‹ Des grâces d'oraisonChapitre 165 sur 199 · LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

LE QUIÉTISME

de Dieu par un acte de foi obscure, pure et amoureuse ; puis à rester oisif, sans aller plus loin, sans s'arréler à aucun raisonnement, à aucune image, à aucune pensée. Car il est contraire au respect dû à Dieu de réitérer le premier acte, et de plus cet acte est d'un si grand mérite et valeur, qu'il renferme éminemment et dans un degré plus parfait les actes de toutes les vertus. Cet acte dure tout le temps de la vie, pourvu qu'il ne soit pas rétracté par un acte contraire >► (prop. 1) (Document cité par Bossuet dans le tome XVIII de l'édition Lacbat, p. 677).

SY. — M™« Guyoa:

1» « Cette vie divine devient naturelle à l'âme. Comme l'âme ne se sent plus, ne se voit plus, ne se connaît plus, elle ne voit rien de Dieu, n'en comprend rien, n'en distingue rien. 11 n'y a plus d'amour, de lumières, ni de connaissances » {Les Torrents, part. I, ch. ix, n" 6^.

2» Quand l'âme est arrivée à l'union suprême, « toute réflexion est bannie, et l'âme aurait peine, même quand elle voudrait en faire. Mais comme, en s'efforçant, peut-être en pourrait-elle venir à bout, il faut les éviter plus que toute autre chose » (Les Torrents, part. II, ch. iv, n* 3).

3» « Vouloir bien [n']ôtre rien aux yeux de Dieu, demeurer dans un entier abandon, dans le désespoir même; se donner à lui lorsqu'on est le plus rebuté, s'y laisser, et ne pas se regarder soi-même lorsque Von est sur le bord de l'abîme, c'est ce qui est très rare et c'est ce qui fait l'abandon parfait » [Les Torrents, part. II, ch. I, n° 10).

40 « Si on leur dit [à ces âmes pleinement abandonnées] de se confesser, elles le font, car elles sont très soumises; mais elles disent de bouche ce qu'on leur fait dire comme à un petit enfant, à qui l'on dirait : Il faut vous confesser de cela. Il le dit sans connaître ce qu'il dit, sans savoir si cela est ou non » {Les Tonents. part. II, ch. 11, n» 3). « Ces âmes dont je parle ne peuvent presque famais se confesser » {ibid.).

18. — AppHcAtioB aux désira, aux demandât «t aux •xeroloea extérieurs de pléié.

9%. — Proposition d'Eckart, condamnée en 1329 par Jean XXII : « Celui qui demande dans la prière une chose particulière et déterminée, demande le mal et demande mal » (prop. 7).

••. — Molinos. Voir ch. uiv, n* SS, sa proposition 27, contre le désir de la dévotion sensible; et ici, n" IS, sa proposition 14. « De même que l'âme ne doit faire â Dieu aucune demande, elle ne doit aussi lui rendre grâces d'aucune chose, l'un et l'autre étant un acte de sa propre volonté » (prop. 18). — Il feint que ce ne soit pas l'œuvre de la grâce.

•10. — Le Pater de l'aljandon (exagéré) ; imitation ironique des procédés des quiéUsles, par Iji Bruyère :

« La pi'nitente. — Je vous avouerai que je faisais en moi-mèmo une oraison dominicale à notre manière, je veux dire en l'ajustant à nos principes et i notre doctrine.

r.4a cHAPnaB xxvii.

« Le directeur. — Dites, ma flUel Le projet est lorrabïc.

>< La pêniienle. — Écoirtoz ma coinjxif^iUon.

'< Le directeur. — J'écoute.

« La pMitente. — Dieu, qui n'êtes pa$ plus au ciel que sor la terre et dan» les enfers, qui êtes présent pnrlout; — je ne veux ni ne désii^o que votre nom soit saoctiQé. Vous savez ce qui uous convicot; si vous vouiez qu'il le soit, il le sera, sans que je le veuille et le désire. — Que votre royaume arrive ou n'arrive pas, cela m'est indifférent. — Je ne vous demande pas aussi que votr^î volonté soit faite en la terre comme au ciel. Elle le sera malgré que j'en aie; c'est à moi à m'y résigner. — Donnez-nous à tous notre pain de tous les jours, qui est votre grâce, ou ne nous le donnez pas; je no souhaite [ni] de l'avoir ni d'eu èti-e privée. — De méjne si vous me pardonnes mes crimes, comme je pardonne à ceux qui m'ont offensée, tant mieux. Si vous m'en punissez au contraire par la damnation, tant mieux encore, puisque c'est votre bon plaisir. — Eoflii, mon Dieu, je suis trop abandonnée à votre volonté pour vous prier de me délivrer des tentations et du péché!

« Le directeur. — Je vous assure, Madame, que ce- n'e«t pas mal. Le Pater noster ainsi réformé édifierait saus doute toutes les âmes du parfait abandon; et j'ai envie de l'envoyer à nos nouvelles églises » {Dialogues, 5« dial.).

Eln pratique, les quiétistes avaient une manière plus expi'ditive de traiter le Pater. Us troavaient qu'il renfermait trop de demandes, s'en scandalisaient et aimaient à le réduire à cette seule phrase : Que votre volonté soit faite. Ils louaient à l'envi un solitaire mexicain de la fm du ivi* siècle, Grt'îgoii-e Lopcz, qui s'en tenait toujours à cette simplification. On peut se demander pourquoi il ne se contentait pas du mot amen, qui eût exprinié la même idée plus brièvement encore? — A ce compte, toutes les prières de l'Église devraient être remplacées par ce mot unique.

Bossuet dit sur cette question : « Vouloir supprimer les demandes sous prétexte qu'elles semblent renferm^'-es dans une seule, c'est de même que si l'on disait qu'il ne faut point développer dans un arbre les branches, les feuilles et les fruits, sous prétexte que la racine ou le pépia mente les contiendra en vertu. C'est au contraire dans ce développement que con-siste non seulement la beauté et la perfection, mais encore l'être de l'arbre » [Étata d'or., 1. III, n» 21).

41. — Le P. Massoulié, 0. P., réfutant la mauvaise indifférence :

« Les Pères et les Maîtres de la vie spirituelle... ont enseigné qu'une âme voulant travailler sincèxement à sa sanctification doit entrer dans one entière indifférence pour toutes les choses qui sont hors de Dieu, ne regarder qne sa gloire et sa seule volonté... Mais cette indifférence doit élre uniquement pour les choses inditTérenles de leur nature, qui ne conduisent pas rame à Dieu et qui ne sont pas Dieu même. Dieu seul sufiit à une àme, tout le reste doit être indifférent..

« Mais ces nouveaux spirituels [les quiétistes] vealent que cette indifférence soit générale et pour les choses mêmes qui regardent le salut étemel. Indifférence pour les consolations et pour les aridités; indifférence pour Vaequisitton. des vertus ou pour leur perte, et, ce qui est étrange, indifférence pour la privation de Dieu; c'est-à-dire indifférence pour son salut éternel os poiu* sa damnation éternelle, parce que, disent-ils, on ne fjoit ■- ■- .-> v *r,\\[ que la gloire de

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incu et 1 .irconijiiissr-iMi'iil «le s;i Tolonté, qai se trouve ('gaiement au salut et à la p'^rte des âmes. Qui pourrait croire qu'on fût jamais venu à cet excès d'aveu'-'Iement'? » (Traité rf*- la véritable oraison, part. 1, ch. xviii).

Or « c'est une erreur d'avancer que, parce qu'on doit chercher uniquement la gloire de Dieu, il faut se rendre indifférent pour la béatitude, qui consiste en la vue de Dieu et de tontes ses perfections. Voici comme nous sommes obligés de raisonner : Nous devons chercher uniquement la gloire de Dieu. Or cette gloire ne peut se trowoer que dans ta contiaistance de ses perfections et danê les louanges qui accompagnent cette connaLisance. Donc le désir que nous devons concevoir de donner à Dieu toute la gloire dont nous sommes capa» blés, nous oblige nécessairement à désirer de le voir et de le possfder, et, en le voyant, de l'aimer, et, en l'aimant, de le louer » (ibid., part. I, ch. xii).

49. — Bossuct. Sur certaines phrases équivoques où l'on présente la possession de Dieu et la possession de ses dons comme deux choses qui s'excluent et entre lesquelles la fwrfection oblige à choisir (1).

« Ces désappropriations des dons de Dien ne sont que raffinement. Je sais que les spirituels des derniers siècles se sont servis de ces termes; mais si on ne les entend sainement, on tombe dans de grandes erreurs. C'est une vérité constante qu'on n'est uni à Dieu que par ses dons. La sainteté, la justice, la grâce sont des dons de Dieu ; ee sont des moyens par lesquels on le possède. Songer à s'en détacher, c'est songer à se détacher de Dieu môme. J'en dis autant de la foi, de l'espérance et de la charité. On ne peut être agréable à Di«u que par ses vertus, gui sont antant de dons de Dieu.

'< Ces unions immédiates avec Dieu, tant vautres par beaucoup de mystiques, même par les bons, sont une illusion si on les entend mal. II n'y a qu'un seul moyen de les bien entendre, et de se désapproprier des dons de Dieu, c'est en évitant, comme l'écueil de la piété, de se les attribuer à soi-même. Mais si on les prend comme venant du Père des lumières, on est suffisamment désapproprié.

« On peut s'en détacher encore d'une autre manière : c'est de ne les pas chercher pour le plaisir qui nous en revient, mais pour la vei'tu qu'ils ont de nous unir a Dieu même, puisqu'il ne s'unit à nous que par ses dons. Encore y a-t-il une céleste, et victorieuse, et foncière délectation, dans laquelle consiste la grâce et la charité; cl s'en détacher, c'est se détacher de la charité et de la grâce, e'est-â-dire de Dieu mAme. Croyez, ma fille, que toute autre doctrine n'est qu'illusion. Il en faut toujours revenir aux idées simples qui sont celles de l'Écriture » {Lettre 12 à M"« de Maisonfort. Édition Lâchât, t. XXVII, p. 384).

On peut encore dire : en parlant d'une manière générale des dons, les auteurs ont voulu parler de certains dons, ceux dont l'utilité serait doutoitse. Toutes ces phra.scs équivoques sont à éviter désormais.

(I) M** Gayon ne maixiatil p«s (i'rn tirer un antomeat en tovmr de im • <im>ppr*prl«-

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court, ch. xxiT, o* ti). M^ l'iue «al uo don: par «ulle. il y a des don* qui

• p«ormt contenter pIcincni'Tn i . iri' •.

544 CHAPITIIE XXVII.

4S. — La Bruyère, faisant parler une dame qiiiétiste (sur les exercices de piété) :

«< Ah I mon frère, si vous saviez, si vous pouviez expérimenter une fois ce que c'est qu'une âme fervente, élevée par la cotUimplation acquise jusqu'à la vue confuse et indistincte de l'essence de Dieu, si vous compreniez le plaisir oe cette âme dans les renoncements à sa propre actiorij dans les plongcments qu'elle fait dans l'océan de la volonté divine! Quelle paix, quel repos, quelles nuits resplendissantes pour cette âme, de ne plus voir en elle qu'un dénuement parfait de toute opération, pour ne plus souffrir que l'action de Dieu! Combien alors la distinction des jours [par les fêtes des saints] lui paraît frivole et malentendue!... Quelle insipidité elle trouverait dans la récitation des psaumes, quelle inutilité dans les prédications, et pour ceux qui les font, et pour ceux q^ii les écoulent! Quelle froideur même souvent, et quelle indifférence pour une messe de paroisse! Quelle sécheresse pour elle de méditer sur la justice de Dieu, ou sur ses miséricordes! Ah! mon frère, Dieu présent partout!» (Dialogue 4). — On voit ici comment les quiétistes faussent la doctrine des vrais mystiques : ils déclarent obligatoires, et pour tous ceux qui visent à la perfection, des exclusions qui ne peuvent être admises que par certaines âmes, et dans les moments seulement où elles ne peuvent faire autrement. Il ne faut pas confondre cette fausse monnaie avec la vraie.

g 4. — Application à Ut recherche des Tertas «t à la résistance

aux tentations.

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