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DISCUSSION DE QUELQUES QUESTIONS THÉOBI0CE.S

fl. — Je commenoerai par les trois question» suivantes : Y a-t-il une lévitation naturelle, — des stigmates naturels, — des extases naturelles? Les libres-penseurs répondent oui, sans hésiter; et ils ne peuvent faire autrement, puisqu'ils n'admettent en ce monde rien de surnaturel. La plupart se contentent de cette affirmation a priori. D'autres essaient d'apporter des preuves, comme nous le verrons.

S. — Chez les catholiques, les opinions sont partagées. Je n'essaierai pas de décider qui a raison parmi eux. Les sciences psychophysiologiques ne me paraissent pas assez avancées pour qu'on puisse se prononcer nettement. J'adopterai une position intermédiaire, mais qui me semble inattaquable, c'est de montrer que les preuves apportées en faveur des explications naturalistes sont illusoire*. Ce sont tantôt dos hypothèses arbitraires, tantiH des raisonnements fondés sur des faits exagérés ou mal interprétés.

Puisque les thèses contiaires ont ainsi résisté à toutes les attaques, il s'ensuit que, jusqu'à nouvel ordre, elles sont de beaucoup les plus probables. Si toutefois le progrès des sciences médicales et de la psycho-physiologie apportaient enfin des objections sérieuses, la religion et la mystique n'auraient pas à s'en troubler. Elles ne dépendent nullement de la solution de ces questions.

§ 1. — Y «rt-tl une lévitation naturelle?

S. — On a essayé de prouver expérimentalement que le corps humain peut, dans certains cas supra-normaux, diminuer

un peu de poids et on en a conclu que peut-être cette diminution peut devenir si complète que le corps reste suspendu en l'air.

Mais rexpérience d'où l'on part est très contestée. C'est celle de Crookes qui aurait pesé une personne magnétisée et aurait constaté une perte de poids. On a objecté que cette expérience, quoique très simple, n'a pas réussi avec d'autres observateurs. Jamais, à la Salpètrière, on n'a vu de cas de lévitation.

Il est vrai que certaines personnes névropathes se sentent parfois le corps plus léger que d'habitude. Scararaellidit(tr. 3, n"275i que les extatiques ont souvent le même sentiment quand ils reviennent à eux. Mais il est à croire que c'est là une impression purement subjective. Il n'y aurait qu'un moyen scientifique de décider la question, oe serait de peser la personne. C'est ce qu'a fait M. Pierre Janet pour une extatique (vraie ou non?) qui éprouvait ce sentiment. Il lui a trouvé exactement le même poids qu'à l'état normal {Bulletin dt l'Institut psychologique international, Parts, 27, rue Serpente; juillet 1901).

4. — On a apporté un autre argument. C'est que l'on a observé des faits de lévitation chez les falilrs de l'Inde. Ces phénomènes, n'ayant d'autre but que de satisfaire l'orgueil de l'opérateur et la curiosité des assistants, ne peuvent venir de Dieu, et l'opérateur lui-même ne songe pas à les lui attribuer. Donc, s'cst-on dit, ils sont naturels. — Non; ils peuvent être diaboliques ou le résultat d une habile supercherie. Jusqu'ici, du reste, les renseignements n'ont pas un caractère vraiment scientifique.

A. — Enlin on a recouru aux raisonnements a priori. Les spirites et les occultistes nous ont dit : « Rien n'est plus simple. C'est lÀ un fait d'attraction ou de répal«l*ai électrique, de polarité (?), ou d'émission de fluide vital »>.

Mais s'il y a un effluve électrique dirigé vers le soi, pourquoi repousse-t-Ll celui-ci au lieu d'aller s'y perdre? Et pouiHjiioi les corps voisins ne reçoivent-ils pas d'étincelles?

S'il y avait attraction, ce serait par rapport à un corps électrisé placé au-dessus du saint, comme dans l'expérience des pantins électriques. Or il n'y a aucun dispositif de ce genre.

J'ai lu bien des brochures sur ce sujet. Ce qui m'a frappé, c'est Je charlatanisme (parOns inconscient, j'aime à le croire) de ces grands parleui*s. Rien n'est ]>lub facile en pliysiquf que de feindre une explication. On lance de grands mot^, on glisse des hypo-

thèses gratuites, et on termine d'un air triomphant, en disant comme le savant de la comédie : « Et voilà pourquoi votre fille est muette ».

Pour avoir le droit d'affirmer que c'est V électricité qui soulève le corps de l'extatique, il faut que vous ayez vraiment démêlé le comment de cette action. Pourquoi alors ne l'expliquez-vous pas en détail? Bien mieux, pourquoi ne réalisez- vous pas l'expérience (et dans des conditions identiques d'isolement) avec une statue de soixante kilogrammes, ou même d'un seul kilogramme, munie d'un appareil électrogène? Il faut vraiment que l'on compte bien sur l'ignorance du public, en fait de procédés scientifiques, pour essayer de l'éblouir avec de grands mots.

•. — Certains auteurs s'aperçoivent qu'en effet l'électricité n'explique rien. Il faut, disent-ils, recourir à l'émission du fluide vital.

Cette prétendue explication suppose établies les propositions suivantes :

1° Il y a un fluide vital, distinct du fluide électrique. (Beaucoup le nient. Ce n'est qu'une hypothèse) ;

2** Ce fluide peut sortir du corps, « s'extérioriser » ;

3° Il peut exercer alors une puissance motrice : tantôt des attractions, tant(* t des répulsions;

4" Ces dernières peuvent être assez énergiques pour soulever un corps d'une soixantaine de kilogrammes;

5" Et cela pendant plusieurs heures, et parfois à une grande distance du sol.

Que d'hypothèses! Et pas une expérience 1 De plus, on oublie de nous expliquer pourquoi, pendant que le sol est repoussé, les assistants n'éprouvent rien de semblable. Ils n'ont aucune commotion en approchant. On ne trouve pas ici les caractères d'une théorie scientifique.

Je ne cite que pour mémoire ceux qui disent : La lévitation est peut-être un phénomène analogue à celui de la limaille de fer soutenue par un électro-aimant. — Le cas est très différent. L' électro-aimant est un appareil extérieur à la limaille, tout comme le ballon par rapport à l'aéronaute, et comme la main pour le poids qu'elle soulève. Le saiot n'est pas tiré par un appareil extérieur.

9. — lies auteurs catholiques admettent que la lévitation des saints est surnaturelle, mais ils ont voulu parfois nous dire

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comment Dieu s'y prend. L'explication la plus simple et la plus conforme à l'ordre de la Providence, consiste à dire : Les anges ayant le pouvoir de mouvoir les corps, Dieu se sert de leur ministère, afin de ne pas intervenir lui-même sans nécessité. Il les charge donc d'élever le corps de l'extatique ; et cela pour des motifs (1) tirés du bien des âmes. C'est en vertu du même pouvoir que Satan soutenait en l'air Simon le magicien.

On a donné deux autres explications; j'aime à croire que les inventeurs ne les ont pas prises au sérieux : •

1** Le P. Séraphin [ThéoL myst., n** 205) interprète le fait, avec Lopez Ezquerra, en disant que le corps a réellement perdu sa pesanteur. Cette hypothèse n'est pas soutenable. Car d'abord elle suppose que Dieu intervient sans nécessité. Lui seul, en effet, peut supprimer une qualité fondamentale de la matière. Puis le corps se comporterait alors comme le liège qui remonte à la surface de l'eau. En vertu du principe d'Archimède, il s'élancerait comme la flèche jusqu'aux limites extrêmes de notre atmosphère, c'est-à-dire au delà de 70 kilomètres. Qui sait même si, en vertu de sa vitesse acquise, il ne continuerait pas indéfiniment à travers les espèces célestes?

Il y a une explication plus simple. Le corps est dans des conditions analogues à celles du ballon qui monte, prend sa position d'équilibre et oscille. Il n'y a rien de détruit, mais quelque chose à' ajouté, à savoir une force égale et de sens contraire à la pesanteur. S'" Thérèse semble bien indiquer ce fait quand elle dit : « Lorsque je voulais résister au ravissement, je croyais sentir sous mes pieds des forces étonnantes qui m'enlevaient. Je ne saurais à quoi les comparer » {Vie, ch. xx).

2" Sans s'en douter, les hagiographes se laissent souvent aller à présenter la lévitation comme étant à demi naturelle. Ce serait la conséquence naturelle d'un fait divin, mais purement psychologique. Ils disent, par exemple : « L'Ame désireuse de se plonger plus complètement en Dieu (qu'elle considère comme extérieur},

(l) Hcnolt XIV donne un de ces motifs : • Dans l'cxiase divine, le •"•— v"<il être élevé de terre, non en vertu d'une connexion nécessaire entre ct le

et la contemplation inu^nse, niais parce que cette coatemplatioa c:s.:.... , - les choscâ divines est une rcasomblAnoo et une sorte do commencement de celle qui fait la félicité de» élus. C'.'si li r.-n.Hoigncment que Dieu »e propose Ici; c'est pour cola qu'il accorde une p n imparfaite du don d'agilité qu'obtiendront \m

corps glorieux » {De Cor .. o. xi.i.x, u* 4).

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s'élance vers lui et entraine le corps après elle ». Ces phrases sont très poétiques, mais ne résistent pas à la discussion. Il s'ensuivrait que, lorsque notre âme éprouve le besoin de mieux connaître un objet extérieur, elle a le pouvoir direct de déplacer sa substance; auquel cas le corps qui lui est uni devrait, en effet, la suivre. Mais ce pouvoir est une pure hypothèse. L'expérience nous enseigne au contraire que l'âme n'a qu'un moyen de se déplacer, c'est de remuer les membres du corps et d'agir par eux sur les oorps environnants (Voir une autre réfutation dans Scaramelli, tr. 3, n* 275).

Contentons-nous donc, tout au plus, d'employer des phrases plus adoucies, n'ayant pais la prétention d'ôtre une explication scientifique, mais signalant l'harmonie des choses et leur symbolisme. Disons : « Tout se passe comme si l'àme, etc.. » ou : « Il semblerait que, etc.. ».

§ 2. — T a-t-il des stigmates naturels?

•. — Définition. On appelle stigmates naturels des plaies analogues à celles de la crucifixion, ou plus généralement, de la Passion, et qui seraient produites par la seule action naturelle de l'imagination et de vives émotions. (Voir ch. xiii, 15).

La personne étant vivement impressionnée par les souffrances du Sauveur, et embrasée d'un grand amour, cette préoccupation agirait sur elle physiquement, en produisant les plaies du Christ. Cela ne diminuerait en rien son mérite. Mais enfin la cause immédiate ne serait pas surnaturelle.

Peu importe fie savoir comment l'imagination aurait été excitée, et s'il faudrait que l'àme éprouve un état supranormal, tel que l'extase. Finalement ce serait cette faculté, et non une action spéciale surnaturelle, qui produirait le phénomène.

Je rappelle ce qui a été dit précédemment (») : Quand même on arriverait à prouver que les stigmates peuvent s'expliquer naturellement, la religion et la mystique n'auraient pas à s'en troubler.

». — L'imagination a-t-elle une pareille puissance? Voilà le problème.

Je réponds d'abord que, s'il s'agit d'une personne à l'état nor-

■i»l, on n'a aucun motif <le pencher pour l'affirmative. Ce serait contraire à toutes les analogies. Car on n'a, en médecine, aucun exemple de modification des tissus produite sur ce genre de personnes par l'imaerination.

!•. — La question est plus difficile, s'il agit de personnes placées dans un état «normal, tel que le sommeil de l'extase ou de l'hypnose. Certains physiologistes, les uns catholiques, les autres lilires-peu&enrs, admettent qu'alors l'imagination peut amener des plaies et des hémorragies. Les uns se contentent de l'affirmer, sans en donner la moindre preuve (1). C'est vraiment trop commode et antiscientifique (2). Les autres, plus consciencieux, apportent comme argument deux expériences célèbres faites sur des hypnotisés : l'une, sur un soldat de la Rochelle, qui par suggestion arriva à saigner au bras expériences des D" Bourrut, Burot et Mabille, citées par Bernheim, De la suggestion, part. I, ch. iv); l'autre à Nancy : une personne ayant été hypnotisée, on lui appliqua sur l'épaule plusieurs timbres-poste maintenus par du diachylon et une compresse, et on lui suggéra que c'était un vésicatoire. La vésication fut constatée le lendemain (expérience de M. Focachon, pharmacien à Charmes, en présence des D" Beaunis, Bernheim et Liégeois, 1885). ^

Ce qui ôte beaucoup de portée à ces expériences, c'est qu'on n'a pas réussi depuis à les reproduire nettement, malgré de nombreux essais. Il est donc à craindre qu'on n'ait oublié de tenir compte de certaines cirronstanccs. Pour le soldat, la trirherie est probable. Car les médecins ont reconnu qu'il était très menteur. Or l'hémorragie ne s'est produite que plusieurs heures après la

(1) Ou encore certains incroyants ont fait an cercle vit'i«Mix. Ils ont cominenct^ par prouver la puissance d',- l'imaipnatiou, en s'appuyanl sur rt'xiKtonce des itigmates des snints. et. ensuite ik ont expliqué les stigmates des saints par la puissance de l'i >n.

(2) On peut a infime reproche à an vieil antpur citt^ par les Boltandislrs du xvir 8i*i'If (20 mai. p. JlT, ri* 's\ Parlant des ^ 's de la V qu'on a trouvés ^ravis dan*; ie ruur de S" Clair** , oir le des produit par le D' Imlx^rl, t. II), il se contente. puyer sur aucune a;i naturelle, de les attribuer à l'action de son i:. .i. H est surprenant <, défaut de méthode ne .soit blàmiS ni par les Uullaiidistes, ni par lienolt XlV kjui reproduit la suite de celte ciuiion {De Canon., I. III, c. liu, n" 171. H<tiolt XIV < ' ' le très restreinte on inn do

>ur guérir lea mal» peut

I tui iMiijii I- |>.ti luin une |"-iit>- iiiuiiification dans la inarciK' (ics iihkk-n n'iveux on des liquides du corps humain; elle ne change rien aax tissus (l)« Canon., 1. IV, part. I, c. XXXIII, n" ?i, 3(), rjl).

suggestion, ce qui a donné au patient le moyen de la provoquer secrètement. Enfin elle n'est pas survenue au bras qui avait été indiqué par le médecin.

Pour l'expérience de Nancy, il est à croire qu'on a confondu ici l'hémorragie stijimatique avec une maladie spéciale qu'on observe parfois chez les névropathes et les arthritiques. On Tappelle dermographie ou urticaire factice. Des gonflements entourés de rongeurs apparaissent sur la peau et peuvent subsister plusieurs jours ou plusieurs semaines. Mais ils sont dus, non à une excitation de l'imagination (1), mais à une excitation de la peau, par une pression, une friction, etc. Les médecins qui examinaient Louise Lateau avaient eu soin d'écarter cette cause d'erreur. Elle ne pouvait toucher à ses stigmates.

De plus, on a montré (Voir Imbert, t. II, ch. vi, xiv; Siirbled. La Morale, t. IV, part. H, dernier chapitre; Gombault, L'Imagination, part. IV, ch. ii, pp. 504, 514) que les stigmates des saints présentent des différences très grandes avec les stigmates hypnotiques, dont il vient d'être question :

1° Dans les premiers, il y a de véritables plaies; souvent l'écoulement du sang est très abondant. Rien de semblable dans les autres. Il n*y a eu qu'une boursouflure ou une sueur plus ou moins colorée. Ce n'est qu'une imitation grossière;

2" Les premiers persistent souvent plusieurs années, ou se reproduisent périodiquement, chaque semaine. Les autres sont passagers;

3* On n'arrive pas à guérir les premiers avec des remèdes;

4* Les premiers sont souvent très douloureux. On n'a pas signalé ce fait pour les autres ;

5° Les premiers ont toujours été accompagnés d'extases ;

6" Contrairement à ce qu'on observe pour toutes les plaies naturelles d'une certaine durée, celles des saints ne présentent aucune odeur fétide (2) (parfois même elles émettent des parfums), aucune suppuration, aucune altération morbide des tissus. Chose remarquable, les plaies non stigmatiques ont chez eux, au contraire, leur évolution normale.

(1) Cela est tellement vrai qu'on observe ce phénomène inème chez des chevaux névropathes (comme le sont d'habitude les chevaux de sang).

(2) On cite une exception : la B" Rita de Cassia avait reçu au milieu du front une blessure surnaturelle venant d'une épine détach<ie de la couronoe du crucifix. Elle répandait une odeur insupportable (BoUand. du 22 mai).

En résumé, si l'on dit que l'imagination est capable de produire les plaies stig'matiqaes, on est obligé de l'affirmer sans aucune preuve expérimentale.

iO bis. — Si l'on veut établir d'une manière vraiment scientifique que l'imagination, c'est-à-dire Taulo-suggestion, peut produire les stigmates, il n'y a qu'un moyen : au lieu de nous proposer de simples hj-pothèses, il faut qu'on nous apporte des faits analogues, mais d'ordre profane, c'est-à-dire des plaies produites par suggestion, en dehors d'une idée religieuse. Or, on n'en a jamais rencontré, malgré l'extrême bonne volonté des médecins et des hypnotiseurs. Il n'y a pas un seul exemple d'une vraie plaie produite dans une clinique par l'excitation de l'imagination et de la sensibilité. Ce qu'on a obtenu, et très rarement, ce sont des rougeurs, ou, tout au plus, des sueurs rosées ; mais jamais il n'y a eu de flots de sang, et surtout pas de trous, pas de déchirures des tissus. Et cela, même sur les parties molles de la peau, pas plus qu'aux endroits occupés par les stigmates du crucifiement, c'està-dire sur les faces intérieures, très résistantes, des mains et des pieds.

Ajoutons que si les plaies stigmatiques pouvaient s'expliquer à priori par l'auto-suggestion, on pourrait en dire autant de toutes les maladies. Lorsque quelqu'un aurait une fièvre typhoïde, une fluxion de poitrine, le choléra, des cors, des verrues, rien n'empêcherait d'attribuer cette modification à l'action puissante de l'imagination. Si elle peut trouer les mains, elle peut tout aussi bien cribler, dilater, contracter le poumon ou les autres viscères! Et inversement l'auto-suggestion expliquerait toutes les guérisons. Avec des hypothèses arbitraires on peut expliquer tout ce qu'on veut.

li. — Plusieurs médecins catholiques ont proposé d'expliquer les stigmates par les •a«ar« «le iMing. Il y en a de naturelles, disent-ils, et elles sont causées par les émotions. Il peut donc en être de même des stigmates.

Le D*" Lefebvre, professeur de médecine à Louvain, a longuement réfuté cet argument d'analogie, en entrant dans une foule de détails techniques qui ne peuvent trouver place ici {Louise Lateau, étude médicale, part. III, art. 1). Il suffira de remarquer :

1° Que la plupart des faits de sueurs de sang sont contestés (Voir Dictionnaire de théologie de l'abbé Vacant, au mot Ago-

nie) et qu'ils sont très rares. Il ea est autrement des stigmates;

2° Les sueurs examinées par les médecins ne sont pas dues à une cause morale; c'est une maladie spéciale. Cela suffirait à détruire toute l'argumentation par la base;

3° Dans ces maladies, on a souvent constaté au microscope que le liquide rosé qui transsude n'est pas du sang. Il doit sa couleur à une substance particulière;

4° Les caractères essentiels des stigmates sont d'être une plaie; d'être localisés aux mêmes endroits que sur le corps du Christ, de saigner à des jours déterminés et de produire des souffrances atroces. L'hémorragie n'est là qu'un phénomène secondaire et interniitteut (1). Enfin les blessures apparaissent aux endroits où la peau est le plus épaisse et résistante, à la paume des mains et à la plante des pieds; ce qui n'arrive jamais, dit le DM^efebATe, pour les hémorragies morbides {ibicL, § 1).

Au contraire les sueurs de sang ne supposent pas de plaies. Elles sont (lues à une dilatation du réseau de la peau, pour laisser filtrer des liquides, comme dans la sueur vulgaire ; il n'y a pas de trou ni de déchirure.

tt bis. — Au lieu d'expliquer les stigmates par l'action naturelle de l'imagination, on a tenté d'y arriver par l'hypothèse d'une fraude inconsciente. L'extatique aurait des crises fréquentes de «omnambullsme, et dans cet état, il se ferait à lui-même des blessures (2).

Il est certain que les directeurs doivent s'informer si les stigmatises qu'ils étudient ne sont pas somnambules. Mais si le fait a pu arriver une fois ou l'autre, ce serait énoncer une hypothèse invraisemblable et trop commode d'expliquer ainsi les centaines de cas de stigmatisation (ch. xiii, is). Déplus, dans les temps modernes, les médecins ont pris beaucoup de précautions savantes, pour éviter l'erreur ci-dessus. Tantôt ils ont surveillé la personne nuit et jour, tantôt ils ont enveloppé les membres de bandelettes mu-

(1) Suivant le D' Lefebvre. les hémorragies stigmatiques qu'il a observées avaient l'évolution suivante : D'abord • on voit s'élever des ampoules qui crèvent «. C'est la période buUaire. • Elles laissent à nu la surface du derme; d'où procède l'hémorragie. • C'est la période du saignement.

(2) On a expliqué de la même façon on phénomène fréquent chez les extatiques stigmatisés: ils se passent, ou presque complètement, de nourriture. On a supposé que, la nuit, ils vont, en somnambulisme, ouvrir l'armoire aux provisions. Certes, los ménagères ne seraient pa.s lon^^temps à s'en apercevoir!

QUESTIONS THÊOIUQtns. 591

nies de sceaux, ou les ont eufermés daos des globes ti-aasparents et scellés. Enfin, même dans des temps plus reculés, on n'était pas assez ifrnorant ou assez simple pour ne pas s'apercevoir si le sujet était atteint de somnambulisme et surtout s'il en avait de crises fréquentes ou périodiques.

12. — Jusqu'ici j'ai parlé des plaies, et non des simples «toaleum atigmatiques. Ces dernières peuvent-elles être produites par une imagination très excitée et accompagnée d'un amour violent? S' François de Sales l'admettait. Parlant de S* François d'Assise, il dit : « L'âme, comme forme et maltresse du corps, usant de son pouvoir sur icelui, imprima les douleurs des plaies dont elle était blessée es endroits correspondants à ceux esquels son amant les avait endurées. L'amour est admirable pour aiguiser Viinaf/ination, afin qu'elle pénètre jusqu'à l'extérieur >♦ {Traité de l'anwurde Dieu^ 1. VI, ch. xv). Le saint docteur ne veut pas cependant aller trop loin, et il pense que les plaies exigent une autre origine : « Mais de faire les ouvertures en la chair par debors, l'amour qui était dedans ne le pouvait pas bonnement faire. C'est pourquoi l'ardent séraphin, venant au secours, darda des rayons. <>

Le saint a bien vu qu'il fallait justifier la première au moins des deux propositions précédentes. 11 apporte trois faits qu'il regarde comme analogues, par exemple, « qu'une imagination puis- .satite fait blanchir un homme en une nuit ». Malheureusement, dans aucun de ces faits, il n'y a de souffrances.

C'était pourtant leur possibilité qu'il fallait établir. De plus, ce» exemples tendraient à ébranler la seconde proposition du saint, puisqu'on y voit l'imaginatioD agir directement sur le corps.

S 8. — Y a-t-il des extases naturelles?

iS. — Ce problème a été repris, quoique brièvement, dans deux ouvrages assez récents : Le Merveilleux divin, par IXim Maréchaux , 0. S. B. (1. IV, ch. Il, p. i*26) et La Magie moderne^ parle R. P. r.olfi, 0. S. F. (part, il, append. 3, p. 2.V8 et 263). Aucun d'eux ne tranche la question, mais ils semblent pencher, le premier vers la uéL'ative, le second vers laflirmative.

Pour traiter le problème par une mMhode vraiment ««IrM

llflqae, il faut : 1* définir exactement ce qu'on entend par extase naturelle. On se contente souvent de termes vagues; et alors la discussion s'égare : on vous apporte un exemple de syncope et on la qualifie d'extase; 2" s'appuyer sur des faits, et des faits certains, bien observés, dont les détails aient été notés avec soin, et par des gens sachant discerner ces états d'autres en apparence tout semblables. Par exemple, comment pourrait-on tirer une conclusion d'une description sans précision qui conviendrait aussi bien à la catalepsie et à l'extase? Les faits seuls peuvent justifier une solution, et non les idées a priori. Celles-ci ne comptent pas dans une question de physiologie. Il faut une base expérimentale.

14. — Occupons-nous d'abord de la définition. L'expression extase naturelle a reçu un sens large et un autre restreint. Le premier s'applique à toute aliénation des sens, même causée par la maladie, sans s'informer de savoir si, pendant ce temps, l'âme s'occupe à quelque chose. Les médecins emploient souvent ce langage, le restreignant légèrement, chacun à sa guise. C'est ainsi qu'ils parlent d'extase hypnotique et d'extase hystérique.

Posée de la sorte, la question des extases naturelles est résolue d'avance : il faut bien admettre leur existence. Mais la proposition qu'on affirme ainsi est sans intérêt. Elle se réduit à cette vérité banale que certaines maladies ou fatigues privent de l'usage des sens. De plus, c'est prodiguer le terme d'extase à des états cfui ont déjà en médecine des noms plus clairs et bien définis. Enfin, c'est comprendre sous le même nom des choses d'espèces trop différentes.

Les théologiens catholiques qui ont étudié cette question, ont souvent adopté le même langage. Je ne les en blâme pas ; car plusieurs se proposaient non d'éclaircir un problème obscur de mystique, mais de déterminer pratiquement comment il faut apprécier certains faits merveilleux de la vie des saints. Alors le seul point important pour eux était de séparer l'extase divine de toutes les autres aliénations des sens, sans trop subdiviser celles-ci. Ainsi Benoît XIV [De canon., 1. III, c. xux) appelle extase naturelle l'aliénation des sens « produite par des causes naturelles, comme la maladie appelée catalepsie ». Le cardinal Bona [De discret, spir., c. xix, n*" IV, v) en fait autant, ainsi que Schram [TheoL myst., n* 586 de l'édition de 1848; 577 de l'édition ancienne). Le cardinal Brancati de Lauria retombe dans cette notion, après s'en être

affranchi un instant par la distinction des extases en saines et morbides [De oratione, op. 5, c. vi). Si nous remontons jusqu'à S' Thomas, nous voyons qu'il distingue les extases en naturelles, démoniaques et divines (2, 2, q. 175, a. 1). Mais il explique que, par les premières, il entend l'état des malades qui perdent l'usage des sens. A la fin de l'article suivant, il applique môme le mot de ravissement aux grands accès de colère ou de terreur. De faiJ, c'est bien là ce que signifie le mot grec extase, si on s'en tient à son élymoiogie. C'est un état où l'on est « hors de soi ».

Comme j'ai un but différent de celui de ces grands maîtres, on ne sera pas étonné si je présente la question d'une manière plus restreinte.

Ce qui précède nous montre que, lorsqu'on invoque l'autorité d'un vieil auteur en faveur de l'existence des extases naturelles, il faut examiner avec soin le sens qu'il a donné à cette expression et qui se déduit non seulement de ses définitions, mais des considérations ou traits historiques qu'il apporte et du but qu'il a en vue ; autrement on s'expose à des malentendus. En voici un exemple frappant : Suarez [De ora/ione, 1. II, c. xv, n" 6) cite Gerson comme se prononçant en faveur des extases naturelles. Or, si on recourt au texte très bref de Gerson [De monte contempl., c. xxi), on y trouve bien le mot raptus, mais dans le sens de forte distraction. Ce qui lui permet d'énoncer la proposition suivante qui, sans cela, serait absurde : « Ce genre de ravissement est habituel chez les peintres et autres artistes appliqués à leurs imaginations. »

tft. — Voici le senii plu» restreint que je propose pour l'expression d'extase n.'itiirelle, et sur lequel uniquement je ferai porter la discussion qui suivra. C'est un état qui, non seulement à son début, mais pendant toute sa durée, renferme deux éléments essentiels : le premier, intérieur et invisible, est la concentration naturelle de l'intelligence, de l'imagination ou de l'affection sur un seul objet, et cela avec une énergie considérable ; le .«econd, corporel et visible, est l'aliénation des sens; en entendant par là non seulement la cessation de leur exercice spontant*. mais une grande difficulté à les faire agir si on excite les organes (1). Suivant

(t) Si l'on veut une défloition générale <iiii on;;;'ûbe à la fois les extOM^s natttrelles et surnaturelles, on peut adoptor la su ' o par M. Ribot : • ' m-

lemplaiion pro^<m«i/!. avec abolition «le . ..lé et [lo plussouveui >ion

de la fucuité locomotrice • [Psychologie «U CalUtntion, ch. ni, % i).

LIS cRACis d'oraison. 38

qu'uDe telle cessation est complète ou presque complète, on dira que l'extase elle-même est complète ou incomplète.

Cette définition exclut le sommeil profond et la syncope, puisque les facultés n'y agissent plus. Elle exclut le sommeil môle de rêves, et le somnambulisme naturel ou provoqué, car les facultés ne prennent pas dans ces étals une énergie exlraordinaire. Ainsi il suffit d'une image mentale insignifiante pour occuper une hystérique pendant sa crise. Enfin, la définition met de côté la défaillance corporelle ou l'immobilité produites, pendant quelques instants seulement, parunefToit énergique de la pensée, que remplace bientôt un engourdissement des facultés. En résumé, tous les états morbides sont en dehors de la définition.

Cette manière de concevoir l'e.xtase naturelle me semble être celle de Suarez [loc.cit., etc. xix,n*' 29,30), deScaramelli {Direcl. myst., tr. 3, n"* 185) et de beaucoup d'auteurs modernes, tels que le D^ Lefebvre [Louise Lateau^ étude médicale^ seconde édition, part. IV, art. ni, § 3, p. 236).

!•. — On peut encore concevoir un autre état, très voisin du précédent. Je l'appellerai extase naturelle de seconde espèce ou, plus clairement, extase semi-natarelle. Ici l'occupation de l'esprit n'est plus, comme tout à l'heure, pui'ement naturelle; elle appartient au surnaturel, mais au surnaturel ordinaire et dissimulé. L'objet est donc une vérité de foi, et non plus une proposition de géométrie ou de métaphysique. On considère cette vérité avec curiosité et amour; mais, sauf l'intensi'é de l'application mentale, il n'y a aucune différence intérieure avec i'oraison des chrétiens ordinaires. Il s'agit de savoir si l'aliénation des sens peut être la conséquence d'une concentritiou intellectuelle de cette espèce? Suarez étudie cette question [loc. cit. y c. xiv .

t ». — Examinons d'abord le problème de l'extase /)//r«?we/î/ naturelle ^ eelle dea pltiloMophes et des mathématiciens.'

Je laisse de côté la question de savoir s'il y a moyen de prouver à priori qu'elle est possible. Car on peut disserter sur ce sujet à perte de vue, sans arriver à une conclusion certaine. On tâchera, par exemple, d'invoquer ce principe général que si les forces intellectuelles se concentrent sur un seul objet, l'exercice des sens en est gêné. Mais l'est-il assez pour arriver à être suspendu et h résister aux excitations du dehors? Voilà ce qu'on ignore, comme le déclare Suarez (ch. xv, fin du n* 6). vSpéculativement, nous pou-

VOUS concevoir que notre faculté de conoattre, étant finie, puisse trouver un objet qui épuise totalement son activité. Mais pratiquement, sur cette terre, Dieu a-t-il rendu cette absorption possible naturellement et sans maladie, nous ne pouvons l'affinner.

A plus forte raison, il faut laisser de côté les explications dignes de la Weille physique, comme celle de Zaccbias, relatée pnr plusieurs anciens auteurs, notamment par Braucati. D'après lui, « la cause immédiate de l'aliénation des sens est que les esprits animaux ( nous dirions maintenant : le fluide vital) qui étaient destinés aux gens et à la motricité se précipitent tous vers le cerveau ». Mais cette théorie s'appuie sur une hypothèse gratuite, moyen trop commode d'expliquer ou de paraître prévoir tous les phénomènes de la nature. Par quelle expérience Zacchias a-t-il constaté ce voyage des esprits animaux? On oublie de nous le dire.

t#. — Contentons-nous donc de ce problème plus pratique : A-t-on constaté des extases naturelles, répondant à la déiinition ci-dessus? ,

La réponse me semble négative. Mais j'ajoute qne je n'ai point ici de parti pris. Je le répète, si jamais le progrès des sciences apportait enfin de bonnes preuves, je n'aurais aucune répngnance à les accepter.

!•. — Examinons donc les faits qu'on a essayé de fournir. Ne nous attardons pas trop à ceux que Brancati, Schram et autres essaient de découvrir dans l'Écriiwre S«LBt«. Ils n'y arrivent que par des interprétations arbitraires et forcées des textes. Ils appellent aliénation des sens des états de profond étonnement. comme celui de la reine de Saba admirant la magnificence de Saloraon, ou la stupéfaction de Jacob apprenant que bob cher fils Joseph n'est pas morl. De nos jours, nous dirions bien encore que la reine de Saba est restée en extase, mai.s nous saurions ce qne cola vent dire. Pour Jacob, c'était tout au plus l'état maladif qu'on a appelé La stupeur. C'est non une application des farult4''s, mais ime sorte de choc produit par une nouvelle inattendue et paralysant le cerveau, au lieu de l'exciter (1). Ce cas ne n^ntre p«s dans ma définition.

lO. — Les faitf* ti. v'> j.ar «ts rn'nifs .nitinirs liv VHimt9êw>m profane sont surtout les trois ^Mi^ mis. On pout les appolrr

(1) Voir la dearriptioo cfv'en donne le ly Lefe4>rre {Mé., f. 442).

classiques : 1° Le cas du prêtre Restitut, qui, d'après S' Augustin, perdait l'usage des sens quand il voulait; 2° Archimède qui, d'après Tite-Live, était si occupé d'un problème, au moment de la prise de Syracuse, qu'il se laissa tuer sans résistance par un soldat; 3' Sacrale qui, au dire d'Alcibiade (Platon, Banquet), serait resté vingt-quatre heures immobile, plongé dans ses réflexions, dans le camp qui assiégeait Potidée. Je fais grâce au lecteur d'exemples beaucoup trop probants que Schram répète, sans y croire, d'après Marsile Ficin, à savoir que Pythagore a été dans une sorte de léthargie pendant dix ans, Zoroastre pendant vingt, et Épiménide pendant cinquante.

Reprenons les trois autres exemples; mince bagage de faits qu'on s'est transmis soigneusement d'auteur en auteur.

1" Pour Restilut, on ne nous dit pas à quoi son esprit était occupé pendant l'aliénation de ses sens. On ne peut donc pas prouver qu'il y eût là extase naturelle, dans le sens -de ma définition. En réalité, ce n'était peut-être qu'une crise d'hystérie, ou encore, du charlatanisme. Voilà un fait observé d'une manière incomplète.

2*' Archimède n'était qu'un distrait. Lorsque le soldat s'avança pour le tuer, il ne songea qu'à lui crier : « Ne dérange pas les cercles que j'ai tracés par terre! » Il faut une grande bonne volonté pour appeler extatique un homme qui garde ainsi la communication avec le monde extérieur, trace des figures et parle à un visiteur.

Il faut juger de même la course joyeuse qu'il fit à travers la ville en criant : Eurêka !

3" Socrate. Commençons par nous méfier de la manie qu'avaient les Grecs d'inventer des fables, souvent par le bon motif de donner à une allégorie la forme d'anecdote. Us nous ont conté que les abeilles firent un rayon de miel sur les lèvres de Platon; c'était pour symboliser son éloquence. L'extase de Socrate est sans doute le symbole de la profondeur de ses pensées.

Mais examinons de plus près le récit de Platon. Il ne dit pas s'il apporte une légende ou un trait garanti réel. Il se contente de mettre dans la bouche d'Alcibiade un éloge pompeux de Socrate, adressé à Socrate lui-même qu'il veut flatter. Et Alcibiade prend la précaution inquiétante de prévenir ses auditeurs, qu'à la suite des libations du banquet, il aura peut-être peu de suite dans

ie> idées. En somme, il est impossible, dans une telle composition littéraire, de faire la part du vrai et du fictif.

Concluons avec le D' Lefebvre que « l'histoire ne nous a pas conservé tm ^<?7// exemple authentique » d'extase naturelle

ai. — Le B. P. Rolfi cite deux traits de S' TBiomaa d'AquIn, qui ont au moins le mérite de ne pas remonter aux époques mythologiques, mais ne sont pas concluants : « Un jour que, conformément à l'avis des médecins, il devait soumettre sa jnmhe au feu, il se livra à une méditation si profonde qu'il ne s'aperçut pas de l'opération. Une autre fois qu'il écrivait dans sa cellule, il fut tellement absorbé par ses réflexions que la chandelle, en se consumant, lui brûla la main sans qu'il le remarquât » (p. 261).

Mais S' Thomas avait des extases divines, ce qui permet d'expli- «juer par là les deux casque l'on vient de citer (1). Lui seul pouvait savoir si la concentration de ses facultés était purement naturelle. L'a-t-on interrogé à ce sujet? Faute de réponse, nous sortons du domaine des faits pour nous appuyer sur des interprétations hypothétiques, ce qui est ime méthode fâcheuse. Puis, pour la jambe malade, il faudrait savoir si l'infirmité ne consistait pas précisément en une insensibilité que l'on combattait par des pointes de feu? Ici encore, les observations sont incomplètes.

De cette discussion, il ressort que la thèse de V existence des extases naturelles n*a jamais été prouvée historiquement. Car on s'appuie sur un nombre insignifiant de faits, et aucun d'eux ne résiste à la critique.

«a. — Bien plus, elle a contre elle toutes les probabilité*. En efi'et, si vraiment la nature humaine avait cette puissance, on n'en serait pas réduit à recourir à trois ou quatre anecdi>tes d'il y a quinze cents ou deux mille ans. On en eût trouvé une suite d'exemples chez les grands penseurs, à travers tous les siècles. On découvrirait aussi des faits contemporains. Depuis deux ou trois siècles, l'Europe est pleine de savants de premier ordre, qui réfléchissent profondément sur la métaphysique et les mathématiques. Or, pas une fois on ne les a vus dans l'attitude extatique, les yeux fixes, les bras tendus vers le théorème contemplé. On ne cite

(1) Dans cciU) hypotiiëso, ces traits seraient analogues à celui quo cite André du Val, dans la Vie de l<i B"" Marie de l'Incanvtlion^ earmélit4>, mariéo d'abord à M. Acaric. Car, pendant une grave opération chirurgicale, elle ne soutit aucune douleur, ayant été tout le temps en eitase.

aucune extase pour Newlon, Leibniz ou Euler, ni pourLagranere, Laplace ou Gauss, ni pour Kieman, Kronecker ou Uermite, etc.. Si, en médecine, une théorie était si peu confirmée par l'expôriencc, on n'oserait même pas l'énoncer.

Le D'Lefebvre remarque qu'on observerait aussi l'extase chez le « capitaliste qui calcule une opération qui le portera aux plus hauts sommets de la fortune ou le précipite ta dans les ignominies de l'indigence ». L'extase devrait même se produire fréquemment, dans les conditions les plus vulgaires. « Ne voyons-nous pas tous les jours des entraînements d'une impétuosité incomparable? Ouand les ardeurs des sens s'ajoutent aux ardeurs de l'âme, n'en résulte-t-il pas une passion demi-bestiale, demi-humaine, dont la violence nous épi^uvante? » De telles passions devraient aliéner les sens. (( En résumé, si l'extase pouvait se produire par un excès d'attention, par le jeu de l'imagination, par l'entraînement des pensées ou des sens, elle deviendrait un fait vulgaire et quotidien. Les médecins qui surprennent l'humanité dans toutes ses faiblesses et dans tous ses mystères, ne la rencontrent pas de nos jours... Je conclus : L'extase vraie, d'origine purement psychique, en dehors de toute maladie du système nerveux est un mythe. »

Les rationalistes sont obligés par leur système de proclamer que toutes les espèces d'extase, même celles des saints, sont naturelles, et la plupart les regardent comme des maladies. Les catholiques font le jeu de leurs adversaires s'ils admettent sans preuves solides qu'il y a des extases naturelles.

Je puis répéter ici pour l'extase des saints, ce que j'ai dit plus haut pour les stigmates (to bis) : si l'on veut établir d'une manière vraiment scientifique que le phénomène est dû à l'imagination, à l'auto-suggestion, il n'y a qu'un moyen : au lieu de nous proposer de simples hypothèses, il faut qu'on nous apporte des faits analogues, mais d'ordre profane, c'est-à-dire produits en dehors de toute idée religieuse. Or on n'en a jamais rencontré.

<iS. — Pour expliquer la contemplation mystique d'une manière parement naturelle, les incroyants l'ont assimilée à un exercice mental auquel se livrent certains boaddhifitea hindous. On qualifie faussement cet exercice de contemplation, car c'est plutôt la diminution ou la cessation de la pensée. S'il va jusqu'à l'immobilité physique, on l'appelle extase, quoique au point de vue de l'âme, ce soit simplement l'abrutissement. Le seul fait exact, c'est

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que cet état est purement naturel, car ceux qui s'y placent ne croient pas à un Dieu personnel, et dès lors ne cherchent nullement une union avec lui.

Voici comment un voyageur, M. J. Bois, décrit ces pratiques ridicules qu'il a étudiées de près (Revue des revues, 1903). Je résume son travail.

Les yoguis de l'Inde sont des hommes cherchant à imiter l'extase. Imbus de la croyance au panthéisme, ils désirent réaliser l'immersion dans le grand Tout, et éprouver le sentiment de leur identité avec l'être universel. Ce but est appelé la yoga, la communion. C'est donc une communion panthéistique. Pour arriver là : 1° il y a des exercices intérieurs : on travaille à faire le vide dans son esprit, car les pensées variées sont les vagues fugitives qui rident la surfac»» du grand océan de l'être, et il faut bien les quitter si on veut atteindre les profondeurs imnmables; ^^ il y a, de plus, une foule d'exercices corporels bizarres. Par exemple, on fixe les regards entre les deux sourcils pour se jeter dans une sorte de sommeil hypnotique. Mais surtout on pratique pendant des mois Xart du souffle. Il consiste à retenir de plus en plus sa respiration. Ou arrive ainsi, par un long entraînement, à la suspendre complet ment, après avoir bouché la gorge par la langue dont on a coupé le frein et qu'on a repliée en arrière. On se procure ainsi une contrefaçon d'extase, un état comateux qui imite le sommeil, à respiration presque nulle, des animaux hibernants, tels que les ours et les marmottes. On est alors plongé dans le grand Tout, c'est-à-dire dans le grand rien. On disloque aussi ses membres pour prendre l'attitmle de divers animaux; on espère ainsi communier avec leur mentalité qui, étant très basse, est regardée comme plus voisine de l'être universel, dout l'activité est inconsciente.

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