‹ Des grâces d'oraisonChapitre 123 sur 199 · Thérèse · texte numérisé non relu

Thérèse

1* Début du ravissement. « Dans Tuiiioa de l'extase simple, nous trouvant encore comme dans notre pays, nous pouvons presque toujours résister à l'attrait divin, quoique avec peine et violent effort, mais il n'en est pas de même dans le ravissement, on ne peut presque jamais y résister... De temps en temps, Dieu daigne se contenter de nous faire voir qu'il veut nous accorder la faveur du ravissement, et qu'il ne tient qu'à nous de la recevoir. Alors si nous résistons par humilité [par exemple en public], elle produit les mêmes effets que si elle eût obtenu un plein consentement » (Vie, ch. xx).

2» Après une suite de ravissements. « J'ai été tous ces jours-ci à peu près comme un homme ivre... L'âme éprouve une sorte de peine à s'occuper d'autre chose que de son divin objet. Auparavant j'avais été près de huit jours dans une si grande sécheresse, que très sou vent j'étais incapable d'avoir même une bonne pensée » {Lettre à son frère, janvier 1577).

3° « Dans une voie si spirituelle et si élevée, deux choses, selon moi, mettent véritablement la vie en péril. L'une, ce martyre dont je viens de parler [le besoin de voir Dieu]; l'autre, l'excès de la joie et des délices qui mettent l'âme en si grand danger qu'elle parait y succomber. Il semble que pour rien, moins que pour rien, elle va sortir du corps » {Château, 6, ch. xi).

55. — S^ Liguori, parlant probablement de lui-même, à propos du vol de Cesprit :

« Une personne qui a reçu cette grâce me racontait que, dans ces élévations •d'esprit, il lui semblait que son âme était arrachée du corps, et élevée avec violence, comme si elle parcourait en un instant un million de milles. De là pour elle une grande terreur, car elle ne savait pas où elle allait. Une fois arrêtée, elle était éclairée par quelque secret divin » {Homo apost., App. I, n*- 17).

S 8. — Visions de la DiTinité et de certains attributs dans l'extase.

S«. — S» Thérèse :

1» « Quand l'âme est dans cette extase, Notre-Seigneur lui fait la grâce de lui découvrir par des visions irnaginatives quelques secrets des choses célestes... Il lui accorde aussi des visions intellectuelles, dont quelques-unes sont si élevées, que l'âme manque de termes pour les exprimer, Dieu le permettant sans doute ainsi parce qu'il ne cottvient pas que des créatures qui sont encore sur la terre en aient connaissance. Quant à la plupart des autres, elle les peut rapporter quand elle est revenue du ravissement... Bien que certaines visions ne puissent se rapporter, elles demeurent tellement gravées dans le fond de l'âme, qu'elles ne s'en effacent jamais... Je suis persuadée que si l'âme, dans les ravissements qu'elle croit avoir, n'entend point de ces secrets du ciel, ce ne sont point des ravissements véritables... Notre-Seigneur, traitant l'âme comme son épouse, lui fait voir une petite partie du royaume qu'il a acquis et qui n'est autre que lui-même » {Château, 6, ch. iv. Voir encore Chemin, ch. xixiv).

2f* u L'âme se trouve instruite en un instant de tant de choses merveilleuses, qu'elle n'aurait pu, avec tous ses efforts, s'en imaginer, en plusieurs années, la millième partie... Si Ton voit quelques saints, on les reconnaît comme si on avait eu avec eux des rapports intimes » {Château, 6, ch. v).

3** <( Il semble que Dieu veuille lui faire conuaStre quelque chose de ce pays qu'elle doit habiter un jour; c'est ainsi que, par les députés envoyés par les Israélites, il fit connaître à son peuple la fécondité de la terre promise. »

Ces ravissements produisent « trois effets... Le premier, une connaissance de Dieu, qui, â mesure qu'il se découvre à nous, nous donne une idée plus haute de sa grandeur. Le second, la connaissance de nous-mêmes et un sentiment d'humilité... Le troisième, un souverain mépris pour toutes les choses de la terre « {Château, 6, ch. v).

4* « Dans la vision de la très Sainte Trinité, je vois que les trois Personnes sont distinctes l'une de l'autre, aussi clairement que je vous vis hier, mon Révérend Père, vous et le Père provincial, excepté que, ni des yeux ni des oreilles du corps, je ne vois ni n'entends rien... Mais quoique je ne les voie point, pas même des yeux de l'âme, j'ai une certitude extraordinaire de leur pré* sence; et quand cette présence vient â manquer, je m'en aperçois aussitôt... Quoique les trois adorables Personnes se montrent distinctes... mon âme voit clairement que ce n'est qu'un seul Dieu « (2« Lettre au P. Rodrigue Alvarez).

5* •« 11 arrive que Notre-Seigneur fait tout â coup entrer l'âme dans une extase où il lui découvre de grands secrets qu'elle croit voir en Dieu même... < est une vision intellectuelle qui fait connaître à l'âme de quelle maniera tuiles les choses se voient en Dieu et comment elles sont toutes en lui. Cette i>ion est très utile. Malgré sa courte durée, qui n'est que d'un moment, elle demeure profondément gravée dans l'esprit » {Château, 6, ch. x).

»»». — La B- Angèle de Koligno ;

« Lorsque le Dieu Très-Uaut vient rendre visite à l'âme, celle-ci reçoit quel-

quefois la faveur de le voir; elle le voit alors en cllc-môrae, sans forme corporelle, plus clairement qu'un homme mortel n'en voit un autre. Les yeux de l'âme aperçoivent alors une plénitude purement spirituelle, dont je ne puis rien dire, parce que les paroles et l'imagination sont impuissantes à l'exprimer. Dans cette contemplation, Tâme éprouve une délectation ineffable; elle ne peut penser à autre chose; elle est saturée d'une manière admirable » {Vie, ch. LU}.

SS. — La V»'» Anne de Saint-Barthélémy, compagne de S*' Thérèse, eut, dans sa jeunesse, une extase où lui fut montrée l'éternité de Dieu. « Cette vue, dit-elle, ne dura qu'un instant, le temps d'ouvrir et de fermer les yeux » {Vie, par le P. Bouix, deuxième édition, 1. II, ch. iv).

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