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Troia ea« peuvent se présenter

a) Ce but peut être uniquement d'augmenter l'amour dn voyant pour Dieu, Notre-Seigneur, la Sainte Vierge et les saints. Ce but est bon. Rien n'empêche alors de v^^ditàev provisoirement ces y'\sions ou même ces révélations comme divines et de les accepter après un examen sérieux; mais on se tiendra sur ses gardes, et on vérifiera de temps en temps si ce but reste le seul.

Ainsi on pourra laisser en paix une personne qui, sans être très avancée par ailleurs, croit recevoir souvent la présence intellectuelle de Notre-Seigneur, mais sans révélations.

b) Le but peut être à'instruire le voyant. Déjà il faut plus de précautions. Un tel enseignement doit être surveillé (Voir Zâ,).

Il en sera de même s'il y a des prédictions. Il faut avoir de très

fortes preuves de leur orig^ine divine, pour permettre qu'on les communique à d'autres qu'au directeur ou aux supérieurs.

c) Elnfin la révélation [>eut pousser à une entrepri.se.

C'est ici surtout qu'une grande défiance est nécessaire. Jamais l'affirmation d'une voyante même très unie à Dieu, ne peut suffire. Nous avons vu au contraire (ch. xxii, fts) comment l'affaire doit être examinée à la sage lumière de la raison, et soumise à des hommes prudents et instruits. De la sorte, si on suit le conseil reçu par la révélation, et ({ue, plus tard, celle-ci soit reconnue fausse, on n'aura pas à regretter l'œuvre entreprise. Son seul rôle aura été de suggérer une idée; on l'aura acceptée, mais comme on l'eût fait d'une personne ne présentant ni autorité, ni garantie spéciales. Elle est seulement l'occasion des décisions que l'on prend (1).

•. — En réalité, l'Eglise n'a pas procédé autrement pour instituer certaines tètmu ou Aévotlonf* ayant leur point de départ dans une révélation. La révélation elle-même reste ainsi à l'état de pieuse croyance, n'ayant rien d'obligatoire. Mais ce qui en est sorti est utile aux âmes; c'est là ce que cherche l'Église.

t. — Cette ré«erve dte l'Église apparaît dans l'institution de la fête du Saint-Sacrement. Urbain IV en expose les motifs dans une bulle spéciale, et c'est seulement vers la fin qu'il fait une allusion vague et très brève aux révélations qui avaient demandé cette fête (Voir ch. x\n, 94). Ell»»s n'ont là qu'un i*ôle accessoire.

Le culte public rendu au Saci"é-Cœur a été provoqué par les révélations de la B'"" Marguerite-Marie. Mais il avait eu i*oi tout ce qu'il fallait pour être ap^>rouvé; de sorte que les révélations n'ont fait qu'en suggérer l'idée. Il n'en est même pas fait mention dans la messe de la fête.

En 183i, la médaille miraculeuse se répandit, à U svite des visions de la sœur labouré; mais en faisant abstraction du jugement qu'il fallait porter sur ces risioiif . On se conlenta de constater que cette dévotion était bonne en soi. 11 en fut de même en 1846 pour le scapulaire de la PaKsion. <\ù aux révélatioas de la soeur Andriveau (ch. x\ii, 9ft). Pie IX l'approuva immédiatement, sans exig«^r aucune enquête officielle sur son origine.

(1) s* .Tcan delà Croix, à proi)os des paroles intcUectuellei : • L* doctrine U meil- |piir«> 4>l la plus fViiam, f*«l d« im tenir aucun compte de r«« f>aroles, m.itcr^ leitiv t^xi-clloiitos apparf-nro-s; mii» de se gouverner en tout par len iuiuières de la droit» raiaon, et par les easeigueneau ^uoCtdieM de l« saiiMc t^hs- • (jym|<>, |. II,

ch. xxx).

404 CHAPITRE XXIH.

Lorsqn'en juin 1899, Léon XIII consacra publiquement l'humanité tout entière au Sacré-Cœur, ce fut à la suite des demandes que lui avait adressées la Mère Marie du Divin Cœur, supérieure du Bon-Pasteur de Porto. Mais il ne voulut pas que sa décision fût fondée sur les révélations de cette sœur. Le cardinal Muzzella et la Congrégation des Rites s'appuyèrnit uniquement sur des raisons théologiques (1).

S. — La vie de la sœur Andrivenu nous fournit une contreépreuve intéressante des motifs qui font agir l'Église. Elle avait présenté une autre proposition qui n'a pas été écoutée, quoiqu'elle la crût, comme l'autre, fondée sur une révélation (Lettre du 25 avril 1849). Mais l'idée ne parut pas sage. D'après la sœur, Notre-Seigneur désirait que Pie IX établit une fête de la Passion pendant la semaine de Pâques. Il y avait de sérieuses raisons de voir là une illusion, car il est dans l'esprit de l'ÉgUse de laisser à certaines périodes de l'année leur caractère distinctif de pénitence oH de joie. Au temps de Pâques, on se réjouit de la Résurrection; il eût fallu revenir soudain aux sentiments de pénitence et de compassion; et cela, quand on venait d'y employer tout le carême et la semaine sainte. Cette illusion, du reste, s'explique par la préoccupation de la Passion, qui a dominé toute la vie de la sœur And ri veau.

•. — Cette même conduite de l'Église se montre aussi à propos de certains pèlerinages qui ont pour origine un fait regardé comme historique, par exemple ceux de Lourdes, la Salette, Pontmain, Lorette, ou l'apparition de saint Michel au mont Gargan, etc.

Dans ces cas, le pape approuve ou encourage le pèlerinage, mais sans garantir par son infaillibilité le fait historique. Aussi il n'est pas obligatoire d'y croire. Ce fait est regardé comme appuyé sur un témoignage humain aussi probable qu'une foule d'autres. La critique peut s'y exercer. Ce que l'Église donne comme but de la dévotion du pèlerinage, c'est le saint lui-même qui y est honoré. Cet hommage et ces prières ne sont point exposés à l'illusion.

9 bis. — Ces règles constantes de l'Église apparaissent dans la question du pèlerinage de Notre-Dame de PMIevolsin, fondé

(1) A cette occasion, Léon XIII dit qu'il recevait souvent des lettres de ce genre, écrites d'ordinaire par des personnes exaltées (Vie, par M«' de ï'Serclaes, t. III].

en 1876 à la suite d'une révélation. Par un décret du 4 avril 1900, la Sacrée Congréi^Mtioa des Rites avait approuvé les images et statues, mais avec cette restriction remarquable, qu'elle obligeait à changer certains détails, indiqués pourtant par la vision, et le titre pris par la S" Vierge. Ellle avait agi de môme pour le scapulaire et rarchiconl'réric correspondants. Plusieurs personnes concluaient de ces approbations que Rome reconnaissait la vérité des apparitions d'où provenatient ces dévotions. A ce sujet, le diocèse de Bourges devint le théâtre de discussions violentes; on attaquait l'archevêque que l'on trouvait trop prudent. Or, par un décret du 8 septembre 1904-, le Saint-Office déclara à ce prélat que les approbations susdites ne supposent « aucune approbation, soit directe, soit indirecte, de n'importe quelles apparitions, révélations, grâces de guérison et autres faits semblables que, d'une manière quelconque, on voudrait rapporter audit scapulaire ou à ladite pieuse confrérie ».

te. — Beaucoup d*' congrégatloiui religieuses ont été fondées à la suite de révélations. Mais celles-ci n'ont été qu'un accessoire, une excitation à entreprendre une œuvre qui, considérée en soi, était jugée digne d'être faite, et répondant à quelque besoin nouveau.

11. — 8" Thérèse ne voulut pas, dans une circonstance grave, que ses conseillers fussent influencés dans une décision par ses révélations. Il s'agissait de faire un vrai coup d'état, de rompre avec son ancien monastère d'Avila, et de fonder dans la même ville une maison rivale, où l'on inaugurerait la réforme. La sainte voulut avoir l'avis d'un savant dominicain, le P. Ybanez. Il commença par trouver que cette idée était une folie, mais devint bientôt son soutien. « Elle lui fit connaître les motifs qui l'avaient décidée à s'engager dans cette entreprise; sans parler toutefois de l'ordre qu'elle avait reçu de Notre-Seigneur, ni de ses révélations ou antres faveurs surnaturelles » {Histoire, par une carmélite de Caen, t. I, ch. xii).

Un hagiographc moderne s'étonne de ce que dans cette conjoncture, et pendant un certain temps, le P. Balthasar Alvares, confesseur de la sainte, n'ait osé prendre aucune décision, ni dans un sens ni dans l'autre. Mnis, outre que son supérieur l'empêchait alors de se compromelirc dans une entreprise très critiquée, luimt^rae n'était pas fixé sur toutes les grâces dont sa pénitente lui

40«î CHAPITRE XXIII.

parlait. Maintenant que Thér»>se est canonisée, il nous est facile de donner tort à ses contradicteurs. Mais en ce moment elle n'était que la sœur Thérèse. On se méfiait de sa voie extraordinaire, et avec d'autant plus de fondement qu'en Espagne, on se plaignait alors, suivant l'expression de la Fuente, « d'une épidémie de béates fanatiques et hallucinées » [fac-similé du manuscrit de la Vie, ch. xxiii, note). Que ferions-nous, de nos jours, en pareille occurrence?

t». — Comme contraste avec cette prudence de S'* Thérèse et de ses directeurs , rappelons avec quelle facilité déplorable M"' Ciuyon crut à ses propres révélations et à sa mission prétendue divine, facilité qui fut imitée par le P. Lacombe et Fénelon, qui devinrent ses directeurs ou plutôt ses associés et ses disciples, il en résulta pour eux des conséquences très fâcheuses.

Le P. Lacombe qui, à Rome, s'était imprégné des idées de Molinos, ne pouvait qu'abonder dans les idées quiétistes de M"" Guyon. Tous deux se crurent appelés à un apostolat extraordinaire (1681). « Je sentis, dit-elle, mon âme marquée d'une mission semblable à celle des apôtres, lorsqu'ils reçurent le Saint- Esprit » [Vie, par elle-même, t. II, p. 16). Pendant sept ans, ils se mirent à prêcher le quiétisme de tous côtés, en Suisse, à Turin, à Grenoble (où M"*® Guyon essaya en vain de gagner les Chartreux, qui pourtant consentirent à l'écouter), Verceil, Marseille et Paris. L'association cessa en 1688, quand, par ordre du roi, le P. Lacombe fut enfermé à la Bastille et subit une série d'épreuves qui le menèrent à la folie.

Un an environ après cette séparation, W" Guyon s'empara rapidement de l'espiit de Fénelon (1). Elle fit sa connaissance chez M°" de Béthune, aux environs de Versailles : « Je fus tout d'un coup occupée de lui avec une extrême force et douceur. Il me sembla que Notre-Seigneur me l'unissait très intimement et plus que nul autre... Il me fut demandé par l'esprit qui parle à l'intérieur un consentement pour cette union : je le donnai. Alors il me parut qu'il se fit de lui à moi une filiation spirituelle » (2).

(1) M. Maurice Mass<m, professeur à l'Univer-sité de Fribourg, a publié un livre fort instructif : Fénelon et M'* Guyon (Paris, Uachettf, 1907). C'est un recueil de lettres, embrassant environ une période d'une année (1G89), au début des relations entre les deux correspondants. Je résume ici l'étude psychologique que ce livre nous fournit; le fait est typique et peut servir d'enseignement.

(2) Voir tont le détail de ces rêveries dans Maurice Alasson, p. 4 et suivantes.

12 bis. — Ce qui surprend c'est de voir un homme aussi intelligent que Fénelon se laisser rapidement gag-ner et diriger par une femme sans culture. Agé de trente-sept ans, et directeur du grand monde, il ne fut point attiré par une passion terrestre, car la dame était arrivée à la quarantaine et la petite vérole l'avait défigurée. Mais il éprouvait la curiosité, le besoin de rencontrer une sainte qui lui dirait les secrets du ciel, et il ignorait les précautions à prendre avec les prophétesses qui veulent s'emparer d'un personnage influent. « Il la vit, dit saint Simon; leur esprit se plut l'un à l'autre, et leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent clairement, mais ils se le persuadèrent. » Au début, les lettres de l'abbé montrent qu'il est déûant, et se regarde encore comme un maître spirituel qui doit commander; mais, à la fin, c'est un disciple soumis. Il suit le conseil de la voyante, lui répétant : Il faut devenir petit enfant (c'est-à-dire son enfant obéissant), se conduire par le « non- voir » et le « non-savoir ». Il accepte, pour l'avenir, le rôle subordonné que l'initiatrice lui a fixé, à la suite d'unf- r» vélation : «< Vous serez ma langue, vous parlerez mon même lanîra^ue, et nous accomplirons ensemble toute justice. » L'obéissance la plus absolue lui est imposée : « Votre petitesse doit s'étendre jusqu'à croire et pratiquer ce que Dieu vous fait dire par moi » {lettre 108). « Acquiescez par petitesse à ce que je vous dis, quand même vous ne connaîtriez pas encore que je vous dis la venté » {lettre 75). Fénelon se soumet à cet oracle qui se déclare infaillible : « J'ai la persuasion que Dieu m'avertit par vous, et par vous me donne mon pain quotidien. C'est même un état de grande enfance » {lettre 93). Il met en mauvais vers •es résolutions :

Tai le goût de l'enfance :

De mon liorhel content, La faiblesse et l'obéissance De moi font un petit enfanU

Dot-.teura, laissez-moi vivre

Loin de vous, loin de moi; L^issc2-moi, car je veux suivre De reofance l'aveugle loi (p. 35i).

Ce qui a aidé la dame à faire partager à cet homme d'esprit la croyance à ses révélations, c'est qu'elle apporte les promesses les plus séduisantes. Elle assure qu'une grande mission providea-

tielle attend Fénelon. Il sera « le général » d'une armée de mystiques, soldats de saint Michel, ou « Michelins », qui renouvelleront le monde et établiront le règne de la véritable oraison (1). Dieu lui promettait, comme à Abraham, « qu'il serait le père d'un grand peuple »; « les desseins de Dieu sur vous sont grands; vous êtes la lampe ardente et luisante (jui éclairera l'Église ». Pour M"* Guyon, elle se contenterait soi-disant de rester dans l'ombre, d'être « la victime éternelle brûlant devant Dieu » !

Pendant quelque temps, le succès sembla confirmer ces. belles prédictions. M"" de Maintenon et nombre de grandes dames, notamment les trois duchesses, filles de Colbert, raffolaient de la doctrine du Moyen court; et Fénelon, le directeur à la mode, était admis à exposer ces nouveautés subtiles aux dames de Saint- Cyr ; cette éUte Tondait « la Petite Église ». Vingt-deux ans plus tard (1711), l'espoir tut porté jusqu'à l'exaltation. La prophétesse avait jadis annoncé qu'un enfant aiderait au triomphe, puis elle avait précisé qu'il s'agissait du duc de Bourgogne : il deviendrait le chef des Michelins. Aussi, q^uand le grand-dauphin mourut, les affidés furent peisuadés que le trône était assuré à l'élève de Fénelon, et que celui-ci deviendrait son Richelieu. Mais le prince mourut un an après et la fortune ne revint pas à l'archevêque de Cambrai. Malgré ces déceptions successives, il ne parait pas s'être jamais guéri de ses espoirs ingénus. Cet homme de talent dépensa donc une grande partie de son activité en pure perte.

De cette histoire attristante de la puissance d'une femme « demisainte, demi-folle », on peut tirer une leçon pour quiconque croit pouvoir se livrer aveuglément à une voyante, et se laisser guider par ses révélations.

iS. — Prétentions de certaines voyantes. Souvent, elles n'admettent pas qu'il faille d'autres preuves que leur conviction personnelle, ou que le ton de piété qui règne dans leurs révélations. Parfois môme, désespérant de vaincre autrement ce qu'elles appellent votre aveuglement, elles vous apportent uue nouvelle

(1) M"» Guyon avait fixé les charges de cet ordre. Outre le général, il y aurait deux assistants, un secrétaire, un aumônier, un maître des novices, un geôlier, un portefaix, une bouquetière, une portière, une sacristine, une intendante des récréations, et d'autres officiers et • officières • de moindre importance. Au milieu de ces rêveries. M"* Guyon gardait assez d'esprit pratique pour marier sa flUe âgée de 13 ans, dans le monde des duchesses.

révélation qui vous menace de la colère divine. Mais celle-là n'est pas plus prouvée que les précédentes.

Me trouvant un jour sous le coup de ce genre de menaces, je répondis Iranquilleraent : « De telles paroles sont un signe que vos révélations ne viennent pas du ciel. L'esprit qui vous parle ne connaît pas mes dispositions intérieures. Il ignore que je veux sincèrement obéir à Dieu, et que, si je suis difficile en fait de preuves, c'est par devoir, pour éviter l'illusion. Dieu ne peut menacer un homme qui agit par de tels motifs; il devrait le faire, au contraire, si je commettais l'imprudence de vous croire sur parole. De plus, c'est vous qu'il devrait blâmer, car si je manque de preuves, c'est parce que vous ne me donnez pas celle de la sainteté. »

L'esprit révélateur (si tant est qu'il y en eût un) sentit qu'il avait été maladroit. Dans la communication suivante, il se mit de mon côté, déclara que j'avais cent fois raison et que j'étais vraiment un saint. Il promit, mais pour plus tard, des preuves irrésistibles, — Je les attends encore; et pourtant la voyante a quitté la terre!

Quand un voyant veut être cru sur parole et y met une insistance gênante, on réussit généralement à s'en débarrasser, en lui disant : « Vous assurez que Dieu parle par votre bouche. Je n'ai le droit de vous croire que si vous le prouvez. Quels signes apportez-vous? » — Dans sa naïveté, il n'a pas prévu celte (question, et s'en retourne interdit.

14. — Aatre exemple. J'ai entendu parler de trois voyantes, vivant à notre époque, et qui, chacune dans son couvent, avaient su faire croire à leurs soi-disant révélations, sans chercher à en apporter de preuves valables. On avait la naïveté de les consulter sur toutes les affaires; de sorte qu'elles s'étaient emparées pratiquement du gouvernement de leur maison. De là une source do désordres et d'imprudonccs.

Quelle ignorance il faut avoir de la vraie mystique, pour consentir à ce gouvernement /)ar oracles, qui ne tolère aucune objection!

tft. — Cinquième règle. S'attacher aux vue* «uni»turelleii. Que le directeur se préoccupe do travailler à la Scincliticution «le son pénitent. Qu'il en revienne toujours à cette question : Quel profit avez-vous tiré des paroles que vous croyez avoir entendues?

Quand même il n'aurait pas discerné la nature des révélations, il aura du moins atteint de la sorte un but très pratique, et plus important; il se maintient ainsi sur un terrain très sûr.

Souvent les faux voyants ne s'intéressent gdère à ce genre de conseils. Ils finissent même par chercher un autre directeur, plus crédule et moins préoccupé de leur sainteté. Tant mieux! on sera délivré d'une perte de temps.

16. — Sixième rrgle. Eviter certîiins plèiies. Le premier est de se laisser dominer. Que le directeur se tienne en garde contre certaines prophétesses qui, rêvant quelque grande entreprise, et voyant leur impuissance personnelle, ont l'idée de «'«•- •oeier leur direct eu r. Elles lui déclarent que le ciel l'a choisi; ce qui est très flatteur. Elles se réservent h.ibilement les communications divines, plus en rapport, disent-elles, avpc l'obscurité où doit rester une femme; le prêtre aura le travail extérieur retentissant, les grosses besognes. En réalité, elles laissent au prêtre le rang inTérieur; il n'a quà obéir. La voyante préfère commander, tout en protestant qu'elle en est désolée, et qu'en réalité ce n'est pas à elle, mais à Dieu qu'on se soumet (1). De plus, elle arrive souvent par là à compromettre le prêtre.

Ce qui est suspect ici, ce n'est pas de s'aider par la prière et l'action ; bien des saints ont eu besoin de recourir à une coopération. C'est qu'on ait l'esprit de domination, c'est qu'on réduise le directeur en servitude, qu'on lui d^-mande d'abdiquer sa raison pour s'incliner devant les révélations autoritaires d'une autre personne, parfois d'une ignorante.

tt. — Second pièce. Il doit veiller aussi à ce que la voyante ne l'entraîne pas dans le sentimentalisme, dans le romanesque. 11 y a des personnes tourmentées du besoin d'alfection. N'y trouvant pas d'issue dans l'ordre naturel, ou ne se permettant pas d'en

(l) J'ai vu plusieurs exemples d'essais de ce genre. Une de ces voyantes m'assura que j'avais une mission magnifique : la Providence devait me mener à Jérusalem, et là, avec l'aide, bien entendu, de cette personne, je devais ramener i la vraie relipion les juifs de tout l'univers. Quelle offre eiigapoante ! Être chargé de renouveler le monde et de mettre fin aux luttes de l'antisémitisme! Seulement j'avais à me résigner pendant longtemps à ne recevoir les ordres divins que par cette nouvelle Égérie. En résumé, il fallait commencer par obéir, et se laisser mener comme un enfant; puis plus tard, bien plus tard, en être récompensé. C'était là un marché de dupes. '

Une antre dont on m'a parlé avait inventé une « maternité d'âmes • qui lui permettait de se mêler de toutes les petites affaires de ceux qu'elle appelait tendrement ses enfants. — Voir ci-dessus (12) le cas analogue de M'"* Guyon.

cliiTchep, elles se touraerit instinctivement du côté surnaturel. Elles rêvent je ne sais (|ue!lcs « unions d'âmes », les déclarant inspirées de Dieu, tandis qu'elles sont simplement ridicules et ne mènent à rien. On prétend s'entraîner mutuellement aux sommets de l'amour divin. Le point d'arrivée, c'est souvent l'amour humain, ou plutôt, d^s le premier instant, c'était cette tendance profane, violente et aveugle, qui cherchait hal>ilcment à se satisfaire. Elle se couvrait d'un masque; on n'a pas su la reconnaître. Défions-nous du sentimentalisme, quel qu'en soit le préle.xte.

S' Bonaventure décrit en termes fort vifs le danger des familiarités débutant par « la charité et la dévotion » [Du progrès des religieux, 1. II, ch. v; cité aussi par Scarainelli, Discernement, n" 248). Voir encore .Vngcie de Foligno, ch. lxiv.

Il bis. — Septièr/ie règle. Prier beaucoup et faire prier le dirigé, afin d'obtenir les lumières nécessaires. Dieu ne petit manquer de faire découvrir la vraie voie k ceux qui la lui demandent humblement. Si au contraire on n'a confiance qu'en sa prudence naturelle, on s'expose à être puni de sa suffisance.

{2. — S«f)t Règles poar les personnes qni croient recevoir das réTëlationa oa visions.

i». — l'our discerner la source de ces révélations, voir le chapitre précédent. — Voici d'auti-es règles pratiques :

!•. — Première règle. Tout soumettre à un bon directeur (Voir ch. xxvi). S' Ignace compare Satan à un séducteur qui veut tenir secrètes se» tentatives, et se décourage si elles sont connues {Règles du discernement des esprits, i, 13). Voir encore S' Jean de la Croix, sur la nécessité de vaincre la répugnance à s'ouvrir : Montée, I. II, ch. xxii.

Toutefois S'* Thérèse donne une direction plus large dans le cas où il s'agit de visions intellectuelles et non de révélations; lorsque, de plus, cette voie a été examinée et approuvée et <|u'il ne se passe rien de nouveau « Aprc.s avoir pris, dit-elle, l'avis d'hommes capables, cette Ame doit se tenir en repos et n'en plus parler [de ses grâces] à qui f/ue ce soit »» [Château, 6, ch. viii).

Onze ans auparavant, dans le livre (!•• su Vîr la sainte smililail

donner l'enseignement contraire. Mais la contradiction n'est qu'apparente. Car il s'agissait alors de paroles intérieures, c'està-dire de révélations; puis c'était le moment où, bien loin d'approuver sa voie nouvelle, les savants s'accordaient presque tous à la condamner. « Dans ces commencements », l'un de ses directeurs lui dit qu'on pouvait regarder comme prouvé que les paroles surnaturelles qu'elle entendait venaient de Dieu. Dès lors, conclut-il, « il vaut mieux ne plus en parler à personne, et garder là-dessus le silence ». Notre-Seigneur dit à la sainte « qu'elle avait été très mal conseillée » et qu'en agissant ainsi « elle pourrait plus d'une fois se tromper » ( Fzc, ch. xxvi).

ZO. — Seconde règle. Se défier des révélations, d'une manière générale, et se persuader que cette voie est très sujette aux illusions de l'imagination ou du démon. Même si la vision paraît divine, se défier de V interprétation qu'on en donne; craindre d'y avoir mêlé des idées personnelles (Voir S' Jean de la Croix, Montée, 1. II, fin du ch. xxix).

21. — Exemple de sage défiance. La B""" Marguerite de Ravenne et sa compagne, la B'"" Gentilis (xvi" siècle), avaient de nombreuses révélations ; mais elles protestaient qu'elles n'y attachaient aucune importance et qu'il fallait seulement en croire ce qu'on sait déjà par l'enseignement de l'Église (Bolland. : pour l'une, 23 janvier, 1" Vie, n** 9 ; pour l'autre, 28 janvier, 1" Vie, n" 16). Et pourtant l'action du Saint-Esprit se montrait en elles par des prédictions réalisées et des miracles.

22. — Troisième règle. Me pas demander ni désirer ce genre de grâces (1); toujours pour cette raison qu'elles prêtent beaucoup à l'illusion. « Je crois, dit S' Jean de la Croix, que l'âme disposée à admettre ces sortes de communications ne saurait éviter d'y être souvent trompée » [Montée, 1. II, ch. xxx).

2S. — Certaines personnes, trop ardentes, oublient cette règle quand elles connaissent une extatique (voir ch. xxii, Si) ou une

(I) Les spirites ont la pratiqne diamétralement contraire. S'ils évoquent les âmes des morts, c'est pour leur demander des in foiina lions on des conseils. Du reste, leur curiosité est rarement satisfaite. Généralement les réponses n'apprennent rien qui ne soit connu d'avance, ou elles affirment des faits invérifiables. Souvent encore elles sont vagues ou contradictoires, quand il s'agit de questions difficiles de science on de philosophie. Les esprits (si tant est que le médium ne soit pas seul à intervenir) ont des échappatoires commodes, par exemple quand ils se contentent de dire que ces mystères surpassent l'entendement humain. C'est là un mince résultat.

personne passant pour avoir quelquefois des lumières extraordinaires. Elles ne se contentent pas de leur demander le secours de leurs prières, ou de faire appel humainement à leur sagesse et à leur expérience, pour en faire obtenir des conseils. C'est une révélation proprement dite qu'elles sollicitent : « Quand vous serez en extase, in/ormez-vons de ce qui arrivera dans telle circonstance, ou de la décision qu'il me faudra prendre. » Ces consultatlonn sont imprudentes. Elles exposent à des réponses erronées, dues à l'imagination de l'extatique.

Qu'on se contente d'exprimer le désir d'être éclairé du ciel, mais par un moyen quelconque ; c'est à Dieu seul de juger si une révélation est utile; si c'est son bon plaisir, il la fera. Et encore, il ne faudra l'accepter que sous bénéfice d'inventaire. La confiance pourra être plus grande, si le voyant a donné beaucoup de preuves qu'il est inspiré de Dieu.

C'est ainsi que nombre de personnes ont pu sagement interroger le curé d'Ars. Une longue expérience montrait qu'on pouvait se fier à ses réponses. Puis, on ne lui demandait pas brutalement des révélations, mais une direction, qui, dans une mesure mal définie, pouvait être humaine.

C'est ainsi encore qu'au xvir siècle, le P. Eudes, le P. de Condren, M. Olier et les fondateurs de Saint-Sulpice, recherchaient les entretiens de Marie liousseau, très sainte femme, veuve d'un marchand de vin de Paris. « Quoique cette pauvre femme, dit M. Olier, soit d'une basse naissance, elle est toutefois la lumière et le conseil des personnes de Paris les plus illustres par leur extraction et des plus élevées en grâces et en vertus » {Vie de M. Olier par M. Paillon, 4* édition, t. 1, part. I, 1. VIII, n» 17, p. 340). M Je ne dirai pas l'eiTct de ses paroles... Quand elle est consultée, elle répond de la manière la plus simple, sans expliquer les choses, ni détailler les raisons extérieures qui peuvent les persuader... Elle dit simplement : Dieu veut qu'on aiçisse de telle façon. Quelquefois elle a donné des avis contraires à ceux des personnes les plus éclairées, sans pouvoir expliquer autre nient les motifs de ses réponses, et Vexpt'riencc a toujours montré qu'a[)rès avoir bien examiné les choses à loisir, ces personnes 8c voyaient obligées de re\eiiir à snU senlinient » 'ibiif., 1. VI!f. note 10, p. 369].

Cette dernière phrase montre que l'on contrôlait 1 ' > de

4i4 CIIAI'JTUE XXIII.

Marie Rousseau, au lieu de la croire aveuglément; et par suite qu'on n'avait pris confiance que peu à peu. L'historien de M. Olier le prouve, du reste, par des ftiits {idid., 1. X, n" 3, p. i38). Marie Rousseau était elle-même d'une g:rande résene. Connaissant prophétiquement qu'un groupe de prêtres était destiné à fonder l'œuvre des grands séminaires et à réformer la paroisse Saint-Sulpice, elle refusa pendant dix ans de s'associer à cette entreprise, quoique Dieu l'en prestJÀt. Ses résistances persistèrent jusqu'à ce que son directeur, le P. Armand, jésuite, lui fît mettre par écrit son consentement {ibid., 1. VII, n' 22, p. 302).

94. — Quatrième règle. Dans les commencements au moins, faire doucement son possible pour repousser les révM»tlons et en détourner sa pensée. (Pour les visions sans révélations, voir »).

Je dis : doucement ; car il ne faut pas aller jusqu'à perdre la paix de l'àme et troubler son oraison. Si l'on ne peut pas faire mieux, qu'on garde cette règle à l'état de simple tendance.

Je dis aussi : dans les commencements au moins (voir une citation de S** Thérèse, s«, 1") ; c'est-à-dire tant qu'un directeur savant et prudent n'a pas jugé qu'on peut avoir une certaine confiance. Et il a" été expliqué ci-dessus (5) qu'il peut, sans beaucoup tarder, montrer provisoirement cette confiance, si ces faits extraordinaires ont uniquemeiit pour but de pousser à l'amour de Dieu, à l'abnégation et aux autres vertus. Il sera plus lent s'il y a un enseignement, des prédictions et surtout des œuvres difficiles à entreprendre.

Si on a de temps en temps des vues prophétiques, on pourra cesser de les repousser quand on aura bien constaté qu'elles se vérifient exactement et qu'elles n'ont pas d'inconvénient. Toutefois il faudra continuer à se tenir sur ses gardes. L'illusion est facile.

Même avec ces restrictions, la règle précédente peut paraître sévère. Elle est pourtant enseignée avec force par plusieurs saints, tels que S' Ignace (Rolland. . 31 juillet, PréUmin., n° 614), S* Philippe de Néri (Rolland., 26 mai, 2* Vie, n" 375), S' Jean de la Croix [Montée, 1. II, ch. xi, xvi, xvii, xxiv), S" Thérèse (voir les citations), S' Liguori [Homo apost., appendix I, n° 23).

La raison principale est celle qui domine toute cette matière : le danger d'illusion. « Le démon, dit S' Jean de la Croix, tressaille de joie en voyant une ànie accepter volontiers les révélations.

et même aller au-devant. Il trouve dans cette disposition de fréquentes occasions de lui glisser le poison de l'erreur et de la détourner autant que possible de la vie de la foi. Celui qui les souhaite tombera dans de graves illusions » {Montée, 1. II, ch. xi).

Le saint ajoute deux autres raisons : la première, qui en réalité tire sa valeur de la précédente, c'est qu'on se délivre ainsi « du travail nécessaire pour discerner les vraies ^isions des fausses », ce qui est « une perte de temps et une source d'inquiétudes » [ibid., ch. xvii). En agissant autrement, « les directeui-s s'exposent, eux et les âmes qu'ils dirigent, à des dangers et à des sollicitudes sans nombre » [ibid.).

L'autre raison s'applique aux communications qui ne sont pas purement intellectuelles; c'est que « si l'on ne renonce pas à ces faveurs, elles font obstacle à la vie de l'esprit ; l'àme s'y arrête et cesse de prendre son essor vei*s l'invisible » [ibid. y ch. xi) (1).

S* Jean de la Ci*oix redouble de sévérité s'il s'agit de visions ou paroles s'adressant aux sens corporels : « Il faut, dit-il, les fuir absolument, sans examiner si elles dérivent d'un bon ou d'un mauvais principe » [Montée, 1. II, ch. xi).

Quand on tâche ainsi de repousser une révélation, on ne prétend pas, par là, affirmer qu'elle est fausse, au moins en partie ; on suppose seulement qu'on n'a pas la certitude du contraire. Par suite, il n'y a pas lieu de tomber dans le trouble et de se regarder comme ayant mérité quelque illusion, comme châtiment du ciel. Il ne faut pas voir la situation si en noir. Tout se réduit à prendre une mesure de prudence, sans préjuger la question de fond.

Zh. — preailère «blectiaa. Si la révélation vient de Dieu, il s'irritera en voyant qu'on la repousse. C'est un manque de respect.

(1) • Il est impossible à l'ànx^ cIa parvenir en cette vie à la sublimité de l'union d'àmoor par le seul moyen d^s -f-nsibles... Quand rû!t ■ nvonuo, Dieu

ne le communique plus à <■ voile des visions ii s, des aimili-

todesou de» figures. Il lui p.ai!- i- . ; •• à bouche [comme a .^icis.-, c t^t-à-dire que son essence pure ot siinpU', fU" i • ■ us reffusiou de son amour comm»' la bouche môm« de Diou, s'unit a ; • --s. : ■■-" " ■■■•'' •' • i' •■ -, r ■; - -von de la

volonté, qui est la bouche d.- l'.ni ■ , r. On le

comprend, pour ri'ilisor ce dissiia ;, < -'r. çt

gén<^rosité aux [autr<?s; Rrkofs i xtrio ,, .

(ibid., ch. xvit. . I. ic!i..ii (i. -, M'iis r; ^ ,les

connaissant'' -,te-

raità l'ëiat d : ;iia

à la substanc*- dt- i esprit... L'atiM: doit donc lanner de cale io i:i |UC

Dieu lui m^uie no lui donnt^niit pas, si elle était capubli! dn r< w-urs

spirituellement, par une voie tout étrangèie aux sent • [iàid., ch. xvu).

416 CHAPITRE XXUI.

2«. — Réponse. S' Philippe de Néri et S* Jean de la Croix déclarent le contraire. Cette conduite est inspirée non par le mépris, mais par la prudence {ibid., eh. xi, à propos des visions extérieures). Bien plus, ce rejet est une source de grAces ; « Si l'âme pratique sous ce rapport l'abnégation et le véritable dépouillement, le démon cesse d'agir, à la vue de l'inutilité de ses efforts, et Dieu augmente ses faveurs dans ce cœur libre et dégagé ; il l'élève et l'iuitie à de grandes choses... Si la lidélité de l'âme est soutenue, le Seigneurne laissera pas tarir la source de ses grâces; illa conduira ainsi peu à peu jusqu'à l'union et la transformation divine » [ibid.).

ZH. — Seconde objection. Si on rejette une vision, on se prive du fruit intérieur qu'elle devait apporter ; de plus, quand elle ordonne d'exécuter une œuvre extérieure, le bien qui devait en résulter ne se fait pas.

29. — Réponae. Pour le fruit intérieur. S' Jean de la Croix assure qu'il ne sera jtimais perdu, car « toutes les communications divines produisent instantanément leur effet dans l'esprit, sans laisser à l'âme le temps de délibérer si elle doit les accepter ou les rejeter. » Il en est ainsi, même pour les nsions extérieures si elles viennent de Dieu : « Avant d'agir sur le corps, elles produisent de prime abord leur effet spécial dans l'âme, indépendamment de sa volonté » {ibid., et ch. xvi, xvii).

Si la révélation a pour but de nous instruire. Dieu a bien d'autres moyens de nous faire connaître sa pensée.

Z9. — Quant aux actions extérieures conseillées par une révélation, on ne prétend pas qu'il faille y renoncer, quand on dit de rejeter la révélation elle-même. Il suffit qu'on ait par ailleurs de bonnes raisons de les entreprendre.

SO. — Il y a senlement deux précoutione à prendre : a) se décider, principalement au moins, parla valeur de ces raisons (4) ; il faut même le faire uniquement, si la révélation ne paraît pas très certaine, b) Imiter S" Thérèse («l), en ne présentant pas aux autres le motif qu'on a eu une révélation. De la sorte, on ne sera pas tenté de prendre avec eux le ton de commandement, comme parlant au nom de Dieu. De plus, on augmente ainsi ses chances de succès. Car les auditeurs seraient effrayés qu'on leur demandât préalablement la foi dans une vision; ils exigeraient très sagement que l'on commençât par justifier cette prétention ; ce qui est près-

que toujours impossible. Enfin le voyant évitera une grande cause de trouble, à savoir les discussions aigres ou violentes avec ceux qui contestent son inspiration; et ils seront toujours nombreux.

•i. — Notons aussi que le rejet des visions ne doit pas porter sur celles qui sont Indéiqueci, celles de la Divinité. Car celles-ci ne sont qu'une espèce d'union mystique. Il s'agit des visions exdéiques, celles des êtres créés. S' Jean de la Croix, si sévère pourtant pour les visions, note expressément cette exception : « Les connaissances qui ont pour objet le créateur... et le manifestent en lui-même... nous donnent une très sublime idée des attributs divins... C'est là une pure contemplation... Ces connaissances sublimes et amoureuses sont propres à l'état d'union ; elles sont l'union même... C'est Dieu lui-même que l'âme ressent et qu'elle goûte... On ne doit pas dire quil fail/e rejeter ces connaissances comme les autres, puisqu'elles fornient déjà une partie de l'union bienheureuse vers laquelle nous essayons de diriger l'âme. Et c'est dans ce but que nous lui apprenons à se détacher de toutes les autres faveurs » (Montée, 1. II, ch. xxvi).

99. — Cinquième règle. Si on croit qu'une apparition corporelle de Notre-Seigneur ou des saints est due au démon, ne pas aller jusqu'à l'injurier ou lui donner des Mgnes de Btéprla, pas plus qu'on ne le ferait pour une sainte image, qui aurait été peinte par un scélérat (Voir Scaramelli, Tr. 4, n** 56, 68; et S" Th'rèse, Fondations, ch. viu; Château, 6, ch. ix).

Toutefois S* Philippe de Néri admettait et appliquait la doctrine contraire (BoUand., 26 mai, 2* Vie, n' 374 et suiv.). Mais, dans l'une des deux circonstances où il a ordonné de cracher au visage de l'apparition, il semble bien qu'il avait su par révélation qu'il s'agissait d'une apparition diabolique. Alors le cas n'est plus le même que s'il restait des doutes.

SS. — Que faire al le dlreeteur ordonne ces gestes de mépris? — Ici U y a deux opinions. D'après la première, il faut obéir. Car on doit agir ainsi quand il n'y a pas de péché; or c'est le cas, puisque dans l'intention du voyant, le signe de mépris s'adresse non au saint ou à son image, mais au démon qui est soupçonné d'être présent. S" Thérèse se soumit ainsi à son directeur, et Notre- Seiirneur lui dit : « Tu fais bien d'obéir « {Vie, ch. xxix). La Sainte Vierge tint le même langage au B*"* François Ferrari, disciple de S* Philippe de Néri.

LU ORACES O'OIUISO!*. 27

418 CHAPITRE XXIH.

Malgré l'encouragement qu'elle avait reçu du ciel, S" Thérèse adopta à la fin de sa vie l'opinion opposée, à savoir qu'il est permis et plus convenable de ne pas obéir. « Je pense, dit-elle, qu'on doit l'aire d'humbles représentations au directeur, et ne point lui obéir en cette circonstance » {Château, 6, ch. ix).

34. — Sixième rèfjle. Si malgré soi on reçoit des visions, se préoccuper avant tout d'en tirer paili pour «on avancement dans la vertu. Car si elles viennent de Dieu, on aura ainsi atteint le seul but qu'il se propose. Dans le cas contraire, elles ne peuvent nuire.

S" Thérèse dit : « Le bleu n'est pas dans la vision, mais dans celui qui, en la recevant, en profite avec humilité, ou n'en profite pas par défaut de cette vertu. Quand une âme est véritablement humble, une vision, vînt-elle de l'esprit de ténèbres, ne peut lui causer aucun dommage. Mais aussi quand l'humilité lui manque, une vision, eût-elle Dieu pour auteur, ne lui apportera aucun profit » [Fondations, ch. vrii).

Le V"* Louis du Pont raconte que, lorsque le P. Jean del Campo était au noviciat, il avait des visions. Un jour, il se demandait avec angoisse s'il n'était pas le jouet de son imagination. Il entendit le Sauveur lui adresser ces paroles : « Quand tu as faim, si l'on te donne une branche d'arbre chargée de fruits, qne fais-tu? — Je mange les fruits et je jette la branche, » répondit-il. — « Eh bien, reprit Notre-Seigncur, agi*: de même avec les viaons. Manges-en les fruits, (jui sont Thumilité, la patience et les autres vertus; et quelle que soit la vision, ne t'eu mets plus en peine » {Ménologe du 11 aoilt).

S5. — Septième règle. Montrer beaucoup de calme, de pntienee, si les supérieurs ne permettent pas d'exécuter les entreprises que l'on croit inspirées par le ciel, on révélées. Celui qni, en face de ces oppositions, s'irrite ou se décourage, montre qu'il a peu de confiance dans la puissance de Dieu, et peu de conformité à sa volonté ; il fera bien d'attribuer son insuccès à ces mauvaises dispositions.

Si Dieu veut que le projet réussisse, il saura faire évanouir soudain les obstacles, au moment qu'il a fixé. Ce moment est peutêtre éloigné; peut-être même votre plan ne sera réalisé que par vos successeurs. Qu'importe? pourvu que le bien se fasse? Du moins vous y aurez contribué par vos efforts et vos prières, et vos intentions seront éternellement récompensées.

§ 1. — Ob doit faire son possible pour écarter !•• révélations, au moins ac débat.

S«. — S»* Th^-rèse :

1° '< Il y a toujours sujet de craindre en semblables choses, jusqu'à ce qu'on soit assuré qu'elles procèdent de l'esprit de Dieu. Aussi dans les commencements, )e mieux est tmijours de les combattre. Si c'est Dieu qui agit, l'âme n'en progressera que plus vite; Tépreuve hâtera son avancement Mais il faut se garder de trop contraindre et inquiéter ces personnes » (Château, 6, ch. ni).

2* « Je n'ai point appris où est situé b paradis terrestre. . . Je n'ai jamais demandé au Seij^neur l'intelligence de telle ou telle chose, et je n'oserais le faire. J'aurais trop peur, je le répète, d'être dupe de mon imagination, et que le démon ne me trompât m (2* Lettre au P. Rodrigue Alvarez).

3° Sur les apparitions de Notre-Seigneur : « Voici un avis, selon moi très important Lorsque vous savez ou que vous entendez dire que Dieu accorde ces faveurs à quelques âmes, ne lui demandez jamais, et ne souhaitez jamais qu'il vous conduise par la même voie. Cette voie peut vous sembler bonne, digne d'estime et de respect; mais il ne convient ni de la demander ni de la désirer » {Château, 6, ch. n).

La sainte donne notamment les deux raisons suivantes : a) On ouvre une porte aux illusions du démon : « Lorsqu'on forme de tels souhaits, on est déjà Iromp ou en grand danger de l'être. »

6) On s'expose aussi aux illusions de l'imagination : « Lorsque le désir est violent il entraîne avec lui l'imagination ; et ainsi l'oa m ligure voir et enlaidre ce qu'on ne voit et ce qu'on n'entend point; de m^me que l'on songe U nuit à ce qu'on a vivement désiré pendant le jour. »

Pour répondre à ime ohjortion, la sainte ajoute : « Quant à ce qoi est de mériter davantage ir ne le fait pas déptndre de css tortas de

grâces [les apparu i y a plusieurs persoanes saintes qui n'en ont

jamais reçu aucune, et d'autres qui ne sont pas saintes qui en ont reçu. •

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