‹ Des grâces d'oraisonChapitre 142 sur 199 · RÉVÉLATIONS. COMMENT LES JUGRR. S · texte numérisé non relu

RÉVÉLATIONS. COMMENT LES JUGRR. S

« suavement dans rame, comme une goutte d'eau dans une éponge » {Règles du discern.y ii, 7).

50. — li'ariion du dém«n a des effets diamétralement contraires : quand il agit sur les personnes de bonne volonté, il produit, sauf peut-être au premier instant, le trouble, la tristesse, le découragement, l'agitation, les ténèbres. S** Thérèse ajoute que souvent on éprouve ces sentiments sans arriver à découvrir pourquoi {Vie, voir tout le ch. xxv).

Dans le premier moment, on peut éprouver de la joie ; si on en examine la vraie cause, on verra qu'elle provient de ce que le démon suggère quelque idée flattant nos passions et des penchants terrestres : le désir des honneurs ou des plaisii-s sensibles.

Mais finalement sa lumière est, comme les lueurs d'orages, insuffisante, agitée, coupée de ténèbres. Son impulsion est énervante, souvent contradictoire, aboutissant au dégoût, au découragement. Cette action, dit S' Ignace, « est la goutte d'eau frappant la pierre avec bruit » {ibid.). Bref, liuspiration de Satan trouve une résistance mystérieuse dans l'àme de bonne volonté.

S" Thérèse, comme S' Jean de la Croix, signale souvent le caractère de l'action infernale (1). La sainte l'explique ainsi : « Cette affliction mêlée de trouble ne viendrait-elle pas de ce qu'un esprit en sent un autre? » {Vie, ch. xxv).

ftf . — Il semblerait, d'après ce qui précède, que le caractère tiré de l'elTet de paix ou de trouble, donne un moyen certain de discerner les vraies révélations des fausses, quand l'un de ces sentiments est bien accusé, puisque chacun des deux esprits contraires agit d'une manière constante et contraire.

Quand ces conditions de clarté sont réalisées, ou aurait, en

(l) Parlant dea vision» intellecluelles de Noire-Seigneur : • I^ sentiment [de cette pré^nce] entsi délicat qu'on ne sait comment l'exprimer... Los e,fe(s houroux qu'il o|>^re dans l'àme ne sauraient provenir de la mélancolie. La paix dont l'àmo jouit est si profonde, son désir de pl.iirc à Dieu, si constant, Pt son mépris de tout c«' qui ne conduit pas à lui, si absolu, que le démon ne peut être l'auteur de si p' biens... Cette faveur du divin Maître met l'àme dans une grande confusion • ' çirande humilité, tandis que si c'était l'œuvre du démon, on éprouttmil Ir^ '• /r contraire».. SI ce sentiment de la présence de Notre-S^igneur venait d'* t'im.Tî-;' ■ tion, il ne durerait pas si longtemps; et s'il venait du démon, il ne laic>,. m l'àme dans une si grande paix. Cet ennemi du salut ne veut ni ne peut m curer un si grand arantage... En outre, celte grande union de l'àme ave.cette applicT m à p<'ns*^r continuellement à Dieu lui causeraient un tel que s'il eût ess.'iyé de In iionperpar là, il n'y reviendrait pas souvent • (CA" • i 6, ch. viii).

effet, une certitude morale, s'il ne fallait tenir compte que de l'esprit divin ou de l'esprit diabolique. Mais il y a, de plue, une troisième action, celle de nelre profire ««prit. Par exemple, il arrivera fréquemment que la révélation survienne pendant un profond recueillement. Cet état d'union aura le caractère de l'influence divine, la paix. Cette paix pourra fort bien ne pas être troublée par l'activité naturelle de notre esprit, s'il vient à simuler des paroles surnaturelles. Le sentiment de paix ne provient pas de là et, par suite, il ne suffit pas à lui seul pour prouver que ces paroles sont divines. Il ne donne qu'une probabilité (1).

De plus, en pratique, on peut craindre que la personne ne se fasse quelque illusion sur la force et la persistance du sentimejit de joie tranquille qu'elle a éprouvé, car : 1" l'observation de son intérieur a-t-elle été suffisamment exacte et complète? 2** n'avaitelle pas le désir secret d'obtenir de Dieu tel conseil, telle réponse? Ce qu'elle a éprouvé serait alors la joie purement naturelle de voir approuver ses idées.

A9. — Dieu voulant punir un sentiment de présomption que S'* C«tlierlne de Bologne ( Clarisse) avait eu au début de sa vie religieuse, permit que pendant quelque temps elle ne discernât pas l'action diabolique, malgré le trouble qui l'accompagnait. Se sentant favorisée de grandes grâces, elle avait dit audacieusement au démon : « Saclie que tu ne pourras m'envoyer aucune tentation sans que je m'en aperçoive. » A la suite de ce défi iraprudent, elle eut, pendant cinq ans, de fausses apparitions de Notre-Seigneur et de la S" Vierge. Elle en recevait des reproches sur son manque d'abnégation et d'obéissance à sa supérieure, mais sans arriver à coui prendre ce qu'on exigeait d'elle ; comme ensuite elle avait de violentes tentations contre ces deux vertus, elle les prenait pour des péchés. Tout cela la jetait dans l'angoisse. En même temps elle était tombée daus une affreuse sécheresse. Ce qui la sauva du désespoir, ce fut son ouverture de conscience avec sa supérieure. Dieu finit par l'éclairer complètement sur cette tentation. (Bolland., 9 mars, â"" Vie, n" 10 et suiv.).

*S. — V II arrive très souvent que la révélation pousse à une entreprise déterminée; par exemple, à établir une nouveUe dévotion, à fonder une nouvelle congrégation religieuse, ou une

(1) Suaret : < Ce sigae donne une excellente conjecUire, mais ne va pas jusqu'à être infaillible • [De relig., tr. X, 1. IX, c. x, n* 37).

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association pieuse, à remanier les conslitulions d'une auti*c, à corriger le relâchement d'un certain groupe de personnes, à bâtir un sanctuaire, à créer nne œuvre pour laquelle on n'a pas i©s ressources suftisantes, à prêcher une spiritualité rafiinée que Dieu est censé avoir gardée pour notre époque (moins grossière, tjoute-t-on, que les précédentes), etc.

O.-ms ce cas, il faut examiner si l'œuvre est : a) bonne en soi et conforme à l'esprit de l'Église; b) utile, et d'une utilité qui explique un moyen aussi exceptionnel qu'une révélation; c) opportmne ; si elle répond à un besoin nouveau; d) si elle ne nuit à aucune œuvre analogue, qu'il serait mieux de soutenir. (Pour le reste de la conduite pratique, voir ch. xxiii).

ftA. — Amort dit que les révélations des femmes sont probablement fausses quand par là elles veulent diriger les clerrs et lew pHnv«««, et les ea-eigner en parlant d'un air d'autorité. Car ce rôle n'est pas celui que les femmes doivent avoir dans l'Église, au moins d une manfère suivie {Sommaire des règles^ § 3, règle 30). Il cite ce trait de prudence du V"' Louis du Pont. Il dirigeait la V^" Marine d'Escobar et approuvait l'ensemble de ses révélations, dont il a été depuis l'éditeur. Or il n'a jamais voulu ajouter foi à celles qu'elle a cru souvent recevoir de son ange gardien, et qui lui indiquaient des conseils à transmettre au roi sur la conduite de sa cour (pars I, c. viii, règle 2i).

ftft. — M»rie d'i4gré<t», ao contraii'e, a entretenu peudant vinert ans une correspondance avec Philippe IV d'Espagne. Le roi partageait en deux colonnes chatjue feuille de ses lettres et n'écrivait que sur la première. La sœur répondait sur l'autre. M. Germetid de Lavigne a publié la traduction française de quarante de ces couples de lettres. Elles sont banales ; ce sont des conseils généraux que tout le monde pourrait donner. De môme il est singulier que celte sœur, si habiluée aux révélations, n'en ait pas reçu sur les mœurs relAchées du roi et sou insouciance cou|»able pour les affaires dont il avait la responsabilité. Elle était pourtant en situation d'exercer sur son correspondant une grande influence . Beanconp de lettres se réduisent k cette déclaration vague qu'elle «'intépe«!ie tux préoccupations dont le prince lui fait part. On a publié en Espagne 61^ autres lettres.

Ae. — 8* Les révélations ont-elles été soumises à répreu\-e du 4eaip« et de la dlwenwalvn?

Sans cette condition, les jugements favorables qui ont pu être portés ne présentent pas de garanties suffisantes. Amort pense que, sauf des cas exceptionnels, aucune révélation ne peut être regardée comme certaine, avant la mort de la personne favorisée (part. I, c. iv).

Tout au moins, quand les révélations forment une série ayant un but déterminé, comme la création d'un pèlerinage, il faut laisser se dérouler les événements et attendre pour se prononcer que la vision ait déclaré que la série est close.

Si pendant cette longue période d'attente, la révélation résiste aux attaques, il y a grande probabilité qu'elle soit vraie.

47. — 9° Si la révélation a eu pour but d'instituer une nouvelle dévotion, les événements subséquents ont-ils montré clairement que Dieu favorisait cette œuvre d'une manière spéciale? Par exemple a-t-elle produit de tous côtés de grands fruits degrAcc? Les souverains Pontifes, les évoques en ont-ils favorisé les progrès?

Ce caractère se retrouve à un haut degré dans le scapulaire du Mont-Carmel, la dévotion au Sacré-Cœur et la Médaille miraculeuse.

§ 4 . — Gonclnsions qu'on peut tirer des renseignements précédents.

ftS. — En énumérant les renseignements à prendre, nou.s avons vu qu'un certain nombre de caractères appartiennent de préférence, les uns aux vraies révélations et visions, les autres aux fausses.

Quand il s'agit de prouver que l'action vient du démon, un seul de ces signes ^est parfois tellement net qu'il ne laisse place à aucun doute. Mais il n'en est pas de même pour établir que l'action vient de Dieu, et sans mélange; nous avons vu qu'aucun caractère pria isolément ne conduit à la certitude.

Le problème serait-il donc insoluble, quand on n'a pas de miracle pour confirmer la révélation? Faudra-t-il se résigner toujours à n'avoir qu'une faible probabilité? En un mot les conditions, regardées comme nécessaires, ne seront-elles jamais suffisantes? Voici la réponse.

h9. — Principe. Etant donné qu'on veuille juger de la vérité d'une ou plusieurs révélations, du moins quant à l'ensemble, si

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