RI- VÉLATIONS. COMMENT LES JUGER
lumer le cierg^e qu'elle tenait à la main. Noire-Seigneur refusa ce signe miraculeux : « Ce signe que tu demandes ne te donnerait qu'un moment de joie..., mais il laisserait subsister le doute et il pourrait tromper. Je te donnerai un signe meilleur, que tu sentiras sans cesse dans ton âme. Voici en quoi il consiste : tu seras embrasée d'amour divin, et éclairée intérieurement par la connaissance de Dieu. Voilà le signe le plus assuré que j'agis en toi. Je te laisse un amour tel, que ton âme sera ivre, embrasée sans relâche, et que lu supporteras toutes les tribulations par amour pour moi. Si quelqu'un t'offense en paroles ou en actes, tu en seras enchantée et tu crieras que tu es indigne d'une telle grâce » (ch. xxix).
10. — Supposons maintenant que l'événement demandé comme signe ne soit p«« minkeuleux. S'il se réalise, les circonstances qui l'accompagnent peuvent montrer la volonté de Dieu avec une forte probabilité, pourvu que préalablement on ait recouru à tous les moyens humains d'information.
Cette dernière précaution apparaît dans la vie de la R*** Mère Marie de la Providence. Très fréquemment elle a fixé un signe avant de prendre une décision importante, et elle était exaucée à cause de son immense confiance dans la bonté divine. Mais elle agissait ainsi, après avoir beaucoup prié et reconnu l'opportunité de cette décision. La probabilité nouvelle qu'elle sollicitait n'était que la confirmation dernière de plusieurs autres, montrant qu'il était temps d'agir. Parfois ce signe était l'arrivée soudaine de la somme d'argent, ou d'un autre concours, nécessaires à l'entreprise; et alors c'était plus qu'un signe; c'était le moyen de réaliser le projet.
Si l'événement demandé ne se réalise pas, ou si au contraire il se réalise sans avoir été précédé des précautions indiquées, on ne peut conclure. Dieu laissera souvent agir les causes secondes, se tenant pour ainsi dire en dehors. Vous aviez eu l'audace de lui fixer des conditions, sans y mettre les formes voulues ; vous l'avez enfermé dans l'alternative sommaire d'un coup de dés, dont vous faites l'éijuivalent d'une révélation. Il peut se garder d'intervenir.
S' Ignace, au début de sa conversion, s'exposa ainsi à faire un choix déplorable, en matière grave. Il voyageait avec un musulman, qui blasphéma la S^' Vierge. Le saint, encore tout rempli des maximes de la chevalerie, se demanda s'il ne devait pas ven-
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ger l'hoDBeur de la Mère de Dieu dans le sang du mécréant. Le démoQ ue pouvait qu'encourager une illusion qui eût fait. condamner Ignace comme homicide. Enfin celui-ci décida que, suivant que son cheval prendrait à droite ou à gauche, au j^rochaiu carrefour, il fondrait ou non sur l'ennemi. Dieu n'était pas obligé de se plier à cette combinaison; mais, comme il avait des vues sur Ignace, il le protégea. Le cheval alla à gauche, quoique la route présentât des obstacles. Plus tard, mieux instmit de la vie spirituelle, il indiqua des méthodes moins expéditives, mais plus sûres pour découvrir la volonté de Dieu.
90 bis. — D*M d«« lArates. J'ai parlé ailleurs des larmes versées pendant l'extase (ch. viii, lo). Traitons une question plus générale. On dit que quelqu'un a le don des larmes lorsque certaines pensées pieuses le font pleurer souvent et abondamment, et que de plus on ne peut attribuer cette facilité qu'à l'action divine. Plusieurs saints sont dans ce cas.
La restriction qui teimine la définition est importante. Les lai»raes, en eflFet, peuvent venir d'autres causes que de l'action divine. Le démon peut les produire, soit pour atfaiblir la santé, soit pour donner de l'orgueil (voir il, 3°). Beaucoup plus fréquemment, elles peuvent être le résultat soit d'une nature trop sensible, ce qui arrive souvent chez les femmes; soit d'un état névropathique. Dans l'état actuel de la science, il est difiicile de préciser le rôle du tempérament.
I» ter. — C«Hi4iiite m tenir par le directeur. Il serait trop difiicile pour lui de chercher à distinguer nettement entre l'actiou de Dieu et celle du démon. Il lui suffit de se procurer deux renseignements pratiques :
1" Quelle est l'origiike immédiate de ces larmes? Sont-ce uniquement des sentiments provoqués par une pensée religieuse : amour, joie, cegret de ses péchés, reconnaissance, comparaison aux souffrances de Notre-Seigneur, etc.? C'est là ce qui fait la valeur des larmes; sans cette circonstance, elles seraient un phénomène physiologique indiiïérent.
2* Les larmes ue nuisent-elles pas à la santé?
Si les réponses à ces deux questions sout favorables, il y a probabilité plus ou moins grande que l'action est divine ; tout au moins il n'y a là rien de blâmable. On laissera donc l'âme en paix, tout en l'engageant à la défiance. Dans le cas contraire, on n'ira