‹ Des grâces d'oraisonChapitre 154 sur 199 · S' Pierre Oamien · texte numérisé non relu

S' Pierre Oamien

•' Jacob n'a pas travaillé, même un seul jour, dans le dessein d'obtenir Lia. C'est uniquement pour Rachel qu'il se résigna à ser%ir peudaut deux semaines d'a4nées. Men phif>, il ne supporta Lia qn'à cause ie fUrliel. De otéme.

si l'on se donne au Seigneur, ce n'est point pour trouver des fatigues, des cliagrins et l'assaut des tentations. Quiconque cherche Dieu n'a qu'un but, qu'un espoir : parvenir un jour ou l'autre au repos, se plonger dam la joie de la haute contemplation, comme Jacob dans les bras de Rachel... Mais il est nécessaire de se fatiguer en divers combats, avant d'arriver à la suavité du repos intérieur. Il faut s'abaisser à servir, pour avoir ensuite le droit d'être élevé à la parfaite liberté » {De la perfection monastique, ch. vin; édition Migne, t. IF, col. 304).

X3. — Richard de Saint-Victor. Dans son traité intitulé De la grâce de la contemplation, ou le Grand Benjamin, il traite, au livre IV, des deux degrés de contemplation qui surpassent la voie ordinaire. Le chapitre x a pour titre : « Avec quelle avidité des hommes spirituels doivent aspirer à ces degrés, et ont coutume de le faire » :

« Les deux chérubins de l'arche d'alliance étendent sans interruption leurs ailes sur le propitiatoire. C'est le symbole de ceux qui, en tout lieu, en tout temps, aspirent à la divine contemplation, et s'opiniâlrent à s'y appliquer et à la désirer. Lorsque les oiseaux veulent voler, ils étendent leurs ailes. De môme nous devons, par le désir, étendre les ailes de notre cœur, et attendre à toute heure, que dis-je? à tout instant, l'arrivée do la divine révélation. De la sorte, quel que soit le moment où le souffle de l'inspiration céleste dissipera les nuages de notre esprit, et remplacera l'ombre par les rayons du vrai soleil, nous n'aurons plus qu'à mettre en mouvement les ailes de la contemplation. Notre esprit s'envolera, s'élancera dans les hauteurs, d'où part cette splendeur éternelle. L'œil fixé sur elle, et impétueux comme l'aigle, nous traverserons, nous dépasserons les nuages sombres et agités de ce monde... Nous devons maintenir nos esprits suspendus aux spectacles de la divine contemplation, soit à ceux qui peuvent nous être donnés ici-bas, soit à ceux que nous espérons pour l'autre vie; et nous devons soupirer fortement après eux. Car si Dieu fait jouir de la première de ces grâces, et s'il donne l'intelligence de la seconde, c'est pour nous exciter à les chercher avec application et à les désirer » (1. VI, th. x; édition Migne, col. 14S, A).

Voir une autre citation, ch. v, 49.

%4L. — S' Bernard (Sur le Cantique des Cantiques) :

1° « Si quelqu'un de nous trouve, comme le Prophète, du bonheur à s'attacher à Dieu (Ps. lxxii, 28); si, pour parler clairement, l'un de nous est tellement un homme de désir, qu'il aspire après la mort pour être uni au Christ; si ces désirs sont ardents, dévorants, continuels, celui-là recevra le Verbe, qui le visitera en époux. Il reconnaîtra l'heure de cette visite, quand il le sentira intérieurement étreint par ertains bras de la divine sagesse, et, par suite, la suavité du saint amour sera versée dans son âme. Ainsi donc, dés cette terre, le désir de son cœur sera exaucé, en partie toutefois, et pour un temps toujours bien court. Car lorsque iwus aurons cherché l'Époux, par nos veilles, nos supplications, nos efforts, nos torrents de larmes, il viendra, et soudain, quand nous croirons le tenir, il disparaîtra. De nouvelles larmes, de nouvelles poursuites le ramèneront; il se laissera saisir, mais non retenir pour toujours. Encore une fois, il nous échappera des mains... On ne le reverra que si on le désire de tout cœur. Voilà comme, dans cette vie mortelle.

on peut jouir de la présence de l'Époux, souvent, mais pas à discrétion. Sa ▼isite réjouit, mais ses interruptions font souffrir. La biba-aimée doit se résigner à cette épreuve, jusqu'au moment où, rejetant le pesant fardeau de ce corps, elle pourra, elle aussi, s'échapper, enlevée sur l'aile du désir, à travers les champs de la contemplation; là elle sera libre désormais de suivre l'Époux partout où il ira » {Serm. 32, n» 2).

■2" Dans son sermon 9« sur le Cantique, il suppose que les amis de l'Époux viennent rendre visite à l'Epouse. Us la trouvent « gémissante et accablée d'ennui ». Dans un long dialogue, ils en cherchent la raison et continuent ainsi :

« Dites-nous donc ce que nous pourrions faire pour vous? — Hélas! ditelle, je n'aurai pas de repos qu'il ne m'ait donné le baiser de sa bouche. Je lui suis reconnaissante de m'avoir accordé le baiser des pieds, puis celui des mains (1). Mais s'il a souci de moi, qu'il me donne aussi celui de la bouche. N'appelez pas cela de la présomption; c'est l'affection qui me presse! Le respect essaie de m'arréter; mais l'amour en triomphe. Je n'ignore pas que ce serait au roi d'inviter. Mais l'entraînement de l'amour empêche d'attendre l'invitation, d'écouter les conseils ou la honte, et de se laisser conduire par la raison. »

Le saint fait ensuite l'application de ce symbole à ses moines. « La plupart d'entre vous, dans les entretiens particuliers qu'ils ont avec moi, se plaignent, comme l'Épouse, d'aridité, de langueur, d'hébétement spirituel. Ils se voient incapables de pénétrer la profondeur et la subtilité des choses de Dieu; ils sentent peu ou point la suavité divine. Que font-ils alors, sinon soupirer après le baiser? Oui, »Vs l'appellent ; leur poitrine haletante aspire comme un souffle l'esprit d'intelligence et de sapience; l'intelligence, pour atteindre l'Être qu'ils cherchent; la sapience, pour déguster ce que l'intelligence aura saisi. Tels étaient, je crois, les sentiments du Roi-prophète, lorsqu'il disait : « Que mon âme s'engraisse et se rassasie ; et je vous louera par des cris joyeux >» (Ps. liu, 6). Certes, c'était le baiser qu'W demandait, et celui des lèvres, tout baigné de l'onction de la grâce spirituelle, celui dont il dit encore : « Que ma bouche soit remplie de votre louange, pour que, tout le jour, je chante votre gloire et votre grandeur » (Ps. lxi, 8). Et après avoir goûté, le Prophète ne peut plus se contenir, et s'écrie : « Oh ! Seigneur, qu'elle est débordante, cette douceur que vous avez réservée k ceux qui vous craignent! » (Ps. xxx, 20) (n»' 2, 3).

3» Ailleurs le saint répond à une objection {Serm. 84) :

K Eh quoi, à mon âme? Tu cherches la lumière, toi qui ne mérites que des ténèbres; tu cours vers l'Époux, toi qui es digne de châtiments plutôt que de

(1) Pftr ces troU baiiert, S* Bernard désigne trois sortes de dispositions et l«s «xtreietê d'orsisoa correspoodsnts. Le premier symbolise le repentir, qui fait qu'on se jette aux piedi de celai qu'on s ofT^nsé. C'est Im vie purgrative. Le second eit la voie lllumInatiTe, la recherche des «cr fi daoMBdOiis la main qui peut nous relever et fort t lier dos

feooax affaiblis, a obttaa eatt* fsTcur par bfa\icoup dé pri^rtê et de larmes, aoas

oserons peutéire :: .t'ie vers la bouche de gloire, non seniin eut i)e le dis en treai-

blant) pour la reKarder, mais pour la baiser • (S* Strm. tur U C ^ 3). c'e«t la toio

nnltlve. I.e saint f>up^>ose même que c'est celle de la bsutc . ion, • la manna

cachée > (t^td., n* 1).

LU OIUCES d'oraisom. 32

baisers? C'est un juge que tu vas trouver, non un <'poux! — Heureux celui qui entend son Âme lui répondre : Je ne crains poiut, parce que j'aime; et cela parce que d'abord j*ai été aimée. Oui, on m'aime; or une bien-aimée n'a rien à craindre. Laissons la peur à celles qui n'aiment pas; elles peuvent soupçonner qu'on les hait. Mais moi, l'amanli}, je suis aussi sûre d'être aimée que daimt-T. Je ne puis redouter le visage qui m'a montré de l'affection. Telle que j'étais, il m'a non seulement recherchée, mais aimée et avertie de sa recherche... 11 me repousserait lorsque je vais à lui, lui qui a eu l'initiative de venir à moi, lorsque je le méprisais? » (n» 6).

4» « Exposez à Dieu vos besoins, et demandez-lui la dévotion par des soupirs fréquents et des gémissements inéuarrables. Si vous le faites, j'ai confiance en celui qui a dit : « Demandez et vous iticevrez. .St vous persùtez à frapper, vous ne vous en retournerez pas les mains vides... » Vous pourrez alors dire en toute vérité : le Roi m'a introduit dans le cellier où il met le vin » {Serm. 49, n»3).

!IS. — S' Bonaventure.

1» Parlant de la connaissance ténébreuse décrite par Denis le Mystique :

« L'affection y est enflammée d'une manière admirable ; on le constate avec évidence en ceux qui ont de temps en temps ,des transports anagogiques [extase]. Je crois qu'ici-bas tout homme juste doit aspirer à cette manière de connaître Dieu « {Sentent. II, dist. 23, a. 2, q. 3, ad 6).

29 Dans l'Itinéraire (ch. vu) il traite de l'union extatique, et dit de S* François :

« Il passa en Dieu par l'evtase, et fut ainsi le modèle de la contemplation parfaite, comme auparavant il l'avait été de la vie active... et ainsi, par son exemple plus que par ses paroles, il invite tous les vrais spirituels à ce passage à cette extase... C'est là une opération mystique et très secrète; on ne la connaît que si on la reçoit; on ne la reçoit ijue si on la désire. »

Voir encore, dans ses Œuvres, l'auteur des Sept chemins de l'éternité, chemin 6, distinct. 7; ce chapitre a pour titre : « Comment notre esprit est invité à pénétrer par l'expérience dans l'intime de Dieu ».

%B. — Le B*"» Albert le Grand [De adhœretuio Deo) :

« Le but de l'homme spirituel, la fin de sa pensée et de son effort doit être de mériter de posséd<n' dans ce corps mortel une image de la béatitude future; d'avoir ici-bas un certain avant-goût de ce bonheur, de cette vie et de cette gloire »> (ch. ini). « N'aya ni repos ni trêve jusqu'à ce que vous soyez arrivé à goûter ce qu'on peut appeler les arrhes, rexp<lrience de la plénitude future; jusqu'à ce que vous ayez obtenu des prt'mices, si petites qu'elles soient, de la suavité divine. Ne cessez pas de courir après elle, à l'odeur de ses parfums, jusqu'à ce qu'il vous soit donné de voir le Dieu suprême en Sion » {t6td., ch. vu).

«7. — S««Gertrude :

« Sentant que la volonté de bieu fiait qu'elle t'crivît le récit de faveurs qu'elle avait reçues, elle se demandait quelle utilité pourrait en sortir... Le Seigneur lui répondit : En le lisant, plusieurs pourront se sentir portés à désirer des grâces semblables, et, dans cette pensée, ils travailleront quelque peu à samender » {Le héraut de Vamour divin, 1. I, ch. iv).

»«. — La B*«»« An?:èlo de Foli^o :

1" •' Je désire, mon fils, quo ton coeur soit vide de tout ce qui n'est pas l'Être incréé, M connaissance et son amour, et que ton esprit n'essaie pas de se remplir d'autre chose. Si tu ne peux arri?er là, remplis-toi du moins de la pensée de l'Homme-Dieu qui a souffert et a été crucifié. Si cette seconde "nie l'est enlevée comme la première, n'aie p'is de repos, mon fils,jiisqu'à ce que hi aies reconquit une de ces connaissances qui rassasient le cœur et l'esprit... L'àme sage ne se contente pas de connaître Dieu superficiellement, par une considération quelconque; elle veut le connaître en vérité, déguster sa bonté souveraine, expérimenter ce qu'il vaut. Il n'est pas seulement un bien pour «lie. mais le bien par excellence. Elle l'aime alors à cause de cette bonté; ant, elle désire le posséder. Et lui, très bon, se donne à elle; elle le sent, ant sa douceur avec une immense délectation. Dans cette participation à celui qui est le souverain amour, l'âme s'enflamme de cet amour, elle est transportée de tendresse, elle désire se serrer contre le bien-aimé, elle rembrasse, elle Vétreint, elle s'unit à lui. Et Dieu l'attire avec dee caresses, et la vertu de iamour transforme l'un dans l'autre les deux amants... L'âme devient divinisée, sans pourtant perdre sa substance... Mais l'âme ne peut parvenir à cette connaissance [profonde], ni par elle-même, ni par l'Écriture, ni par la science, ni par auain moyen créé, quoique ces choses puissent aider et disposer; il faut la lumière divine, et la grâce. Or, pour arriver vite et ment à cette faveur, et l'obtenir de Dieu, souverain bien, souveraine ■ re, souverain amour, /« ne connais rien de mieiuc qu'une dernanâe dévote, pure, continuelle, humble et violente; une demande qui ne soit pas faite du bout des lèvres, mais qui jaillisse de lespril, du cœur, de toutes les facultés corporelles et spirituelles, une demande qui arrache la grâce par «n immense désir I) {Vie, ch. lvu).

2" «' Dieu me dit des paroles qui me firent voir les profondeurs de son arn-iiir : «Si quelqu'un voulait r^e sentir dans son intelligencr. je ne me '^ tniirai» pas à lui; quiconque voudrait me voir, je lui donnerais très voln:,i la vision de mon <Hre; quiconque voudrait parler avec moi, je le lui accorderais » (ch. xxxni).

%9. — Ruysbroeck :

{• « lycs hommes qui n'ont que de faibles (tihirs, n'aiiivrni pas à aii! fortement à reBff>.nce divine et d y Hre sitfpmdus. \\< nr rvioivenl f'.. rayon divin, ils n'ont pas le contact de l'essence qui est au-d<«'<us de toutes les mani" Tos d'être; mais ils retombent sur eux-mêmes «t y .subsistent. Ils ne peuvent se plonger dans l'abîme où l'on se perd. Ils ne sont pas dévorés par la gueule de la béatitude » {Livre des amants de Dieu, ch. xxx).

2<» La parabole de Za'ht^e. <• Quand lame a travaillé à chercher la perfection, quand elle ef.{ anivi'e à rapporter sa vie et ses actions k la jrloir^? et à l'honneur de Dieu, il niTivp .«ouvpiU qu'elle sent en elle un aiguillon, un pressant désir de connaître et de voir quel est «on époux, de quelle sorte est ce Jésus qui, par amour, s'est fait homme et s'est offert à la mort.... ce Jésus qui est prêt à fournir au coi'{)S ce qui lui est nécessaire, et à l'âme, st douceur et sa consolation, avec raillo autres dons. Lorsque 1' cela, elle se sent sai'-ie d'un d^sir sans mesure de voir le «

le connatlre tel qu'il est en lui-même. Elle le connaît déjà d'une certaine façon, par ses œuvres; mais cela ne lui suffit plus. Alors elle fait comme Zaclu^e, le publicain qui dcsirait avidement apercevoir le Christ. Elle quitte la multitude des créatures, qui, à cause de sa petite taille, lui dérobent la vue du diviji Maître. Elle monte à l'arbre de la foi, qui a sa racine en Dieu, et douze rameaux, qui sont les articles du symbole. Les rameaux inférieurs parlent de l'humanité du Sauveur, ainsi que du bien des corps et des âmes; les rameaux supérieurs représentent la divinité, la trinilé des personnes, l'unité de la nature divine. C'est dans cette région supérieure de l'arbre que l'âme s'élève, car c'est là que le Christ va passer avec tous ses dons. Jésus la voit, à son arrivée, et, dans la lumière de la foi, il lui enseigne que, comme Dieu, il est immense, incompréhensible, inaccessible, dépassant toute capacité créée. On est en présence de l'abîme sans fond. C'est la plus haute connaissance de Dieu qu'on puisse avoir dans cette vie agitée; elle fait voir surnaturellement que Dieu ne peut pas être pleinement compris » {L'ùrnement des noces, 1. I, ch. ixxvi). ,

Page 1