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LA TERMINOLOGIE

diverses manières d'être, qui ne sont que des nuances. Par exemple, il peut survenir soudainement, sans causes précédentes, et manifester ainsi plus clairement l'action divine. Ou encore il se fait sentir avec beaucoup de douceur et de dévotion. Tout cela se trouve, en effet, dans l'oraison de simple regard.

4. — 2' Au contraire, dans le Château (4, ch. m), la sainte ajoute au mot recueillement l'épithète de surnaturel. Il en est de même au commencement de la 2" lettre \\i P. Rodrigue Alva rez. C'est vraiment un état mystique qu'elle dépeint (1). Il ressort delà description, qu'elle appelle ainsi une quiétude très faible et subite, qui n'a pas encore le pouvoir de gêner l'entendement dans son action, ou qui le gène peu (2). C'est là ce que certains traités appellent recueille ment/^a^^i/.

Dans sa Vie, la sainte va même un peu plus loin (ch. iv). Elle parait regarder les mots recueillement et quiétude comme synonymes, car elle les réunit, en disant : Oraison de recueillement et de quiétude.

A. — Même quand elle parle du recueillement passif, la sainte ne le présente jamais comme un degré spécial, comme une étape de la vie mystique. Quelques auteurs ont fait le contraire. C'est donner à cette oraison une importance qu'elle n'a ni théoriquement ni pratiquement. On complique la mystique, en séparant ainsi des états qui ne diffèrent que par des nuances insignifiantes.

Pour comble de malheur, la définition que certains auteurs en donnent est tellement vague, qu'elle convient à' tous les états voisins.

•. — Examinons le mot union, tel que l'emploie S" Thérèse au chapitre xvui de sa Vie. Le commencement de ce chapitre a donné lieu à des divergences d'interprétation. La sainte, en effet, annonce dans le titre, qui est de sa composition, qu'elle va parler

(I)Car elleditqu'il ne dépend aucunement de nous. • Ne vous imaginez pas que co recueillement s'acquière en tAchant de penser que Dieu est en nous... cela est bon sans doute...; mais c<>tle manière de so recueillir «jf au fMiuvoir de cAacun, avec le secours do l;i fr:'».i<. hirri entendu. Il n'en est peu ainsi du recueillement surnaturel iraison du hérisson ou de la tortue [se retirant au de<i (larall pas tout à fait juste, car ces atiimatix se reaferment en cux-nn^mes, quand ils le veulent; au contraire", cercn; • surnaturel etl indépendant de notre volonté, et nous n'en pouvons jouir ti i il platt à Dieu... Il est de beaucoup inférieur à l'oraison de quiétude; il «a mi toutefois le principe et le vestibule . (Ch-Ueau, 4, ch. ni).

(2) La sainte ne va pa-^ i luandor qu'on «rctte alors l'eatendement à agir,

mais simplement qu'on •• , che pas.

M du quatrième degré d'oraison », et dès la première phrase, elle rappelle aussi la « quatrième eau » surnaturelle ; ces expressions désignent certainement l'extase (1). Seulement, comme elle uc prononce pas ce dernier mot dans les premières pages, mais celui d'union, beaucoup d'auteurs modernes eu ont conclu que la sainte commence par oublier le sujet qu'elle avait annoncé. Elle reprendrait, pensent-ils, la description du degré inférieur à Texiase, qu'elle avait traitée précédemment.

Mais on peut prouver que telle n'est pas la pensée de la sainte. En cet endroit, ce qu'elle appelle union, sans qualificatif, c'est l'extase simple, celle qui ne monte pas jusqu'aux violences du ra\àssement. Ce mot union lui sert malhenrenseinent à désigner plusieurs choses différentes, suivant roccasion. Voici les preuves de mon interprétation :

1* Il faudrait admettre, au début de ce chapitre, un défaut grave de composition ; car c'en est un, d'annoncer un sujet et d'en traiter longuement un autre ;

2* Le môme langage étant employé de nouveau dans les chapitres suivants, il s'ensuivrait que la sainte continue encore fort longtemps à revenir sur un sujet épuisé ;

3* Tous les caractères qu'elle attribue à cette union sont, par définition, ceux de l'extase, car elle dit : « Dans le nouvel état dont je parle, tout sentiment cesse; l'Âme est absorbée par la jouissance... Tous les sens sont tellement occupés par cette jouissance, que nul d'entre eux ne peut ni à l'intérieur, ni à l'extérieur, s'occuper d'autre chose. En un mot, la critique intrinsèque du texte tranche la question ;

k* Enfin on a une preuve historique qui est péremptoire. C'est un document du P. Gratien, confident de la sainte. Eln 1608, il a publié un livre [DHucidario, etc.) pour la défendre contre diverses accusations. Il y expose que les . contemporains disaient que S** Thérèse désignait l'extase par le terme générique d'uniou. D'après lui, ils se plaignaient qu'il en résultât de la confusion et des malentendus. Or le P. Gratien se garde bien de nier que la sainte «ut employé le langage qu'on lui attribue. Il entreprend

(1) Il le fiaut bien, paiaque « les eaux > ne sont qn'au nombre de quatre, et qu'ainsi la demièi-e doit correspondre à l'union la plus forte. De plus, la sainte l'indique neltcmenl au chapitre xx; car elle dit : » Considérons maintenant les propriétés de la dernière eau • ; et quelques ligne&plus bas, elle ajoute : • l'àma, dans les ravitsementi, semble quitter les organes qu'elle anime ».

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Seulement de le justifier (ch. ni; ce passage est reproduit par la Fuente, avec d'autres longs extraits, tome II des Escriios, p. 505). 11 se persuade notamment que ce mot n'entraînera aucun malentendu. Depuis on a constaté le contraire, et de nos jours encore le vrai sens n'est pas compris de tout le monde.

Le P. Gralien n'apporte qu'une bonne raison, c'est que S'* Thérèse « n'a attaché aucune importance à tel ou tel mot », et qu'ellemême a déclaré ne pas vouloir s'astreindre aux méthodes didactiques et gênantes qu'on exige des professeurs. Et en effet, avant de «litiquer les procédés d'un livre, il faut se demander à quel genre littéraire il appartient, et quelles sont les libertés admises pour ce genre.

Ajoutons que la sainte avait un motif d'éviter le plus possible le mot extase. Elle l'explique au P. Rodrigue Alvarez : « Extase et suspension sont, à mon avis, une même chose. Mais je me sers d'ordinaire du terme de suspension, pour ne pas prononcer celui d'extase qui effraie » (2* lettre). Le mot union lui servait pour la même fin.

9. — Un mot maintenant sur l'expression «raison d'anlon, qui désigne l'état voisin de l'extase, et que j'ai appelé union pleine (ch. m, tft). Les divers traducteurs français l'ont prodigué pour rendre le style plus élégant, et éviter les mots « l'état précédent qu'emploie souvent la sainte (1).

Mais surtout, ils en ont anticipé l'emploi, se livrant à une interprétation dont ils auraient dû prévenir le lecteur. Chose singulière, en effet, dans sa Vie, la sainte n'emploie pas cette expression quand elle décrit exprof esso l'état correspondant, c'est-à-dire aux chapitres XVI et XVII. Elle ne commence que beaucoup plus loin, aux chapitres xxii, xxiii, xxvii. C'est l'indice d'un tâtonnement comme terminologie.

•. — Un homme qui a approfondi le texte original des livres de S" Thérèse m'a posé la question suivante : U est admis généralement que ce que la sainte appelle, dans sa Vie, la trokslème eau est le même état que ce qu'elle appelle, dans le Château, la einqvif'me demeure. Est-ce bien exact? Le second état, au lieu d'être identique au premier, n'cst-il y»as un peu plus v-. ;>.;.. ,?.. V. vtn<M?

(1) Le R. P. Peyré, qui a rr* ' " d da P. Bouix, ;i i oiinu.' ijn." i n-

pressioa oraiton d'union n'as' !a Kù, deux foin dans le Ch/lUmu

tt paa one fols dans /« Cfumi-* o<

• — Kéi;os»«e. C'est là un problème difficile, pout^être insoluble. Du moins l'on peut dire que, s'il y a des diir<MC'nce>, elles portent sur des nuauces insignifiantes. Déjà la sainte indifjuait nettement dans sa Vie le caractère qui m'a servi à définir l'union pleine, quand elle disait : « Les puissances s'occupent entièrement de Dieu, .^ans être capables d'autre chose » {Vie, cli. xvi).

Ajoutons que cette question n'a aucune importance, ni pour la direction des âmes, ni pour l'établissement rationnel d'une classification en mystique.

Ce qui est utile, en cflTet, c'est de définir et nommer un intermédiaire entre ces deux termes trop éloignés, la quiétude et Textase bien accusée. De même, lorsque deux grandes villes sont très distantes, il nous est difficile de nous représenter le chemin parcouru et de le raconter, si nous n'avons pas entre deux un point de repère, un village, une station de chemin de fer. Peu nous importe d'aillevirs que ce point de partage se trouve un kilomètre plus près ou plus loin. S" Thérèse a lait la sage innovation de créer ce point de repère. Savoir si elle l'a strictement maintenu au même endroit, ce n'est là qu'un problème d'éradits.

tO. — Quel sens la sainte a-t-elle donné à l'expression sommeil «plriiuel?

Voilà encore une question sur laquelle il n'est point facile de donner une solution bien nette. Dans sa 2* leitre au P. Rodrigue Alvarez, la sainte parle de cet état comme opiacé entre la quiétude et l'union pleine : « Ce n'est pas entièrement l'union », dit-elle. Ce serait donc une quiétude forte et, de plus, silencieuse, comme l'indique le mot sommeil. Mais la nuance qui la caractérise n'est pas, pour cela, bien définie. Dans sa Vie (ch. xiv), elle se contentait de dire : « La quiétude n'est ni un ravissement ni un sommeil spirituel ».

La sainte parle de môme dans le Ch'Ueau (4,ch. m), quand elle dit : « Le sommeil spirituel va tin peu au delà de la quiétude ». S' Français de Sales a adopté cette interprétation {Tr. de l'amour de Dieu, 1. VI, ch. viii).

On objecte parfois qde, dans sa Vie, la sainte, décrivant la troisième eau, c'est-à-dire l'union pleine, l'appelle sommeil des puissances (ch. ivi). Mais il y a là un malentendu. Le sommaire du chapitre contient, il est vrai, ce mot, dans la traduction du P. Bouix, mais il n'est pas dans le sommaire composé par la

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sainte. Puis celle-ci ne lui donne pas, dans le corps du chapitre, le rôle important qu'où lui altribue. Elle l'emploie une seule fois (et non deu.K, comme le traducteur), mais saus en faire le nom spécial de l'état qu'elle décrit. C'est au même titre qu'eUe dit : C'est une « agonie » ou « un glorieux délire ».

Il y a un passage plus embarrassant [Château, 5, ch. i). La sainte dit là par deux fois que la quiétude est un sommeil, et qu'en cela elle diffère de l'union pleine. La seule conclusion à tirer de ces oppositions, c'est, comme je l'ai dit, qu'il ne s'agit pas ici d'un état très bien défini. Surtout, il ne faut pas en faire un degré proprement dit; on n'en a nul besoin. Les quatre degrés que j'ai adoptés nous suffisent pour tout décrire.

ti. *— Il a été dit ailleurs (ch. ii, ») que S' François de Sales a désigné un certain état d'oraison par le nom d'oraison de •Impie reniée en Dieu. M'appuyant sur les explications de S'* J. de Chantai, j'ai dit que cet état n'est autre que l'oraison de simplicité.

Plusieurs auteurs n'ont pas songé à décider ainsi la question par un argument historique. Interprétant les mots dans le sens qui parait le plus naturel, ils ont cru que l'état ainsi désigné consiste à réfléchir sur la résignation, sur l'abandon.

La vraie interprtUation de la pensée du saint est, au contraire, que l'on réfléchit à tel sujet que l'on veut; mais que l'oraison de simple regard coûtant généralement à la nature, on y est amené indirectement à s'exercer à la résignation (ch. ii, si) et par suite à s'y exciter par moments. S* François de Sales a donc employé un terme qui n'indique ni le sujet que l'esprit considère, ni la manière dont il le fait; et ce dernier point est un inconvénient; mais, en revanche, il rappelle clairement la conduite à tenir, c'est-à-dire la soumission.

Dans le système opposé, on est obligé d'admettre que la méditation de l'abandon, c'est-à-dire d'une vertu particulière, constitue un degré spécial d'oraison. Mais alors il faudrait en faire autant pour chacune des autres vertus. S' François de Sales n'a pu avoir une idée aussi absurde.

DES METUODES SCIENTIFIQUES EN MTSTIQUB DESCRIPTIVE

§ 1. — Marche de cette science. Ses sources.

1. — An sujet de la mystique descriptive (Voir la première Préface, n* *), on peut se poser deux questions, qui influent sur les méthodes par lesquelles il faut la traiter : 1° Cette science a-t-elle subi des progrès à travers les âges, ou bien est-elle restée stationnaire, immobilisée, après avoir été établie par les premiers écrivains? 2" Dans l'avenir peut-on espérer de nouveaux progrès?

A priori, on peut répondre qu'il y a eu un perfectionnement constant dans le passé et qu'il en sera de m»^me après nous. Autrement la mysticjiie échapperait à la loi qui régit toutes les autres sciences, profanes ou religieuses, et surtout les sciences d'observation. L'art de bien voir et de bien exposer est un travail humain; il est capable, comme toutes les œuvres humaines, d'un progrès continu.

En fait, l'histoire nous prouve l'existence de ces développements successifs.

9. — - Aperf u historique sur la mystique. Toutes les sciences ont commencé par les observations qui ne peuvent échapper à personne. Pas plus que les autres, la mystique n'est sortie tout armée du cerveau d'un Jupiter. On peut distinguer dans son développement deux grandes époques, l'une qui va jusqu'à S** Thérèse, l'autre, depuis la sainte jusqu'à nos jours.

Pendant la première période, les mystiques n'étaient guère préoccupés que de trois ordres de faits qui sautaient aux yeux : les extases, les visions de Notre-Seigneur ou des saints, et les ré->

TélatioQS. (Exemples : S** Gertrude, S'" Brigitte). Mais pour les états (l'union mystique infériours à l'extase, ils étaient plus difficiles à analyser, comme tout ce qui est embryonnaire. Aussi on ne s'en faisait que des idées confuses; les descriptions étaient sommaires et nuasreuses, ne distinguant pas des espèces assez différentes (1). Ainsi la B'"*' Angèle de Foligno, qui a de si belles pages sur les ravissements et les visions, ne donne rien de précis sur le reste (2). Il faut en dire autant de Denis le Mystique, de Ruysbroeck, etc. Four ces états inlerieurs. on se contentait parfois de phrases vagues, comme celle-ci : « On se sent envahi par une certaine douceur » (3).

C'est S** Thérèse qui, la première, a pris la peine d'étudier à la loupe les états inférieurs. C'est là au juste sa contribution personnelle, et sous ce rapport, elle a fait une vraie révolution. Elle a rendu un immense service, car ces états sont les plus répandus. Et après avoir su décrire, elle a su classer.

Eu même temps, S' Jean de la Croix était novateur, mais sur un champ plus restreint. Il smalysait longuement certains délaissements spirituels dont personne n'avait vu l'importance, pourtant réelle. Les progrès réalisés par ces deux grands maîtres, expliquent pourquoi les auteurs postérieurs en reviennent toujours à les citer.

En constatant l'imperfection des auteurs anciens, nous ne devons éprouver ni étonncment, ni mépris. Ils ont donné la somme d'efforts dont leur temps était capable, et qui a rendu possible la marche en avant de leurs successeurs. Us méritent notre reconnaissance.

Ceux qui s'étonneraient de ces lenteurs de l'esprit humain devraient s'étonner aussi que la Somme de S' Thomas et Vlmitation de Jésus-Christ n'aient pas été écrites au temps des apôtres.

(I) Pour «>n a»!an»r. it irai ti^ du R. P.

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Ci) Mais pour la fUjirrirtion du contenu de l'eAi — , .i r.-- ■ - ^■- S** Thérèse. S' 'Il livre est de pi re.

(6) S"* Thérèse {> . . la quiétude : • J'avais lu sur cette matière bUn d$*

livrn, et Ut Fexpliqvent pfH • (Vit, eh. »iv).

Maintenant que ce c^rand travail scientifique semble terminé, il nous parait très facile. Mais que d'obstacles les initiateurs ont eu k vaincre! Par exemple, pour bien distinguer les uns des autres les états mystiques, il aurait fallu être guidé par une terminologie très claire; mais il y avait là un cei'cle vicieux; car inversement, pour créer rapidement cette terminologie, il eût été pres(jue nécessaire de commencer par bien distinguer les états, l/esprit humain n'a pu se tirer de cette difficulté qu'en tâtonnant et très lentement.

Depuis S" Thérèse, la mystique descriptive semble avoir fait peu de progrès. On n'a guère découvert de faits nouveaux, et on s'y est un peu trop résigné, mais on s'est surtout préoccupé d'un autre travail utile : expliquer, coordonner ce qui était connu. On a cherché à mettre plus d'ordre dans les expositions, à perfectionner les formules qui expriment les faits.

9 bis. — L'aperçu précédent donne la réponse à une ob|eetion qu'on m'a parfois adressée (1) : « Les anciens n'ont pas signalé telle circonstance délicate que vous regardez comme importante ou même essentielle. Il y a donc lieu de croire que vous êtes dans l'erreur. »

Cette objection suppose que les anciens ont tout dit, tout prévu. C'est là une assertion sans preuves. S'il en était ainsi, les contemporains de S'" Thérèse auraient pu lui reprocher de croire qu'une faible femme, comme elle, pouvait ajouter quelques traits nouveaux aux peintures laissées par des hommes éminentfi.

L'objection a été faite identiquement pour la théologie dogmatique. Plusieurs Pères des première siècles n'ont parlé que vaguement de certains points, regardés plus tard comme capitaux. Les protestants en ont conclu faussement qu'ils ne sont point essentiels et que l'Église a changé la doctrine des anciens. Elle l'a seulement développée et précisée.

Au lieu de dire que, depuis trois siècles environ, il y a eu une déviation de la doctrine traditionnelle, il faut dire qu'on est enfin sorti du vague traditionnel.

M. — Soaree» de la mystique descriptive. Cette science s'appuie sur deux sortes de documents : 1" les peintures qu'on trouve dans les auteurs classiques et approuvés; 2° celles que peuvent

(I) On la retrouve au fond de beaucoup de discussions de H. l'abbé Sandreau.

fournir, d'apri^s leur propre expérieace, des personnes encore vivantes. Ces deux sortes de renseignements sont indispensables; chacune éclaire l'autre. Il y a bien des passages de livres anciens dont on ne saisit le vtb\ sens que s'il est commenté de vire voix par une personne ayant passé par des états analogues, et réciproquement.

Parlons de chacune de ces sources.

4. — De««rip(ioiiH données par les anciens. Voici deux précautions à prendre, quand on les utilise :

a) Ne pas se contenter de recourir aux auteurs qui ont précédé S" Thérèse, sous prétexte que ce sont les grands maîtres. Car nous avons vu (ï) qu'ils sont généralement très vagues pour les états inférieurs à l'extase (y compris les oraisons affectives et de simplicité).

b) Pour faire Vinventaire exact des faits positifs que renferme un livre, ou l'un de ses chapitres, il faut se livrer à un travail d'analyse qui est plus long et. plus pénible qu'on ne le croirait au premier abord. Le plus souvent, les faits sont noyés dans une foule d'accessoires : digressions, réflexions pieuses, développements littéraires, répétitions inutiles, commentaires d'Écriture sainte, etc. Il faut élaguer toute cette matière étrangère, et ne gafder que le résidu expérimental.

Parfois il se composera de très peu de chose. D'un long chapitre, il ne restera que quelques lignes. Du moins les faits ainsi isolés seront-ils bien clairs, bien distincts.

Je me suis livré à ce lent travail de dissection et mon livre en est le résultat.

c) En cherchant à réunir les faits dont l'ensemble constitue un état d'oraison, il ne faut pas mener de front d'autres problèmes, comme de savoir quel nom il convient de lui donner et quelle place il faut lui attribuer dans la classification.

J'ai vu que certaines discussions sur la mystique, auxquelles j'ai pris part, auraient été abrégées, si on avait ainsi séparé les questions. Il aurait fallu commencer par se dire : .\dmettons-nous l'existence ou la fréquence d'un état, décrit en tels et tels termes? sans nous préoccuper de savoir s'il faut l'appeler mystique ou lui donner tel nom classique. Provisoirement appelons-le l'état N. Quand nous serons d'accord sur ce premier point, nous nous ocou> ocrons du reste.

Biensouventon verra qu'on cstdu inénie avis sur le fond, c'est-àdire sur l'existence de cet état ; la divergence n'existe que sur le choix de l'étiquette à applicpier à N.

Cette séparation entre la description et la terminolog-ie montrera aussi que beaucoup de vieux auteurs ont décrit les mêmes choses sous des noms différents, — ou au contraire des choses différentes en employant les mêmes noms.

*. — Faat-il, deins les descriptions d'états mystiques, apporter, à l'appui de ses affirmations, des textes d'Écriture ««inte? S' Bernard et S' Jean de la Croix le font sans cesse ; la B""" Angèle de Foligno et S'" Thérèse (sauf dans son commentaire du Caiitique des Cantiques) ne le font presque jamais. Quelle méthode est la meilleure?

Cela dépend du but qu'on se propose. Ou bien vous voulez donner une preuve proprement dite que tel état existe avec telle nuance, ou bien vous supposez que le lecteur admet vos idées comme établies d'avance par d'autres moyens.

Dans le premier cas, ne citez pas de textes bibliques. Car généralement ils ne prouvent rien ou presque rien sur ces matières. Vous êtes obligé de vous appuyer sur un sens accommodatice qu'on vous contestera. Le lecteur récalcitrant vous dira : « Ce passage a reçu bien d'autres interprétations. Vous renversez l'ordre exigé par la logique; au lieu d'appuyer votre thèse sur un sens dont j'ignore la légitimité, il faudrait, au contraire, appuyer sa légitimité sur votre thèse, établie d'abord d'une manière incontestée. Vous attribuez à l'état mystique telle phrase des Psaumes. Mais elle s'applique à d'autres sortes d'àmes. De là la richesse de ces textes et le rôle que leur donne l'É^-lise dans la liturgie. De même vous interprétez pour les états extraordinaires d oraison telle scène du Cantique des Cantiques ; mais il s'agit peut-être plus généralement de l'amour divin. »

Si, au contraire, une description est regardée comme établie par l'observation, rien n'empêche de recourir à des textes d'Écriture sainte, soit à titre de confirmation approximative, soit comme simple artifice littéraire, pour redire les mêmes choses sous une autre forme.

C'est ce qu'ont fait parfois les saints Pèie«, pour les vérités dogmatiques. Malgré les apparences, ils ne prétendent pas prouver par la Bible telle proposition; ils la supposent connue et admise.

Mais ils veulent simplement la retrouver à peu près dans le livre divin et la formuler en style biblique (1).

•. — Doimous deux exemplea de ces citations qui ne prouvent rien. Pour établir qu'il y a un état appelé raariag:e spirituel, les auteurs ont l'habitude de s'appuyer sur le texte d'Osée : Sponsabo te mifii in fide (ii, -20), qu'ils traduis^mt ainsi : « Je m'unirai à vous dans une connaissance de foi ». Mais on oublie de prouver que dans ce texte il s'agisse du mariag-e dans le sens le plus strict dos mystiques, c'est-à-dire d'union transformante ; et toute la question est là. Le sens littéral est fort différent et bien moins mystérieux. Fides signifie ici fidélité, comme lorsqu'on dit : Je vous garderai ma foi. Dans ce passage, Dieu dit à Israël : « Je vais violer mes engagements, parce que tu m'as abandonné le premier. Reviens à moi, et je contracterai avec toi une alliance fidèle^ c'est-à-dire durable ».

Ainsi le texte pris en lui-même n'a aucun rapport à l'oraison.

On objectera peut-être que Notre-Seigneur s'en est pourtant servi pour annoncer ses faveurs à certains de ses serviteurs, tels que la V*'' Marie de l'Incarnation, ursuline. Mais je n'ai demandé d'écarter les textes de la sainte Écriture que dans le cas de certaines démonstrations. Ici Notre-Seigneur ne cherche pas à établir une thèse ; il fait une promesse. Rien n'empêche qu'il n'emploie le style biblique usité dans les livres de piété à cette époque.

Second exemple. Pour traiter cette question : La contemplation peut-elle durer longtemps? au lieu de demander la réponse à une multitude d'observations bien contrôlées, on a répété d'Age en âge la solution classique de S' Grégoire le Grand, disant que la contemplation ne dure guère (ju'une demi-heure, en vertu de ce texte de l'Apocalypse : « Un silence d'environ une demi-heure 6e fit dans le ciel. »

D'abord ce texte de l'Apocalypse ne prouve rien. Il y est question de silence, comme dans vingt endroits de l'Écriture; mais ce n'etit {>as le silence de la contemplation, ni même de roraison.

(1) Par homilité, S' Je*n do la Croix se persuadait qu'il s'/u : ir l'É-

crltTipe sainta quo sur son exp^rinor/' : • i;n lîXKayanl de révf. s<» d*

ceUe nuit r' n'ujouU'rjii p;is une foi erUKri' '

qui l'une et ivent errer et faillir. Mais «an»;

et l'autre pt..>. ... ...t; fournir, je m'appiiit>r.ii tout pj. i.....!. i. im^^ni .-.m .. » ui>iiii{t

Écritures, dont l'Kspril Saiut, lualtre infuilitbie, est l'iospiraieur • {Pt-oiogu* de la Moniét). — Sans doute, l'Ecriture no trorupe pas, mais l'homme peut se troiQ' per en l'appliquant d'uae manière arbitraire.

Puis il y a une autre question préalable qu'il eût fallu traiter : De quelle contemplation S* Grégoire parle-t-il? Est-ce du regard simple de l'oraison de simplicité? Est-ce de l'extase dans son ensemble, ou seulement de son maximum? et qu'entend-il par « ne pas durer »? Est-ce une cessation, ou une légère fluctuation? Voilà des points qu'il eût fallu fixer.

Pour faire un livre de mystique qui soit sincère, il ne suffit plus de découper de vieux textes avec une paire de ciseaux. Il faut en faire l'étude critique.

1. — J'ai dit que pour la mystique descriptive, il y a une seconde source d'informations : les peintures que peuvent fournir des personnes encore vivantes et dignes de foi (1).

Deux conditions préalables sont à remplir :

1° Le directeur qui recueille ces documents et les contrôle doit avoir étudié sérieusement la mystique et être doué de discernement, pour ne pas se fier au premier venu. Quand on veut faire progresser une science, lui apporter « une contribution », on ne s'adresse pas à un ignorant, ni môme à un débutant.

2"* On doit se persuader que désormais ces enquêtes ne peuvent avoir pour but de faire de grandes découvertes. Après tant de siècles pendant lesquels on a observé, dirigé, discuté, il est clair que tout ce qui est important est trouvé. Il s'agit modestement de fixer certaines petites circonstances, les faits de détail que les anciens auteurs n'ont pas indiqués, pour des motifs que nous ignorons. Peut-être n'y ont-ils pas songé ou ont-ils voulu simplement se borner (2). Combien d'auteurs, après avoir publié un livre, reconnaissent qu'ils n'ont pas dit tout ce qu'ils savaient ou pouvaient facilement savoir!

Ces menus faits, oubliés de nos prédécesseurs, ne sont que les miettes de leur table. Mais la science aime à tout recueillir. De plus, ces faits nouveaux peuvent avoir une conséquence utile. Ils

(1) Je ne mêle pas à cette question celle du progrès à effectuer dans l'énoncé des règles de conduite. On doit demander ces règles non plus aux personnes recevant les grâces d'oraison, mais aux théologiens. Puis ces principes sont trouvés depuis longtemps, car on ne pouvait s'en passer, tandis que des descriptions détaillées n'étaient pas indispensables. Ce n'est plus désormais qu'une question de clarté dans l'exposition.

(2) Peu s'en est fallu que, dans sa Vie, S" Thérèse n'omît à dessein de décrire l'état qui suit la quiétude (ch. xvi), ce qui eût été une énorme lacune : « Je ne pouvais ni le comprendre, ni l'expliquer aux autres. Aussi avais-je résolu, quand j'en viendrais à cet endroit de ma relation, de n'en poiut parler ou de n'en dire que très peu de chose... Aujourd'hui le Seigneur m'a enseigné la manière d'en parler. »

aideront peut-être un jour, soit à ébaucher des théories, soit a réfuter certains libres-penseurs qui, eux, se contentant de noter des caractères superficiels, assimilent les états mysticfues à des accidents morbides.

Dans ce livre, j'ai tâché çà et là de signaler plusieurs de ces petits faits dont aucun auteur n'avait parlé et j'ai demandé que sur certains points obscurs on fasse des « enquêtes » (Voir ce mot à l'Index analytique).

Il est fort ennuyeux pour les spécialistes d'avoir ainsi toujours à apprendre. Mais c'est un mal sans remède; on^n souffre dans toutes les sciences.

9. — Cette idée d'interroger des personnes vivantes a déplu à un écrivain contemporain, mort assez récemment. Se couvrant du voile de l'anonyme, il m'a attaqué dans une revue catholique {L'Ami du Clergé, 26 sept. 1901 ; réponse, le 5 déc. 1901). Voici ses trolfl objections :

1° L'amour du nouveau portera à faire fi des descriptions traditionnelles. — On répond que ce serait là une disposition antiscientifique; celle d'un physicien qui, sous prétexte de progrès, ferait table rase des travaux précédents. Je pars de l'idée toute différente qu'il faut, non détruire, mais compléter; et encore sur les menus faits seulement.

N'opposons pas la tradition à l'observation. La première n'est que l'observation dans le passé; elle ne peut contredire celle du présent. J'ajoute que la première doit avoir plus de valeur à nos yeux, car elle vient des saints et elle a subi la longue épreuve du temps. Pour ma part, on ne m'accusera pas de l'avoir méprisée, et notamment, de n'avoir pas cité S" Thérèse. Si je l'ai fait, c'est précisément parce que je la considère comme un trésor d'observations.

2" Pour rendre compte de ses états d'oraison, il faudra s'examiner, se replier beaucoup sur soi-même ; ce qui a des inconvénients. — D'abord, si le directeur a étudié la mystique, il peut questionner sans qu'on ait besoin du moindre examen avaint sa visite. Ensuite, ce qui serait fâcheux, ce serait de s'interroger pendant l'oraison, même s'il s'agit de l'oraison ordinaire. Ce serait se distraire. Mais, après coup, il y a un examen modéré qui est permis, sans quoi S" Thérèse et tant d'autres n'auraient pu écrire leurs beaux ouvrages.

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3° Enfin le rédacteur craint qu'on ne rencontre des personnes vaniteuses, qui mentiront; d'autres, qui réciteront ce qu'elles ont trouvé dans les livres. Puis, dit-il peu aimablement : « Tout le monde sait qu'il ne faut pas se fier à ce que les femmes dépeignent : elles manquent d'esprit d'analyse, et ignorent les termes exacts pour rendre leurs imprécisions. On ne rencontre pas tous les jours des S*' Thérèse. » — Cela prouve simplement que le directeur doit, comme je l'ai dit ci-dessus, avoir de la science et du discernement. Il y en a eu de tels dans le passé; pourquoi pas dans l'avenir?

Voici un moyen commode de faire des enquêtes. Que les auteurs posent dans leurs livres des séries de questions. Les réponses finiront par arriver.

§ 2. — Les classifications.

•• — Nous avons vu que S" Thérèse se contente de rédalre à qaatre les étapes de l'union mystique. Ces degrés se subdivisent en variétés, grAce à des circonstances diverses. La sainte a eu la sagesse de ne pas chercher à ranger bout à bout toutes ces nuances d'états et à en faire une série unilinéaire .

Beaucoup d'autours ont fait le contraire et ont abouti ainsi aux résultats les plus disparates. M. Ribet a donné l'exposition de ces diverses classifications. Elles sont tellement variées et parfois si inconciliables qu'il y a de quoi dégoûter de la mystique ceux qui commencent à l'étudier. L'un compte quinze degrés, un autre douze, un autre six, etc. — Qui donc a raison? demandera le commençant. Qui faut-il croire?

La réponse, c'est que personne n'a raison. On a voulu résoudre un problème impossible ; pour y arriver, on a oublié un principe fondamental de toute bonne classification, à savoir : qu'elle doit être prise d'un point de vue unique.

Une comparaison fera comprendre ma pensée. Un même air de musique peut être joué en plusieurs tons, en sol, en fa, etc.; }Hiis, par des instruments de timbres divers : voix humaines, flûtes, violons, jeux variés de l'orgue ; enfin, il peut être accompagné de bien des laçons. Or, c'est un problème absurde, à prioii, que de vouloir classer toutes ces manières sur une seule

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lujjie. Si on s'obstioe, on aura des solutions arbitraires, aussi nombreuses qu on voudra. C'est qu'il y a ici trois points de vue av lieu d'un : le ton^ le timbre, Y accompagnement. On pourra bien en tirer trois classifications; jamais elles ne se fondront raisonnablement en une seule.

Faisons Tapplicalion de ces remarques. 11 ne faut pas chercher si l'oraison de « silence surnaturel » doit se mettre avant ou après !'«' ivresse spirituelle »>. <i'est demander si une mélodie jouée en f& doit se classer avant le même air joué sur la flûte. Ces deux points de vue n'ont rien de commun. Le nom d'oraison de silence fait allusion à l'intensité de la ligature; le terme d'ivresse spirituelle considère autre chose : l'état de la faculté affective, la joie ou la tristesse. Décrivea-les dans l'ordre que vous voudrez, mais ne vous obstinez pas à les ranger en grains de chapelet (1 ) !

Est-ce que ceux qui trouvent ainsi une série de douze ou quinze degrés oseraient bien affirmer que diverses personnes qu'ils dirigent ont passé parleur ^ïère, jttste dans l'oi-dre indiqué? Schram lui-même, qui subdivise tant, avoue, en citant Godinez, que ces divisions n'ont pas la prétention de répondre à la réalité (n* 313 de l'édition de 18^8 ;30i de l'ancienne édition). C'est donc une construction purement arbitraire.

An contraire, pour les quatre degrés du Château, il ne peut y avoir de contestation. Puisque les trois premiers sont l'état faible, l'état moyen, l'état fort d'une grâce qui est foncièrement la même, il y a cent à parier contre un iju'on les |>arcourra dans lenr ordre croissant. Au contraire, (juand H s'agit de variétés de détail, il ri y a pas d'ordre historique certain. Tel jour, vous avez l'espèce A; le lendemain, l'espèce I), etc. Ce ne sont pas des étapes distinctes. Mais, dans le même jardin, il voas est permis de cueillir tantôt une rose, tantôt un œillet. Ou, pour reprendre la eomparaison ci-dessus, aujourd'hui l'air est joué en la sur l'orgue et demain en sol sur la harpe.

Mais alors comment les auteurs construisent-ils leurs petites elas< sifications fantaiflites? Je me figure qu'an lieu d'aller aux informations, ils font cette opération tranquillement, dans leur chambra',

(1) M. Ribct a «agement fait remarquer qun l'oraison de • tileiice ^>irituei • ei de • ttommeil spiritael - ac aont pas àe% degrés, mait de aimplM OMnièrM «Télw des divers degrés (U I, ch. xi, n* 4, p. 186) : • Il an Ml du aoranMil ooBae ds

silcnco; il s^. rcacontre avec une intensité divers dani plusieurs état* nyatiquo» > (ch. lu, o* 3).

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se guidant, sans sourciller, par des raisons de convenance. A l'un, il parait, tout bien pesé, que tel état ne doit arriver que tardivement, après tel autre. Vmlà une alfaire réglée. Jamais il ne communique ses raisons aux lecteurs et ne se dérange pas à entamer une discussion critique. D'autres considèrent les convenances du symbolisme. C'est ainsi qu'une idée de Richard de Saint-Victor est adoptée par S' Bonaventure, — sans peut-être qu'ils la prennent tous deux bien au sérieux ; car ils donnent ailleurs une autre classification. D'après cette conception, les degrés de la contemplation doivent correspondre aux six jours de la création, non seulemf ni en bloc, ce qui serait assez acceptable, mais comme nombre. Ils correspondent de môme aux six marches du trône de Salomon (S' Bonaventure, Commentaire sur l'évangile de 5* Lmc, ch. IX, n" 47, t. XII de l'édition nouvelle de Qaaracchi). Mais un autre, avec le môme symbolisme des six ou sept jours de la création, prouvera tout aussi légitimement qu'il faut douze ou quatorze degrés, puisque la Bible signale dans chaque jour un matin et un soir.

Brancati bl&me, sans le nommer, un autre auteur qui a imaginé neuf degrés de contemplation correspondant aux neuf chœurs des anges (op. VII, c. xvi). C'est un pur jeu d'esprit.

Le symbolisme est excellent, mais après coup, pour résumer sous forme plus littéraire des résultats établis exactement par ailleurs. Il ne peut èlre le fondement principal d'un travail scientifique. C'est un procédé artificiel, conduisant aux résultats les plus divergents.

!•. — En dehors de la classification du Château, on ne peut en trouver aucune qui soit scientifiquement soutenable. Au point de vue pratique, c'est 1» plus conuuode. Car, si les divisions principales dépassent trois ou quatre, elles n'atteignent plus les buts divers qu'on se propose. Ce qu'on veut d'abord, c'est aider les directeurs, pour qu'ils comprennent vile à quelle hauteur est montée l'âme dont ils s'occupent. Mais, pour cela, il faut des divisions reconnues comme répondant universellement à la réalité et faciles à retenir. Les grandes lignes suffisent, au point de vue des conseils à donner. On n'a besoin de classer les personnes qu'entre trois ou quatre degrés. Par exemple, il faut savoir si elles sont, ou non, extatiques. Mais on n'aura rien de spécial à leur dire, si elles nous apprennent qu'elles éprouvent parfois « l'ôbriété

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spirituelle ». Les directeurs nous seront reconnaissants d'avoir ménagé leur temps.

Un autre but des classifications est plus spéculatif. Notre esprit a besoin de dominer une vaste matière par des vues d'ensemble. Mais, est-ce que l'on comprendrait le plan d'un sermon si, au lieu de trois points, il en contenait douze? Moins les divisions principales sont nombreuses, plus l'esprit y trouve de clarté et de plaisir; plus aussi il en garde le souvenir.

*i. — Les auteurs qui, comme Alvarez de Paz et tant d'autres, ont trop multiplié les degrés d'oraison auraient été avertis de cet excès, s'ils avaient eu la précaution de c«mparcr entre elles !«• déflnitions qu'ils en donnaient. Ils se seraient aperçus qu'elles ditieraient tout au plus en apparence. On y trouve toujours les mêmes idées, exprimées parfois en termes presque identiques. Dans chacune on vous dit : on a des lumières admirables, une grande paix, un grand amour, etc. Mais s'il y a de telles ressemblances, pourquoi nous laisser croire à des frontières séparant des royaumes bien distincts? Dites simplement que le même état est susceptible de quelques nuances.

19. — Certains auteurs ont indiqué un degré d'oraison qu'ils appellent oraison d'union Active (Philippe de la Sainte-Trinité, part. III, tr. I, d. iv, a. m; Vallgornera, n* 1023; elc). Je crois que ce système est inadmissible. En efifet : 1* d'après ces auteurs, un tel degré consiste dans la conformité à la volonté de Dieu. Or c'est là une vertu, non un état d'oraison. A ce compte, il faudrait donner un nom spécial à tout état d'âme où l'on pratique chacune des autres vertus; elles le méritent tout autant. 2" II est à croire que ces auteurs ont voulu prolonger outre mesure le parallélisme entre la voie ordinaire et l'extraordinaire. Voyant que le recueillement se partigcait en actif et pa.ssif (ch. xxix, s), et de même l'oraison de repos (nous avons remarqué que celle (|ui est appelée active est l'oraison de simplicité), ils ont dit par analogie : Donnons un pendant à l'oraison d'union de S" Thérèse. Puisque c'est un état passif, concevons une union active. Mais alors pourquoi s'arrêter et ne pas imaginer deux sortes d'extases, l'une active, l'autre passive? Kt lie même pour le mariage spirituel? — Ne multiplions pas les êtres sans nécessité.

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