‹ Des grâces d'oraisonChapitre 157 sur 199 · S» Jean de la Croix · texte numérisé non relu

S» Jean de la Croix

1» « Pour peu qu'on dépasse les commencements, dans le voyage de la perfection,... il faut un guide à la fois savant, discret, expérimenté... Si les guides spirituels n'ont pas V expérience des voies les plus sublimes de Dieu, ils ne sauront pas y diriger les âmes que Dieu y fait entrer, et ils pourront môme leur faire beaucoup de mal. Souvent, en e£fet, dans leur ignorance des voies spirituelles, ils imposent aux âmes des méthodes élémentaires qu'ils ont trouvées dans les livres et qui sont bonnes pour les commençants; par là ils leur font perdre ces onctions si di'licieusement parfumées par lesquelles l'Esprit-Saint les prépare à l'union divine. Comme toute leur doctrine ne dépasse pas ce qui peut servir à la direction des commençants, — et encore. Dieu veuille qu'ils atteignent là! — ils ne veulent pas laisser sortir les âmes de ces premiers principes, des opérations du raisonnement et du travail de l'imagination, qui ne peuvent pas les conduire loin, quoique Dieu veuille les faire monter plus haut » {Vive Flamme, str. 3, vers 3, § 4).

2* « L'unique préoccupation des directeurs doit être, non pas de plier les âmes à la méthode qu'ils préfèrent et à la voie qu'ils suivent eux-mêmes, mais bien d'étudier attentivement le chemin par lequel Dieu les conduit; s'ils ne le connaissent pas, de les laisser faire, sans les troubler » (ifcirf., § 9).

3° Sur les directeurs qui gênent l'action divine en poussant aux connaissances distinctes :

« Bien que ce préjudice dépasse toute expression, il est cependant si commun, qu'à peine trouve-ton un directeur qui n'y jette pas les âmes dont Dieu s'empare par cette sorte de recueillement, pour les élever à la contemplation surnaturelle » {ibid., § 8). Voir encore § il et suivants.

I B. ~ Sur la doacenr que doit montrer le dlreotevr.

lèQ. — S^ J. de Chantai. Elle parle des supérieurs, mais ses remarques s'étendent aux directeurs. Les raisons sont les mêmes.

LES GRACES d'ORAISON. 88

r.!4 CHAPITRE XXVI.

1" « Plus je vais, et plus je trouve que la douceur est requise pour entrer et se maintenir dans les cœurs, et pour leur faire faire leur devoir sans tyrannie. Car enfin, nos sœurs sont les brebis de Notre-Seigneur; il vous est perrai', en les conduisant, de les toucher de la houlette, mais non de les écraser; cela n'appartient qu'au Maître, etc. » {Conseils à une sui>erieure. Édition Pion, t. III, p. 328).

2" .' Notre bienheureux Père disait qu'il faut écouter les peines et objecl'ons des sœurs avec patience... Croyez, disait ce bienlieiireux Père, que les supérieurs font une grande charité de donner le temps aux sœurs de leur dire tout ce qui leur fait de la peine, sans les presser ni témoigner aucun ennui de leurs longueurs, quoique ce ne soient quelquefois que de petites niaiseries; car cela les soulage, et les dispose à recevoir utilement les avis qu'on leur donne ensuite. Les petites choses sont autant à charge aux faibles que les grande» peines aux grandes âmes. En un mol, vous devez, par tous les meilleurs moyens que vous pourrez, tenir vos filles fort unies à vous, mais d'une union qui soit de pure charité, et non d'un amour humain qui s'attache. Que s'il arrive à quelqu'une de le faire, vous la devez iitsensiblement porter au dénuement et à l'estime du bonheur de l'âme qui ne dépend que de Dieu. Car de penser guérir de tels maux par des froideurs ou des repoussements, cela les pourrait porter à des aversions et des inquiétudes qui seraient suivies de quelque détraquement, surtout dans les esprits faibles. »

Ayez un « amour général envers toutes, les aimant également, sans qu'il paraisse aucune particularité; car je vous dis que si une fille n'a pas la très haute perfection, quelque bonne qu'elle soit au-dessous de cela, elle ne vivra point contente, si elle ne croit pas gus sa supérieure l'aime et l'a en bonne estime » {ibid., pp. 327, 328).

« Lorsque vous faites des corrections,... il faut éviter les paroles aigres et dures, qui ne font qu'offenser le cœur, le dépiter, le ralentir à la pratique des vertus, et le refroidir on la confiance et en l'estime qu'elles doivent avoir de leur supérieure. Notre bienheureux Père disait qu'une supérieure ne doit jamais s'étonner ni se troubler d'aucun défaut qui puisse se commettre dans sa maison par le général [l'ensemble] des sœurs, ni par les particulières ; qu'e//e doit les regarder et les souffrir doucement, et y apporter en esprit de repos les remèdes qui lui seront possibles; qu'elle ne doit pas non plus épouvanter celles qui les font, mais qu'il faut avec une suave charité les amener à la connaissance de leurs chutes, pour leur en faire tirer profit. Croyez-moi, ne nous rendons point... si sensibles aux manquements des sœurs et à ne vouloir point souffrir parmi nous les esprits fâcheux et de mauvaise humeur. Quand ils sont liés par les vœux solennels, le plus court est de les supporter doucement. <>ar nous aurons beau faire, il se trouvera toujours dans les communautés, quelque petites qu'elles soient, des esprits qui donneront de la peine aux autres. Dieu permet cela pour exercer la vertu de la supérieure et des sœurs » (ibid., p. 328).

... « Il ne faut non plus témoigner... aucun désespoir de leur amendement, oh non, jamais; cela les abattrait et arrêterait tout à fait >> {ibid.. p. 332).

... » Vivez et conversez avec chacune, en sorte que toutes pensent en particulier que c est elle que vous aimez le mieux » {ibid., p. 333j.

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