S*« Thérèse, sur les fiançailles
l'Quand ont-elles lieu? < Que fait Dieu pour conclure ces célestes fiançailles? 11 met l'àme dans des ravissements qui la dégagent des sens, parce quelle ne pourrait, en leur demeurant unie, se voir si proche de cette souveraine Majesté sans entrer dans une frayeur qui lui coûterait peut-être la vie » {Château, 6, ch. iv) (1).
2* Elles sont probablement une possession passagère de l'union transformante, car la sainte ne signale comme différence que celle de durée :
« Il se trouve, entre les fiançailles et le mariage spirituel, la même différence qu'ici-bas, entre de simples fiancés et de vrais époux... Dieu [dans le mariage spirituel] ne veut plus se séparer de ràmc. Après les simples fiançailles, il n'en est pas ainsi; plus d'une fois on se sépare... Dans le mariage, ïkme ncsl jamais privée de la compagnie de Dieu... L'union des fiançailles peut se comparer à celle de deux flambeaux, tellement rapprochés qu'ils ne donnent qu'une seule lumière, mais qui peuvent être séparés l'un de l'autre » {<.fiàteau, 7, ch. u.
3» Les ravissements de la sixième demeure confinent à la septième. « J'aurais pu joindre ensemble ces deux dernières demeures, parce que, pour aller de l'une à l'autre, l'âme ne rencontre point de porte fermée » {Château, «, ch. iv).
**. — S'« Thérèse. Sur le second élément du mariage spirituel, la transformation :
1* « La manière dont cet esprit [de Dieu] est dans le centre de notre âme est fort difficile à comprendre et même à croire » {Château, 7, ch. n).
2* «< Ce que Dieu, dans c*^ rentre, communique à l'amc en un instant est
un si grand secret, une si haute faveur, et transporte l'âme d'un plaisir si
inénarrable, que je ne sais i quoi le comparer... Ce que j'en comprends, c'est
que ce que j'appelle l'esprit de l'âme devient une même chose avec Dieu »
l'/idteau, 7, ch. u).
3* « L'union du mariage spirituel est plus intime que celle des fiançailles
.1) Ici le p. Boulx « traduit le mot deip<ysorio (fUiiçaiUei) par managt; ce qui chingO I '■ sens de ce pusage.
LtS CRACtS d'oraîso.n. 20
spirituelle?. C'est comme l'eau qui, tombant du ciel dans une rivière ou une fontaine, s'y confond tellement qu'on ne peut plus séparer l>au terrestre de l'eau du ciel; ou bien comme un petit ruisseau qui entrerait dan» la mer et s'y perdrait. Cest encore comme une lumière qui se divise en «ntrant dans un appartement par deux fenêtres, mais qui ensuite ne forme qu'u/)^ sfule lumière. C'est là que le mystique papillon dont j'ai parlé, meurt avec un indicible plaisir, et que Jésus-Christ devient sa vie... L'âme comprend... qu'elle ne vit plus qu'en son céleste Époux. Elle voit clairement, par certaines aspirations d'amour, secrètes mais très vives, que c'est son Dieu qui lui donne la cie... L'âme ne peut s'empêcher de dire : 0 vie de ma vie, ô mon soutien, et autres paroles de ce genre... Elle voit clairement que c'est Dieu qui lance les flèches dont elle est blessée, qu'il est la vie de sa vie et le soleil dont la lumière se répand de son intérieur sur toutes ses puissances... Si un arbre planté au bord des eaux en est plus vert et donne plus de fruits, faut-il s'étonner qu'une âme dont la partie supérieure ou l'esprit ne fait plus qu'un avec l'eau céleste dont nous avons parlé, conçoive de si ardents désirs de la gloire de Dieu? » {Château, 7, cb. II).
*•. — i>' Jean de la Croi.\. .Môme sujet :
l» « L'ime arrive à être toute remplie des rayons de la divinité et toute transformée en son créateur. Car Dieu lui communique surnaturellement son être, de telle sorte qu'elle semble tire Dieu même, qu'elle a ce que Dieu a, et que tout ce qui est à chacun semble être une même chose par cette transformation. On pourrait même dire que, par cette participation, Time parait être plus Dieu qu'elle n'est âme, quoiqu'il soit vrai qu'elle ^^arde .*on être et que celui-ci reste distinct de l'être divin, comme le verre reste distinct du rayon qui l'éclairé et le pénètre » {Montée, 1. II, ch. v).
2" «< Ce divin mariage est une faveur infinimont supérieure aux simples fiançailles. C'est une transformation totale de l'àme en son Bien-Aimé, transformation dans laquelle les deux parties se donnent et se livrent Tune à l'autre d'une manière absolue, par une certaine consommation de l'union d'amour, qui élève l'àme au-dessus d'elle-même, qui la divinise, et (a rend, pour ainsi parler, Dieu par participation, autant du moins que la chose est po3sil>le en ce monde. A mon avis, jamais l'àme ne paivient à cet l'tat sans y éire confirmée en grâce; car la fidélité des deux parties devient plus inébranlable que jamais, et c'est de cette manière que Dieu prouve la sienne à l'àme dont il a fait son épouse » {Cantique, strophe 22, vers 1).
« L'àme repose maintenant entre les bras de son adorable Époux, auquel elle se sent continuellement unie par un embrassement spirituel très intima, très réel, et qui la fait t?it;re de la vie même de Dieu » {ibid., vers 2).
3' Au ciel « l'àme aimera Dieu aussi ardemment qu'elle est aimée de lui. Comment n'en serait-il pas ainsi, puisque son entendement sera l'entendement de Dieu, sa volonté la volonté de Dieu, son amour l'amour même de Dieu (1/.' Sa volonté ne sera pas anéantie, mais elle sera si étroitement identifiée avec la puissance cTamour dont l'aime la volonté de Dieu, qu'elle lui rendra cet amour avec une force égale et une i^gale perfection, .\lors les deux volontés n'en
(1) I.e saint purle ici le langage des apparences.
L UNION TRANSFORMANTE. 007
feront plas qu'une, et n'auront plus qu'un seul et même amour, l*ûmour de Dieu. L'àrae airaera Dieu avec la volonté et la force de Dieu même, unie à la force de l'amour dont elle est aimée de lui... Dans le mariage spirituel, qui la rerêt de grâce, peu s'en faut que son amour, par la vertu de J'Esprit- Saint, oe s'élève jusqu'au degré que nous venons de signaler... L'àrae ne dit pas, il e»t bon de le remarquer, que l'Époux lui donnera là son £.mour, Lieu qu'il le lui donne en réalité. En parlant de la sorte, elle aurait simplea-.er.t t'ait cacaprendre que Dieu lui temoïQuerait de l'amour; mais elle dit que là il lui eoseijaera h manière de l'aimer, -avec toute la perfection à laquelle elle prétend. En effet, en lui donnant l'amour dont il aime lui-ntéme, il lui apprendra en même temps à l'aimer autant qu'elle est aimée de lui... Il lui communique sa propre force, qui la rend capable de l'aimer dans le mesure d'intensUé dont il l'aime lui-nn*me... Lànie, tant qu'elle ne5?t pa^ arrivée là, n>st jamais pleinement satisfaite... S'il est vrai que l'état du maricge spirituel ne comporte pas l'absolue perfection d'amour qui existe dans la gloire, il n'est pa m»tns certain qu'il en est un reflet frapptint, que le langage Jiu~ merin reste ubiolument impuissant à dépeindre » [Cantique, sir. 38, vers Ij.
4" Après avoir expliqué strophe 38) qu'un vers du Cantique désigne la vision b'-atifique par les mots : celle chose:
« i>aD§ l'état en Hkariage spirituel, l'âme ne laisse pas que depossé<îer, uos ce moade, une certaine eonnaiisance de c cette chose » qui ne peut s'exprimer. Sa transformation en Dieu lui en fait déjà «'prouver quelques effets... Pour donner quelque idée de « cette chose » que l'Époux doit lui accorder dans U tra' »n béatifique, l'àme... parle d'abord de la double aspiration de
1 K- l'ieu en elle et d'elle-même en Dieu... L'aspiration [conipar'.'e au
z-'phyc'j est une capaciiè nouvelle que Dieu doit donner à l'àme par l'effusioa de l'Esprit-Saint " Cantique, str. 39, préambule).
'y >' En admettant que Dieu accorde à rAmc la faveur de Tunir à l'auguste Trinit'', faveur qui la rend déiforme et Dieu par participation, qu'y a-t-il d'incroyaile à ce qu'elle puisse accomplir en Dieu son œtevre d'intelligence, de connaissance et d'amoitr, ou, pour mieux dire, à ce qu'elle la reçoive dans la très Sainte Trinité, en union avec elle et comme elle? » {ibid., vers 1).
<> (I Tout ce que je dirai est inûniment au-dessous de ce qui se passe en réalité, dans cette union intime de l'âme avec Dieu... L'àme dont il s'agit est déjà transformée et toute ptnétrée par ce feu d'amour dans un degr»'- intense. Noi' tit elle est unie à ce feu divin, mais il produit en elle une tlanirae
aifl' t elle aparlaileraeut conscitiice >- (Prologue de la Yivc Flammé).
1' « L'àme identifiée avec celui qu'elle aime, devient Dieu par participation... L'àme aime Dieu par Dieu lui-même ; c'est là une excellence merveilleuse » (Vio< FkuÊtme, str. 3, vers 6).
8* " Dieu possède alors làine dune manière si sublime, el! .'X
Ol lui avec tant de forco, tl parée d'une telle abondance de a. . "?,
qu'il lui semble toucher à la béatitude, el n'en être plus séparée que par une toile légère et traniparenle » {Uid., str. 1, préambule).
9* Variations d'intensité dans cette union. << Le Bien-Aimé réside habituello- [ii'M ! Uns l'àme comme endormi dans un doux embrassement. L'âme le sent pu: ! I ment bien et d'ordinaire elle y trouve d'incifablcs dOIiccs. S'il se fai-
sait toujours sentir à elle comme (îveitlé, toujours il lui communiquerait de nouvelles connaissances et de nouvelles ardeurs; ce serait jouir de la gloire de la patrie » {Vive Flamme, str. 4, vers 3).
»0. — La V"* Marie de l'Incarnation, ursuline, commença, un peu avant l'âge de ving^ et un ans (1), à avoir une union presque permanente avec Dieu, qui alla en croissant pendant cinquante-deux ans jusqu'à sa mort. Quoique dès le début elle eût eu la vision intellectuelle de la Sainte Trinité et quelle désignât son état par le mot de mariage spirituel, il est à croire qu'il ne faut pas l'entendre dans le sens strict. Car celte union fut traversée par de longues interruptions, jusqu'à l'âge de quarante-huit ans (Voir ch. xxiv, »*l); ce qui, d'après l'opinion commune des auteurs, ne semble pas convenir à l'union transformante. Elle appelait cette union « son état foncier et permanent ». « En cet état, dit-elle, on peut parler de tout, on peut lire, écrire, travailler et faire ce que l'on veut, et néanmoins cette occupation foncière demeure toujours, et l'àme ne cesse point d'être unie à Dieu, dont les grandeurs même ne la distraient point... Les orages des tentations n'arrivent point là, et rien ne peut tirer l'âme de son bienheureux séjour » {Vie, par Cl. Martin, ch. xxvui, ad'iit,; l'abbé Chapot, part. I, ch. vui).