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La question que je pose ici est pureaieni, blatorlciue

Je ne demande pa<5 si l'état mystique est indispensable pour arriver à une haute perfection. La réponse serait négative. Les grâces mystiques ne sont qu'un moyen, et Dieu peut en employer

lants : « Je viens de parler des grâces que Notre-Scigneur répand dans nos monastères; ces grâces sont si grandes qu'à peine se rencontre-tril, dans chaque maison, vne religieuse que le divin Mailre conduise par la voie de la méditation ordinaire. Toutes les aulrei tout élevées à la contemplation parfaite [union pleine]. Quelquesvnes, plus avancées encore, sont favorisées de ravissements • {Livre des fondations, ch. iv).

Quatre ans plus tard, la sainte confirme ce qui précède : « Quelques-unes de vos servantes jouissent habituellement de CCS célestes douceurs [l'union pleine]... je dis quelques-unes; il en est bien peu cependant qui n'entrent dans cette cinquième demeure. Comme il y a du plus et du moins, je puis afûrmcr que la plupart y entrent • (Château^ 5, ch. i).

Resterait à savoir quel était, à cette époque, le nombre total des carmélites; peut-fttre cent ou cent cinquante.

HAUlirrÉ ou FRÉgLEiNCE. 853

d'autres. Il s'agit simplement de savoir si, en fait, il s'est servi ordinairement de ce moyen.

9. — Commençons par faire une distinction. Le mot sainteté est souvent pris dans un sens large. On veut indiquer par là une très haute vertu, insuffisante toutefois pour que l'on songe à une canonisation. Dans le sens strict, celui des actes officiels de l'Église, il s'agit d'une vertu éclatante, celle des canonisés. C'est le degré le plus élevé.

•. — S'il s'agit de la sainteté entendue dans le sens large, la réponse à la question posée est évidente, sans rechercher des documents historiques. Nous avons tous connu de ces âmes d'élite, qui faisaient l'admiration de leur entourage, sans toutefois qu'on songeât à les voir jamais sur les autels. Or elles ne paraissaient pas avoir d'états mystiques (1). Dieu ne leur avait pas fourni ce secours, mais il leur avait accordé à un haut degré d'autres dons de Tordre surnaturel ordinaire.

J'irai plus loin. Il peut se faire qu'une personne de ce genre soit, comme vertu, bien au-dessus d'une autre, qui aura reçu l'oraison de quiétude. Cela tient en partie à ce que cette dernière est assez mal douée sous le rapport de l'intelligence, du caractère, de la direction, etc.

Toutefois ne concluons pas de là que la seconde n'aura pas eu grand profit à être élevée à l'union mystique. Car, sans ce don, elle serait restée beaucoup plus bas.

!•. — Parlons maintenant de la grande «ainteté, de celle qui mène ouvertement à la canonisation. S'est-elle rencontrée sans les grâces mystiques?

Bien entendu, il faut étudier uniquement la vie de ceux qui n'ont pas été martyrs et dont l'intérieur est connu avec quelque détail. Car pour les martyrs, leur mort a pu suffire à les faire canoniser, Sans qu'il y ait eu auparavant de vertus héroïques. Quant aux saints qui ne remplissent pas la seconde condition, la question reste simplement douteuse.

il. — Cette étude historique nous mènera à la conclusion

(1; S' J. de la Croix : • DIou ne m^i mus ceux

qui s'adonnent délibérément à la vie r lésait •

{ffuit, 1. I, ch. IX). — Il suil de laque m ou u'arrivo p<ui à l'uuiou tay^uquc ou si on ne dépasse pas un degru^ infériour, on ne p^nit dire avec certitude que le sujet ou ses directeurs y ont mis obstacle. Peut-être que sa vocation était différente. Voir 20 bit.

554 CHAPITRE XXVIU.

que voici : presque tous les saints canonisés ont eu l'union mystique; et généralement avec abondance. Benoit XIV énonce un principe analogue : « L'histoire nous apprend que presque tous les saints, et surtout les fondateurs d'orJres, ont reçu des visions divines et des révélations... Sans aucun doute, Dieu parle familièrement avec ses amis et il favorise surtout ceux qu'il a choisis pour de grandes œuvres » [De canon., 1. III, ch. lu, n° 3). Le R. P. de Maumigny admet également notre thèse (t. II, 1. V, ch. i).

S* François de Sales n'est pas réellement d'un avis contraire quand il dit : « Plusieurs saints sont au ciel, qui jamais ne furent en extase ou ravissement de contemplation; car combien de martyrs et grands saints voyons-nous en l'histoire n'avoir jamais eu, en l'oraison, autre privilège que celui de la dévotion et ferveur » [Traité de l'amour de Dieu, 1. VII, ch. vn). On le voit, le saint docteur parle d'abord des Ames qui sont au ciel, sans préciser leur degré de sainteté. Or, pour être au ciel, il suffit de mourir en état de grâce. Tandis que nous ne parlons ici que des saints canonisés, c'est-à-dire à vertu héroïque. Ensuite, parmi les canonisés, il compte les martyrs. Leur nombre étant de plusieurs millions, on ne doit pas le faire entrer dans un même énoncé avec les contemplatifs. Ce sont des catégories trop différentes.

i:^, — Avant d'examiner cette thèse, il est bon de résoudre une difficulté. Cette doctrine, dira-t-on, est propre à décourager. Si, en fait, presque tous les saints (non martyrs) ont reçu des grâces extraordinaires, on se persuadera toujours qu'il «xiste un lien presque nécessaire entre ces grâces et la sainteté. Et l'on se dira : N'ayant pas les unes, je suis moralement certain de ne pas arriver à l'autre.

ta. — Rép»BS«. Non ; le fait historique ne prouve pas que les grâces extraordinaires soient une condition presfjne nécessaire de la sainteté, mais simplement que, dans sa générosité, Dieu s'est plu à accorder aux saints canonisés bien au delà du nécessaire. En a-t-il fait autant pour d'autres saints qu'il voulait laisser inconnus? Et continuera-t-il à le faire habituellement dans l'avenir pour ceux qu'il veut mettre en lumière? Nous l'ignorons.

Mais admettons pour un instant quVn ne puisse guère arriver au terme suprême de la sainteté, sans le secours des grâces mystiques, vous ne pourriez tirer de là aucune conclusion décourageante.

RARETE OU FRÉQUENCE. 5S5

Si vous n eti^'z (ju'à deux pas de ce terme, je ni expliquerais on peu votre tristesse. Il y aurait si peu de chemin à parcourir, et Dieu vous refuserait le secours indispensable! Jlais peut-être en êtes-vous fort loin. Vous avez toutes les grâces nécessaires pour franchir la plus grande partie de la distance. Faites preuve d'iuitiative; et ayez confiance que Dieu fera le reste.

C'est à nous de commencer. On voit, il est vrai, dans la vie de plusieurs saints, que Dieu les a devancés. Dès leur enfance, avant même l'Age de raison, ils sont comblés de grâces exceptionnelles; exemple : S' Jean -Baptiste, sanctifié dans le sein de sa mère. Dieu est libre de se montrer généreux pour qui il veut, et il tient à nous le rappeler de temps en temps. Mais bien des saints n'ont pas été prévenus de cette façon. Au lieu de naître riches spirituellement, ils ont été, pour ainsi dire, les fils de leurs œuvres. Souvent ce furent des convertis, comme Madeleine, Augustin, François d'Assise, Ignace, François Xavier, etc. Us ont commencé par des actes héroïques, et quand Dieu les a vus très avancés, il s'est montré généreux. Vous n'êtes pas dans des conditions plus défavorables; vous n'avez donc aucun motif de désespérer.

14. — Ainsi la thèse historique ne peut jeter aucun trouble dans les âmes. D'autre part, elle a un avantage, c'est de lutter contre la tendance iiat«ir»list« de notre siècle. Dans les vies de saints écrites de nos jours, on est très préoccupé de montrer la part de ^homme, le rôle de ses qualités naturelles, de sa mentalité et de son milieu. On a raison, si l'on ne se contente pas trop cxelusivement de ces points de vue. Mais il faut aussi montrer la part de Dieu. Les anciens auteurs exagéraient souvent de ce cAté. Les faits extraordinaires se succédaient sans interruption. Le saint se trouvait muni d'un trésor; il n'avait qu'à avancer la main pour y puiser; et sauf quelques tentations violentes dont il avait triomphé à force do peine, il no faisait guère que consentir aux avances divines. Ne tombons pas dans l'excès opposé, et reconnaissons franchement ce que Dieu a fait pour ses amis, sans y être obligé.

ift. — Arrivons à la preuve de I» th^e. Ollc-ci saute aux yeux quand on parcourt un recueil do vies de saints. Si qaelquesnos semblent dépourvus de gHVoes extraordinaires, on s'aperçoit qu'on manque de documents à leur sujet. De sorte qu'on n'a pas de preuves positives à apporter contre la conclusion ci-de.ssus.

Ce manque pln< >><< ntoins grand de documents est facile à expli-

556 CHAPITRE XX Vil 1.

(juer pour les pixitres. Ils ne tardent pas à trouver dans leur science sacerdotale le moyen de se passer plus ou moins de directeur. Si donc ils ne sont pas arrivés jusqu'à Textase, ce qui eût attiré l'attention, on ignore forcément une foule de faits de leur vie intime. Les femmes ont plus de difficulté à rester ignorées. Elles ont besoin de consulter. Souvent môme elles ont laissé malgré elles des autobiographies détaillées écrites par ordre de leurs directeurs.

Itt. — Exemples de saints que parfois l'on a cru moins favorisés. Commençons par S' Vincent de Paul. Ou ne cite de lui presque aucun fait extraordinaire. On sait seulement qu'il restait plusieurs heures de suite, immobile, les yeux attachés sur le crucifix; ce qui semble bien indiquer une oraison sortant du commun. On cite encore les deux visions qu'il eut sur S'" J. de Chantai, l'une pendant la dernière maladie de la sainte, l'autre à sa mort. C'est bien restreint, je l'avoue; mais aussi son premier historien, Abelly, reconnaît qu'il ne laissait personne pénétrer dans son ûme (1).

f», — De même on connaît très peu l'oraison de S' jr.-B. de la Salle. Toutefois le chanoine Blain, un de ses premiers historiens, nous dit que le saint, étant jeune prêtre, avait souvent des ravissements en disant la messe. De plus, il n'y éprouvait jamais de distraclions (1. I, ch. IV, §§4-, 5). Quoiqu'il fût homme d'action, il passait en oraison une grande partie de ses jours et de ses nuits (1. II, ch. 1, § 4). Ces derniers détails suffiraient seuls à juger qu'il était sorti de la voie opdinaire.

18. — On peut encore citer le B""* curé d'Ara. Plusieurs fois on lui a posé les questions les plus adroites, pour arriver à connaître la nature de son oraison; toujours il les a éludées. Mais on a eu des preuves indirectes de son état mystique en le voyant prier, ou en entendant ses paroles prophétiques ou ses exclamations pleines d'amour qu'il ne pouvait retenir, telles que celles-ci : « Jamais on ne se lasse (dans l'oraison); les heures coulent comme des minutes ; enfin c'est un avant-goût du ciel » ; ou cette autre : u II y a des prêtres qui voient tous les jours Notre-Seigoeur à la messe » ; ou enfin celle-ci : « Quand on a communié, l'Ame se roule dans le baume de l'amour, comme l'abeille dans les fleurs... Quand on fait la sainte communion, on sent quelque choses d'extraordinaire, un

(1) • L'on n'a pat pu découvrir, dit-il, quelle était l'oraison de M. Vincent; ni li elk était ordinaire ou extraordinaire, son humilité lui ayant toujours fait caclier les dons qu'il recevait de Dieu • (Vie, 1. III, ch. vu).

bien-être qui parcom t font Ir corps... C'est Notre-Seignpur qui >e communique. »

19. — J'ai parfois entendu citer quelques autres saints coiiinie n'ayant pas eu d'états extraordinaires : le B"'* Pierre Le Fèvre, le B*"* Canisius, S* Berchnians (tous trois de la Compagnie de Jésus , et S* François de Sales (1). Quand même ce serait vrai, la thèse très modérée que j'ai énoncée n'en serait pas infirmée. Car j'ai dit que presque tous les saints ont reçu ces grâces. J'ai donc admis quelques exceptions comme possibles. Mais il se trouve précisément que les quatre serviteurs de Dieu qu'on vient d'indiquer vérifient la loi générale.

Z%. — Nous avons peu de renseignements sur l'intérieur du B*"* Pierre I<e Fè^re, quoiqu'il ait écrit un Mémorial où il a consigné, pendant sa trente-sixième année, ses réflexions, résolutions et demandes. Cette ignorance, dit le P. Orlandini, son biographe, tient « à l'extrême modestie de ce saint homme qui n'a raconté que peu de chose, et aux immenses occupations qui ont empêché ses contemporains d'écrire... C'est une tradition cependant... qu'il avait le don de guérir miraculeusement les malades » {Vie, 1. Il, ch. xvi). Dans son Sfémorial, il avoue qu'il entendait souvent des paroles surnaturelles. H en cite un certain nombre ; un groupe d'entre elles constitue une révélation de plusieurs pages.

91. — Le B*°' Canisius a montré souvent qu'il n'était pas dans la voie ordinaire. Un de ses historiens nous dit que, malgré ses grandes occupations, « il consacrait d'ordinaire les quatre premières heures de la journée à la méditation » et autres exercices de piété. « Do nombreux témoins attestent... l'avoir vu maintes fois le visage rayonnant de flammes si vives que le regard en était ébloui » (Vie, par le R. P. Michel, 1. VI, ch. ii). Un soir, dans une église de Fribourg, on l'aperçut « ravi,... nn globe de feu au-de.ssus de la tête ». Après sa messe, « on le voyait circuler dans la maison comme en extase, les yeux baignés de larmes, allnnt de-ci de-là, sans but, hors de lui-même. Cette impression surnaturelle durait plusieurs heures, et quand il sortait, il marchait d'un tel pas que son compagnon, incapable de le suivre, était contraint de le se>

(1) Bossuet ledit pour ce dernier {Était oToraiton, 1. IX, n* 11). U lecondutà tort de deui lettres da saint (U mars 161(>, -2t> février 1615), où Ton n« trouve que des phrases très vagues sur son orai.son, comme de dire quil airo« i«s grands chemins. Nais les âmes les plus favorisées en diraient autant.

558 CHAPITRE XXVIU.

couer pour le ramener au sentiment de la réalité » {ibid.). Il raconte lui-môme dans ses Confessions que, la veille du jour où il lit sa profession solennelle entre les maint» de S' Ignace, il eut une double apparition, Tune du Sauveur « lai montrant son très saint Cœur et l'invitant à boire à cette source sacrée », l'autre d'un second ange gardien qui lui était donné désormais « pour l'aider et l'instruire » [ibid., 1. 1, ch. v). Un autre historien nous dit que <» Dieu lui fit connaître plus d'une fois la «gloire dont jouissaient quelques saintes âimes dans le ciel, et les peines que quelques autres soutiraient dans le purgatoire » (Fie, par le P. Dorigny, l, VI),

ZZ. — Arrivons A S' Berchiuans. Dans la Compagnie de Jésus, il est devenu le patron de la fidélité à la vie commune. Mais ce serait une erreur d'en conclure que son oraison elle-même a été commune. La question à été étudiée pendant le pix)cès de béatification, et le cardinal rapporteur conclut en disant que ce jeune saint était extatique, u. N'était-ce pas, dit-il, l'extase qui durant l'oraison, après l'avoir transfiguré, le rendait insenijible au froid, aux piqûres des insectes? N'était-ce pas l'extase, dont ses frères devaient le retirer, en le secouant, en l'appelant à haute voix? » (cité par le R. P. Gros, Vie du saint, 1. II, ch. xvui). Sauf peutêtre à certaines époques de sécheresse, il « n'avait pas de distractions » dans l'oraison. Enfin les gémissements qu'il y poussait étaient parfais si forts qu'ils réveill&ient ceux qui habitaient les chambres voisines. Si le saint eût été unaUrc de ses mouvements, U eût supprimé ces cris par humilité et à cause du soin qu'il eut toujours d'éviter toute singulai-ité (Voir i^id., ch. u).

Ainsi sur les quatorze saints ou bienlieureux de la Compagnie de Jésus, qui ne sont pas mai'tyrs, on ne trouve pas une seule exception à la thèse.

9S. — Pour S'Fpaa^lai de Sales, les renseignements sur son intérieur sont peu nombreux, paive qu'il refusait de répondre aux questions qu'on lui posait. S'° J. de Chantai l'interrogea plus d'une fois ; elle raconte dans sea dépositions que le saint se contentait de dire : « Ce sont des choses si simples et si délicates que Ton n« peut rien dire quand elles sont passées » {Déposition, art. xxxiii). Elle dit encore que « ce que Dieu opérait en lui, c'était par des clartés et des senliments que Dieu répandait en la suprême partie de son âme ; que la partie inférieure n'y avait point de part » {ibid.).

RVllETÉ OU FRÉQUENCE. 559

Gea caractères n'appartiennent pas à l'oraison ordinaire; mais on sait en outre que le saint avait le don de prophétie, de connaissance des consciences et le don des miracles [ibid., art. il) . Enfin il a eu deux extases devant témoins : la première, qui dura une d^ni-heure, eut lieu pendant sa consécration épisoopale (1602). Il vit alors les trois Personnes divines opérant cette consécration. Cotte vision se continua sans extase pendant le reste de la cérémonie ; il resta tout absorbé par cette impression durant six semaines. [>éjà auparavant U avait eu une vision de S* Antoine de Padoue {Vie, par Pércnnès, dans l'édition Migne, 1. V, ch. xi) et avait ressuscité un mort (i698, ibid., 1. III, ch. xv).

Dans la seconde extase (1604), Dieu lui fit voir l'Ordre qu'il fonderait et quelle serait sa coopératrice. Il ne connaissait pas encore M"« de Chantai {ibid., 1. VI, ch. i).

{3. — Dispositions favorisant «a non l'nnioa mystiqme.

34. — Comme je l'ai dit ailleurs (ch. xii, il), la pratique des vertus est la meilleure des dispositions à l'union mystique.

Une autre disposition exceUetite est la vie de recueillement (ch. XII, •). Les saints ont presque tous pratiqué la longue oraison; c'est le chemin de la haute oraison.

Je ne dis pas qu'en fait, nos exercices doivent être longs. Car l'oWissance peut nous imposer des emplois qui réduisent forcément notre oraison, sinon à néant, du moins au slrict nécessaire. Dieu se doit alors à lui-même de ne pas nous punir de lui avoir obéi (1).

J'ai seulement dit qu'il faut aimer k rester longtemps avec Dieu. Si ce sentiment est sincère, nous saurons trouver des heures de liberté, nous éviterons surtout de nous jeter de nous-mêmes dans un tourbillon d'occupations que l'obéissance ne nous a pas commandées et qu'elle ne fait parfois que tolérer. Nous prétendons

M 1 Cl* Ti.^p^se : • Lorsque dti occupations nétmmtirti vous retirout d» celte retraite vota croyez peuCrAtre faire une grande brèche au rectieiUemeot; déi: ..., .. - PoiiiMi (lur vjiii» aoyex ensuite fidMe» k v rentrer, le divin maître fera tauC $■ re âme • {Chàu^ \). Mais «Ue dit ailleurs :

« U faut l'u: et des occupati <•». Saw ctlarje r^arde

comme impoesibie qu'on arrive jainais dans la dcuii-ure principale ■ {Chdttau^ 1,

cil. II).

vouloir faire du bien aux autres; mais ne serait-il pas mieux d'abord de nous sancfilîcr davantage par le recueillement? En réalité, nous suivons nos goûts naturels et nous sommes bien aises d'avoir des prétextes de fuir les épreuves de la vie d'oraison et les fortes vertus auxquelles elle conduit.

Toutefois il ne faut pas tomber dans l'illusion opposée et sacrifier ses devoirs à l'amour de la solitude (voir ch. xii, •).

34 bis. — Objection. Il semble que les auteurs mystiques soient plus exigeants. Ils paraissent dire que, pour arriver à la contemplation surnaturelle ou s'y maintenir, il faille renoncer à tout le reste, devenir comme un petit enfant, qui n'est propre à rien. Bref, il faudrait se faire ermite. S' Jean de la Croix paraît de cet avis {Montée, 1. I, fin du ch. xiii) quand il dit : « pour arriver à savoir tout, ne désirez rien savoir ». Ce qui augmente la difficulté, c'est que le mystique n'est pas seulement poussé par ces raisons; mais il sent un attrait qu'il regarde comme divin et qui le porte à tout quitter pour la solitude et l'oraison. De là, intérieurement, une bataille continuelle.

34 ter. — RépoiuM. Il ne faut pas prendre à la lettre tout ce que disent sur le détachement certains auteurs. Ils cherchent à vous imprimer une tendance excellente, mais ne prétendent pas qu'eQe sera sans contrepoids. Voici, je crois, le principe sage : Le mystique doit avoir la tendance à tout quitter pour s'occuper de Dieu, mais Dieu qui la lui inspire ne veut pas qu'il la satisfasse, sans certaines restrictions que la raison et la nécessité indiqueront. — Dans ce cas, ce n'est plus la nature, qui le fait rentrer dans la vie active, mais un motif surnaturel. Il quitte alors Dieu pour Dieu.

Qu'il se livre donc, avec autant de zèle que d'autres, aux études qui lui sont nécessaires ; au lieu de compter follement que Dieu suppléera (l'expérience prouve le contraire). En revanche, il fera bien, ce semble, de se priver des frivolités, par exemple, des nouvelles sans portée intellectuelle qui remplissent les journaux.

3ft. — Les obstacles à l'union mystique sont la négligence dans la vie spirituelle, la dissipation, le mépris ou l'indifi'érence pour ces grâces. L'ignorance, les préjugés et la mauvaise direction sont un empêchement indirect, parce qu*on est amené par là à repousser ces faveurs, ou à ne pas tenir la conduite nécessaire à leur conservation (ch. xxvi, •).

Les auteurs ont insisté sur ces causes qui sont d'ordre surnaturel, ou s'y rattachent comme supposant le rôle de la volonté humaine.

Mais il y aurait lieu de se demander s'il n'e:(iste pas des obstacles d'ordre purement naturel, indépendants de notre volonté ; par exemple, le genre de mentalité. Je n'ai aucune réponse à apporter à cette question, pourtant intéressante ; elle n'a été traitée, ce me semble, par personne.

9S. — J'ai plusieurs fois constaté le fait suivant. Quand des personnes n'ont guère dépassé l'oraison de quiétude, les occupations nombreuses, et surtout le ■urntenase, produisent une baisse notable dans leur union mystique. Il semble donc que, dans ce degré, Dieu exige, au moins à certains jours ou heures, une vie calme et recueillie.

Peut-être ces âmes acquièrent-elles alors autant de mérites que si elles réussissaient dans l'oraison, mais ils sont d'un autre genre.

Pour ceux qui sont parvenus à une très haute contemplation, les ménologes des ordres religieux montrent que souvent ils jouissent de certains privilèges ; par exemple, après avoir employé les journées aux œuvres les plus fatigantes, ils peuvent passer les nuits presque entières dans la prière. Quelle grâce désirable!

3S bis. — D'après ce qui a été dit dans le § 1", si l'on considère l'ensemble des Ames qui recherchent, au moins dans une certaine mesure, la perfection, celles qui arrivent â l'état mystique ne sont pas rares, mais ne sont pas non plus très nombreuses. On aimerait à savoir la cause de ce deini<'r fait.

Les auteurs n'ont pas donné de réponse bien certaine. Gela se comprend : il s'agit là d'une question très difficile, du plan de la Providence dans la répartition des grâces. Sur ce point, Dieu n'a pas voulu nous livrer tous ses secrets.

La V"* Marine d'Escobar pensait que le plus souvent, mais pas toujours, c'est, au moins en partie, la faute des âmes si elles ne reçoivent pas quelqu'une de ces grâces (Voirch. xn. 9%).

S" Thérèse traitant cette question semble au premier abord se contredire un peu. Tantôt elle aftirme carrément que tout ]o monde est appelé à ces faveurs (Voir les citations, ch. xxv, §•, i* et 3^ ch. m, t9). Tantôt elle adoucit son affirmation (1).

(I) • Ne pena<«z pas qu'il nous importe peu de travailler à nous rendre digoei de cet faveurs. Quand voos aurez fait ce qui dépend de vous, $i Dùu voia (m

LU OftACU D'ORAlSOri. 36

562 CHAPITRE XXVllI.

On peut expliquer de deux manières ces légères variations : 1* même quand elle parlait d'une manière absolue, la sainte admettait peut-être que, pour ceux qui sont capables de viser à la perfection, il y a des exceptions, mais si rares qu'elle jugeait inutile de les sigDaler; 2* 8'*" Thérèse est très ferme et pleinement digne de créance quand elle décrit ses états d'âme ou quand elle donne des règles de conduite. Mais nous venons de dire qu'il s'agit ici d'une question d'ordre diil'érent et beaucoup plus difficile. La sainte ne dit point que là-dessus elle ait reçu des révélations spéciales. Klle eu était donc réduite, comme nous tous, à s'appuyer sur des raisons probables. Et alors elle penche d'un côté ou de l'autre, suivant qu'elle veut evciter ceux qui n'ont pas assez d'espérance, ou calmer ceux qui en ont trop.

Z9 ter. — La question précédente peut <^tre restreinte delà manière suivante. Supposons qu'on ait évité tous les obstacles qui s'opposent à l'union mystique, et qu'on ait employé tous les moyens connus pour l'obtenir (recherche de la perfection, vie de recueillement et d'oraison, désir de ces grâces, recours à un directeur expérimenté, etc.). Eat-«B «erialn d'arriver à ces faveurs, — ou de les retrouver, si elles ont disparu, — ou d'y progresser, si on les possède déjà?

Hélas, l'expérience semble prouver que non. Dieu ne s'est engagé à rien et il le montre. Du moins les prières qu'on fera ne peuvent être inutiles : elles seront exaucées sous une forme ou sous nne autre. En définitive ce qu'on visait, c'étaient des grâces de sanctification. Dieu les accordera directement ou par d'autres voies.

En d'autres termes, tout le moude n'est pas appelé à l'union mystique. Dieu n'emploie pas pour tous les mêmes moyens de les faire mériter.

refuse, sachez qu'il saura vous donner l'équivalent par d'autres voies « (Château, 3, ch. n. Voir encore Château, 5, eh. m).

• Quoique toutes les religieuses de ce monastère «'exercent à l'oraison, il no s'ensuit pas qu'elles doivent être toutes contemplatives; cela est impossible... Faites ce qui dépend de vous; préparez- vous à la contemplation avec le zèle dont j'ai parlé, et le divin maître vous l'accordera. S'il vota la refuse (ce que je ne crois pas, si votre détachement et votre humilité sont sincères), c'est qu'il veut vous réserver cette joie pour le paradis • {Chemin, ch. xis).

LA TEIIMI?îOLOGIB, KT IfOTAMMENT CELLE DE SAINTE THIÎRÉSE

1. — La contemplation infuse doit-elle être appelée une urAce gratuite?

Non. Et je vais montrer que les auteurs qui disent le contraire ne sont qu'en désaccord apparent avec cette réponse.

Pour cela, remarquons d'.-ibord que toute grâce peut être appelée gratuite, en sieniliant par laque Dieu n'était pas tenu de nous l'accorder. C'est l'étymologie môme du mot. Mais les théologiens prennent l'eicpression de grâcf^s gratuites dans un sens plus i^estreint. Ils désignent par là les grâces qui, comme le don des langues ou des miracles, nous sont données uniquement pour le bien spirituel du prochain.

Certaines visions et prophéties rentrent dans cette catégorie. Mais il n'en est pas de même de la contemplation infuse. Elle nom est donnée avant tout pour notre bien. Scaramelli combat longuement l'opinion de ceux qui l'appellent une grâce gratuite (Tr. 2, n* li7 et siiiv.), et aussi ceux qui donnent ce nom à toutes let révélations et visions, sans exception.

D'autre part, cette contemplation n'est pas non plus la grâce sanctifiante, celle qui rend formellement agréable à Dieu. Mais elle ^y rattache, comme le moyen à la fin, de même que la grâce actuelle, 1rs habitudes infuses et les dons du Saint-Esprit; en un mot, tous les atixilia (secoui-s, grâces auxiliaires). Les auteurs qui appellent la contemplation une grâce gratuite ont simplement voulu dire qu elle n'est pas la erâce sanctiiiante. ni dès lors l'essentiel de la sainteté.

Pour éviter toute arobi^'-ult*', il faut distinguer trois sortes de grâces au lieu de deux : la grAcc snnclifiuutc, les grâces qui en

sont les auxiliaires et les grâces gratuites (Voir Soto cité par Suaroz, De f/ratia, proleg. 3, c. iv, n" 14, 15; et Joseph du Saint- Esprit, t. II, disp. 11, n» 54).

18. — S" Thérèse n'emploie pour désigner les états mystiques que des mots déjà en usage de son temps : contemplation, recueillement, qniétude, sommeil, union, extase, ivresse, fiançailles, mariage. Mais parfois elle en restreint le sens, par exemple, pour les mots quiétude (ch. v, la), et même contemplation (ch. iv, »).

Plusieurs auteurs n'y ont pas assez pris garde, et en citant des écrivains, surtout parmi les anciens, qui emploient les mêmes mots, ils n'ont pas songé qu'ils s'en servent avec des nuances différentes.

Bien plus, la sainte elle-même, comme nous allons le voir, n'a pas toujours pris les mots exactement dans le même sens. Ne nous en étonnons pas. Les novateurs, comme elle, ne peuvent éviter certains tâtonnements. Il est toujours difficile de créer un langage sans défaut pour exprimer les idées que les prédécesseurs n'ont pas su rendre bien nettes.

S. — Étudions d'abord les significations que la sainte donne au mot recueillement. Pour elle, il y en a deux et il faut le savoir pour bien comprendre ses écrits. Certains auteurs ne paraissent pas s'en être aperçus; leurg citations mêlent ainsi des choses très disparates.

1" Rappelons d'abord que l'oraison de simplicité a parfois été appelée oraison de recueillement actif.

C'est avec cette signification que S" Thérèse prend le mot recueillement (sans adjectif) dans le Chemin de la perfection {l)\ c'est, semble-t-il, la même oraison qu'elle décrit à la fin de sa seconde lettre au P. Rodrigue Alvarez, quoiqu'elle n'y emploie pas le mot recueillement (2). Elle signale que cet état comporte

(1) Elle n'a pas en vue un état mystique puisqu'elle dit : • Ce recueillement dépend de notre volonté, et ainsi nous pouvons l'avoir avec cette assistance ordinaire de Dieu qui est nécessaire pour poser un acte quelconque ou même avoir une bonne pensée... Celui qui désire acquérir cette habitude, car c'en est une qui dépend de nous, ne doit pas se lasser de travailler à se rendre peu à peu maître de soi-même, en rappelant ses sens au dedans de lui... Que l'àme, s'il se peut, pratique cela plusieurs fois le jour... Je vous assure qu'avec l'assistance de Notre -Seigneur, vous en viendrez à bout dans un an, peut-être dans six mois • (Chemin, ch. xxxi).

(2) Le P. Bouix, dans sa traduction, commet ici une confusion. Au lieu de dire uniquement, comme la sainte, qu'on pense à laprosence de Dieu, il finit par parler de la présence de Notrc'Seigneur;cequi est bien différent. Dans le texte espagnol, il y a : Za divine Majesté.

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