I. L'AUTEUR ET [.E LIVRE. xui
cm jusque-là inabordable au grand nombre. On sent que Tauteur a toujoars eu en vue, quand il parle de choses vraiment mystiques, des lecteurs — et plus encore des lectrices — d'intelligence et de culture moyennes, de lx)nnes dévotes qui ne font pas parler d'elles, des religieuses cloîtrées, des âmes humbles et modestes. Même dans les discassions savantes, ou avec ceux que l'on appelle les savants, il reste populaire, accessible à tous — un parfait vulgarisateur. On retrouve ici l'auteur de la « Géométrie du pauvre », avec ses phrases courtes, ses explications simples jusqu'à en être parfois simplettes, ses divisions nettes, ses paragraphes multipliés, ses artifices ingénieux de typographie, toutes les condescendances du professeur pour des élèves de bonne volonté. Ces avantages, comme il arrive en pareil cas, ne vont pas sans quelques inconvénients : morcelage à outrance, nuisant parfois à la vue d'ensemble; classifications tant soit peu artificielles, où les définitions et les formules ne répondent qu'imparfaitement à la réalité concrète; dissections de l'action vivante, où l'àme, principe d'unité, de continuité, de vie enfin, se dérobe un peu au regard de l'observateur. Il faut pourtant reconnaître que l'auteur a tout fait pour diminuer ou prévenir ces inconvénients, qui sont la condition de toute analyse et de toute observation scientifique. Il nous avertit à chaque instant, que tout se tient dans cette vie mystique; que les divers états se suivent sans transition brusque, se fondent ensemble, se mêlent sans cesse l'un à l'autre (1).
Ce mélange d'avantages et d'inconvénients est particulièrement sensible dans le rejet des textes à la fin des chapitres. Les avantages sont très grands. Le lecteur n'est pas à chaque instant distrait par les notes: le mouvement et la suite des pensées sont plus visibles; les textes, donnés tout au long et se suivant sans interruption, forment une sorte d'anthologie mystique, dont chaque chapitre présente un bouquet composé de ce qui existe de plus caractéristique ou de plus beau sur chacun des sujets traités. D'autre part, la vérification immédiate est moins facile, le texte est un peu sec et décharné, le rapport entre l'assertion et les autorités qui l'appuient est moins étroit (d'autant que parfois les citations ne prouvent pas tout à fait ce qu'on leur demande de prouver .
Cependant, tout compte fait, il semble que les avantages dépassent les inconvénients, ot cela d'autant plus que l'on verra dans le livre ce que l'auteur y voyait principalement, un guide pratique « pour les âmes qui commencent à recevoir les grâces mystiques et ne savent
(l) Voir, à la Tabie analytique, ï^ mot* continuité, unité, degrés, transitions.
Vf INTRODUCTION A LA DIXIÈME ÉDITION.
comment se débrouiller dans ce monde nouveau » ; et aussi pour celles « qui s'en rapprochent et sont entrées dans les états voisins », vu que « les diflicultés se présentent déjà pour elles » (1).
Il est vrai, ce n'est pas sous cet aspect pratique que le grand nombre des lecteurs envisage ce livre. Mais même pour ceux qui cherchent moins ici une règle pour leur conduite personnelle qu'un manuel de la science mystique, il faut, ce me semble, reconnaître que l'auteur a été bien servi par son sens pédagogique dans l'ordonnance et la disposition, dans tout ce qui regarde la rédaction de l'ouvrage. Reste à voir si le fond répond à la forme.
(1) Préface de la première édition, 2.
LE FOND DE l'OUTRAGE.