‹ Des grâces d'oraisonChapitre 156 sur 199 · LES DIRECTEURS · texte numérisé non relu

LES DIRECTEURS

obstacle à raciion divine? empêcher d'avancer, ou raCrae faire reculer?

Il le peut, mais seulement d'une manière indirecte, car comme je l'ai dit à propos de roraison de simplicité (ch. ii, 31), il fait suivre à l'Ame de fausses règles de conduite; en lui persuadant que son état d'oraison est sans valeur, il lui ôte un motif puissant de se montrer généreuse envers Dieu, et lui-même ne songe pais à l'y encourager. Il lui laisse des défauts nuisibles à l'union avec Dieu et M ne poursuit pas, dit S' Jean de la Croix, les petits renards, qui portent la dévastation dans la vigne de l'àme, déjà couronnée de ses premières fleurs » {Vive Flamme, str. 3, vers 3, § 11).

11 ne faut donc pas dire : a S'il plaît à Dieu de donner ces grâces, personne ne peut l'en empêcher ». Oui; mais précisément il ne lui plaît de les donner que si certaines conditions sont remplies; et une mauvaise direction empêche souvent de les remplir. Si l'âme, malgré son ignorance, faisait tout ce qu'elle peut, si elle répondait de son mieux à la grâce. Dieu la préserverait des effets fâcheux dont nous parlons. Mais on est souvent bien loin de faire tout ce qu'on peut.

En résumé, le directeur peut être la cause indirecte du mal; les fautes de l'âme en sont souvent la cause directe.

9. — liO ■Banque de dlreetien n'est guère moins nuisible que la mauvaise direction. 'Il ne faut pas dire, comme on le fait si souvent : « Dieu qui agit dans cette âme saura bien suppléer à l'absence de direction ». Avec un principe analogue, on prouverait qu'ordinairoraent Dieu supplée à l'absence de missionnaires chez les infidèles, et que dès lors il n'y a pas à s'occuper de leur conversion.

». — S'" Tliéri'se signale ailleurs une quatrième qualité que doit avoir le directeur, quand il conduit à travers les épreuves de la voie my8ti(}ue. C'est la bonté (ch. xxiii, 40). Sans doute il peut deman<lcr A l'Ame de grands sacrifices, pour l'amener à vaincre ses défauts. Mais cela na l'empêche pas de témoigner do l'intérêt et de la confiance, de consoler l'âme qui souffre.

D'abord, le précepte de la charité le lui commande. Puis, si les âmes doivent être aidées à mortifier l'orgueil et la sensualité, elles n'ont pas moins besoin qu'on les préserve de la tristesse et du découragement.

On sait par les règles du discernement des esprits quel est

le genre d'action propre au bon et au mauvais esprit. L'un console et fortifie; l'autre désole, secoue et abat. Le directeur, qui est l'associé de l'ange gardien, doit régler son action sur la sienne et non sur celle de l'adversaire. Il est aussi l'aide du Saint- Esprit, dont l'influence consolatrice est si bien décrite dans la prose Vent Sancte Spiritus.

Il faut donc que le directeur soit le bâton qui soutient, non celui qui frappe. Il doit ressembler à l'ange du Jardin des Oliviers qui consolait Jésus agonisant, ou à S" Véronique, ou à Simon le Cyrénéen. Qu'il laisse à d'autres le rôle des Juifs qui crucifiaient Notre-Seigneur. BInfîn il a l'exemple du Cbrist ressuscité, dont S' Ignace nous dit : « Méditez comment il exerce auprès des apôtres l'office d'ami et de consolateur. »

Si le directeur est obligé d'adresser des reproches, qu'il môle à cette sévérité des marques de sympathie. Quand, à chaque petit manquement, on vous répète avec colère : « Vous êtes toujours le môme; vous n'avez aucune bonne volonté », l'Ame reste déprimée et s'aigrit. Elle perd l'espoir de progresser d'une manière durable. Devant le directeur, elle prend des attitudes de chien battu. Il n'y a pas là une vraie formation.

9. — Ce n'est pas seulement par un motif de charité que le directeur doit être bon et compatissant. On peut tirer un argument du contrat tacite qui existe entre lui et le dirigé. Si celui-ci ne se conduit pas tout seul, ce qui serait beaucoup plus commode, c'est par nécessité. Il ignore souvent la théologie, et toujours les détours de son propre cœur. Nous sommes de mauvais juges en nos propres affaires, surtout quand il faut lutter contre nos passions. Mais, en subissant cette nécessité, le dirigé n'a pas prétendu aller au delà. Il demande des lumières comme il le ferait, en d'autres circonstances, à un médecin ou à un homme de loi (1). Il veut un pilote, non un bourreau. Il admet qu'on l'éclairé, non qu'on le frappe.

tO. — lica sainta observent eea règle*. Ils savent doser

(1) Cette comparaison réfute les rationalistes qui, voyant les mystiques chercher des consultations, en concluent qu'ils sont dépourvus de volonté, que ce sont des • abouliques • et dès lors des malades. Comme nous tous, ils consultent simplement pour suppléer à des études spéciales qu'ils n'ont pas faites. La même raison explique pourquoi, dans les vies de saints, on voit que les directeurs jouent un rôle moins important ou moins prolongé auprès des hommes qu'auprès des femmes. C'est que, grâce à ses études théoloçiques, le prêtre arrive à trouver par lui-môme la solution de la plupart de ses difficultés.

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les épreuves qu'ils imposent, parce qu'ils ont beaucoup souffert, ce qui les rend compatissants, et qu'ils ont d'abord essayé le fardeau sur leurs propres épaules; c'est là le seul moyen d'en bien apprécier le poids.

S" Thérèse se rappelait avec reconnaissance quelle charité lui avait témoignée le P. Balthasar Alvarez, à l'époque critique de sa vie. Tout en l'exerçant fortement à l'abnég-ation, il employa trois ans {Vie, ch. xxviii) à la soutenir contre tout le monde et contre elle-même. « Ce saint homme me consolait dans mes souffrances avec beaucoup de compassion... La direction de mon âme lui attira des tribulations sans nombre. » « Seul mon confesseur me consolait toujours... Il me disait que l'épreuve passerait et que je devais demander à Dieu ma délivrance. De son côté, il sollicitait avec ardeur cette grâce pour moi... Pour mieux réussir, on faisait prier toutes les âmes que l'on croyait en crédit auprès de Dieu » (Vie, ch. xxv).

S" Thérèse garda aussi beaucoup de reconnaissance pour la bonté de S' Pierre d'Alcantara {Vie, ch. xxx).

S* François de Sales dit, en parlant du directeur : « Il le faut plein de charité, de science et de prudence « {Vie dévote, part. I, ch. vi). Voir, so, des citations de S" J. de Chantai.

flt. — Exception. Il y a cependant un cas où le directeur peut se départit' en apparence de la bonté dont nous venons de parler. C'est lorsqu'il a besoin de juger le degré de patience et d'humilité auquel est arrivé son pénitent; et qu'il n'a pas d'autre moyen facile de faire cette constatation, il peut alors feindre la colère, la défiance et le mépris.

Mais pour que le précepte de la charité soit sauvegardé, il faut que cette preuve soit non seulement nécessaire, mais passagère. Pour atteindre le but, l'expérience n'a presque jamais besoin d«^ se prolonger longtemps.

M/^me dans ces épreuves passagt>res, il doit user de tact et de modération, pour ue pas dépasser le but, on jnf.mt I'Ahk» dans le découragement.

19. — IHaitre des noTlcefli. Ses droits sont plus étendus. Car il est chargé par sa congrégation, non seulement de Juger les sujets qui se présentent, mais de les exercer à pratiquer les vertus solides, en vue de l'avenir. Il peut donc leur donner occasion de pratiquer l'obéissance aveugle, l'aniour des humilia-

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lions, le mépris des répu^.ino.es, l'ouverture du coeur, etc..

tS. — H«tif« d'obéir au directeur. 1° Il a été appliqué à des études théologiques, et parfoisi ascétiques, que d'Iiabitude son pénitent n'a pas faites ; 2" même dans les atfaires temporelles, ii est de la prudence de ne pas nous fier à notre prudence ; 3° Dieu bénit l'obéissance et l'humilité dont elle procède. « Tous les jours, dit S' Jean de la Croix, nous expérimentons comment les âmes humbles favorisées de grâces extraordinaires ressentent, après en avoir parlé à qui de droit, une augmentation de force, de lumière et de sécurité; tandis qu'avant d'avoir fait cette ouverture, elles ne goûtent aucun repos )) {Montée, 1. II, ch. xxii); 4.' enfin il y a une raison plus haute, tenant à la manière dont Jésus-Christ a institué son Église. Le directeur représente celle-ci, s'il agit d'après ses principes, et il reçoit, de ce fait, une grAce spéciale.

Mais ce serait exagérer que de supposer au directeur des trwpirations véritables, de le concevoir comme un prophète, par qui Dieu s'engage à parler. A plus forte raison, il ne faut pas croire que le Saint-Esprit refuse ordinairement ses touches au pénitent, les réservant au directeur. Normalement c'est le contraire : Dieu agit principalement sur le pénitent. Le directeur a surtout un rôle plus simple : il empoche les écarts et il applique certains principes de conduite.

14. — Veit-on «aiTre exactement les ordres ou conseils du directeur?

On répond souvent : oui, sans faire aucune distinction. Pourtant il y a une difficulté : au xvii" et au xviii* siècle, on était très exposé à rencontrer, sans le savoir, un directeur janséniste, quiétiste, ou gallican. De nos jours, on a vu des prêtres qui avaient une spiritualité nouvelle et bizarre. Il ne peut pas y avoir obligation d'écouter aveuglément de tels directeurs ; au contraire.

t&. — f^olutlen. Je distinguerai deux cas. Si le directeur est imposé par l'autorité compétente, il faut bien obéir, dans tout ce qui n'est pas contraire à. l'enseignement de l'Église. Dieu corrigera tôt ou tard les défauts de la direction, si on prend les deux précautions suivantes : prier pour être bien dirigé ; ne pas se montrer inerte entre les mains du directeur. Il n'est pas contraire à l'obéissance de prendre l'initiative de lui signaler ses attraits et de lui poser des objections respectueuses.

Si le directeur a été librement choiH^ nous devons ajouter deux

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autres conditions, pour pouvoir compter Ic^timeinent sur le concours de Dieu : avoir fait raisonnablement notre possible pour que le choix soit bon; être prêts à changer de directeur, s'il devient évident qu'il s'inspire de principes généraux contraires à la tradition des auteurs ascétiques ou mystiques. Si la question est obscure, la présomption reste en sa faveur.

!•. — Les directeurs doivent-ils permettre la l«e«are de«» Uvreti mystiques M)?

Cette question a toujours été l'objet de chaudes controverses. J'adopte la solution modérée : c'est qu'on peut pennettre la lecture des bons livres mystiques à toute personne de bon sens. Il convient même de conseiller quelques-unes de ces lectures à ceux qui sont entrés dans l'oraison de simplicité.

Ce qu'on peut craindre, en effet, c'est que le lecteur ne se fignre avoir entendu des paroles intérieures ou reçu la visite de quelque saint. Mais si le livre mystique est bienfait, il mettra en gBrde contre toutes ces révélations, au lieu d'y pousser. Le meilleur des préservatifs n'est pas l'ignorance de ces questions, mais la persuasion qu'il y a mille illusions à craindre. Pour ma part, on ne m'accusera pas de les avoir dissimulées (ch. xxi).

Les rigoristes qui ne veulent réserver les livres de mystique qu'à une élite, c'est-à-dire aux confesseurs et supérieurs, permettent en pratique d<*s vies de saints, qui ont précisément les inconvénients qu'ils redoutent. Il n'y est question que d'apparitions, révélations et prophéties. Certaines têtes folles sont plus attentives à ces faits extraordinaires qu'aux vertus du saint. « Il v & des personnes, dit S' François de Sales, qui, à force de penser à la Tie de S** Catherine de Sienne et de Gênes, pensent ainsi être, par imitation, des S'** Catherine » (Entretiens, ix; édition d'Annecy, i. VI, p. 139).

t». — Quant à ceux qui entrent dans l'oraison. de simplicité, ou surtout dans la nuit du sens ou l'état mystique, nous avons vu (ch. II, 49; cil. V. f •) que \*'< livT»s leur sont généralement nécessaires.

Il y a là, en effet, une période obscure et pénible, pendant laquelle ils ont besoin de se rassurer, en voyant la peinture «le leur état, et d'adopter des rt^gles de conduite qu'ils ne peuvent

l; Lire le chapitre !•• de ScaramcUi.

guère deviner. Ils ressemblent à un homme qui marchait sur la terre ferme et s'est trouvé, il ne sait comment, transporté seul en pleine mer, sur une barque dont il ignore le maniement et qu'il voit s'éloigner du rivage. Il tremble et se livre à de fausses manœuvres. Un apprentissage devient nécessaire.

Il ne suffit pas de leur dire de s'instruire auprès de leur directeur; car très souvent celui-ci n'a pas étudié ces matières ou même sait à peine l'existence de la mystique. Puis, d'après les saints, il faut choisir avec soin son directeur; mais pour le bien choisir, il faudrait déjà être avancé dans la science spirituelle; ce qui n'est pas le cas des débutants. Il leur faut donc des livres (Voir les citations du ch. xvi, éz).

18. — Les œuvres de S'« Thérèse, quoique éminemment mystiques, ont été, de tout temps, conseillées aux fidèles. S" J. de Chantai les recommandait à ses filles, avec la Vie du P. Balthasar Alvarez par le V"'» Louis du Pont {Conseils à une supérieure, t. III de l'édition Pion, p. 338; Réponses sur le coutumier, art. 24, édition Migne, t. II, p. 228).

L'Église porte aussi les chrétiens à cette lecture. Car, dans l'oraison de la fête de S" Thérèse, elle souhaite que « nous prenions comme aliment cette doctrine ». Or, pour cela, il ne suffit pas d'en entendre vaguement parler; il faut lire.

Léon XIII a été très explicite dans le bref qu'il adressa au R. P. Bouix, le 17 mars 1883 : « Il y a dans les écrits de S** Thérèse une certaine puissance plus céleste qu'humaine, merveilleusement efficace pour la réforme de la vie, de sorte qu'ils peuvent vraiment être lus avec fruit non seulement par ceux qui s'emploient à la direction des Âmes, ou qui aspirent à une éminente sainteté de vie, mais encore par tout homme qui s'occupe un peu sérieusement des devoirs et des vertus du chrétien, c'est-à-dire du salut de son âme. »

Voir dans les Bollandistes du 15 octobre, n* 1617, les indulgences que plusieurs évêques ont accordées aux lecteurs des œuvres de S'« Thérèse.

CITATIONS

§ 1. — Largeur d'esprit que doit avoir !• directeur.

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