V. CTAT ACTUEL DES ÉTUDES MYSTIQUES. \y
les chemins de la vie intérieure, jusqu'à la contemplation, qu'il distingue en contemplation sensible, imaginative, intellectuelle. Dans celle-ci, il constate, d'un côté (dans les faits morbides), une simplification appauvrissante; de l'autre (dans la vie intellectuelle, intense et normalement épanouie) une simplification enrichissante — et cela soit dans l'ordre profane, soit dans l'ordre mystique, — et il étudie, à la lumière de cette distinction : le néoplatonisme, les mystiques hindoue, musulmane, profane, enûn la mystique chrétienne médiévale et celle de la renaissance. Arrivant ainsi au problème de l'extase, il repousse deux solutions intcrprélalives : celle qui nie, dans l'extase, l'absence réelle de multiplicité; celle qui ny voit qu'inconscience totale; pour leur substituer la solution littérale, fondée sur les faits, d'après laquelle l'extase « est la synthèse d'une négativité empirique et d'une positivilé transcendante ». Cette vigoureuse étude, qui est, à la fois, d'un savant, d'un philosophe et d'un théologien, intègre hardiment la vie mystique dans notre vie psychologique, dont toute l'activité, depuis le premier éveil de la raison jusqu'à l'extase, est dominée par une première orientation du cœur et de l'esprit vers le bien et vers le vrai, c'est-à-dire vers Dieu, que l'âme trouve dès ici-bas dans l'union obscure de l'extase et du mariage spirituel, en attendant de le trouver dans la lumière béatiflque du ciel. Sans être onlologiste, cela va de soi, l'auteur, ici comme dans son étude si pénétrante sur Le sentiment de présence (quoique moins clairement peut-être ici), voit dans le premier fait de la vie mystique, une certaine perception amoureuse de Dieu dans une intuition, qui, d'abord obscure et confuse, achève de s'épanouir dans la vision béatHique. Cette intuition s'accompagne, si même elle ne la suppose pas en quelque façon, d'une tendance amoureuse vers Dieu, — tendance qui elle-même ne serait que l'explicitation, dans l'espèce nouvelle de tenc^ince précise et surnaturelle, de la première orientation naturelle de notre Ame vers Dieu. D'où l'interdépendance entre la connaissance et l'amour dans l'acte mystique.
Cet acte mystique, jusqu'à l'extase inclusivement, l'auteur n'oserait le dire impossible — sous l'action de la grâce, bien entendu, — en dehors de la religion chrétienne, dans une âme (mettons celle de Plotin) qui vivrait une vie surnaturelle intense. L'extase naturelle, s'il y en a, est de tout autre espèce.