‹ Des grâces d'oraisonChapitre 172 sur 199 · DEUX MONOGRAPHIES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DEUX MONOGRAPHIES HISTORIQUES

de sept jours, pendant laquelle l'Esprit lui avait interdit de parlei' autrement que par écrit. Une seule personne lui apportait en silence sa nourriture.

Après le Réveil, Evan s'est longuement reposé.

§ 9. — Conception qa« les maBulmans se font de l'extase.

A. — Pour comprendre exactement comment les musulmans con(.'oivent l'extase, le mieux est de dépeindre les exercices en usage dans certaines associations à tendances extatiques. Pour cela, commençons par donner quelques notions sur les m^ntrérAe« mosulmanea (1).

Les pays de l'Islam sont remplis d'une multitude d'associations religieuses dont beaucoup sont en même temps politiques et très inquiétantes pour l'avenir (2). Elles s'entourent plus ou moins de secret. La plus ancienne, celle des Kadriya^ date du xii' siècle de notre ère, et fut provoquée par le besoin d'unir les esprits en face des premières croisades. Son nom est tiré de celui de son fondateur, le persan Sidi Abd-el-Kader el-Djilani, mort à Bagdad, en 1166. Ses disciples l'appellent le Sultan des Saints.

Une des associations les plus récentes, et très envahissante, celle de» Senoussùja, fut fondée par un algérien, Cheikh Senoussi, mort en 1859. Contrairement à l'esprit d'exclusion des autres ordres, il leur a ouvert le sien, leur permettant de garder leurs noms, doctrines, usages et privilès^es. Cette concentration est opérée autour delà haine des chrétiens. Il fait le vide autour d'eux et prépare la révolte qui, au jour marqué par le Seigneur, les chassera de la « terre de l'Islam » (dar el-Islam, opposé de dar el-narb, pays des infidèles; mut d mot : pays de la guerre sainte). Sa devise est « Turcs et chrétiens, je les briserai d'un seul coup. »

Les afliliés des confréries sont appelés Khouan (frères) (3) dans l'Afrique du Nord, derviches (pauvres) en Turquie et dans l'Asie

(1) CiBLiooRAPHiE. — RiNy, Afaraboult et Khouan (Alger, Jourdan, ISf^l); Ix Cuati< UXR. Lt* confréries mutulnarui (Paris, I>eroux, ISÎ7); Depont et Cohpol*ni, L4$

confréries religicutes v '■ -r^t (Alger, Jourdn- "-"'• l'OMMitiiOL, '' ~ t qui

gueltrnt [\'&r'\H, Font» f '); K. P. Petit, des Asson s 4

<"!-•'"'" '■• /'•■ ...uju/man«i (exci;.^.... .. .,v.iiié. Paris, i...,,..., ,j>jl).

de plusieurs confrc^rles très mllitaniss. On leur attribua. ..-■. - -i .. .-• -.

(3j C'est ia forme plurielle do akhou.

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centrale, fakirs (mendiants) aux Indes, mourids (disciples) en Egypte, Arabie et Syrie.

Depuis la conquête de l'Algérie par les Français, eu 1830, les confréries ont pris, par réactiou, un immense développement dans tous les pays de l'Islam. Très peu de musulmans y échappent, en dehors de la société riche et sceptique des grandes villes. M. Pommerol évalue le nombre des affiliés à 170 millions.

L/jissant de côté les excellentes organisations administratives et iinancit^res des confréries, je ne parlerai que de leur côté religieux.

On sait que, chaque jour, tout musulman doit réciter certaines prières, à des moments déterminés; les muezzins les annoncent du haut des minarets. Les Khouan sont tenus de les faire suivre d'autres prières, spéciales à leur association. L'une des principales est une sorte de litanie, appelée dikr [énonciation répétée), pour laquelle on se sert d'un chapelet. Le fond en est le même dans tous les ordres, mais avec de petites variantes qui permettent aux initiés de .se reconnaître facilement. Généralement on y trouve le credo, la formule fondamentale de l'Islam : « Il n'y a de dieu que Dieu » {La ilaha iW Allah; mol à mot : aucun dieu ou divinité, sinon Dieu), qu'on répète, par exemple, cent fois. On y ajoute d'autres phrases ou invocations laconiques, telles que « Dieu me voit », « Dieu pardonne », ou un fragment de verset du Coran, ou des noms d'attributs divins : « 0 vivant », cent fois; « ô immuable », cent fois; ou simplement la syllabe Houa /Lui). Quand le rythme de la i-écitation en commun s'accélère, les premières syllabes de « La ilaha ill' Allah m disparaissent successivement et se réduisent à lakou, la ha, la hi, ou même à hou, ha, At, ou encore à hou-hou.

La phrase La ilaha... doit être répétée par les Kadriya 165 fois après chacune des cinq prières quotidiennes; par les Kerzaziya, 500 fois; pour les AUsaouay le total par jour est de 13.600 fois,

•. — Ces j)ré Liminaires étant posés, arrivons à la question de la |»B«udo-extase des musulmans.

Parmi toutes les confréries dont nous venons de parler, beaucoup ont des tendances mystiques et se proposent de procurer, à certains jours et pour quelques instants, une union profonde arec Dieu. Cette union [ittisM), décrite par les soufistes persans et hindous du ix* siècle, ressemble au nirvana des bouddhistes. C'est

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