‹ Des grâces d'oraisonChapitre 31 sur 199 · La wtc mystique et la vision de Dieu · texte numérisé non relu

La wtc mystique et la vision de Dieu

Prétendent-ils avoir eu la vision béatifique? On le croirait parfois, si on les prend à la lettre. La B. Angèle de P'oligno : « Il me fut dit que cotte manifestation inénarrable est le bien que possèdent les saints dans la vie éternelle; c'est celui-là, pas un autre. Seulement on n'en jouit pas dans la même mesure; de telle sorte qu'au ciel le plus petit des saints la reçoit plus qu'aucune personne avant sa mort » (XVIII, 75). Et elle dit avoir eu « plus de mille fois celte manifestation suprême de Dieu ». Assertion analogue, quoique moins explicite, chez sainte Catherine de Sienne. C'est Dieu qui parle : « Brûlée du feu de l'amour, (l'âme) goûte en moi la Divinité éternelle. Elle se plonge dans cet Océan de paix, et son esprit n'a plus de mouvement qu'en moi. Bien que mortelle encore, elle jouit du bonheur des immortels (1). » Plus explicite encore est la V. Marine d'Escobar, au témoignage de son confesseur, le P. Louis du Pont : « Elle mavait dit avoir vu clairement l'essence divine et la face de Dieu, un en trois personnes, ainsi que la béatitude des saints, et la manière dont elle a lieu. Je lui demandai de quelle clarté elle parlait : Était-ce celle des Bienheureux, et que saint Paul a eue, dit-on, dans son ravissement? Ou bien était-ce une clarté d'espèce moins élevée?... Yoici ce qu'elle me répondit par écrit : « La lumière qu'a reçue mon âme pour connaître ces mystères a été aussi grande qu'il était possible en celte vie; mais avec ce caractère que la connaissance était ex- Irômeraent claire et distincte. Je sais avec certitude que je vois exactement le môme objet que les habitants de la Jérusalem céleste; mais la révélation ne m'a pas dit si c'est avec la môme force et de la môme manière. Toutefois voici uno donnée : il m'est arrivé de voir

qiip nous ,ivons mis à la bas<^ du fait mystique, cett<^ conscience du divin en nous ii -Mie uno percefition obscure de liieu, analogue à celle que soutenaient

1< istos? Quelques auteurs le pensent, et peut-être le P. Poulain eùt-il été

port»; a le penser par son éducation philosophique; mais de cette pensée, il ne rrstc guère de trace (s'il en restp) dans son livre. Fidèle à sa nx^thode, il w> contente de constater les faits et do rolevor les dires des mystiques, sans en vouloir donner aucune interprétation philosophique. .le crois que M. Saudreau l'a mal compris en ce point. Le P. Laliou8.se. au contraire, parait avoir admis cettr perception obscun* de Dieu, et M. Saudreau n'a pas tort de la lui attribuer. <"esf bien aussi, me s<'mble-t-il, la pensé*^ du P. Marérhal dans ses pénétrantes études (voir les titres ii \'tn(it'i bibliographique^. On peut ne pas «Hre de son avis, cl c'est mon cas; mais on ne peut ni le corKi ri ni nier que ses raisons

méritent examen. — 'J. I>e» mystiques, n«ii its, oii ils parient surtoiit

de contiict, de K"ùts spirituels, etc., mais d;lu^ ijKirieur», disent avoir «ii

Dieu, l'eut-on savoir au juste ce qu'ils n.otlent lotî

(1) Di(tliM/ue, 79; traduction llurlaud, t. 1, p. ,....

xxxvm INTllODUCTION A L\ DIXIÈME ÉDITION.

la béatitude intérieure des saints, et comment Dieu la produit. Or j'ai comparé cela avec ce que j'éprouve quand la divine Majesté me manifeste la grandeur de son essence, et il m'a semblé que ces diverses manifestations étaient absolument identiques. Je crois même qu'une fois ou l'autre je n'ai pas été loin de cette clarté de vision dont vous me parlez et pour laquelle vous apportez l'exemple de saint Paul (1) » (xnii, 77]. Le Père aurait aimé qu'elle consultât là-dessus ses anges; mais elle n'en trouva jamais l'occasion. « Dieu, conclut le vénérable directeur, ne voulait peut-être pas nous en faire savoir davantage. »

A sainte Catherine de Sienne, qui, comme on sait, reflète d'ordinaire les idées des théologiens dominicains. Dieu dit nettement que l'âme M brûlée du feu de l'amour, goûte... la Divinité éternelle »; que, « mortelle encore, elle jouit du bonheur des immortels » ; mais il lui explique ensuite que, tout en « le voyant et le goûtant », ni Paul ni personne ici-bas ne le voit ni ne le goûte « dans son essence, mais seulement dans l'effet de sa charité », et que toute vision, tant que l'âme est dans un corps mortel, « n'est que ténèbres, comparée à la vision dont jouit l'âme séparée du corps (2) ».

Le P. Alvarez de Paz, l'un des maîtres de la théologie mystique, affirme aussi que dans le degré le plus élevé de la contemplation « des yeux sont donnés à l'âme pour voir Dieu. Dieu se manifeste à elle par une image qui le représente parfaitement... C'est une infusion nouvelle faite à l'esprit... Ainsi aidé et fortiûé, l'esprit voit Dieu... non pas en niant... ou en affirmant de lui quelque chose, mais en regardant la grandeur divine sans mélange dans la tranquillité d'un jour serein. Certes, lecteur, quand tu vois la lumière avec les yeux du corps... tu vois la lumière (3). De même, l'âme, dans ce degré de contemplation, voit Dieu. On me dira : C'est étonnant, ou plutôt mcroyable. Car nous supposons comme indubitable qu'ici-bas Dieu n'est pas vu intuitivement. Si donc l'âme ne voit pas Dieu, comment cependant peut-on dire qu'elle le voit; et si elle le voit, en quel sens est-ce qu'elle ne le voit pas? Je l'avoue, c'est étonnant. Pourtant le fait est très certain... L'âme connaît Dieu dans le fond d'elle-même (4),

(1) Les formules de saint Paul, dans le passage auquel il est fait allusion ici, M Cor. XII, 1-4, ne donnent pas l'impression de la vision boatifique, face à face, telle qu'il la décrit ailleurs, en l'opposant à la connaissance de foi, qui est per spéculum, in aenigmate (1 Cor. xiii, 12). Entendre n'est pas voir.

(2) Dialogue, 79, traduction Hurtaud, I, 273-276. Cf. Poulain, xvm, 76.

(3) V'avoue ne pas bien comprendre ce qu'est cotte vision de la lumière. Nous voyons des choses lumineuses ou illuminées; mais la lumière? L'auteur veut parler, je pense, du soleil et autres foyers lumineux.

(4) Que l'on remarque ces mots : « dans le fond d'elle-même •; c'est comme présent en elle que l'àme mystique voit Dieu.

m. CIUÏIÛLES ET CONTROVERSES. xiiix

et elle le voit pour ainsi dire plus nettement qu'elle ne voit la lumière matérielle avec les yeux du corps... Ni les sens, ni l'imagination n'ont la moindre part à celte vision : tout se passe dans la cime de l'esprit » (xviii, 78] . L'auteur, on le voit, sans se prononcer en son propre nom contre la vision béatiUque, semble accorder que Dieu n'est pas vu ici-bas intuitivement ; mais il maintient fermement la vision de Dieu par l'intelligence, comme distincte de toute connaissance abstraite (1). II faut donc le reconnaître, il y a dans la contemplation mystique une connaissance intellectuelle de Dieu, généralement regardée comme distincte de la vision béatiûque, non seulement en degré, mais en espèce; et, d'autre part, non moins distincte de toute connaissance abstraite.

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