XI
17 — i' Quelles grâces extraordinaires d'u«i«B avec Dieu cette personne croit-elle avoir reçues précédemment et quels jugements en a-t-on portés?
Si elle a eu seulement de grands sentiments d'amour de Dieu, ou même de l'orai.son de quiétude, il faudra généralement rester dans le doute au sujet de ses révélations et visions; surtout si elles
l; S" Th»»rè8c : • L'ârao reçotl-«.'IIecios favcuraet des caresses, elle doit exAininfr aiientivetnent si Hic en conçoit qu<»!iii' .^•IlIiIn••nt i\<- uninr.- i-stim". Kt si elle ne «e confond pas d'autant plus que les \ le», elle doit
t^tre aasiir**? on'clios o<? viennent i'" »•, ch. m).
sunt fréquentes. Sauf des cas exceptionnels, ces gràees ne sent accordées que lorsqu'on est beaucoup plus avancé dans l'oraison (1).
Si au contraire la personne est arrivée jusqu'à l'extase, il y a probabiliti'^ en faveur de la révélation, mais pas da vanta g"**, puisque des saints extatiques ont eu parfois des illusions, et que leur imagination a ajouté son action soit pendant, suit après la visite dinne.
is. — 5" De même quelles révélation» ou visions cette personne croit-elle avoir eues précédemment et quel jugement en a-t-on porté? A-t-elle fait des prédiietlona? Étaient-elles toutes clairement exprimées et clairement réalisées, sans avoir besoin de recourir à des subtilités d'interprétation ?
!•. — Si une prédiction isolée s'est réalisée, on n'a parfois qu'une probabilité qu'elle soit divine, même s'il s agit d'événements humains dépendant du libre arbitre. Car elle a pu être lancée au hasard et se vérifier de même. Puis le démon conjecture beaucoup d'événements futurs, parce qu'il connaît la marche habituelle des volontés divines et humaines dans les circonstances semblables. Il a surtout des chances de tomber juste, quand il s'agit des masses populaires, qui souvent se laissent entraîner par des instincts irréfléchis qu'on peut prévoir. Enfin le dénfM)n, après avoir annoncé un événement fâcheux, peut aider à sa réalisation. (Voir S' Jean de la Croix, Montée, 1. II, ch. xxi).
ZO. — On a l'exemple d'une prophétie, en partie vraie, qui par sa partie fMitwe eut de fàchcu.ses conséquences à la fin du Grand Schisme d'occident. Benoit XIII, le dernier des papes d'Avignon, fuyait par mer en Espagne (2). Le P. Nider, 0. P., raconte qu'alors, dans une ville du littoral, l'abbé dun monastère prévint les habitants de se tenir prêts à recevoir le pape. On se moqua d'une prédiction aussi invraisemblable. Mais le vent ayant changé subitement, fit rétrograder de six milles le navire du pape et le força à entrer dans le port dont il s'agit. Benoit demanda à l'abbé comment il avait su d'avance son arrivée. Celui-ci répondit qu'il avait lu récemment cette prophétie dans un livre. Il y était dit,
(1) Ou m'a cité deux personnes qui, depuis longtemps, re<;oivent des visions et paroles de Notre-Seignear, et qui pourtant n'ont jamais, ce semble, éproHV<* Tunion inystiqae ni avec Dien ni avec sa sainte Humanité.
{i) 11 s'agit probablement du premier voyage (1408). Le pape se rejxlait d'Italie à Pori-Vendres, qui, comme le Houssillon, appartenait alors à l'Espagne.
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de plus, que le même pape triompherait de toutes les oppositions, reviendrait à Rome et y jouirait en paix du pouvoir. Voyant que le commencement de la prédiction était accompli, Benoit y prit confiance, repoussa la citation envoyée par le concile de Constance, fut déposé et excommunié, et mourut en exil dans TUe de Pcniscola (H2V) (Cité par Amorf, part. II, préface).
»i. — Supposons maintenant que les prédictions ne se réalisent pas, et qu'on n'ait pas de sérieuses raisons de les croire conditionnelles, il est à croire qu'elles ne sont pas divines
Les f»uK iiraplièteM ne se laissent pas facilement décourager par leurs insuccès répétés. Ils trouvent toujours de bonnes raisons pour les expliquer, ou ils prétendent que l'événement n'est que retardé ! Au besoin, ils se font confirmer leur dire par quelque révélation nouvelle.
99. — 6" Cette personne a-t-elle eu de grandes épreuven avant ou après les révélations : maladies, contradictions, insuccès ou retards dans certaines entreprises qu'elle avait à cœur, etc. ?
La vie des saints est pleine de ces épreuves. Il est presque impossible que les croix n'accompagnent pas les grAces extraordinaires. Car les unes et les autres sont une marque de l'amitié de Dieu, et chacune est une préparation à l'autre. Si donc une personne placée dans la voie des révélations n'avait pas de croix, cette voie serait suspecte.
9U. — Il y a surtout une épreuve qui accompagne comme forcément ces voies extraordinaires. Ceux qui ont la confidence de ces voies, et à plus forte raison le public, s'il en entend parler, seront portés à se montrer eceptlque« «u hostiles. «< Pourquoi, disent-ils, cela arrive-t-il à cette personne plutôt qu'à d'autres, plus vertueuses? Tout vient de son imagination ! Nous n'avions pas besoin qu'on vint nous embarrasser avec ces problèmes difiiciles et peut-être insolubles. '>
Ces critiques et ces doutes sont une excellente pierre de touche pour juger de l'humilité du voyant, de sa patience et de sa confiance en Dieu. S'il est peu avancé, il proférera en face des oppositions des paroles d'irritation ou de découragement ; sinon, il ne s'étonnera pas des lenteui-s divines, et dans une paix parfaite, il continuera à espérer que les desseins de Dieu saccompliront iM ou tard.
9é. — On a un bel exeaiple de cette longanliulté dans la
B""" Jiilienue, prieure cistercienne du Mont Cornillon, près de Liège (^1192-l-258). Elle fut choisie par Dieu pour faire instituer dans rÉglisc la Fête du Saint-Sacrement. On peut dire que toute sa vie se pas^a à attendre l'heure de Dieu, mais sans voir le succès. Ses visions sur ce sujet commencent deux ans après son entrée au noviciat; elle n'avait que seize ans (1208). C'est seulement vingtdeux ans après (vers 1230) qu'elle ose soumettre son projet à un groupe de savants théologiens. lis l'approuvent ; mais ses adversaires se vengent de ses réformes en faisant piller son monastère par la populace. Seize ans après (1246), le succès semble enfin apparaître, car l'évoque de Liège institue la fête dans son diocèse. Mais il meurt la même année, et une seule église, la collégiale de Saint-Martin, tient compte de son mandement. Le monastère est de nouveau pillé. La bienheureuse, calomniée, est obligée de le (juitter; elle erre çà et là pendant les vingt dernières années de sa vie et meurt à soixante-six ans, après une attente inutile de cinquante ans. Tout semblait perdu ; mais un ancien archidiacre de Liège, qui jadis avait fait partie du groupe de théologiens cidessus mentionnés, devint pape sous le nom d'Crbain IV. Six ans après la mort de la bienheureuse, dans la bulle de 1264, il institua la Fête-Dieu pour toute la chrétienté, et en fit composer l'office par S' Thomas d'Aquin. Cependant tout n'était pas encore fini. Car les guerres qui agitèrent l'Italie firent longtemps oublier cette bulle. Enfin, en 1316, Jean XXIl célébra solennellement la fête. Plus d'un siècle s'était écoulé depuis le commencement de» révélations î (Voir la Vie, par Le Pas, Desclée, 1893).
24 bis- — Le B**"* Griguion de Munlfort, célèbre missionnaire en Bretagne et en Vendée, au xviii" siècle, montra également une confiance héroïque en Dieu. Depuis longtemps il se savait destiné à créer deux congrégations, celle des Filles de la Sagesse, pour les hôpitaux et l'instruction des enfants pauvres, et la Compagnie de Marie, formée de missionnaires. Or ce fut seulement un an avant sa mort, qu'il put exécuter ces deux fondations, et il n'arriva à réunir d'une part que quatre sœurs, et de l'autre, deux prêtres avec quelques frères. L'œuvre semblait donc manquée. Mais le bienheureux savait que l'arbre grandirait. K.{ en etfet, au commencement du xx" siècle, les sœurs de la Sagesse étaient au nombre de 5.000, arec 4i maisons.
2A. — Les àmcs saintes à qui Dieu donne une mission utile à