QUATRIÈME PARTIE
RÉVÉLATIONS ET VISlOîfS (dES CRÉATDRES). PARTIE DESCRIPTIVE.
t. — Ces grâces ont beaucoup m«in;4 d'iinpertanee que Tunion mystique, au point de vue de la sanctification.
Bien des chrétiens croient le contraire. Ce qui les trompe, c'est le rôle prépondérant qui est donn«'* aux révélations dans la plupart des Vies de saints. Us se figurent que ces grâces ont occupé .iiitant (le place dans l'existence dn saint que dans le récit.
Ce qui a amené les hbtoriens à ce genre de rédaction, c'est (jue l'union mystique est tellement simple et insaisissable, qu'en dix lignes on a souvent exposé tout ce que le saint en a pu dire ; tandis que les visions se prêtent à do longues narrations. De plus, l'auleur les comprend mieux. Enfin il sait qu'en s'adressant à r imagination de ses lecteurs, il leur plaira davantage.
§ 1. — Diverses espèces.
a. — 11 va trolN empêceM de pnr«l«« surnaturelles, suivant !.*s facultés de plus en plus nobles qui .«^onl enjeu, roule corporelle, l'imagination, l'intelligence.
S. — 1* Les pAr«le« ext^rleiirm ou auriculaires sont cnlcn-
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dues par l'oreille, comme le sont les paroles naturellrs. On reçoit des sons, mais produits surnaturellement.
■fl. — 1" Les parole* iniaginatives (1) sont encore formées de mots, comme les piccédentes, mnis sont reçues directement sans le secours de l'oreille. On peut dire qu'elles sont perçues par le sens imagina tif. Elles sont comprises, avec les suivantes, sous le nom de paroles intérieures.
5.-3° Les paroles Intellectuelles. C'est une simple communication de pensées, sans mots, et par suite sans l'emploi d'une langue particulière. « Dieu, dit S** Thérèse, initie à ce parler sans paroles qui est le langage de la Patrie » [Vie, ch. xxvii).
Notre propre esprit lui-même se passe quelquefois de mots. Car, lorsque nous écrivons, il nous arrive souvent de dire : je ne trouve pas de mots pour bien exprimer ma pensée.
Les anges bons ou mauvais peuvent nous parler intellectuellement; mais à la condition que Dieu intervienne pour nous donner, au moins momentanément, la faculté de les entendre. Autrement ils ne peuvent agir ici-bas que sur notre corps ou notre imagination.
Il faut faire une remarque analogue sur les visions intellectuelles des angos.
« — Il y a une expression employée par S' Jean de la Croix, mais dont je ne me servirai point, parce que je la trouve trop obscure. Il désigne sous le nom de paroles intellectuelles successives des paroles qu'il serait plus clair d'appeler apparentes. Ce sont celles que notre propre esprit fabrique, soit par sa seule activité, soit avec une base réelle, en précisant et rédigeant certaines vérités que Dieu nous montre ou des semblants de vérités que présente le démon. En réalité Dieu ne dit rien, mais voici ce qui fait illusion : dans certains cas, « l'esprit raisonne avec tant de facilité et de précision sur les choses (ju'il ignorait auparavant, [ou qu'il avait oubliées], qu'il se ligure n'être pas l'auteur de ces conceptions. Se croyant incapable de les produire, il lui semble qu'une autre personne lui parle intérieurement, lui
(1) En français l'usage est de dire : paroles et visions imaginaires, au lieu d'imaqinatives, parce qu'on a voulu calquer le mot latin. Si je fais ce changement, c'est que, dans notre langue, le mot imaginaire indique presque toujours un écart d'imagination; il s'applique à des choses qui n'existent on aucune façon; tandis «lu'twuï^tna^i/" désigne l'acte non désordonné de l'imagination. Souvent les profanes comprennent mal le mot imaginaire, parce qu'ils l'entendent dans le sens vulgaire.
n'^pond, ou l'instruit... L'esprit humain s'adresse un dialogue à lui-même » [Montée, 1. Il, ch. xxix,.
Puisque ce sont de fausses paroles, je préfère les appeler ainsi. De plus, le mot successives insinue que les vraies paroles intelloctuelles ne méritent jamais ce nom; or le saint dit le contraire au chapitre suivant : « Tautùt, dit-il, elles se bornent à un seul mot, tantôt elles se succèdent comme les précédentes et transmettent à l'âme une instruction prolongée. »
Voir, au n° 25, deux autres expressions employées par le saint.
t. — Les Tirions se classent de même en trois espères :
8. — 1° Les irisions extérieures, appelées aussi oculaires, ou corporelles (1), sont perçues par les yeux du corps. Un être matériel se forme ou semble se former en dehors de nous, et nous l'apercevons comme tout ce qui nous entoure.
9. — 2° I^s visions Imnginntives consistent encore à voir un objet matériel, mais sans le secours des yeux. Il est perçu par le sens ima^dnatif.
iO. — 3° Les visions Intellectuelles sont perçues par l'esprit seul sans image intérieure. On peut voir ainsi Dieu ou les anges, et môme un objet matériel, mais pour ainsi dire comme on verrait intellectuellement des anges, c'est-à-dire sans aucune forme. Ces visions peuvent être confuses ou distinctes (Voir les citjitions, 49).
II. — Les visions qui surviennent pendant l'extasie ou en songe appartiennent (sauf exception miraculeuse; à l'une des deux dernières cat«''gories, car normalement les yeux ne fonctionnent pas pendant l'extase.
Peut-être certains états que l'Écriture appelle sommeils prophétiques étaient-ils en réalité des extases.
IX. — Quand les anges bons ou mauvais apparaissent dans une vision corporelle ou imaginative, ce n'est pas eux qu'on voit réellement, puisqu'ils n'ont pas de corps. C'est une forme empruntée. De môme qu'en voyant un autre homme, nous n'apercevons pas réellement son dme sur le visage.
Quand le démon apparaît sous forme corporelle, rien ne l'cmjxVhe de se donner le même charme, le môme air de sainteté
tl) l'ar I mot pst ambigu. Il aurait pu signifier seuli?m.>nt que
i'objet de : M.iis on veul de plus indiquer le mod^ exu-riour de
vision, à i «•\liu'-;imi h'v (iiii\ inodf^ suivants.
qu'un bon ang-e. Si la vision est istollectuelle, le masque tombe, sauf peut-î^tre quand oUo. est très obscure.
S" Brigitte dit que si on voyait uq ange très clairement, «n en mourrait de plaisir, et que si c'était un dénion, on en mourrait d'effroi et d'horreur 1. H. ch. wiiii.
«S. — On peut avoir aussi la -wntr Intellerinelle die ««n ktae. A l'état naturel nous sentons seulement nos actes, et àe lu nous concluons à l'existence de nos facultés. Mais nous ne percevons pas directement ces facultés. Or Dieu peut nous élever surnatarellement à une connaissance plus profonde, nous montrer notre nature telle qu'elle est, nous faire voir même son état de grîce, etc. Au ciel nous aurons toutes ces connaissances.
14. — S' Liguori remarque avec raison que « les révélations (les choses occultes ou futures, telles que les mystères de la foi, l'état des consciences, la prédestination de certaines personnes, leur mort, leur élévation à une dignité et autres choses semblables, peuvent arriver de trois manières : par des visions, par des paroles, ou par la simple intelligence de la vérité » (Homo apcst., append. I, n' 22 .
t A. — L'histoire prouve que les visions ou paroles extérieures ont été souvent reçues, au moins passagèrement, par des personnes qui se trouvaient dans la voie de l'oraison ordinaire. L'apparition aux enfants de la Salet te semblerait dans ce cas. Mais les risioBs et paroles surnaturelles d'ordre plus élevé ne soni généralement données, du moins avec quelque fréquence, que quand on est arrivé à peu près à rdge de l'extase.
S" Thérèse entendit des paroles avant d'avoir des visions. Voici un résumé historique des grftces qu'elle reçut :