais > (t. II, M'^moire adressé au P. Rolin, p. 404. Voir encore n' Oï). SH. — Le R. P. Rousseau, dominicain, sur l'oraison passive : « Les nouvelles peines que vous m'exposez en sont les marques. Vous vous trouver parfois si uni à Dieu, que les puissances de votre âme, dites-vous, sont quelquefois suspendues pendant votre oraison; de sorte que pour lors non seulement vous ne pouvez pas raisonnei-, mais vous ('prouvez même quelque difficulté à jeter une vue simple et amoureuse... sur l'humanité de Jésus- Christ, ou sur quelijue autre objet particulier; et vous vous sentez comme dans l'impuissance de faire de courtes aspirations vers Dieu. Vous ajoutez que la difficulté que vous avez depuis longtemps de faire vos prières vocales accoutumées n'est point encore passée.
« Mon cher frère, ne vous troublez pas de tout cela; c'est une marque que Dieu vous attire à un état plus passif et à une oraison d'une union plus parfaite que celle que vous aviez eue jusqu'ici » (États d'oraison, lettre 13).
S 2. — Sur la ligature pendant runion pleine.
K». — S»« Thérèse :
i" « Dieu suspend son entendement, arrête ses pensées, fait expirer la parole sur les lèvres, en sorte qu'on n'en peut proférer aucune sans un pénible effort » {Chemin, ch. xxvn).
2" « Ce n'est pas sans fondement que les âmes favorisées de grâces extraordinaires et élevées à la contemplation parfaite, disent qu'elUs ne peuvent s'exercer dans une semblable oraison [celle de discours]. Quelle est la cause de cette impuissance? je déclare encore une fois que je l'ignore » {Château, 6, ch. vu).
3" « Il est des âmes qui, après que Notre-Seigneur les a élevées à la contemplation parfaite, voudraient toujours y demeurer; mais cela ne se peut. Il est cependant vrai de dire que, par suite de cette faveur, elles ne peuvent plus méditer, comme elles le faisaient auparavant, sur tes mystères de la vie et de la Passion de Jésus-Cfirist. Je n'en sais point la cause, je sais seulement que l'entendement est moins capable de la méditation proprement dite » {Château, t, ch. vii).
{8. — Gomment H y a un moyen de penser à l'humanité de Notre-Seignenr.
••. — S«* Thérèse :
1* « Gardons-nous de nous éloigner d'une aussi parfaite compagnie que celle de notre bon Jésus et de sa très sainte mère... Les consolations ne sont pas si ordinaires dans l'oraison qu'il n'y ait du tcn.ps pour tout. Que si une personne me disait qu'elle les a toujours et qu'ainsi elle ne peut pas considérer ces mystères do notre salut, son état me serait suspect » (Château, 6, ch. vu)
2* La facilité reparaît quand l'oraison s'élève : « Plus une âme est avancée
2or, ciiAPiirŒ XIV.
dans les voies spirituelles, plus elle vit dans la compagnie de J^sus notre bon maître » [Château, 6, ch. viii).
3* « Ceux qui ont le bonheur d'entrer dans la septiàrne demeure..., marchent presque toujours dans la compagnie de Jésus-Christ d'une manière admirable, dans laquelle la divinit<^ et l'humanité apparaissent ensemble » {Château, 6, ch. vu).
4° Les Ames que Dieu a élevées à la contemplation parfaite •< entendent les mystères [de Notre-Seigneur] d'une manière plus parfaite... Une simple vue... suffit à les occuper non seulement durant une heure, mais durant plusieurs jours. L'âme voit alors d'un seul regard... Cette impuissance de discourir leur fait croire qu'elles ne peuvent même pas penser aux souffrances du Sauveur, ce en quoi elles se trompent » (Château, 6, ch. vu).
5» Ce que la sainte demande, c'est qu'on n'abandonne pas l'hunianitt^ de Notre-Seigneur par sa propre industrie : « C'est un petit défaut d humilité pour l'âme, de prétendre s'élever avant que le Seigneur l'élève, de ne pas se contenter de méditer sur celte humanité sainte, et de vouloir être Marie avant d'avoir travaillé avec Marthe. Lorsque le Seigneur veut qu'elle soit .Marie, quand ce serait dès le premier jour, il n'y a rien à craindre. Mais, de grâce, ne nous invitons pas nous-mêmes » (Vi>, ch. xxu).
AI. — La V^'* Marie de l'Incarnation, ursuline, raconte << le nouveau don d'oraison » qu'elle reçut à l'âge de vingt-trois ans :
M Ce fut une union intime avec Notre-Seigneur dans chacun des mystères de sa vie..., depuis sa naissance Jusqu'à sa mort. 11 me fut donné de connaître par là, avec expérience, combien il est vrai que Notre-Seigneur est la voie, la vérité et la vie, ainsi qu'il le dit lui-même. Ce divin Sauveur devùit dès loi s et de plus en plus ma vie et mon aliment... Je ne pouvais me passer un moment de celte nourriture céleste de mon divin pasteur, qui agissait sans cesse en moi par une communication continuelle de son esprit et de sa vie... Bien que je considérasse en ce divin Sauveur l'humanité unie à la divinité, mon imagination n'y avait aucune part » {HUtoire... par l'abbé Chapot, part. I, ch. iv).
•!t. — La B'"" Marguerite-.Marie.
Ktant encore dans le monde, elle écrivait :
« Mon souverain Maître se présentait lui-même à moi dans le mystère où il voulait que je le considérasse; et il appliquait si fort mon esprit en tenant uion âme et toutes mes puissances englouties dans lui-même, que je ne me sentais pas de distractions, mais mon cœur se sentait consumé du désir de l'aimer, et cela me donnait im désir insatiable de la sainte communion et de souOfrir ». II y avait en môme temps une certaine ligature, car la Bienheureuse ajoute : « Sa bonté me tenait si fort dans l'occupation que je viens de dire, qu'elle me dégoûta des prières vocales, lesquelles je ne pouvais faire devant le Sainl- Saciement, où je me sentais tellement toute appli*[u:îe que jamais je ne m'y ennuyais » (t. II, p. 346, Mémoire adressé au P. Rolin).
^4. — Sur Tëtat mystique se continnant au milieu des occnpations.
es. - S»« Thérèse :
Cas de la quiétude : « Quelquefois, souvent même à mon avis. Dieu accom-
pafftie cette oraison d'une autre faveur fort difficile à comprendre, à moins qu'on ne lait fréquemment reçue... Quand l'oraison de quiétude est grande, elle se prolonge quelqui'fois [sans discontinuer] l'espace d'un jour ou même de deux... [Se livre-t-on alors à quelque occupation extérieure], on voit clairemont que l'âme n'y est pas tout entière, que le principal y manque, c'est-àdire la volonté, laquelle, selon moi, est alors unie à son Dieu. Quant aux autres facultés de l'âme, la mémoire et l'entendement, elles sont libres et plus actives, plus puissantes que jamais, mais seulement pour ce qui est du service de Dieu; car, pour ce qui regarde les choses du monde, elles sont comme frappées d'impuissance et de nullité... La volonté s'occupe à son ouvrage, c'est-à-dire à la contemplation; ... l'entendement et la mémoire font l'office de Marthe. Enfin, dans cet heureux état, .Marthe et Marie vont ensemble » (Chemin, ch. iiini>.
2"» Cas de l'union pleine : « Voici une nouvelle espèce d'union assez fréquente, et que Dieu m'a accordée. Comme elle m'a jetée dans un profond étonncment, je veux en parler en cet endroit... L'àme voit, par une vue claire et un sentiment intime, que la volonté seule est liée à son Dieu, et elle goûte dans une paix profonde les délices de cette étroite union, tandis que l'entendement et la mémoire gardent assez de liberté pour s'occuper d'affaires et s'appliquer à des œuvres de charité... C'»st le doux repos de .Marie dont elle jouit., mais elle peut en même temps remplir l'office de Marthe... A la vérité, elle ne peut alors disposer pleinement de ses facultés. Elle sent que la meilleure partie d'elle-même est ailleurs. Elle est comme une personne qui s'entretenant avec une autre, et s'entendant adresser la parole par une troisième, ne prête des deux côt^s qu'une attention imparfaite. L'àme sent avec joie et bonheur quelle est ainsi partagée, elle en a une vue très claire; et cet état la prépare admirablement à goûter les douceurs d'une paix très profonde dès qu'elle se trouvera seule et libre de toute affaire » (Fie, ch. xviiy.
La sainte revient ailleurs sur cette dualité et raconte que S' François de Borgia lui a dit que c'était fréquent (2* lettre au P. Rodrigue Alvarez'.
3° 1^ sainte indique implicitement cet état mixte, quand, au chapitre xvi de sa Vie, elle décrit l'union pleine et raconte que parfois, dans cet état, elle pouvait composer des vers.
•a bis. — Ruysbroeck :
« L'ivresse spirituelle porte à des gestes inaccoutumés et divers. Les uns, dans l'abondance de leur bonheur, s'épanchent en cantiques et louanges de Dieu. D'autres versent des larmes d«^ joie. Quelques-uns sentent dans leurs membres un besoin impatient de mouvement; ils ne peuvent rester en place; il leur faut courir, sauter, trépigner, battre des mains vigoureusement. D'autres témoignent leur plaisir par de grands cris. D'autres enfin ont leurs sen^ tellement saisis qu'ils se taisent et [pour ainsi dire] se liquéfient » {L'vi'neineui ilfis noces, 1. II, c. xx).