‹ Des grâces d'oraisonChapitre 122 sur 199 · Espèees. L'extase s'appelle · texte numérisé non relu

Espèees. L'extase s'appelle

1° Extase simple, si elle se produit doucement, pc» à peu, ou si elle n'est pas très forte. Ordinaiiement, on suppose raènie qu'alors elle ue renferme pas de révélations ;

2^ Ravissemejit, lorsqu'elle est subite et violente;

3** Vol de l'esprit^ lorsque, dit S" Thérèse, « il semble que véritablement ce ravissement impélueux sépare l'esprit du corps » [Château, 6, ch. v). « Pendant que tout cela se p^sse, l'Ame estelle unie au corps, ou en est-elle séparée? Je ne sais. Je ne voudrais affirmer ni l'un ni l'autre » [ibid.). Voir encore la 2* lettre au P. Rodrigue Alvarez.

5. — <[|uel4uef* particuluritéi». 1° Au premier momefit, les ravissements causent un grand e^roi [Château, 6, ch. v; Vie, ch. xx\

2° Ordinairement on ne peut pas résister à ce mouvement violent [Château, 6, ch. v, vi, et Vie, ch. xx). Mais pour l'extase simple, la résistance est possible, du moins au début.

(1) s* Thomas : • En grec on dit extasis, et en latin excessut mentit » (B. 2. q. 175, a. 2, ad 3 ; et Z>e veritale, q. 13, a. 2, ad 9).

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3* « Le corps conserve V attitude où il a été surpris >» [Vie, cb. xx).

W" Dieu y révèle presque toujours des secrets de l'ordre surnaturel; plus géncralcineut, on sent que l'intelligence s'est agrandie (••,4»).

5° Après un ravissement, on a parfois de la peine à retourner aux occupations extérieures, et cela pendant plusieurs jours {Château, 6, cil. IV ; Vie, ch. xx, xl).

6' On garde le souvenir de ce qu'on a vu ; mais le plus souvent on ne sait pas exprimer ces hautes connaissances au moyen du langage humain, si imparfait, et obligé à se servir d'images (Voir Bf^noît XIV, De canon. ^ 1. III, ch. xux, n° 12).

7** Quand on sort d'un ravissement surveau au milieu d'une conversation ou d'une prière, il arrive souvent que l'on continue la phrase qu'il avuit interrompue. S* François de Sales connaissait sans doute ce fait, car, un jour que la sœur Anne Rosset était tombée en extase en parlant avec lui de l'amour divin, il dit aux sœurs : « Prenez bien garde à ce qu'elle dira quand elle sera revenue à elle ». De fait, elle prononça alors la phrase qui faisait suite à la conversation [Œuvres de 5'* J. de Chantai, édition Migne, t. 1, p. 979).

Un fait analogue est raconté dans la Vie de la V"'* Jeanne de la Croix, Clarisse de Koveredo, au xvii" siècle. Un jour qu'elle parlait à ses sœurs sur les perfections divines, elle entra dans un ravissement qui dura sept heures. Quand elle en sortit, elle u reprit le fil de son discours à l'endroit où elle l'avait interrompu » \Vie, par IJède Weber, ch. xiii).

Le D' Imbert cite des faits analogues arrivés à S' Thomas de Villeneuve, au B'" Nicolas Faclor, à François de Cocogliedo, à Gilles de Santarem, à Marie de Maillé et à Paul de Sogliano (t. Il, ch. XVII, p. 275).

8** Quelques saints poussaient un cri au premier instant du ravissement. Exemp'e : S' Pierre d Alcanlara, S* Joseph de Cupcriino. Ce dernier, interrogé sur ce sujet, déclara que son cri était une simple explosion d'amour [Vie, par Bernino, ch. xxii). Voir Benoit XIV, De canon., 1. III, ch. xlix, n" 11.

Vers la fin de ses ravisseipcnts. S" Françoise Romaine poussait souvent des gémissements. Ils provenaient de la souffrance parfois violente qu'elle éprouvait à se séparer de la vision céleste.

Les saints qui Tui apparaissaient étaient obligés de lui prêcher la résignation et même de lui faire des reproches» i^Bolland. du 9 mars; voir notamment les visions 13, 14, 34, 37).

s. — Af auquel les saints sont devenus extatiques. Le IF Imbert a fait le relevé suivant : « S" Hildegaide, Calherine de Racconigi, Dominique du Paradis, S" Catherine de Sienne, le devinrent à 4 ans. S' Pierre d'Alcantara, la B'"'" Osanne de Mantoue, S" Angèle de Brescia, la mère Agnès de Jésus (de Langeac; le devinrent à 6 ans; Biaise de Caltanisetia, à 7; Christine de Stommeln, à 11 ; Agnès de Montepulciano, à 14; Marie d'Ag^réda, à 18; Véronique de Binasco, à 40; et S" Thérèse, à 43 (t. II, ch. XVII, p. 276).

9. — Durée des extases. Je suis porté à croire que, si elles ne durent pas plus d'une demi-heure, c'est une exception. Dans la Vie des sain/s, on a l'exemple d'un grand nombre dextases qui ont duré plusieurs heures. Une des plus remarquables est celle de S* Thomas de Villeneuve. En lisant l'office le jour de 1" Ascension, dit sa bulle de canonisation, il fut saisi par l'exlase, et resta douze heures suspendu dans l'air.

Il y a eu des extases de plusieurs jours : la B*"** Angèle de Foligno. S** Catherine de Sienne et S" Claire de Montefalco, 3 jours ; la B""* Colombe de Rieti, 5 jours; Marine d'Escobar, 6; S' Ignace, 8; S** Colette, 15 ; S'* Madeleine de Pazzi, 40 (Boiland, 1" Vie, n» 154).

9. — Objection. S** Thérèse dit que l'extase est « de courte durée » (voir ch. x, to). Elle parle même d'une demi-heure.

9, — Réponse. Ce n'est pas tout à fait cela. La sainte a soin de prévenir qu'il s'agit, non de l'extase elle-même, mais de son maximum. En un mot, l'aliénation des sens ne disparaît pas p(>ur reprendre ensuite. De fait, on ne cite aucun exemple d'interruptions de ce genre. On ne descend pas du sommet d'une montagne jusque dans la plaine, mais seulement sur une crête moins élevée, sauf au moment final. On oscille tout le temps entre un maximum et un minimum qui est très au-dessus de la quiétude.

to. — Fréquenro. Elle a été Ires grande chez plusieura saints. Chez quelques-uns même, la vie n'a guère été qu'une suite d'extases. Exemple : le B*" Hermann Joseph (de Steinfeld), prémontré du XIII* siècle (1), S' Michel de Sanctis, S'* Catherine

(1) Vers la fin de sa vie, le Bienheureux entrait presque tous les jours en pendant sa messe, vers l'olTurtoire. Les yeux ouverts, il restait immobile

extase, durant

de Ricci, S* Joseph de Cupertino. Il en a été de même pour S" Madeleine de Pazzi, sauf pendant deux périodes de sa vie (ch. XXIV, »»). Le B'" Raymond de Capoue, qui devint général des dominicains, a écrit la vie de sa pénitente, S" Catherine de Sienne. Il affirme lavoir vue des milliere de fois en extase. On en a dit à peu près autaot de S" Colette.

Le cas le plus étonnant est celui de Marie de Moerl (ch. xiii, t ï). Pendant les trente-cinq dernières années de sa vie, son extase fut continue. Elle n'en sortait que sur l'ordre de son confesseur, soit sur la demande d'un visiteur, soit pour s'occuper chaque jour des affaires de la maison. Car elle continuait à diriger le ménage de sa pauvre famille. « Elle pense à tout, prend soin de tout, prévient les besoins de ceux dont elle est chargée, et son grand sens pratique fait qu'autour d'elle tout se trouve parfaitement ordonné » 'Gœrres. 1. IV, ch. xxi).

il. — Influence sur la santé. Voir ch. xiii, iS.

tZ. — liC rappel. Souvent on a fait sur les extatiques une expérience qu'on désigne sous le nom de rappel. Leur supérieur ou leur confesseur, en un mot, quelqu'un ayant reçu de l'Église l'autorité spirituelle sur ces personnes, leur donne ïordre formel de revenir à l'état naturel.

Cet ordre est tantôt extérieur, oral, c'est-è-dire fait à haute voix, de manière à arriver jusqu'à l'extatique; tantôt il est mental, ou il est équivalent à ce dernier, le son de la voix n'arrivant pas aux oreilles de la pereonne.

Avant de dire quels sont les résultats de ces rappels, posons une question préliminaire :

tS. — Quel est celui qui obéit réellement quand on reçoit un ordre pendant l'extase?

En réalité, c'est Dieu qui obéit, malgré les apparences. Car pour que l'acte pût être attribué à l'extatique, 1" il faudrait qu'il entendît l'ordre. Or le plus souvent, on n'entend pas pendant l'extase; 2" même en supposant cette condition remplie, il faudrait qu'il pût exécuter l'ordre. Or on ne peut pas sortir de l'extase

plusieurs heures. Il on résulta des plaintes nombreuses do I.i part des étrangers, ri,.<: fia..i.'« ot ,!,.; .M^„;'>!..c quand ii célébrait chez elles. Personne ne voulait plus 1 lait aussi qu'une telle dévotion entraînait une di'ponsi'

• '. I-iis on Unit par constater que, par miracle, les cierge»

ne brûlaient pas plus qu'ils ne l'eussent fait pendant une m;>sse ordinaire (Rolland., 7 avril, Vie, n" 34, 35).

LES GR.\CCS D'ORAtSO!(. 17

quand on veut. On est donc, par rapport au supérieur, dans l'état d'une personne endormie.

14. — Il ne suit pas de là que le supérieur ne puisse pas donner Tordre h l'extatique, mais seulement qu'il ne doit pas le faire par légèreté, vaine curiosité ou vauité.

15. — néHiiKaUi du rappel nienl»l. L'expérience montre que quelquefois il réussit. Mais le plus souvent, d'après Scaramelli, il est sans elFet (Tr. 3, n° 192*. Le P. Sérapliin dit aussi n'avoir pas réussi avec le rappel mental {Th^oi. mtjst.j n' 195>).

On peut en donner la raison suivante. En consentant A exécuter l'ordre donné, Dieu veut glorifier l'autorité spirituelle du supérieur. Mais, pour cela, il est convenable que cette autorité ne cache pas son intervention.

!•. — Résultats du rnpiiel extérieur. On regarde comme prouvé historiquement qu'il réussit toujours, si l'extase est divine. On ne connaît aucun saint pour lequel il y ait en exception.

Il n'est pas facile d'établir clairement cette thèse a priori. Scaramelli n'en donne que cette raison : la personne n'est pas retranchée du nombre des vivants; elle reste donc soumise à l'autorité de l'Église. Mais on en peut dire autant quand elle est dans le sommeil naturel; et pourtant l'ordre est alors sans effet.

19. — Il y a une deuii-exceptlon signalée par le P. Séraphin. Lorsque l'extatique est malade, il fait un premier mouvement, comme quelqu'un qui veut se réveiller. Il montre ainsi son obéissance. Mais, pour des motifs physiques que nous ignorons, il ne revient à lui que très difficilement [Théolog. twjst., n" 197).

19. — L'expérience montre que les extatiques obéissent à un délégué du supérieur comme à ce dernier.

lO. — Si, tout en donnant l'ordre extérieurement , le supérieur a la volonté intérieure de ne pas être obéi, l'extatique reste dans le même état (1). Il en est de même si, au lieu d'un ordre ahciolu, on le donne conditionnel, ou si on se contente d'une prière.

Enfin le supérieur n'a pas droit à l'obéissance, s'il commande un miracle, par exemple, s'il dit à un extatique intirme de se rendre à l'église.

Si le supérieur veut que l'extatique réponde à une question,

(l) Voir les expériences de ce genre faites sur le V''* Dominique de Jésus-Marie par Philippe II d"Espagne, qui avait obtenu, par une dcl»''g:atioD, les pouvoirs du géai^ral des Carmes (D' Imbert, t. II, ch. xviii, p. 287).

L'EXTASE. 2b«

sans smi .11 lie Texfase, il nVst pas toujours obéi, m'a-t-on assuré. Il n'a pas le droit de s'instruire par ce moyen extraordinaire, même sur des sujets spirituels. Il n'est pas convenable que Dieu soit interviewé.

^•. — Rérifiroquement. Si le rappel réussit, est- on certain que l'extase soit divine? — Non. On admet que le démon pouvant, à la rigueur, simuler extérieurement l'extase, peut simuler aussi l'obéissance. Il n'irait pas jusqu'à donner la disposition intérieure à cette vertu. Mais il en produirait l'apfiarence, au moins en paisant.

31. — Li'ex.(utl%iic «ait-il tiN'il e^t ra|ip«lé? Plusieui^ ertatiques ont déclaré que non i^VoLi' le b' Imbert), par exemple, S' iœeph de Cupertino Vie. ch. xxix); Dieu se retire simplement, sans que le patient en sache le motif. Mais on a aussi l'cxcuiple dii contraire. Joseph du Saint-Esprit cite le cas du V^'* Dominique de Jésus-Marie. Lorsque son supérieur, même absent, lui ordonnait de sortir de l'extase, il entendait Dieu lui dire : u Repi'ends tes sens, et obéis à l'ordre que je te donne par la bouche de ton supérieui' » (T. 3, disp. 18, q. 3, n* 169\ Marie de Mocrl présentait un cas toat semblable 1 .

22. — I>c P. Sétaj)l)in dit avoir constaté que pi>esquc toujours le rappel Cuit lic«ac*up «•«liTrir l'extatique. Il n'a rencontré <ju une exception, c'était quand l'extase suivait de près la oomiiiunion. et qu'au moment du rappel les saintes espèces n'étaient pas encore consommées [Thcol. tnf/'^t., n" 10V . Ou ignore s'il y a là une loi générale.

Le P. Séraphin conclut de ce fait qu'il ne faut pratiquer le rappel que rarement, par né<"eseité.

LWi autre directeur que je connais, a constaté que le rappel, s'il est fait brusquement, pixKluit une secousse vive et douloureuse. Pour éviter ce choc, il ordonnait à la personne ravie de revenir doucement, progressivement, par exemple, dans l'espace d'un quart d'heuro. S'il précisait le moment, le ravissenniut ccswiit exactement à l'heure tixée.

La ."supérieure de la s<eur Remuzat raconte qu'un jour, elle la

(1)11 sorait inexact do dire que la coramunicalion établie ainsi ouïr».' roiUtiquo

cl son S'if^""''-!"" I'-' iilifi! unif 1 i-i'l!i' uni .'\islr »>litr.' l'!.\ I i' li-'- Ct "' li ' l"lati UT.

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it9^ Vr, ' nr.

200 CHAPITFIE XVIII.

trouva en extase dans sa chambre : « Je lui dis de se lever par obéissance... Ace mot d'obéissance, elle revint à elle-même, mais si épuisée de forces, que je fus obligée de la mettre au lit » {Vie, ch. xii).

g 2. — C« qui s* pass* dans r&me pendant Textase.

«S. — TiKieii» Intelleclurllrs de laUUinilé. Dans les degrés précédents, Dieu permettait à l'âme de se plonger en lui ^liis ou moins profondément. Mais «idinairement il ne se laissait pas voir. Dans les ravissements, le contraire arrive le plus souvent. Plusieurs attributs qui étaient restés cachés commencent à se manifester.

Une des communications les plus hautes, et souvent indiquée par les auteurs, est li vision intellectuelle de la Sainte Trinité. Quand même on ne saurait point, par l'enseignement de l'Église, combien il y a de personnes en Dieu, et comment elles procèdent les unes des autres, on arriverait alors à le savoir, et d'une manière expérimentale, en le voyant. Nous reviendrons plus loin sur cette vue (ch, xix, 15),

La V''" Marine d'Escobar raconte que parfois elle voyait intellectuellement une des personnes divines sans les deux autres ; soit le Verbe (t. II, 1. H, ch. xxxi, n° 1), soit, plus souvent, le Saint- Esprit (t. I, 1. II, ch. XXIII, § k; XXI, § 3 et 5; xxiv, § 1 et 3 ; t. II, l. I, ch. XLviii, n° 2; 1. II, ch. xxx, n» 3).

24. — C«atei»plnlion aveuglante. Quand Dieu fait ainsi apercevoir ses attributs, il reste toujours une certaine obscurité. Chose singulière, plus la lumière est forte, plus l'àme se sent éblouie, aveuglée. C'est ainsi que le soleil aveuglerait et ferait souffrir le hibou. L'excès d'éclat produit presque le même résultat que la nuit. C'est un mélange de lumières et d'ignorance; l'ignorance étant ce dont on est le plus frappé. L'attribut de l'incompréhensibilité se manifeste de plus en plus. On s'enfonce dans la « ténèbre divine ».

95. — Attributs iui2>nr2ictpable«. Cet effet d'aveuglement est produit non seulement par la trop grande vivacité de la lumière divine, mais par la nature de certains attributs qui se sont manifestés. Il y en a qui, pour nous, sont mille fois plus incom-

LEXTASE. 26!

préhensibles que les autres. L'obscurité effrayante qu'ils produisent s'appelle « la grande ténèbre ».

Ces attributs plus profonds sont ceux c^^'aucune créature ne peut posséder : les imparticipables. Par exemple : l'infinité, l'éternité, la puissance créatrice, la science en tant qu'universelle, l'immutabilité, laséité (absence d'une cause externe , l'absence de distinction réelle entre les attributs et leur fusion en un bien indéfinissable et supérieur qui renferme tous les biens (1).

La nature divine peut être comparée au globe du soleil. Quand nos yeux contemplent cet astre, ils ne rencontrent d'abord que la rég^ion extérieure, qui est étincelante. Mais à travers les déchirures de cette surface, les astronomes aperçoivent le grand noyau à demi obscur. De môme en Dieu, il y a comme deux couches d'attributs. Ceux de la surface peuvent étendre leur lumière jusqu'aux créatures et s'y refléter ; par elles, nous les connaissons à l'avance. Exemple : la befiuté, la justice, la miséricorde, l'intciligence. Mais au-dessous, il y a le noyau central et à demi ténébreux des attributs imparticipables. Les créatures ne reçoivent pas leur rayonnement. La raison qui ne les a rencontrés nulle paît, reste interdite devant cette manifestation inattendue. Il en résulte pour nous une obscurité spéciale; la joie de s'élever à des connaissances nouvelles et admirables est mélangée du malaise de sentir qu'on n'est pas préparé à les bien comprendre.

SO. — C«iiteii>|ilat(on dl(e par c négaiiou ». Nos intelligences d'enfants ne conçoivent e( ne désignent la plupart dt's attri. buts imparticipables qu'indircclement par des négations de choses

(l) Pour nous faire une iJre de cette fusion des attributs divins en un s€ul. qui est la plénituiU de l'être, considérons ce qui se pas.se quand, tenant à la main i:iie boule de verro, nous la regardons du dehors. Nous la voyons limitOe par un contour circulaire. Si nous changeons de place, nous apercevons un autre cercle, ri chaque fois que le point de vue varie, c'est un cercle nouveau. Mais si nous plaçons notre œil à l'in(érieur, l'aspect est tout chang<*. Voyons-nous encore dos cercles, oui ou non * On peut donner à la fois les deux réponses. On peut dire : non. on iir« les voit plus: co ijui apparaît, c'est une surface uniforme, qui enveloppa n< toutes parts, et sur Loqui^-lle rien de distinct n'e$t Irac^. Et cependant ces c> là d'une certaine façon, que l'on qualifie de virtuelle : par un effort de la ppcsco, on peut les dégatcer de l'ensemble; il suffit de faire abstraction d'une partie d« la surface.

De môme il y o deui manières de connaître Dieu. L'une humaine, celle do la raison, celle du dehors. On le voit sous Yatpect spécial de tels ou tels attributs. L'autre connaissance est divine, c'est celle du dedans, celle du contre, que I»iru nous accorde par participation à sa nature. Il n'y a plus de chang^^mont suivant le point de vue. Tout est fon<lu. Mais par un travail de l'esprit, on peut retrouver les anciennes distinctions.

connues. Mais, en Dieu, ils se trouvent à i'ét.it positif, et c'est comme positifs que la contemplation infuse les atteint, surpassant ainsi la raison qui s'en tient à la notion négative. Au.ssi, quand les auteurs disent qu'ici le contemplatif ;?yocè</(?/jar négation, ils venlent simplement faire allusion au fangage imparfait et négatif dont il est obligé de se servir pour décrire ce qu'il aperçoit.

Dans la voie ordinaire, il y a une contemplation ocguise que l'on appelle aussi contemplation « par négation ». Mais ce n'est pas un état d'oraison. C'est plutôt un procédé pour se faire des idées sur Dieu, en déclarant que >telle perfection n'est pas en lui de la même manière que dans les créatures, mais qu'elle y est d'une manière plus relevée. C'est une négation suivie d'uue affirmation qu'i l'explique. Il ne faut pas confondre ce travail philosophique de l'esprit avec l'oraison et encore moins avec l'état mystique.

Il est vrai que beaucoup de vieux auteurs en parlent comme d'une espèce d'oraison. Cela est dû, je crois, à une interprétation trop littérale de Denis le mystique. Si quelqu'un voulait la maintenir, je lui dirais : « Avez-vous réellement rencontré des contemplatifs qui puissent .s'occuper une heure de suite à ces négations? »

:àli. — La grande ténèbre est parfois sillonnée du feu d'nn érl*ir rapide, qu'on prend volontiers pour la lumière de gloire, parce qu'il semble montrer Dieu tel qu'il est.

39. — C'onip«rAison de te «Isioi» bétt<ifl(|«c et des visions intellectuelles de la diWnité. Interrogeons les mystiques descriptifs, puis les théologiens, qui complètent les mystiques. Ceux-là se contentent généralement de deux remarques, qui traduisent l'impression qu'ils éprouvent. Ils disent d'abord que la connaissance qui leur est donnée est expérimentale, et c'est là une analogie avec la vision du ciel; ils disent aussi qu'elle renferme toujours urc certaine obscurité, et c'est une différence.

Mais, en réalité, la différence est plus profonde. La vision des mystiques est d'une autre nature; elle ne manifeste pas Dieu « tel qu'il est en lui-même » , nous disent les théologiens. Voir ch . xxxi, § 4.

Z9. — Est-il arrivé, du raoii)s à certaines âmes, de jouir, en passant, de la Yi>»ion béatifiiiuc proprement dite?

Cette question étant longuement discutée par les théologiens, je me contente de renvoyer à leure ouvrages. Nous manquons sur ce point d'expériences certaines.

LEXTASE. 263

En résumé, on aimet généralement que cette grâce est possible, mais excessivement rare. La difficulté commence quand on veut décider si celte faveur a été accordée à tel ou tel saint en particulier. Sur ce point, on en est réduit à des raisons de convenance ou de sentiment, qui ne convainquent pas tout le monde. Dieu n'est pas obligé de faire tout ce qui nous semble convenable. I/at-il fait, oui ou non ? Voilà la vraie question; elle reste obscure.

3». — J'ai dit ci-dessus 5 que pendant les ravissements, on garde la plénitude «le «on iii(elligeMr«; on sent même qu'elle s'agr;jndit, qu'il va un surcroit d activité des facultés supérieures. Tous les extatiques l'aflirment (Voir aux citations, tti»;, et cela ressort des indications qu'ils donnent sur les mystères qui leur ont été révélés. Des spectacles nobles, des idées profondes s'olTreat à leur esprit. Toutefois ils sont impuissants à expli'juer en détail ce qu'ils ont vu. Cela vient, non de ce que leur intelligence a été comme endormie, mais de ce qu'elle* s'est élevée à des vérités qui di^passent la force de l'esprit humain, et pour lesquelles ils n'ont pas de t<?rmes. Demandez donc à un savant d'exprimer les profondeurs du Cafcul infinitésimal avec le vocabulaire des petits enfants ou des bergers?

Comme le remarque le P. de Bonniot, « ce n'est pas assez de dire que la langue adaptée aux opérations ordinaires de l'esprit liumainest forcément insufflsante; les idées mêmes, ces idées par 1 ?S':|uelles nous comprenons tout, parce qu'elles sont la base de nos jugements, ne s'appli(.{uent plus aux intuitions de l'extase, qui sont d'un ordre infiniment supérieur » [Le miracle et ses cantrefaçona, part. U. ch. vu, s. -2).

Certains philosophes incroyants prétendent, au contraire, que dans l'extase il y a diminution de l'intelligence. Pour cela ils .sont «)l>ligéi» de rejeter le témoignage des extatiques, c'est-à-dire les véritables données sur lesquelles on devrait raisonner (Voir ch. XXXI, éH). Ce rejet a priori est la conséquence de leur système religieux. D'après eux, il n'y a pas de surnaturel. IWs loi*s il faut nier tout et il d'âme trop élevé au-dessus de ceux qu'on observe t lU-^ les jo'us. De plus, beaucoup de ces incroyants sont monistes, n'admettant pas de Dieu personnel et distinct du monde. Par suite q'ii >nque prétend s'élever à la connaissance réelle de cet être et plonîçer le regard dans ses profondeurs, est tout bonnement un halluciné; sa cause est jugée d'avance. 11 prétend voir des atlri-

264 CHAPITRE XMII.

buts ot perfections admirables. Mais comment les voir, puisque rion de tout cela n'existe I

Ces philosophes, ai-jedit, uiment à croire non seulement que l'intelligence n'aug-mente pas dans l'extase, mais qu'elle diminue, et d'autant plus que l'extase est plus profonde. D'après eux, l'extatique n'a fait que se dégager, à la suite d'un travail plus ou moins douloureux, de la multiplicité des idées et des images. Il arrive à quelque chose de subtil, à un « résidu » presque insaisissable, à une idée unique (monoïdéisme), qui est seulement une image atténuée. Dans les grands ravissements on monte à un degré encore plus simple, l'abrutissement, que Ton qualifie, par politesse, de noms moins choquants : perte de la conscience ou de la personnalité (Voir les citations, Hé).

Pour étayer ce système, on s'appuie sur des expressions un peu outrées, que les mystiques ont parfois employées, et qu'on peut expliquer facilement par le contexte; comme quand ils disent que l'entendement n'agit plus (Voir ch. ix, 15 .

Si vraiment l'extase éteignait même partiellement la faculté de connaître et d'aimer, les directeurs de tous les siècles n'auraient pas manqué de la poursuivre de leurs anathèmes, comme étant du temps mal employé. Mais on savait que le contraire était vrai.

30 bis. — Ce système de l'inconscience dénature donc audacieusement les faits et les remplace par des descriptions fantaisistes. Quelques auteurs lui préfèrent un système plus adouci. C'est rex|tlicatioii émotiounelle. Celle-ci concède que l'extatique n'est pas plongé dans une sorte de sommeil épais. Il éprouve au contraire des émotions violentes qui lui font perdre l'usage des sens; et comme il n'y a en lui rien autre chose de nouveau, il s'ensuit que l'esprit ne s'appliquerait qu'à une petite idée banale, si banale môme que les auteurs ne songent pas à s'en occuper.

Ce second système contredit moins les documents que le premier, puisqu'il ne réduit pas à zéro l'occupation de l'extatique; mais il nie la moitié des faits bautement affirmés par les mystiques : il admet le contenu émotionnel de l'exta-^e et rejette a priori le contenu intellectuel d'ordre supérieur

On peut adresser une autre objection aux deux théories précédentes. Les mystiques admettent que généralement on n'arrive pas d'un bond à la période des extases. Celles-ci sont précédées d'une série de diminutifs, dont le plus faible a été appelé par sainte Thé-

rèse 1 oraison de quiéliule. Si une théorie explique l'extase, elle doit, toute proportion gardée, explitjuer les diminutifs. Or jamais on ne s'y essaie, parce qu'on voit trop qu'on ne réussirait pas. Si l'extase était un simple abrutissement, comme on l'enseigne dans le premier système, les états qui la précèdent seraient donc le commencement de cette situation lamentable; ce qui ne répond nullement anx descriptions classiques. Les mystiques et leurs directeurs se défieraient de cette misère psychologique et la repousseraient. Si au contraire, comme le veut le second système, l'extase se réduit à une immense éruption d'amour, dira-t-on que cette violence commence avec la quiétude? Ce serait contraire à l'expérience. Avouera-t-on, au contraire, qu'on y est souvent très calme et presque froid? Mais alors ce manque de chaleur de la volonté serait associé, par hypothèse, à une idée banale. En quoi un tel état méritc-t-il d'être appelé mystique? En quoi diffère-t-il de l'oraison mentale la plus vulgaire? Pourquoi cause-t-il de la surprise et même de l'effroi aux commençants?

.Vu contraire, la vraie théorie mystique répond pleinement à ces questions. Elle nous dit que cette surprise, ce sentiment du mystère, viennent de ce qu'une faculté nouvelle apparaît dans l'âme. Elle donne des perceptions intellectuelles. Ce mode de connaître a beau être faible dans ses débuts, il étonne et effraie comme tout ce qui est nouveau et inexpliqué. La théorie émotionnelle ne donne ici aucune réponse.

SI. — S^oiilTrancca spirituelles dnns Textase. ou à la suite, il ne faut pas croire que dans l'extase, ou immédiatement après, il n'y ait que de la joie. Il existe des extases ou des transports d'amour plus ou moins douloureux (Voir S*' Thérèse, Vie, ch. XX, et Château, G, ch. xi).

Cela dépend des attributs que Dieu manifeste et des connaissances secondaires qu'il y ajoute. Si par exemple nous voyons la dignité infinie de Dieu, sa sainteté, et sa /laine pour le péché, et qu'en même temps nous soyons éclairés sur notre indignité, le contraste sera si frappant que nous éprouverons pour nous-même un sentiment de dégoût et d'horreur.

Ou comprend alors des paroles des saints, disant qu'ils sont do grands pécheurs, et exagérant même jusqu'à répéter qu'ils sont les plus grands. C'est qu'aucun terme ne leur semble assez fort pour rendre le aentlnimt dp répul^ioji qu'ils ont éprouvé pour

266 CHAPITRE XVJfl.

eux-mêmes. La haine porte ù couvrir «on ennemi d'injures; et le saint, dans la lumière de Dieu, est arrivé h se haïr, en t»nt que pécheur.

S2. — Ou encore, Dieu montre la KéTérIfé de lies Juge mcnf« sur les damnés, et il fait voir que ces jugements sont jusies. D<M'ant ce père irrité, l'Ame tp(*mble, se sent menacée. 11 faudrait si peu de chose pour qu'elh^-môine devint i'ohjet de cette sévérité! Elle prend même le parti de cette justice et se souhaite mille maux pour la satisfaire.

8S. — Même quand Dieu manifeste les abîmes de son amour, l'ivresse que cause cette vue se change en torture, si Dieu montre que cet «i»o«r est •ubllé. que dis-je? blasphémé, maudit par les pécheurs et les damnés. L'âme souffre pour Dieu qui est méconnu, et pour ses frères qui renoncent follement à ces joies éternelles. Le zèle des âmes et son impuissance à les ramener de\iennent pour elle un martyre.

34. — li» vue de Dieu peut faire aussi qu'on éprouve, au moins après l'extase, une grande souffrance, parce qu'on ne peut pas encore le posséder complètement (S" Thérèse, Vie^ cb. xx, et Chat eau y 6, ch. xi).

3ft. — Des souffrances d'un autre genre ont été envoyées aux saints pendant l'extase. Dieu fait passer devant leurs yeux les seènes de la PMmii*n. Ils participent à toutes les douleurs du Christ, comme le faisait la S'" Vierge sur le chemin du Calvaire, ou plutôt comme elle l'a fait tonte sa vie.

Angèle de Foligno exprime cette idée d'une manière énergique en disant : « Contemp'ant une fois les douleurs de l'âme du Christ... je les ressentis si vivement que je fus transformée en la douleur du Crucifié » [Vie, ch. xxi).

S€. — Satisfait-on au |tréce|>4e d'entendre Im nieiise, le dimanche, si pendant tout le temps on a été en extase?

Les théologiens qui ont examiné la question disent que oui. Les intentions de l'Église ont été suffisamment satisfaites.

»9. — Ei'AiBie ■■érite-t-elle pendant l'extase? Traitons cette question, quoiqu'elle n'ait guère d'importance pratique. L'essentiel est de savoir que l'extase contribue puissamment à la sanctification, et non d'en comprendre le comment.

L'opinion la plus générale affirme qu'alors Tâme mérite (1).

(1) Citons : Suarez {De oratione, I. II, ch. xx, n» 6;, Philippe de la S**-Trinlt4

Li-XiAî-h;. 267

S" Tliérèse en donne une raison de bon sent. Elle dëcl.ire K qu'il n'est pas croyable » que « l'âme perde ainsi son tein[>s » (Sur le Can'ique des canfiques, ch. vi) (1). Suaroz pense aussi que le contraire « est invraisemblable ».

Ce qui ajoute beaucoup de force à cet argument, 1* c'est que les extases ont duré plusieurs heures, chez beaucoup de saints, et ont été très fréquentes. Que de temps aurait été ainsi emjdoyé sans mériter! On objectera que ces grâces donnaient aux saints la force pour supporter ensuite des épreuves méritoires. Mais Dieu pouvait arriver au même résultat en quelques minutes; S" Thérèse cite deti visions qui n'ont duré qu'un instant, et qui pourtant lui ont apporté des fruits considérables (]'/<?, ch. xxviii). 2* En particulier, il y a eu de longues extases, an moment de la mort. S** Thérèse meurt après une extase de quatorze heures; S' Louis de Gonzaa:ue, dans des conditions semblables, et S' Alphoose Rodriguez, après trois jours d'exlase. Le ménologe de la compagnie de Jésus rapporte que le P. Laurent Rebello, portugais, eut une extase de douze jours avant de mourir (1679). Il n'en sortit que le temps nécessaire pour baiser son crucifix. Or c'est à un tel moment qu'il serait reirrettable de perdre des mérites, en anticipant sur les joies du ciel, qui vont durer toute l'éternité.

Sfl. — •li|eetl«ii. Pour mériter, il faudrait qu'on ftU libre. Or est-on libre dans T extase .'

>•. — Ré|ionae. Précisément, nous admettons qu'on l'est dans une certa'.ne mesure pour les actes d'amour (2). S' Thomas dit que la vision !)éatitique est seule capable de nécessiter cVune manière absolue la volonté (I. 2, q. 10, a. 2). D'après lui, quand un bien nous est proposé avec quelque mélange d'imperfection (et c'est le cas de la contempliition à cause de ses obscurités), il nous reste toujours une certaine part de liberté. Peut-être n'arrive-

CPars II. tr. 3, a. i . Antoine du S -Esprit (Tr. IV, n« 505), Jos(»ph du S'-Esprit (t. lU, disp. 18, q. 2, n» 7 1.) LadiscuMion comporte KJ2 colonnes in-folio), Scirainelli (Tr. 2, r' 254), Schram (t. H. n' li'fl de Tédition de 1818 et 597 de rancicnnc), lequel cite .An'oine de l'Annonciation et Grivina.

l) S..araiiv 1 t : . C'est une chose dijçne de réflexion qu'une sainte

!.i : Mrnbl'\ si -'lu'elle parle des matières doctrinale*, parie si ré»o-

lu(.i-Mtt quand -uie u ii-.>> la [n<^rite de l'àme daus ces unions extatiques ■ (Tr. i,

I J Mais I i oonnaissaBce à laquelle on aime à adlàérer d« dép*Ad pas du libre arbi(r>f Cola (uttir pour que la déûoitioa daa élau inysti^VM m soit pas ec défaut icli. I, Ij.

268 CHAPITRE WllI.

rions-nous pas à haïr l'objet ou à choisir un acte différent, mais nous restons maîtres de produire ou non des acl^s, ou de les i)roduire avec plus ou moins de force ou de rapidité (1).

Si l'on ne méritait pas pendant l'extase, les extases de la Passion ne seraient pas méritoires. On éprouverait d'atroces souffrances sans en être aucunement récompensé.

40. — On voit dans plusieurs vies de saints que l'oraison se continuait pendant le soninieil. Exemple : S' Alphonse Rodriguez et S' Vincent Ferrier. S'* Thérèse reçut cette faveur quand ses extases commencèrent {Vie, ch. xxix). — Voir ch. xix, s bis.

Il y a lieu de se demander à quels signes on peut discerner l'extase de l'oraison qui a lieu surnaturellemeut pendant le sommeil naturel. Ces deux états ont, en effet, deux ressemblances qui doivent porter à les confondre : dans aucun les sens n'agissent et dans chacun on est uni à Dieu. Les auteurs ne disent pas s'il y a réellement des différences et sur quoi elles portent. Eit-ce une simple question d'intensité, de sorte qu'on emploiera le mot d'extase seulement quand l'occupation intérieure sera extrêmement forte? Serait-ce parce que le corps aurait besoin, comme dans le sommeil vulgaire, d'être étendu et soutenu, et qu'on en a par moments le sentiment confus? Ou encore, jugc-t-on d'après une circonstance étrangère, par exemple, parce que c'est l'heure de dormir, etc.. Il y a là une question à éclaircir.

§ 3. — Erreurs concernant l'extase : confusion avec certains états maladifs.

41. — De nos jours, les médecins ont étudié avec soin certains états maladifs qu'ils assimilent aux extases des saints. Mais la plupart se gardent bien d'avouer que la reBseniblnnce n'est qu'extérieure; elle a lieu seulement pour les phénomènes corporels, ce qui n'a aucune importance. Il y a, au contraire, une dissemblance profonde au point de vue de l'Ame (2), comme je vais le montrer.

(1) En langage scolastique, c'est la distinction entre la liberté de spécification et celle de contradiction ou d'exercice.

(2) Sur ce» questions, consulter le savant ouvrage du R. P. de Bonniot, Le Miracle et let Sciences médicales, 1. II. Sur l'extase, il réfute l«?s affirmations sans preuves de Lemoine, Maury, More!. Lélut, Michéa, Cousin, Barthélémy S'-Hilaire.

Au sujet des phénoraènea physiologiques de l'extase, il fait cette sage remarque : ■ Ils ont pour condition immédiate Vorganisme et set dispositions actuelles. Les cris, les marques de faiblesse, les symptômes morbides, les tremblements, l'immobilité, la rigidité, l'abaissement de température, les crachements de sang peuvent.

Notons, en passant, que la plupart des médecins qui s'occupent de psychologie religieuse sont des aliénistes. Fréquent«int des hallucinés, ils sont portés à leur identifier quiconque a des élats d'esprit exceptionnels. Ils aiment à s'occuper de mystique, au lieu de laisser celte étude aux seuls théologiens; ils y voient un prolongement de leur spécialité.

42. — l" Ou a d'abord assimilé l'extase à la léthargie et à la c«talep«le. qui, en efl'et, immobilisent aussi les membres. Mais l'âme y est privée de connaissance. ,\utant vaudrait confondre le sommeil avec l'ex'ase des saints. Dans celle-ci, l'âme est remplie de lumière et de joie.

4S. — 2* Puis on a cherché à identifier Textase avec l'état Ujp- M«t{«iue. Physiquement, il y a encore une certaine analogie avec l'extase. Certaines sensations sont abolies. Bien plus, on y peut prendre par suggestion des attitudes de prière. Cependant même au point de vue du corps, il y a parfois des différences. Car la vraie extase donne toujours un aspect plein de calme et de dignité; à la Salpétrière, au contraire, on observe souvent des mouvements convulsifs et répugnants. Je parle, bien entendu, du cas où ces malades sont laissées à elles-mêmes et à leurs crises naturelles. Si, au contraire, elles agissent sous l'empire d'un hypnotiseur, on ne peut plus comparer leurs étals à celui des saints. Il y entre un élément nouveau. Ces hypnotiseurs peuvent leur commander des attitudes nobles ou pieuses, et ils l'ont fait souvent. Les saints n'ont pas besoin de cette influence étrangère

44. — Mais c'est au iioint de Yiie de l'âme que les différences sautent aux yeux, soi\ pendant l'extase, soit eu dehors. Montrons-le.

45. — Et d'abord, pendant rex.tR«e véritable, la facuitc intellectuelle grandit d'une manière surprenante, comme nous l'avons dit ci-dessus (so).

L'efl'et contraire est produit par la fausse extase sur les névropathes des hôpitaux. Il y a diminution de l'intelligence au profit

& la rigueur, n'être que les manifestations de la compUxion de l'extatique... Si les gens timples pensent d'une autre manière, c'est le fait de leur simplicité, et si les m-Vlccins rangent sous ce rapport les théologiens avec les gens simples, c'est un eiïel de l'ignorance, qui est une forme de la simplicité • (Le Miracle, I. Il, ch. t, S •).

Bien plus, rien n'enipécht Dieu de donner des oraisons même sut naturelles à une personne ayant quelque maladie gênante ou bizarre, et alors la oianifestaiion «xlérieure s'on ressentira.

270 CHAPITRE XVIIl.

de quelque petite représentation de l'imaârination. Il suffit d une seule idée, absolument insiirnitiiinte, l'idée d'une fleur, d'un oiseau, pour absorber profondément rattention. Les médecins désignent ce fait en l'appelant le rétrécissement du champ de la cctiscience et de la connaissance. C'est là le jwint de départ des théories en vogue, destinées à expliquer l'extase hypnotique.

Fendant sa crise, on obtient que le malade parle, mais il ne dit que des banalités.

Pais les hallucinations observées dans les hôpitaux consistent toujours en représentations de l'imagination. Elles sont visuelles, auditives ou tactiles; et dès lors très différentes des perceptions pureiment intellectuelles qu'ont grénéralenieut les saints. On no peut donc point partir de l'hypothèse simpliste que les deux sorte* de phénomènes sont identiques.

4«. — lIorH de r«xt»f!>«, l'opposition est encore plus facile à constater: 1" Le névropathe sur lequel on fait des expérience*;, parfois publi(jues, dans les hôpitaux, en sort déprimé, éteint, hébété. Il ne montre habituellement qu'une intelligence médiocre, dominée par rimagioation ; il n'a aucune suite dans les idées; 2* mais s,k volonté surtout est très faible. C'est même là, d'après bien des médecins, le caractère fondamental de rhystérie. On explique par cette faiblesse maladive que le sujet ne puisse résister à la suggestion. Il veut immédiatement ce qu'un autre commande énergiqucment, surtout s'il a pris l'habitude de céder. Ces pauvres détra(jués sont des rêveurs stériles, des al>ouliqu€s, des impuissants ; 3° enfin son niveau moral est très bas, comme sa raison. On se demande parfois si ces névrosés ont vraiment la notion du devoir, et si celte idée a quelque prise sur eux.

Bref, à un triple point de vue, on est en face d'un dégénéré, d'une nature appauvrie.

Oïl trouve les trois caractères diaméiralemcnt contraires chez les saints favorisés de l'e^jtase et, parsu:t*\ on n'a pas le droit de les assimiler aux fous, ni aux demi-fous. 1° Ce sont des esprits fermes, concevant fortement des projets vastes et difficiles à exécuter. S" Thérèse, S' Ignace et tant d'autres en sont la pi*euve. Ce qui les guide, ce n'est pas Timagination, mais la raison; 2* leur volonté est tellement énergique qu'ils luttent contre toutes les oppositions, pour faire réussir leurs entreprises; mais surtout ils luttent contre eux-mêmes, et le travail prolongé qu'il leur a fallu

I/KXTASE. 271

développer, pour pratiquer certaines vertus, nous jette «ians l'étonneinent. Nous qui croyons avoir des nerfs solides, nous ne nous sentons pas capables d'une telle suite d'etForts (1); 3* ils ont tous un idéal moral très élevé, qui est leur préoccupation constante ; le besoin de s'oublier pour se dévouer à la gloire de Dieu et au bien temporel ou spirituel du prochain. Ils fuient les honneurs, tandis que les hystériques ne songent souvent qu'à jouer un rôle devant un petit cercle de curieux. Le saint n'est pas un dégénéré, mai*s un héros. Suivant une expression moderne, c'est un surhomme.

Une autre différence encore, c'est qu'après l'extase, les saints s« souviennent de leurs visions. Cela est assez rare chez les névropathes (2).-

4T. — Les extatiques qui ont fondé des ordrea reli0leux ont été très remarquables par leur énergie et leur esprit d'organisation (3). Les femmes elles-mêmes se sont montrées au-dessus

(1) Le R. P. Humon fait remarquer l'admirable • attitude des saints en face de l;i souffrance • : • F,e névropathe ne sait pas souffiir. Sons la douleur, il s'impatiente, il Tnurmnrf. il s'afTofe comme un enfant... LVxtatique sonffi-e «.'t non seuleneat il »ca-pte son mai, nmis il le domine, mais il on triomphe, il l'accueiLle avec enthousiasme. Ce sentiment de joie n'est pas de la terre... 11 s'intéresse comme en pleine santé aux joies et aux peines des autres • [Revue pratique d'Apologélique, 15 décembre lfj06, p. 351). L'auteur cite cette belle parole de la B" >Iai-guerite-.>iarie : • Qui donc nous empêchera de devenir saintes, puisque nous avons des cœurs pour aimer et des corps pour sou/frir? mais, hélas, peut-on souffrir ^uand on aime! •

Un profes.seur a énoncé à la Sorbonne cette pioposition : • 11 n'y a pas de phénomène qui, à lui sful, puisse déceler sûrement l'hj'^téri* ». De là • on peut l.idnin*, dit M. H. Joly, que ce n'est pas de tel pliénoméiie isolé qu'il y a lieu de onclure au caractère de l'im^ettible, mais du caractère de l'ensemble qu'il faut oT>r|iTT« à la nature essentielle des symptômes. Or dans un être qui lutte contre tojnles d'une maladie dite nerveuse, où s<^ra le Caractère domiiuiteur, où .1 caractéristique de l'ensemble, sinon dans la maîtrise que la personne sait )ii non conserver sur ses dispositions, sur ses sentiments, sur ses croyance, sur ^fs résolutions? • {Vie du P. Eudes, p. 100). Actuellement, du reste, les idées des médecins sur l'hystérie changent beaucoup d'année en année. Voir dans La Presse médicale du 25 juillet W)>* le compte rendu des séances tenues k Paris par la Société de Neurologie, en mai 1908. On n'a pu t>'ontendre sur la détinitiou de l'hystérie. Voici la conclusion du rap|)ort : • De ces discussions il est résulté une impression générale importante : c'est que désormais le mot d'hystérie ne devia plus être employé qu'avec une e-xtréme réserve... D'ores et déjà on peut enregistrer ce ros '■ • 'i! : certains faits, hier encore acceptés sans n-servo, ont été reconnus 'i ou même erronés; certaines interprétations i-éputées classi- T'-^ ""• -' '-rdu leui- caractère d'absolutisuko sciejitilique ».

. après la crise hystérique, certains malades se souviernent

iiia-jinatiotis. D'fintres, au moment où la crise finit, se rapp*>l-

: rêve, ot de proche on proche p<>uv«>nt remonter au delà, s'ils font ^.t . 'i. Dans l'cstase divin»', il n'y * pas c«s difticuliés.

{i) Al. Mûrier fait l'aveu suivant : • Renan a fait jostenent remarqirer qu«

272 CHAPITRE WIU.

de beaucoup d'hommes. Il leur fallait trouver des sujets, de largent, des terrains, en lullaot contre mille oppositions.

S** Thérèse laissa à sa mort 16 couvents de femmes et H d'hommes. S'* J. de Chantai laissa 87 monastères, dont 12 fondés directement par elle-même. S'* Colette fonda au moins 13 monastères et ranima la discipline dans un grand nombre d'autres.

M""* Acarie, l'une des fondatrices du Carmel de France, menait, malg"ré ses extases continuelles, une vie très active. Elle commença à les avoir peu de temps après son mariage (à seize ans et demi; 1582); elle fut mariée pendant trente ans, éleva six enfants, releva habilement la fortune de sa famille ; sa correspondance était considérable. Elle ne se fil carmélite que dans les cinq dernières années de sa vie.

S" Catiierine de Sienne, morte à 32 ans, joua dès l'Age de 18 ans un rôle politique considérable, quoique alors elle ne sût ni lire ni écrire. On l'a appelée « un homme d'état et un grand homme d'état » (Emile Gebhart; dans la Revue hebdomadaire du 16 mars 1907).

D'autres extatiques ont écrit des ouvrages qui supposent un immense travail d'érudition et de composition, et, par suite, une grande force de volonté. Denis le Chartreux a 40 volumes infolio; S' Thomas d'Aquin, S' Liguori ont été d'une fécondité surprenante.

4 7 bis. — 3° On a voulu aussi assimiler l'extase au aoninambulisiue naturel, auquel on a identifié également les » trances » de certains médiums spirites.

Il y a des somnambulismes de plusieurs espèces. Les uns ne durent que peu de temps. Parfois on y compose des vers ou des discours. Mais on a montré que l'on a exagéré le rôle qu'a alors l'intelligence. Ce n'est pas elle, mais l'imagination et surtout la mémoire qui sont en jeu. On n'obtient guère qu'une suite de réminiscences. (Voir le D"" Surbled, La morale, t. IV, part. II, ch. i).

D'autres somnambulismes durent des jours et des semaines. Mais quelle que soit l'espèce, il y aurait un travail préliminaire nécessaire : ce serait de décrire en détail la mentalité du sujet en crise. Je ne crois pas qu'on l'ait fait. De la sorte, on raisonne sur un état mal défini, si bien que parfois on ne sait comment le distinguer

chez la plupart des mystiques, il y a, à côté du rêveur bizarre, un puissant organisateur . (cb. I, S 3, p. 37).

de Tétat appelé premier ou normal. Et pourtant on veut, sans plus de renseignements, le comparer avec l'extase I

Il y a un cas assez difficile qu'il convient d'examiner; c'est celui de certains somnambulismes qui, de prime abord, ne semblent différer qu'en un point de l'extase des saints, à savoir que l'esprit s'y occupe d'idées profanes au lieu d'idées religieuses.

Le cas le plus saillant, après celui de certains médiums, est présenté par Hélène Smith, de Genève, que le professeur Flour- Doy a étudiée pendant plusieurs années et qu'il a dépeinte dans son savant livre intitulé : Des Indes à la planète Mars (Alcan, 1900). Pendant sa trance de somnambulisme spontané elle parlait ou écrivait, et racontait sa vision. Tantôt elle voyait les habitants de la planète Mars, tantôt elle vivait avec des Arabes ou des Hindous du XIV* siècle. Par aiUeurs sa santé était excellente et son esprit paraissait bien équilibré !

Or, en réalité, ce genre de vision est profondément différent de celui des saints : 1° Les saints se souviennent de ce qu'ils ont vu, quoiqu'ils ne trouvent pas toujours des termes suffisants pour l'exprimer. Au contraire Hélène perd tout souvenir. 2** Pendant la vision, les facultés en jeu ne sont pas les mêmes. Pour les saints, l'imagination est sans action pendant les périodes culmiuantes, et elle n'est jamais qu'un accessoire, tandis que l'intelligence a une dilatation prodii^neuse : certains attributs transcendants de Dieu, et même la Sainte Trinité, semblent n'avoir plus de mystère. Chez Hélène, l'imagination seule fonctionne, et d'une manière très basse. Pas une pensée élevée ; mais des descriptions de maisons, d'animaux, de plantes; le tout calqué sur ce qui existe sur la terre. Ce sont des romans de Jules Verne, mais beaucoup plus puérils.

Voilà de vraies différences de fonctionnement psychologique. Mais il y a aussi un caractère éthique qui différencie. Les visions des saints montrent leur origine divine, parce qu'elles portent énergiquement aux vertus difficiles, & la lutte contre l'orgueil, la sensualité, l'égoïsme. Les visions d'Hélène n'ont aucun but analogue. C'est une fille honnête, voilà tout. Sa vie n'est pas tr.insforraée.

4 7 ter. — 4* 11 ne faut pas non plus confondre l'extase avec les illuminations troublantes et les rêveries produites par l'alcool, ou l'étber, le chloroforme, le haschisch, l'opium, la morphine, le protoxyde d'azote.

LIS GRACU D'ORAISO!!. 18

D'abord, a) l'état physique est fort différent. Par exemple, personne ne confondra l'attitude noble d'un extatique avec celle d'un homme ivre.

b) Le genre de connaissance n'est pas le même. Si celui qui s'administre les substances ci-dessus n'est pas arrivé à l'évanouissement total, et qu'il reste des intuitions, elles « sont caractérisées par une multiplicité d'images qui s'appellent sans ordre logique et sans lien réel; les connaissances de cet ordre ont pour marque essentielle l'incohérence. L'esprit est devenu le jouet des représentations qui se succèdent devant lui, bizarres, étranges, inattendues» (l'abbé Michelet, Revue du Clergé français, 1" janvier 1908, p. 4.0). Chez le mystique tout est cohérent et élevé.

Dans son livre sur La Subconscience (traduit de l'anglais. Alcan, 1908), M. Jastrow donne des détails intéressants sur les effets mentaux des anesthésiques, pris cependant à dose modérée, pour ne pas perdre complètement connaissance. Il n'y a alors qu'un demi-rève.

L'opium, le haschisch produisent souvent « un sentiment d'amplification » (p. 183). Les objets sont agrandis, les maisons paraissent immenses, le temps de remonter sa montre parait un siècle, on se sent des proportions athlétiques et une importance plus grande.

Un toxique mexicain, le mescal, produit l'illusion d'objets qui changent sans cesse, avec les couleurs les plus éclatantes. On voit de splendides papillons, « une boite à cigarettes brille comme une améthyste ». Les objets réels sont transformés par le brillant milieu où ils sont plongés. Les lignes d'un monument paraissent « couvertes de grappes de pierres précieuses » ou « de fruits confits » et tout se résout « en une pluie de couleurs » (p. 186, 187).

« L*éther semble particulièrement propre à éveiller chez certaines personnes des visions d'un caractère contemplatif, philosophique. Délivré de tout sentiment d'effort, le voyant a le sentiment de planer dans de hautes régions où la vérité lui apparaît, où les doutes qui l'obsédaient sont levés » (p. 351). « Ces révélations, il est vrai, sont vides de sens » (ibid.).

Ces effets sont encore plus accusés par l'inhalation du protoxyde d'azote. William James, qui en a fait l'expérience, déclare « qu'on est tout rempli d'une clarté métaphysique intense. La vé-

rite nous est dévoilée jusque dans ses plus intimes profondeurs et l'on est presque aveuglé par son évidence » (p. 178). Mais il a constaté que les phrases par lesquelles il traduisait ses belles découvertes étaient dénuées de toute signification. M. Yastrow cite à ce sujet un récit typique du D'Holmes : « Le voile de l'éternité se leva. La seule grande vérité, celle qui est la base de toute expérience humaine, et qui est la clef de tous les mystères que la philosophie a cherché en vain à résoudre, m'apparut en une soudaine révélation. Dorénavant tout était clair pour moi : quelques mots avaient élevé mon intelligence au niveau dei connaissances des chérubins. En revenant à mon état naturel) j'allai en chancelant à mon bureau, et j'écrivis en lettres mal formées /a vérité qui embrasse tout, vérité qui brillait encore faiblement dans ma conscience. Voici les paroles que j'écrivis : « Une forteodeur de térébenthine règne partout I » — Quelle déception I

Les extatiques n'ont pas besoin d'anesthésiques pour sentir leur intelligence agrandie; et lorsqu'ils reviennent à l'état normal ils se souviennent des vérités contemplées et en constatent la gprande valeur. C'est un psychisme tout différent.

c) « Revenus de leur ivresse, ralcoolique et le fumeur d'opium demeurent dans un état d'abrutissement... La pensée et l'action sont simultanément diminuées. On dirait une épave après un cataclysme. Si la vie intellectuelle a subi un affaissement, la vie sociale est loin d'être améliorée. Qui est devenu plus humble, plus pur, plus charitable après l'ivresse? » L'extatique au contraire est devenu « meilleur pour lui-môme et pour les autres » (M. Michelet, ibid., p. ki)

48. — Resterait une dernière question. L'extase ne peut-elle être produite sans maladie, mais d'une manière purement naturelle, par une grande concentration de l'attention sur un sujet religieux? Ce point sera étudié à part dans le chapitre xxxi, § 3; la réponse sera que pratiquement cette possibilité doit être rejetée.

48 bis. — Les savants libres penseurs (voir 14) qui confondent les élaUi si dlaparales dont nous venons de parler oublient trop facilement leurs habitudes scientifiques sitôt qu'ils touchent à la religion. Tant qu'ils sont sur leur terrain professionnel, on les trouve admircdbles de prudence, de sincérité dans C observation ^ de défiance pour les hypothèses non justifiées. Du reste, s'il leur arrivait de se départir de ces règles sévères, leurs bons confrères

seraient là pour leur donner des avertissements humiliants. Mais sitôt qu'ils sortent de leur spécialité, les voilà qui perdent leur belle tenue scientifique; ils ne vérifient plus les faits, ils font des synthèses simplistes et a priori. Bah ! leurs lecteurs n'en savent pas plus long et, comme eux, veulent que leur thèse antireligieuse soit exacte. Ce n'est vraiment pas la peine de se gêner.

Seulement ce n'est plus de la science, c'est de la fantaisie.

40. — ÉTanouissenient. Les contrefaçons précédentes supposent que le système nerveux est atteint très profondément. Mais il y a une contrefaçon plus simple, plus anodine, c'est l'éyanouissement. Il peut survenir à une personne très anémique, ou épuisée par des pénitences indiscrètes. Il suffit d'une émotion un peu forte, ne serait-ce qu'un vif mouvement d'amoiir divin, pour qu'elle s'afi'aisse. S'* Thérèse signale cet état [Château, 4, ch. m; Fondations , ch. vi) (1).

Cette contrefaçon de l'extase se présente dans les conditions suivantes : 1" on s'était mis en oraison ; puis 2* on est tombé dans cette sorte de sommeil, pendant lequel on n*a pensé à rien; 3" et naturellement, en revenant à soi, on ne se souvient de rien.

AO. — Si ces personnes appellent cet état une oraison, c'est uniquement parce qu'il y a eu de l'oraison au début, peut-être même une vraie quiétude. Elles font ce raisonnement : « puisqu'il y a eu une grâce d'oraison au commencement, il est à croire que cette grâce a continué ».

Mais c'est là une byiiothcse tout à fait gratuite. De même qu'une personne fatiguée peut très bien céder au sommeil vulgaire pendant qu'elle reçoit l'oraison de quiétude (cb. xv, !•), de même, si elle a un tempérament usé, elle peut tomber en faiblesse. Tout simplement, le naturel a succédé au surnaturel. C'est un état pathologique.

51. — Scaramelll, qui dépeint ces états (Tr. 3, n" 82), admet au contraire que c'est là une espèce particulière d'extase. Il l'appelle sommeil spirituel, en prenant ce mot dans un sens

(1) La sainte dit chez quelles personnes elle a vu le fait se produire. Ce sont < celles qui font beaucoup de pénitences, d'or-aisons et de veilles ou qui simplement sont d'une faible coraplexion ». En conséquence, elle indique le traitement : « La sui)érieure doit lui ordonner de diminuer les heures d'oraison, la faire dormir et manger plus qu'à l'ordinaire, jusqu'à ce que ses forces naturelles soient revenues n (Château, ibid.).

Ce passage nous montre que S** Thérèse savait très bien distinguer la vraie extase de ses contrefaçons.

autre que S" Thérèse. Il suppose du moins qu'un tel état laisse de bons effets après lui : l'âme se retrouve avec une paix profonde; l'esprit reste attaché à Dieu et détaché des créatures. C'est uniquement à cause de ces effets qu'il juge que l'état a été surnaturel.

Mais cet argument n'est pas concluant. Comment savez-vons que ces bons effets sont dus à l'oraison faite à telle heure, plutôt qu'à tout l'ensemble de la vie spirituelle? Vous l'ignorez. Vous dites qu'en sortant de cette espèce de sommeil, la personne a l'âme calme, ou pleine d'entrain pour l'action. Mais le sommeil naturel produit les mêmes effets réparateurs sur les personnes accablées de fatigue. Une « bonne nuit » les rend joyeuses et alertes.

A2. — nainfenons fermement ce principe, prouvé par des milliers d'exemples, que les vraies extases amplifient l'intelligence et la volonté, au lieu de les déprimer et surtout de les annihiler (1). Si on veut nous faire admettre une exception, même rare, montrons-nous très difficiles en fait de preuves. Or, Scaramelli ne nous a donné que des hypothèses.

ftS. — Je dirai plus loin (ch. xxii, 69) comment on peut dlstln- 9aer pratiquement l'extase divine de ses contrefaçons diaboliques ou naturelles.

(1; S^ Thérèse : • Comprenons bien cette vérité : tout ce qui nous lie de manière à O0D8 enlever tutage de la raiton doit nous être suspect > {Fondation», ch. vi).

CITATIONS

§ 1. — Effets divers des ravissements.

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