Analyse du licre
11 commence, chapitre i, par distinguer l'oraison ordinaire et l'oraison extraordinaire ou mystique. Pour l'une comme pour l'autre, il faut la gnice, puisque l'une et l'autre est surnaturelle; mais la première est active et dépend de nous, la seconde est passive et dépend d'une motion spéciale de Dieu, que nous n'avons pas à notre gré (1). Sont donc mystiques les actes ou états surnaturels que nos efforts et notre industrie ne sauraient produire, môme faiblement, même un instant. Pour préciser davantage encore, il propose d'appeler mystiques « des états surnaturels renfermant une connaissance d'un genre tel que nos efforts, notre industrie ne peuvent réussir à la produire ». i, 9. Mais nous verrons que cet élément connaissance n'est pas admis de tous, du moins au sens qu'y attache l'auteur.
Pour mieux différencier l'oraison mystique de l'oraison ordinaire, l'auteur donne, au chapitre ii, une notion rapide de celle-ci, en y distinguant quatre degrés : prière vocale, méditation ou oraison méthodique et de discours (2), oraison affective, oraison de simpli-
(1) L'auteur conseillf^ d'éviter le mot étals passifs, commo équivoque. Ce mot demande explication, c'est vrai ; je crois pourtant qu'il mérite d'être gardé, non seulement parce qu'il est ancien et consacré par l'usage (on sait qu'il remonte au moins à Denis le mystique, \' ou vr siècle), mais aussi parce qu'il rend très bien la différence entre l'activité ascétique, qui est plutôt de nous, avec l'aide de Dieu, et la passi>1té mystique, qui est plutôt l'action de Dieu en nous et consiste surtout à recevoir cette action, sans autre appoint personnel que la réaction vitale.
(2) La contemplation, au sens de saint Ignace dans les Exercices, tout en étant une oraison ordinaire et active, se distingue pourtant très nettement de la méditation discoureuse ou de réflexion. Elle est, suivant le mot de saint Ignace, une . méditation visible », et son procédé propre consiste, non pas à discourir ou raiscitiner, au sens strict des mots, mais à regarder, à écouler, faisant, sur ce que l'on voit ou entend, quelques réflexions ou applicati/ons pratiques, d^ageant la leçon des faits et, suivant l'expression de saint Ignace, « en tirant quelque profit >. Plût à Dieu que cette contemplation, telle que l'entend saint Ignace, fût mieux comprise et pratiquée par les personnes pieuses qui font oraison! Elle fait sortir du vague et de l'abstrait, elle nous habitue à vivre comme dans la familiarité de .lésus, à prendre l'esprit de Jésus, à entrer dans son intime, disons dans son cœur. Rien n'est plus simple, comme procédé, rien n'est plus souple comme application, rien n'est plus intéressant comme étude, rien ne nous fait mieux connaître Jésus et nous attacher à lui, rien n'est plus instructif ni plus pratique. Jéeos devient une réalité vivante, l'Evangile un spectacle qui se déroule sous le regard de