‹ Des grâces d'oraisonChapitre 173 sur 199 · DEUX MONOGRAPHIES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DEUX MONOGRAPHIES HISTORIQUES

l'aDéantisseraent de la personnalité, par l'identification {djam' ou ittihtuC) du sujet avec Dieu. Sidi Abd-el-Kader el-Djilani proclamait que « le bonheur est dans l'oubli de l'existence ». Cheikh Seuoussi définissait ainsi l'extase : « l'anéantissement de l'individualité de l'homme dans l'essence divine » et Abd-ul-Kerim a résumé cet état en deux mots : « inconscience et insen'^ibilité ». Une telle doctrioe ne peut chotjuer les musulmans, car ils vénèrent les fous comme des saints et pensent que Dieu habite ces cervelles vides. C'est ce qui explique les libertés qu'ils leur laissent et que nous trouvons excessives (1).

Parfois l'initié cherche surtout à s'unir au fondateur de son ordre, qu'il regarde comme une émanation supérieure de la Divinité et son intermédiaire tout puissant. Ainsi font les Refaya.

9. — Voyons maintenant par quel cliemlM on arrive à l'union psendo-extatiijue. Le soufisme, qui a précédé les confréries, et dont beaucoup sont des dérivés, se contentait de conseiller le moyen moml du renoncement, du détachement poussé aussi loin que possible. Primitivement c'était là l'essence du soufisme qui était simplement une voie (tarù/à], une métho le de sanctification, non une dogmatipie ni une association. .Mais les confréries ont ajouté des exercices .spéciaux. De là une grande différence avec la mystique des chrétiens. Ceux-ci admettent qu'il est impossible, même indirectement, de procurer par sa propre industrie un vrai état mystique. Il faut que Dieu le produise, et alors il survient inopinément, soit pendant la prière, soit au milieu d'une occupation prolane. Aucune préparation ne peut y conduire.

Le musulman pense autrement. 11 a un procédé physique, qui consiste dans la manière de réciter le dikr eu commun ; ce qui arrive surtout le vendredi, jour religieux hebdomadaire de l'Islam.

Des prescriptions variables fixent comment on doit retenir et prolonger sa respiration. Il y a un point plus important, à savoir la gymnastique épuisante, qui est imposée, et a pour efl'et de produire une sorte de vertige, d'ivresse hystériijue, suivie soit de

(I) M. Asin y PaUcioc. profcsst^ur d'aratM à rUniv>erwU> de Madrid et directeur

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convulsions, soit d'un abatteineut profcmd. Ainsi, chez les Kadriyay dit Le Chatelier, « les Khouan se livrent à un balancement rythmique et accéléré du haut du corps, qui favorise k congestion du système cérébro-spinal. Sous la double influence de cette cause purement physique et d'une extrême tension d'esprit, de la convergence de toutes les facultés intellectuelles sur une même idée, celle de la majesté de Dieu, les phénomènes d'hystérie religieuse se produisent chez beaucoup d'adeptes... Ils sont fort accusés dans les couvents de l'ordre » (p. 29). Le fondateur avait réglé que le fidèle doit borner sa récitation « à répéter ha en tournant la tête à droite, hou en la tournant à gauche, Ai en la baissant, et en prolongeant chaque son aussi longtemps que l'haleine le permet. On conçoit l'efTet que peut produire sur le tempérament le mieux constitué la répétition de ces syllabes, accompagnée de violents mouvements de tête » [ibid., p. 33).

De nos jours, les Zaheriya exécutent lentement les mêmes mouvements avec la formule La ilaha ilV Allah, dite d'un seul souffle, et parfois jusqu'à vingt et une fois sans respirer.

Les Serehourdiya, fondés au xiii" siècle, répètent indéfiniment et sans interruption la phrase La ilaha, etc., en ramenant la tête du nombril à l'épaule droite, et tombent ainsi dans une inconscience muette. Les Zaheriya ajoutent l'épaule gauche. Les Nakechabendiya s'aident parfois de l'opium ou de ses succédants. Chez les Beioumiya, à chaque invocation, on fléchit le corps jusqu'à la ceinture, en croisant les bras; on les décroise en se redressant, pour battre des mains à la hauteur de la figure.

Quelques confréries méritent une mention spéciale, à cause des fortes excitations nerveuses auxquelles parviennent les affiliés.

Et d'abord celle des Khelouatiya ; elle date du xiv* siècle. Les membres se retirent de temps en temps dans une solitude profonde; de là leur nom (de Kheloua, retraite). Pendant qu'il est ainsi séparé du monde, l'affilié n'a le droit de parler aux autres que par signes ou en écrivant. Il jeûne du lever au coucher du soleil et ne prend que la nourriture strictement nécessaire. Grâce à l'emploi du café, il ne dort que deux ou trois heures. Il récite certains noms sacrés, tels que Houa (Lui), Qayyouin (Immuable), Haqq (Vérité), qui doivent être répétés 10.000, 20.000, 30.000 fois par jour, suivant les indications de l'initiateur. « On presse fortement la paupière supérieure sur la paupière inférieure, pour pro-

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duire dans l'organe de la vue un titillemeat musculaire qui agit sur le nerf optique et par contre-coup sur le système cérébral... On récite, par exemple, 20.000 fois Qayyoum, en balançant et en baissant la tète dans le plan vertical, les yeux fermés. La vitesse de récitation ne peut guère dépasser une fois par seconde, et la durée d'une telle prière est de cinq à six heures. En admettant que l'initié reçoive trois noms à répéter de même, il lui faut di.":huit heures journellement... Les docteurs de l'ordre comparent l'initiation de la Kheloua à un poison mortel, s'il est pris à doses trop fortes dès le début, et qui peut s'assimiler par un usage progressif... Tous les membres qui font des retraites fréquentes sont, même s'ils n'en prolongent pas la durée, dans un état mental grave. Hâves, décharnés, les yeux hagards, ils conservent toujours, en rentrant dans la vie ordinaire, les traces de ces rudes épreuves... Une extrême exaltation est donc la caractéristique de cet ordre, et, plus qu'aucun autre, il doit être i egardé comme le foyer d'un fanatisme intense » {ibi'd., p. 62 et suiv.).

Une antre confrérie très remaïquable est celle des Aïssaoïta, fondée au xv* siècle par Sid Mohammcd-ben-Aïssa. Le dikr se transforme en cris rauques, « cadencés par une musique sourde, à mesure très rapide. A chacun d'eux correspondent des flexions profondes et accélérées du corps jusqu'à la ceinture, ou des mouvements circulaires de la tête, aussi propres à ébranler le système nerveux. Les crises ain.si déterminées se traduisent bientôt par une ivresse cérébrale et une anesthésie diversement localisée suivant les sujets. Au fur et à mesure que ces phénomènes se manifestent à l'œil exercé du Cheikh qui préside, les Khouan, sur un signe de lui, se percent les mains, les bras, les joues de dards effilés. D'autres s'entaillent la gorge ou le ventre avec des sabres aiguisés, mangent des animaux venimeu.t, mâchent des feuilles de cactus hérissées de picpiants. Tous, peu à peu, tombent épuisés, dans une torpeur qu'un attouchement du moqaddem (préposé, initiateur) transforme, chez certains, en sommeil hypnotique » [ibid.]. Quelques-uns broient des morceaux de verre entre leurs dents p. 101).

Dans une autre confrérie, celle des llefaya, fondée au xii* siècle par Hefai, neveu de Sidi Abd-el-Kader, la plupart s'aflaissent quand l'ivresse hystérique se produit. Les autres « avalent dos serpents ou des charbons enflammés, ou se roulent au milieu des

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brasiers ardents. Ils s'habituent en outre à se précipiter sur des dards aigus, à s'en traverser les bras et les joues, à se faire fouler aux pieds par leur Cheikh » {ibicL, p. 20i, 206). Les derviches hurleurs, qui, comme les derviches tourneurs, donnent des séances publiques à Constantinople et au Caire, appartiennent à l'ordre des Refaya. La cérémonie débute par des cris accompagnes d'oscillations et de soubresauts que scandent des tambouvs. « Formant une chaîne, dit Théophile Gautier, ils tirent du fond de leur poitrine un hurlement rauque et prolongé : Allah hou 1 qui ne semble pas appartenir à la voix humaine. Toute la bande, rendue solidaire du mouvement, recule d'un pas, se jette en avant avec un élan simultané et hurle d'un ton sourd, enroué, qui ressemble au grommellement d'une ménagerie de mauvaise humeur, quand les lions, les tigres, les panthères et les hyènes trouvent que l'heure de la nourriture se fait trop attendre. Puis l'inspiration arrive peu à peu, les yeux brillent comme des prunelles de bètes fauves au fond d'une caverne ; une écume épileptique mousse aux commissures des lèvres; les visages se décomposent et luisent lividement sous la sueur; toute la file se couche et se relève sous un souffle invisible, comme des épis sous un vent d'orage, et toujours, à chaque élan, le terrible Allah hou se répète avec une énergie croissante. Comment des hurlements pareils, répétés penidant plus d'une heure, ne font-ils pas éclater laçage osseuse de la poitrine et jaillir le sang des vaisseaux rompus? » [Constantinople, ch. xii).

Les derviches tourneurs (fondés au xiii* siècle) sont des Maotilaniya. On les appelle encore Mevlevis. « Ils valsent, les bras étendus en croix, la tête inclinée sur les épaules, les yeux demiclos, la bouche entr'ouverle, comme des nageurs confiants qui se laissent emporter parle fleuve de l'extase... Quelquefois leur tête se renverse, montrant des yeux blancs, des lèvres que trempe une légère écume » [Constantinople, ch. xi). Finalement ils tombent à genoux, épuisés, la face contre terre, jusqu'à l'attouchement du chef, qui parfois est obligé de leur frictionner les bras et les jambes.

Un spectateur non prévenu ne se douterait pas que ces exercices physiques ont, chez les derviches hurleurs ou tourneurs, une signification religieuse et qu'ils constituent un procédé pour arriver à l'union divine. Cette union profonde ne consiste pas,

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comme chez nos saints, à connaitre et aimer Dieu d'une maniêro supérieure, dans le repos et le silence. Dans les ordres à tendances extatiques, les Khonan se contentent, au contraire, d'une idée banale, et se procurent avec violence des impressions physiologiques, conduisant comme l'ivresse jusqu'à rinconsciente. I.a physionomie de ces deux sortes d'extases est profondément dif> fé rente.

Air du cantique suivant.

Bien lié.

* — ir— ^

Qui vous goû-te, Je - sus, de vous reste af-fa

^^^^j^è^^^=^44^kJ^^P

nié; Qui vous boit à longs traits veut s'en - i-vrer en-co-re; Et

le dé- sir brû-lantqui sans cesse dé - vo-re, C'est de te-nir é-

treint vo-tre Cœur bien ai-mé, C'est de te-nir é - treint vo-

l'our le 1" couplet. Pour le dernier cou|>lcl.

tre Cœur bien ai - mé

CANTIQnB

Qui vous goûte, Jésus, de vous reste affamé I Qui vous boit à longs traits veut s'enivrer encore (1) Et le désir brûlant qui sans cesse dévore, C'est de tenir étreint votre cœur bien-aimé.

Qui le giistant esurlunt; Qai bibunt adiiiic sitiuot.

(llj^mne Jesu, decus angelicum.)

Bien plus, on veut enlrer(l), Car là s'ouvre et s'étend De la Divinité le bienheureux abîme.

L'âme enchaînée au corps, veut, du moins par sa cime, Plonger en ce beau ciel et s'y perdre un instant.

Le bon Maître sourit à ce désir d'amour, Et, répondant au cri de l'àme ardente et pure : « Viens, dit-il, ma colombe; entre par ma blessure. De l'abîme caché je t'ouvre le séjour. »

A ces mois, il étend ses caressantes mains, Et porte vers son cœur la colombe chérie. Elle entre. 0 joie immense!... 0 véritable viel Je te possède donc, ô doux trésor des Saints 1

0 vie, il te fallait à mon cœur altéré I Partout je te cherchais, sans pourtant te connaître; Mais un instinct secret, appel du divin Maître, Me guidait vers le bien qui m'était préparé.

Quel mystère profond s'accomplit en ce lieu! Deux esprits sont donc là dans une douce étreinte. De leurs feux se croisant ils ressentent l'atteinte. L'&me peut respirer, — saisir, — entrevoir Dieul

Hélas I l'heure a sonné ùe sonsrfr au retour. La olorabe descend! mais toute traiislorméo. D'un double feu là-haut elle s'est enllammée : Le désir do souffrir et le divin amour.

(i) Et corde In itto teliftnt

Muerai UlxTitacub '.

(Httu .r r.. r nrct.)

Kos in':

•PMifl I

(Jrymn* 0 cor, «(noria victli»t.>

<J.iM

Viennent les grandes eauxl Elles n'éteindront plus Son auiour pour le ChrisL L'âme veut, pour lui plairei Être foulée aux pieds, avoir part au Calvaire. 11 lui faut à tout prix les douleurs de Jésus.

Qui vous goûte, Jésus, de vous reste affamél Qui vous boit à longs traits veut s'enivrer encore; Et le désir brûlant qui sans cesse dévore. C'est de porter sa croix comme le Bien-Aimé.

f'* série. — Auf«ar« d«a qwlnse premiers •lêclee (1)

(au nombre de 28)

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