‹ Des grâces d'oraisonChapitre 137 sur 199 · UÉVKLATIOXS. COMMENT LES JUGER · texte numérisé non relu

UÉVKLATIOXS. COMMENT LES JUGER

l'Église n'ont pas toutes à subir ainsi le long «upplice de l'atirnfe. Mais elles ont d'autres épreuves.

Comme exemple de succès rapide, on peut citer la sœur Catherine Labouré, fille de la Charité. Elle vit frapper en 1832 la Mt'daille miraculeuse que ses visions lui avaient fait connaître depuis deux ans seulement (novembre 1830) ; et elle assista à sa ditfusion pendant quarante-quatre ans (1876}, sans, bien entendu, être connue.

Il en fut de même de la sœur Apolline .\ndriveau, également fille de la Charité. Elle eut en 18V6 les révélations sur le scapulaire de la Passion. Dès l'année suivante, Pie IX institua cette dévotion. La sœur ne mourut que quarante-sept ans après (189i).

tG. — V La personne a-t-elle pris trois précautions regardées comme indispensables pour éviter les illusions : a) craindre d'être trompée; b^ être très ouverte avec les directeurs, et c) ne pas désirer les révélations?

'tTt. — à) Il est clair d'abord que se croire m Tabri des illusions, est une excellente disposition pour en avoir. L'âme est alors comme une ville qui ne prend aucune précaution contre l'ennemi qui la surveille.

Marie d'A^réda ne parait point pénétrée de cette crainte. Tout au contraire, elle entend qu'on ne doute pas de ses moindres révélations. Elle affirme que Dieu lui a dit : « Je ne veux pas qu'on regarde ces révélations comme des opinions, ou de simples visions, mais comme une vérité certaine » (part. I, n"* 10). La S'* Vierge aurait parlé dans le même sens : << Il n'y a rien du t'o/re dans cette histoire, et vous ne devez pas plus vous l'attribuer qu'à la plume avec laquelle vous l'écrivez. Vous n'êtes que l'instrument de la main du Seigneur... Si quelqu'un n'ajoute pas foi à ce que vous écrivez, ce ne sera pas vous qu'il offensera, mais moi et mes paroles qu'il outragera » (part. III, n* 621. Dans la traduction, n" 619; et Lettre à ses religieuses, n" 9). ,\insi la sveur Marie se croit fermement à l'abri de toute erreur, et il y a péché à ne pas partager sa conviction!

39. — b) li'ouverturr de ronurlenee est nécessaire. En des matières si difficiles, ou ne doit pas être, juge et partie. Le démon détourne de cette sincérité, car, dit S' Ignace, il craint de voir ses ruses découvertes {Règles du discernement , I, 10) et il a horreur d'un tel acte d'humilité.

En revanche, il nous pousse à nous ouvrir sans réflexion à des amis qui n'ont aucune autorité sur nous, ce qui nous permet de laisser leurs avis de côté, s'ils ne nous plaisent pas.

Au contraire, les âmes humbles fuient le plus possible la publicité.

3». — c) !<• déNir de* révéli%ti*n« expose aussi à être trompé. Il fait trouver mille subtilités pour justifier les visions que l'on croit avoir eues et excite l'imagination à en inventer de nouvelles.

S* Au^stin raconte que sa mère, S" Monique, faillit tomber par là dans l'illusion. Comme elle travaillait à le convertir et à le marier, elle désirait savoir par révélation quelle serait l'issue de ses démarches. Il en résulta de fausses visions. Heureusement fpi'auparavant elle en avait eu de véritables; elle aperçut que celles-ci différaient des autres par « je ne sais quel goût, difficile à expliquer >», et elle put rejeter ces vaines aj)parences [Confess., 1. VI, c. xin).

••. — Il suit de là qu'en général une révélation doit être regardée comme suspecte si elle a été désirée. Je dis : en généi^al; car exceptionnellement il peut arriver que ce désir ait été inspiré par le Saint-Esprit et clairement reconnu comme tel.

SI. — On regarde comme un signe défavorable à Marie fli^A^réd* son désir de connaître par révélation les événements qu'elle raconte. Souvent même il s'agit, dit le cardinal Gotti, de questions de pure curiosité, ne servant en rien à la perfection » (2**^ censure présentée à Clément Xil; citée par M«'ChaiUot). On en trouvera des exemples dans La Cité mystique, part. I, n"' k, 33, 52 (où elle se préoccupe d'une question d'école : l'ordre des décrets divins), 73, 2V2, 353 (elle veut savoir si, dans son enfance, Marie avait faim, et comment elle demandait ses aliments, si elle était emmaillotée, si elle pleurait, si on la traitait comme une grande personne!); part. II, n*' 298, 647

Loin de reprendre la sœur, ses confesseurs lui ordonnaien* parfois ces demandes indiscrètes : part. II, n*" 138 (ils veulent savoir si la chronologie du martyrologe romain est exacte); 477 (ils veulent connaître certaines particularités de la naissance de Jésus- Christ); 211 (il s'agit de savoir l'emplacement de la maison de S'« Elisabeth).

RÉVÉLATIONS. COMMEiNT LES JUGER. 379

3. — Neuf espèces de renseignements à se procurer sur la révélation considérée ea elle-même , on dans les circonstances qui Tont accompagnée.

9Z. — 1* A-t-on un texte absolument au<hentiqae? N'en at-on pas corrigé certaines expressions, comme inexactes ou obscures, ou même n'a-t-on pas suppt^imé certains passages? Ce serait acceptable, si on navait à chercher que l'édification du public. Mais il en est autrement au point de vue du jugement à porter; c'est se priver de données très importantes.

Au lieu de retrancher n'a-t-on pas, au contraire, ajouté à la révélation? Par exemple, pour donner du crédita certaines doctrines? Ce qui serait une vraie falsification.

SS. — i** La révélation s'accorde-t-elle pleinement avec les 4*ir>ike« et eitKelgn«Mieiits de l'Église, et aussi avec les affirmations certaines de l'histoire et des sciences?

Il suffit qu'en fait de dogme, un seul point certain soit coatredit, comme cela est arrivé maintes fois dans les communications faites aux spirites, pour que l'on puisse affirmer que celui qui parle nest pas un envoyé de Dieu.

Si, au contraire, une révélation ne contient aucune erreur, ou ne peut tirer de ce fait aucune conclusion. L'esprit humain peut se tenir prudemment dans les limites des vérités reçues. Le démon peut se contenir pendant quelque temps, se donner des airs de vérité comme de sainteté , afin d'ins-pirer confiance. 11 ressemble aux joueurs qui comptent tricher; ils commencent par faire gagner leurs partenaires, pour leur faire perdre ensuite dix fois plus. Quelques concessions faites à la vérité ne lui coûtent pas pour arriver à insinuer une erreur. C'est ainsi que, dans les révélations des spirites, on trouve parfois des pages exactes et (quoique plus rarement) d'une pensée élevée ; mais un dogme y sera nié. Si ce piège réunit, le démon ira plus loin et enseignera d'autres erreurs.

SA. — 3* La révélation ne renferme-t-elie aucun enseignement ou n'est-ellc accompagnée d'aucune action contraire i la décence et aux b«nnea Mtseura?

Dans toute vision di\ine. la convenance préside à la tenue, aux gestes et aux paroles (ch. xx, ts).

38e CHAPITRE XXII.

On ne saurait croire à quelles aberrations certaines personnes mal équilibrées sont arrivées, par l'ignorance de cette règle, et (le quelle sotte façon elles comprenaient la familiarité avec Notre- Seigneur.

Si, par exemple, ainsi que le cas s'est présenté, une apparition qui se donne pour être celle du Christ, se produisait sans vêtements ou sans l'équivalent, on peut affirmer qu'elle n'est pas divine. Sur ce sujet, voir S' Bonaventure [Du progri'S des religieux, 1. II, ch. Lxxvi, alias lxxv). A plus forte raison Taction du démon est indubitable s'il y a des paroles ou actions offensant ouvertement la chasteté. Les commandements de Dieu s'adressent à tout le monde sans distinction. Dieu n'en dispense personne sous prétexte d'amitié. Tout au contraire, ses visites ont pour but de nous éloigner de plus en plus de la vie des sens.

S5. — Certains auteurs, comme Schram (ancienne édition, n" 5V9; édition de 1848, n" 559), regardent comme suspecte la ronnaissance surnaturelle des vic«« et péchés d'autrui, parce qu'on est exposé ainsi à manquer à la charité, à montrer du mépris ou de la répulsion pour certaines personnes. Mais le jugement à porter dépend des circonstances.

S' Jean de la Croix dit, en effet, que, suivant les cas, on doit attribuer cette connaissance des vices soit à Dieu, soit au démon. « Dieu montre quelquefois aUx saintes âmes les nécessités du prochain, pour les engager à y remédier et à fléchir le ciel en sa faveur. »

Cette utilité est un signe favorable et on le voit apparaître clairement dans les saints, assez nombreux, qui avaient la connaissance du secret des cœurs. Ils aidaient par là les âmes à se réformer. S' Joseph de Cupertino, S" Catherine de Sienne, S" Madeleine de Pazzi jouissaient de cette faveur si habituellement que souvent on ne se hasardait pas à les aborder sans avoir d'abord purifié sa conscience (Scaramelli, Du discernement, n° 28). S" Brigitte a vu la damnation de plusieurs personnes. Elle en tirait une leçon pour d'autres.

D'autre part, dit encore S' Jean de la Croix, « un des pièges de l'esprit malin est de divulguer les péchés d'autrui, la perversité des cœui's et la conscience des âmes coupables, avec autant de fausseté que d'apparente lumière. Son but est de diffamer » {Mon tée, 1. II, ch. xxvi).

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