RÉVÉLATIONS. COMMENT LES JUGER
pas jusqu'à interdire les larmes, car leur disparition n'est pas directement au pouvoir du pénitent. Mais on emploiera les moyens indirects : a) on essaiera d'appliquer la pensée à des sujets moins émouvants; b) on développera cette persuasion que le phénomène, étant physique, n'a en soi aucune valeur.
CITATIONS
Gommant le démon pouss* parfois à certalaes Tcrtna. Sicnea de son action.
» i . — S'« Thérèse :
i* « Quelquefois le démon nous inspire des desseins qui sont au-dessus de nos forces, afin de nous faire abandonner ce que nous pourrions faire réellement pour le service de Dieu, et afin aussi de nous bercer dans la pensée que nous avons satisfait à tout quand nous avons désiré des choses impossibles » {Château, 7, ch. iv).
2* (f Voici d'autres marques auxquelles on peut reconnaître l'action de l'ennemi : le dégoût et le trouble s'emparent de l'âme... Si le démon semble lui inspirer quelques bons désirs, ils sontinefTlcaces, l'humilité qu'il lui laisse est fausse, inquiète et sans douceur » {Vie, ch. iiv). En un mot, celte action affaiblit et trouble. Au contraire, l'action divine fortifie et donne la paix.
3» Certaines personnes, « ayant entendu vanter le prix des larmes, ne voudraient faire autre chose que d'en répandre; et, loin de les arrêter, elles les provoquent de tout leur pouvoir. Le démon vise ainsi à les affaiblir et à les rendre incapables de s'appliquer à l'oraison et d'observer la règle » {Château, 6, ch. vi).
4* Racontant que, parfois, elle éprouvait une horreur de ses péchés qui la portait au désespoir : « On reconnaît à des marques évidentes que cette fausse humilité est l'ouvrage du démon. Elle commence par l'inquiétude et le trouble; puis, tout le temps qu'elle dure, ce n'est que bouleversement d'esprit intérieur, obscurcissement et affliction de l'esprit, sécheresse, dégoût de V oraison et de toute bonne œuvre. Enfin l'âme se sent comme étouffée, et le corps comme lié, de sorte qu'ils sont incapables d'agir. Quand l'humilité vient de Dieu, l'âme reconnaît, il est vrai, sa misère; elle en gémit, elle se représente vivement sa propre malice...; mais cette vue ne lui cause ni trouble, ni inquiétude, ni ténèbres, ni sécheresse; elle répand au contraire en elle la joie, la paix, la douceur, la lumière » (Vt«, ch. ni).
»». — S* Ignace :
« Dès que le démon nous voit humbles, il s'efforce de nous inspirer une fausse humilité, cest-à-dire une humilité excessive et vicieuse » (Première Lettre à la sœur Rejadella).
RÉVÉLATIONS ET TISIOXS [silUe). RÈGLES DR COXDUITB.
§ 1. — Sept règles pour le directeur.
i. — Premihe règle. Se résigner à l» lenieur- Nous avons vu qu'il faut beaucoup de temps et de travail pour arriver à se prononcer sur la vérité des révélations. Il est donc nécessaire qu'au lieu de se presser, le directeur sache longtemps se contenter de jugements provisoires. Il aura à se tenir en garde contre sa propre précipitation, et contre celle de son pénitent. Celui-ci le questionnera sans cesse : « Dites-moi si ces faits extraordinaires viennent vraiment de Dieu, ou si vous en attribuez une partie au moins à mon imagination, etc. »
En pareil cas, on peut répondre : « Ces retards sont inévitables. Tant que la pleine lumière n'est pas faite, ce serait une imprudence d'approuver d'une manière ferme vos visions et vos projets. Peut-être est-ce par votre faute que la lumière reste insuftisante ? C'est à vous d'obtenir, à force de prières et de sacrifices, que des signes presque certains nous soient donnés. »
Souvent aussi, le directeur sera poussé à des décisions trop hâtives par des gens bien intentionnés, mais qui ne soupçonnent pas les précautions dont il faut s'entourer. « A quoi bon, diront-ils, laisser ainsi l'opinion en suspens. Prenez donc le parti le plus simple et généralement le plus sûr, en déclarant que Dieu n'est pas l'auteur de ces faits extraordinaires. »
Mais on s'exposerait ainsi à liliiislon. Car il n'y en a pas moins, dit Scaramelli, à prendre les faveurs de Dieu pour des œuvres diaboliques qu'à faire l'inverse {Discetn., n* 213).
9. — Seconde règle. Ne pn-^ mamTrvjfpr d'adiulratloa pour ces
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visions, même si elles lui paraissent vhitables. Au contraire il montrera qu'elles sont moins estimables que l'union mystique et, surtout, que la pratique des vertus. Il sera ainsi dans le vrai, et aura en môme temps l'avantage d'être plus à l'abri des détails interminables et insignifiants.
S. — Troisième règle. Traiter la personne avec doueeur.
Si les visions lui paraissent suspectes, qu'il ne montre pas durement sa méfiance. Il intimiderait trop le pénitent, ce qui le porterait à cacher des détails importants. Tout en lui avouant ses doutes, il peut montrer une bonté qui le mette à l'aise. Ce n'est peut-être pas la faute de cette personne, si elle se trompe. S*° Thérèse et S' Jean de la Croix recommandent cette douceur (Voir les citations, n* 8»).
Qu'avec prudence cependant, il tâche d'éclairer cette personne sur ses illusions. C'est le moyen de l'en guérir. Mais on l'y confirmera si on repousse ses visions sans explications. Elle se croira victime de préjugés. Sachant que les vraies révélations sont accompagnées d'épreuves, elle se persuadera faussement que réciproquement les épreuves suffisent à prouver la vérité de ses révélations.
En résumé, que le langage du directeur ne soit ni dur ni ironique.
4. — Quatrième règle. Tenir compte du but auquel tendent les visions et surtout les révélations. Il faut montrer une déAanee d'autant plus forte qu'il s'agit d'une aiVaire ayant de plus grandes conséquences.