V. ÉTAT ACTUEL DES ÉTIDES BnfSTIQUES. un
avec celles du P. Arintero, tempèrent ce qu'il y a de dur et de rebutant chez rëcrivain espagrnol, qui nous rend responsables, comme «« serviteurs paresseux », de n'avoir pas fait valoir suflisamment le talent reçu au baptême.
Est-ce à dire qu'elles soient pleinement satisfaisantes? Hélas! non. Je me contente de signaler quelques remarques et diflicultés.
Ad l. Uy aurait lieu de préciser. Ni l'Église, ni saint Thomas ne semblent réserver aux états mystiques l'intervention des dons dans la vie chrétienne. La doctrine de saint Thomas sur les dons est très lumineuse. Ils sont, d'après lui, en corrélation étroite avec les vertus, celles-ci nous aidant à faire l'acte surnaturel connaturaliter en tant qu'il est de notis (avec la çrâce), ceux-là nous préparant à recevoir la motion du Saint-Ksprit et assouplissant lame à la touche divine, comme un cheval à la touche d'un cavalier qu'il connaît et qui le connaît. D'où il semble que les dons doivent entrer en jeu toutes les fois que l'âme reçoit une grâce actuelle, une touche spéciale de Dieu (1). 11 est vrai, saint Thomas met parfois, notamment dans les Sentences, les dons en rapport avec un mode d'agir divin ou surhumain, où l'âme est plus passive qu'active; mais si c'est là le domaine spécial du Saint-Esprit, celui qu'il se réser\'e, son action n'y est pas restreinte ni cantonnée : la gn'ice ordinaire vient aussi de lui; ce mode surhumain d'agir n'est pas ' 'rt^ment le mode mifstiqvp, au sens strict du mot. Le P.
Gan -'range parle de « prédominance »; mais est-ce donc une
question de degrés? — Voir quelques précisions, q. HH n. 40, 8*.
Ad 2. Soit; mais où commencent, en quoi consistent au juste et par quoi se distinguent ces purifications passives, ce recueillement passif? Arec et par la passivité, sans doute; mais n'est-ce pas définir idem per idem? — Voir quelques précisions, n. 14, et aussi n. 4<). 8*.
Ad. 3. C'est ici surtout que la question devient délicate et difficile. On peut voir soit ici, c. xxv et c. xxvii, soit chez le P. de Maumign}', on M«' Farges, des textes formels de saint François de Sales, de saint Alphonse de Liguori, du P. Balthasar Alvarez, de sainte Thérèse, de Benoit XIV, dont la pensée semble directement opposée à l'assertion du docte théologien. Lui dit : « Il n'y a pas deux voies unitives... Il n'y <en^ a qu'une... qui par une docilité chaqne jour plus parfaite au Saint-Esprit conduit à une union mystique plus intime. » Kux : « Il y a des personnes fort parfaites auxquelles Nolre-Seignour ne donne
(1) Je sais qu«? tHIo n'eut pna ia doctrine dr tous le» fi-éres d<* saint Tbonias. lA P. Froget, par oxemple, Konible restreindre le jeu des dons aux cm où le nwde d'afir «tt pitn dinn qu'humain. Voir Gardcil, DTC, arlide Dotu, 17î»-178l. Ci. n. 40,9.
INTRODUCTION A I.A DIXlÉMbl ÉDITION.
jamais de telles douceurs. — Tous les parfaits ne sont pas élevés k la contemplation parfaite. — Dieu a raille moyens d'enrichir les âmes et de les conduire dans ses demeures sans les faire passer par ce chemin raccourci. — Beaucoup d'hommes parfaits sont canonisés par l'Église sans qu'il soit fait, dans leur procès, la moindre mention de la contemplation infuse (1). » Sans parler de tant d'autres avertissements sur la nécessité de l'appel, sur les dangers d'illusion, etc.
D'autre part, l'expérience quotidienne semble montrer que les voies mystiques et le progrès dans le chemin de la perfection ne sont pas fonction l'une de l'autre.
Que, dans des milieux favorables, les grâces mystiques s'épanouissent comme naturellement, soit; que les âmes mystiques soient toujours les plus parfaites, et qu'un Carmel, par exemple, soit d'autant plus fervent qu'il s'y trouve plus d'àmes mystiques et d'autant plus mystique qu'il s'y trouve plus d'âmes ferventes, cela n'est pas acquis.
On voit qu'il reste bien des questions à résoudre avant que la science mystique soit une science faite, comme l'est, pour bien des points, la théologie. Cf. n. 40, 11°.