RÉVÉLATIONS. CO.>{MENT LES JUGER
ver« ; c'est sa pieuse ivresse. Ainsi le taleut de rédaction de certains passages n'est pas une preuve évidente que Dieu les ait i*évélés.
1». — 3" Quelles sont les différentes veriu« de cette personne? Quel a été son niveau d'ensemble au point de vue de la perfection, soit avant les révélations, soit depuis?
Si, •vaut les révélations, la personne était vicieuse, et surtout d'une conduite scandaleuse, il n'est pas probable que Dieu l'ait choisie pour lui accorder sa faveur, sauf pour la convertir. D'autre part, l'expérience semble prouver que Dieu s'est quelquefois manifesté à des personnes simples, de vertu assez ordinaire, pour fonder un pèlerinage ou donner l'idée d'une œuvre utile. Ainsi, au début de certaines révélations spéciales, il peut se faire qu'une piété ordinaire soit suffisante.
IS. — Le point important, c'est de savoir si la vertu a beaucoup progressé opi-ès les révélations. Ces états ont-ils créé un foyer Je force morale?
Si on a observé un grand progrès dans la sanctification, si de plus ou peut Tattrihuer aux révélations et non pas simplement A d'autres grâces, il y a une forte probabilité en leur faveur. Ce n'est pas une certitude, puisque, comme on l'a vu précédemment, des saints canonisés se sont parfois trompés.
Si, au contraire, le voyant est resté à un niveau médiocre comme vertu, ses visions doivent être tenues pour suspectes. Des moyens aussi e.xti'aordinairesne sont pas faits pour aboutir à une abiiégation ordinaire.
Lopei de Ezquerra dit à ce sujet : « Toutes les communications passives et extraordinaires qui proviennent du bon esprit... produisent une excitation efficace aux bonnes œuvres... et Tàmesent que ce mouvement vient, non d'elle-même, mais de la vertu divine. fUle sent dans ses puissances comme une vie débordante qui la détourne des créatures et la tourne vers Dieu et les gramles actions. Cette motion, excitation, impulsion, est appelée par les mystiques don d'excitation. Ce don accompag-ne plus ou moins toutes les faveurs surnaturelles et mouvements infus; et sa/is f/uil y ait jamais exception. Par contre, le démon ne produit aucune vision ou illusion sans exciter finalement au mal. On peut ne pas s'en apercevoir tout d'abord; mais bientôt il se montre ouvntr mont avec ses efTets >> [Lucerna, tr. 4, n* 178).
14. — L'auteur cité vient de nous (Hir que les mauvaises tendances venant du démon pouvaient ne pas se manifester au premier abord. Ce que le démon ne peut pas faire, c'est de pousser aux vertus solides d'une manière vraie et durable. Mais, il peut, par ruse, feindre quelque temps de les encourager, à condition de les faire mal appliquer, de jeter dans des exagérations ou des bizarreries. Pourvu qu'il arrive à une fin mauvaise, le chemin lui importe peu.
Sous son influence, les pénitences corporelles seront poussées jusqu'à ruiner la santé (1); elles seront accompagnées de désobéissance, mèneront au dégoût ou rendront ridicule. La pureté de conscience dégénérera en scrupule, l'humilitc en paresse ou découragement; le zèle deviendra indiscret.
Dans l'histoire des saints, on voit que, plus d'une fois, Satan a donné aux contemplatifs de hautes idées de la vie active pour les -détourner de l'état qu'ils avaient embrassé et où ils se sanctifiaient. C'était pour les jeter dans des aventures sans issue. Par contre, il représentera les joies de la solitude à ceux qui réussissent dans l'enseignement ou le soin des malades. Il essaie de les faire changer de voie à un Age où on ne le peut plus. Dans tous ces cas, on arrive plus ou moins Aite à reconnaître l'arbre par ses fruits.
15. — On a un exemple d'une de ces ruses de Satan, dans la vie du B*"* Jourdain de ^axe. second général des dominicains. Traversant les Alpes, il fut pris d'une fièvre violente. Il était accompagné d'un prieur, versé dans la médecine, à qui il avait accordé le droit de lui commander en cette circonstance, et qui lui ordonna de se coucher sur un lit de plumes. Le démon voulant augmenter la maladie du bienheureux, pour empêcher ses prédications, lui apparut pendant la nuit sous la forme d'un ange, lui reprocha sévèrement sa délicatesse et le décida à s'étendre sur la terre. Le lendemain, le médecin renouvela son ordre. La nuit sui-
(1) Dans les Vies des saints, par exemple dans celle du B'- curé d'Ars, on voit dos jeunes et privations de sommeil qui, pour beaucoup d'entre nous, seraient indiscrets. Us nous enlèveraient nos forces, et. ce qui est plus grave, alTaibliraient nos facultés. On a même vu des saints rester plusieurs semaines sans manger. D'où vient celte différence de conduite à établir entre eu.x et nous? C'est que Dieu leur donne un secours miraculeux, donl i's se rendenl compte. Ils savent qu'ils peuvent aller jusqu'à tel point, physiquement et moralement; soit qu'ils aient reçu une lumière extraordinaire, soit qu'ils se soient livrés à une suite d'essais, comme le conseille S* Ignace dans ses Règles de temficrancé (Règle 4).
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vaiitc, nouvelle apparition de l'ange. Le malade céda encore à ses injonctions. Une troisième l'ois, le médecin commanda. L'ange revint aussi. Mais, cette fois, le bienheureu.x avait compris que l'obéissance était seule une voie sûre. Il cracha au visage de l'apparition, ce qui la mit en fuite Bolland., 13 février, Vie, par Cautimpré, u" 5 ; et Amort, 1. I, c. viii, d'après Caslaldo, 0. P.).
!•. — Parmi les vertus que la révélation doit apporter avec elle, celle qui doit briller en première ligne et sur laquelle il est capital de se renseigner, c'est l'ituniilUé. C'est celle qui est la plus contraire à notre nature et dont Satan a le plus d'horreur.
Si cette vertu est véritable, elle ne peut venir que de Dieu, et elle est un signe tn-s favorable. C'est ce qui a fait dire à Gerson, en exagérant un peu la valeur de ce signe pris isolément : « Pour décider de la valeur de la monnaie spirituelle, voici le signe premier et piincipal : quelle que soit l'œuvre qu'il s'agit déjuger, avertissements intérieure, instincts entraînants, amour extatique, contemplations, ravissements, si l'humilité la précède, l'accompagne et la suit, sans aucun élément contraire, vous pouvez être sur que cette oeuvre vient de Dieu ou du bon augo du moins en partie] » [De distinct, ver. vision., sign. '*).
L orgueil est au contraire une marque de l'illusion diabolique ou de l'imposture 1 . Il se manifeste par le mépris du prochain, l'esprit d'indépendance par rapport aux supérieurs et directeurs, l'entôlement dans la manière de voir, le refus de subir les e.\amens nécessaires, et la colère.
C'est un signe d'orgueil et dès lors d'illusion d'avoir la démanf,'eaLSon de divulguer les grâces que l'on croit recevoir. L'humilité porte à les cacher, sauf les cas assez rares d'utiUté véritable