‹ Des grâces d'oraisonChapitre 20 sur 199 · II. LE FOND DE L'OUVRAGE. xu · texte numérisé non relu

II. LE FOND DE L'OUVRAGE. xu

La première nuit est caraetérisée surtout : 1° par un état d'aridité, soit doux et tranquille, soit plus souvent amer et douloureux; 2" par un simple regard, portant presque uniquement sur Dieu et toujours tendu vers lui. Lélat ainsi décrit serait à « l'exlrôme frontière entre l'oraison ordinaire el l'union mystique proprement dite » (xv, 1 et 20) : oraison de simple regard, mais qui renferme déjà, quoique à peine sensible, quelque chose de la quiétude, une manifestation voilée de Dieu qui, seule, produit ce .«ouvenir aride mais aimé, cet attrait persévérant vers le grand Inconnu, un désir douloureux de s'approcher de lui, malgré la gène que cause son approche, et de se purifier pour être moins indigne de sa présence, une sorte de polarisation de tout l'être spirituel vers cet aimant tout-puissant, et autres sentiments du même genre. C'est donc déjà, par son côté caché, une oraison d'union. L'auteur propose de l'appeler une union sous-mi/stique (xv, '■20). « Avant samt Jean de la Croix, des milliers d'âmes avaient passé par celte contemplation sèche. Mais... nul ne l'avait distinguée soit de l'aridité vulgaire, soit des états mystiques voisins. On ne devinait pas l'élément caché qui en fait toute la valeur... Saint Jean de la Croix a fait cette découverte fort utile» (xv, %A). Si l'interprète est dans le vrai, — et il semble qu'il le soit, — il adroit lui-même à notre reconnaissance pour avoir fait, chez le grand mystique, celte découverte d'une préparation purifiante et d'un appel latent à l'état mystique. Il en aurait fait une autre, si, comme il nous le dit, la seconde nuit, la nuit de l'esprit, devait s'entendre des trois autres états mystiques inférieurs au mariage spirituel, considérés, eux aussi et en bloc, en tant que préparation purifiante et marche douloureuse (quoique non sans douceur), « dans l'obscurité divine », vers le sommet de l'état mystique (1).

C'est le mariage spirituel, dans ses joies et ses splendeurs, qui est chanté dans la Vive flamme d'amour et dans le Cantique.

Quironque a lu saint Jean de la Croix sait que les conseils ascétiques

(1) L'aul«ur nous dit, xv, 2, note, que, au moins une fois {Montéedu Cannel, 1. i, c. 2, cf. L II. c. t?i, saint Jean de la Croix aurait donné le nom de nitil au mariage spirituel lui :. : rapport à la vision t>«^atifique, dont il n'e^st qu<> la paie

aurore. — !■ douloureux de cette aridité semble tenir, pour une part,

H la faiblps.sc (v i.iu intclloctuel, pou fait encore à cette lumière supérieure et à ce nouveau mode d«' connaître; pour une part aussi à l'impureté de Vhmv devant cette pureté iofinie qu'elle entrevoit dans une lumière et iious un regard implacables. 11 y a dans cette oraison un élément alTcctif, que l'auteur a entrevu et

dont il dit un mot, mais sans lui df^p ""M'/^tre l'attention qu'il mérite. — Il

serait inuiressant de comparer les t\ du P. l'oukùn, a ce sujet, avec

celles du P. Gérard de la Croix, le sa — : . ..leur du grand mystique eïp;ignol, dans la Préface d la .\'uil obscure et d ta Montée du Cannel, qu'on peut lire en français dans EC, janvier 1920.

xxu INTRODUCTION A L\ DIXIÈME ÉDITION.

y tiennent une grande place; mais cette ascétique elle-même est toute en vue de la vie mystique, et c'est se méprendre étrangement de n'y voir qu'une ascétique ordinaire. (Voir xxxi, 37-4r>.) La Montée du Carmel décrit surtout « la partie active des deux premières purifications (lutte contre les passions et les habitudes, même bonnes en soi, qui font obstacle à l'union mystique)... La partie passive est surtout décrite dans... la Nuit obscure » (xv, 2, note).

On voit par cette étude sur saint Jean de la Croix que, entre l'oraison de simple regard, qui n'a encore rien de mystique, et l'oraison de quiétude, qui est toute mystique, il faut faire une place à cette oraison d'aridilé orientée vers Dieu qui est comme au seuil de l'état mystique.

Nous pouvons passer vite sur la quatrième partie, consacrée aux visions et révélations que l'auteur appelle exdéiques. La matière est traitée tout au long, en quatre chapitres, xx-xxiii : description, illusions à craindre, marche à suivre pour en juger, règles de conduite pour les directeurs et pour les dirigés. Dans les cent pages et plus que l'auteur y emploie, je n'ai rien remarqué qui méritât mention spéciale ou pût faire difficulté au lecteur.

La cinquième partie (c. xxiv) traite des « épreuves envoyées aux contemplatifs ». L'auteur fait remarquer que, « sauf la première nuit de saint Jean de la Croix et certaines obsessions », ces épreuves ne sont pas spéciales aux mystiques; mais elles prennent parfois ^chez ceux-ci un degré exceptionnel d'acuité. Il constate le fait, indique cinq motifs pourquoi Dieu les envoie (j'ajoute : ou les permet), signale quelques erreurs des commençants, dit en quel sens on peut les attribuer au démon. Il les partage en quatre groupes : maladies, persécutions des hommes, peines intérieures ou désolation spirituelle, attaques Visibles des démons (possession et obsession). Les peines intérieures sont ramenées à quatorze espèces (§ 8). Sur la plupart de ces points, l'auteur donne des renseignements intéressants et des conseils pratiques.

Dans la sixième partie (c. xxv-xxxiii) sont étudiés, sous le titre |de « questions complémentaires à la mystique », divers points qui touchent, directement ou indirectement, au sujet : du désir de l'union mystique, qualités que doit avoir un directeur, du quiétisme, la rareté ou la fréquence des états mystiques, la terminologie et notamment celle de sainte Thérèse, des méthodes scientifiques en mystique descriptive, discussions diverses, deux monographies historiques (un réveil protestant, conception que les musulmans se font de l'extase).

Parmi les discussions diverses (c. xxxi), quelques questions méritent que nous nous y arrêtions un instant. Y a-t-il une lévitation naturelle,

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