‹ Des grâces d'oraisonChapitre 23 sur 199 · III. CRITIQUES ET (:0>nROVERSES. xxv · texte numérisé non relu

III. CRITIQUES ET (:0>nROVERSES. xxv

cherchons ou voyons en elles, des sujets intéressants ; gardons-nous de jamais les regarder comme tels, de jamais questionner ni agir avec une intention dominante d'étude ou d'expérimentation. La dignité des âmes, le respect de Dieu et de son action en elles nous l'interdisent. Contre cette considération aucun inténH scientifique ne saurait prévaloir. Aussi bien la science môme y perdrait; car lésâmes s'en apercevraient; dès lors ou nous les froisserions et les fermerions, ou nous les fausserions; c'en serait fait, par là même, du profit scientifique, sans parier du mal causé aux âmes. Si un médecin ne doit pas faire des expériences sur ses malades, combien plus un directeur sur les âmes!

A ce qui est dit du désir des grâces mystiques (voir Table analytique), ajouter ceci. Quand une ùme est dans les états mystiques ou visiblement appelée, on peut lui dire de prier pour être fidèle à la grâce. Si elle devine ou pose la question, on peut lui répondre oui, en attirant son attention, suivant le besoin du moment, ou sur la responsabilité que cette grâce lui impose, ou sur le secours divin qui ne lui manquera pas. Si elle est dans l'attente et le désir d'une grâce supérieure, l'engager à prier pour l'avoir et à s'y disposer. Si elle se relâche, ou est tentée de se relâcher, si elle se lasse d'attendre, la relever, l'encourager, la stimuler en lui montrant le prix de la grâce que Dieu lui réserve pourvu qu'elle la mérite ou sache attendre.

Quand rien n'indique ni ne fait présager qu'une âme est appelée à ces états, il n'y a pas lieu d'éveiller en elle ce désir ni de la pousser en ce sens. Il y aurait plutôt à la mettre en garde contre des désirs chimériques et sujets à illusion, en lui prêchant la fidélité à la grâce qu'elle a, sans perdre son temps à rêver des grâces qu'elle n'a pas; en lui montrant la perfection chrétienne dans la pratique des vertus solides, dans le devoir d'état, etc.

Les trois premiers points du n. 4 de la première Préface (1) doivent toujours être présents à l'esprit du directeur dans la conduite des âmes.

Peut-on profiter des aspirations chimériques d'une âme non appelée à ces états, pour la stimuler au travail de sa perfection? Oui, non en l'entretenant dans ces désirs, mais en partant de ces désirs pour l'engager à la lutte et à l'effort pratique; en lui montrant que la perfection qu'elle rêve ou qu'elle cherche dans les nues est, si elle le veut, à sa portée, dans la voie du devoir et de la fidélité k la grâce du moment.

Peut-on laisser dans l'illusion une âme qui se croirait appelée sans rétro, ou qui se croirait à tort dans ces états? Non évidemment, s'il y a

(1) Et aussi ce qui fait le fond du quatrième, abHraction faite do saint Ignac<v

XXVI INTRODUCTION A lA DIXIÈME ÉDITION.

chance de la ramener à la vérité sans inconvénient grave; mais s'il est probable qu'on ne la sortira pas de son illusion, ou qu'on ne l'en sortira qu'en lui ôtant tout courage et tout ressort, il faut tâcher d'en tirer quelque chose en la prenant comme elle est, sans vouloir à tout prix la guérir.

Que faire et que conseiller en fait de lecture des livres mystiques? Aux directeurs d'âmes, celte lecture peut être nécessaire; d'ordinaire, elle sera utile. Quant aux dirigés, l'auteur parle parfois comme s'ils étaient laissés à eux-mêmes : « J'écris avant tout pour les âmes qui commencent à recevoir les grâces mystiques et ne savent comment se débrouillerdans ce monde nouveau... Je m'adresse (aussi) aux âmes qui s'en rapprochent et sont entrées dans les états voisins. Les difficultés se présentent déjà pour elles » [Préface i, 2). Il dit bien ensuite : // fautavoirun directeur [Préf. i, o). Et la chose va de soi. Mais il craint un peu les directeurs. Des livres comme le sien sont faits pour leur rendre service. Or la question des lectures mystiques ressortit au direct?ur plus qu'au dirigé. C est le premier principe en la matière. Le second, c'est — et l'auteur, sans le faire sien, n'ose pas le nier — « que les livres mystiques peuvent monter la tête de certaines personnes » [Préface ii, 3). « On a bien voulu reconnaître, ajoute-t-il, que mon Hvre, loin de présenter ce danger, était un remède énergique à ces divagations. » Il met en garde, il est vrai, contre les illusions, et il redit souvent que « la grande préoccupation de l'âme doit être l'abnégation et l'amour de la croix ». Malgré tout, je ne crois pas qu'il soit bon de mettre pareils livres entre toutes les mains, surtout quand il y est beaucoup question, comme ici, de visions, de révélations, de possession et d'obsession, de maintes choses qui piquent la curiosité, notamment la curiosité féminine. Voici donc ce qui paraît juste et pratique à ce sujet.

D'abord, il faut distinguer entre livres où il est question de choses mystiques, et livres qui traitent uniquement de ces questions, et en traitent ex professa.

Beaucoup de livres où il est question de choses mystiques (écrits des saints, notamment de sainte Thérèse, de sainte Marguerite- Marie, etc.; écrits analogues de personnages pieux non canonisés, vies de saints, ouvrages ascétiques ou historiques, etc.) peuvent être lus sans danger et avec grand profit par le grand nombre des lecteurs pieux. Il y aurait pourtant quelques réserves à faire pour certaines biographies de personnes pieuses (1).

(1) Je parle surtout de certaines vies contemporaines, où il n'est question que de

m. CRITIQUES ET CONTROVERSES. xxvn

Les livres de vulgarisation mystique — tel celui que nous rééditons — peuvent être utiles, comme édiûants et instructifs, à toute personne ayant charge d'âme, aux hommes d'étude, à toute personne pieuse et instruite, bien assise dans la piété solide et sans aucune prétention mystique, capable de s'édiûer des grandes et belles choses que Dieu fait dans les âmes, et d'en tirer profit soit pour elle-même dans la voie qui est la sienne, soit pour d'autres avec qui elle est en contact.

Le directeur peut les conseiller utilement à toute âme, saine et judicieuse, qui serait déjà dans les voies mystiques ou qui pourrait y être appelée, pour l'aider à prendre conscience d'elle-même ou des touches de la grâce; quelquefois aussi, pour tâter le terrain, pour stimuler ou soulever telle âme bonne et généreuse, solide d'ailleurs et pratique, qui ne parait pas donner à Dieu tout ce qu'on serait, semblet-il, en droit den attendre.

Je pense avoir compris dans l'une ou l'autre de ces catégories — très larges comme on voit, et très ouvertes — à peu près toutes les personnes à qui peuvent être utiles soit les livres où il y a de la mystique, soit ceux qui traitent ex professa et exclusivement de choses mystiques. J'ai voulu plutôt élargir la route, en signalant leur utilité pour beaucoup, que la rétrécir, tout en indiquant les limites et les restrictions qui s'imposent à l'égard de certaines âmes, auxquelles ils pourraient être nuisibles.

Je me suis peut-ôlre trop attardé sur ces questions secondaires, qui n'ont qu'une place minime dans le livre, et mes remarques paraîtront peut-être un peu chicanières ou trop minutieuses. Mais ce sont questions d'ordre pratique, et de celles qui demandaient, me semble-t-il, une exacte mise au point.

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