V. ÉTAT ACTLtL DES ÉTUDES MYSTIQUES. l\ii
sensible et de tout ce qui est issu du sensible * [iH'.i). « Il est à remarquer, dit l'auteur, que cette souffrance du début est épargnée aux enfants, quand Dieu les prévient de la grâce contemplative; parce que, • lie et toute neuve, leur âme n'a pas encore d'habitudes contrac- ~, qui lient l'exercice des dons et gênent la lumière de loi » (283).
Cette adaptation à une vie nouvelle implique déjà bien des renoncements. Pour que la lumière contemplative se développe, elle doit « safl'ranchir de plus en plus de toute servitude et de toute dépendance et de toute contrainte venant de Ja nature sensible ». 11 faudra donc se dépouiller de tout ce qui est impureté humaine et naturelle, tout assujétir aux rigoureuses exigences du surnaturel. Et souvent celte «< porificalion de l'élément humain devra s'accomplir soit sans aucune jouissance corrélative... soit même dans un état de tourment et de désolation dû au caractère douloureux de la contemplation ellemême » (284).
Ce n'est là que la souffrance de l'homme naturel. Bien plus haute, plus aiguë, est celle de l'homme spirituel, attachée au don divin luimême. Dieu se montre si b^^au. si aimable... Et il est si peu aimé des hommes; si peu aimé, relativement à son amabilité infinie, d»^ l'âme contemplative elle-même, soit par l'impuissance foncière «l'une nature limitée, soit plus encore par cet obstacle que le moi oppose sans cesse à l'union parfaite, à l'unité de l'amour, à la perle de soi dans r.\mour iniini.
•i. Place dans Véconomie de la vie spirituelle, à) La contemplation est u transcendante par rapport aux moyens propres et aux notions caractéristiques de l'homme naturel, même aidé par la grâce ». La ch'so est évidente, puisqu'elle implique un mode de connaître supéneur au mode humain. Mais il ne suit pas de là qu'elle doive « être classée parmi les phénomènes exceptionnels au regard de la loi divine, et, à ce titre, miraculeux ». La création de l'âme n'est pas miraculeuse, bien que transcendante à toute causaUté créée, puisqu'elle est suivant la loi de Dieu, comme complément exigé par le jeu naturel des caus«^9 secondes. En est-il ainsi des états mystiques? L'auteur répond : Oui.
b) « Étant donné la loi de Providence sur la croissance et le développement de la gâce, on peut dire que, dans un sujet donné, passé un certain point où il peut parvenir par l'exercice humain des vertus, il n'y aura plus progrès régulier et normal que par la voie passive » (287).
e) « Ce point de soudure est loin d'ôtre le même pour toutes les âmes. Pour certaines, il est proche des débats de la vie chrétienne;
i.vm INTRODUCTION A LA DIXIÈME ÉDITION.
pour d'autres, il eslà de très hauts sommets de grâce et de sainteté (1)... Peut-ôlre môme ce point se trouvera-t-il reculé au delà de l'étape finale de leur parcours en ce monde, si fldèles qu'ils aient été à la grâce qui leur était donnée. Mais le moment de la mue n'était pas encore arrivé pour eux, quand se présenta la mort » (288).
d) « Le terrain où se rencontrent ces deux relations différentes, l'une au sujet, l'autre à l'ordonnateur de la grâce, c'est celui des dons du Saint-Esprit, de ces passivités, mobiles au toucher de Dieu, qui sont déjà dans le juste avant la contemplation, et qui, dans la contemplation, sont mues par Dieu de la façon spécialement requise pour que la lumière de foi émerge dans sa nudité au regard de l'âme, comme un milieu nouveau, indépendant désormais, se suflisknt à soi-même comme information et témoignage sur le Dieu qui la rayonne » (280).
Ainsi pour l'auteur, la contemplation est-elle, par rapport au juste, « à la fois surnaturelle et cependant, en un sens, connaturelle » (288).
5. Conséquences quant à la direction. — a) « Puisque l'âme, môme en étal de grâce, ne peut se donner la contemplation par le jeu de ses facultés, il est inutile qu'elle s'y évertue.
b) « Puisque la contemplation est dans le prolongement normal de la vie de la grâce, il est à propos que l'âme s'y dispose.
c) « Quant à souhaiter l'avènement de cette lumière comme chose prochaine et à la demander expressément comme des biens qui nous sont nécessaires ou avantageux pour le présent, c'est comme si un enfant, en se mettant au lit le soir, demandait à Dieu de se réveiller le lendemain matin avec vingt centimètres de plus » (289). Prières et désirs au moins indiscrets et inutiles.
d) « Une fois la contemplation constatée, il faut au contraire stimuler l'âme à s'en nourrir et à y progresser » (289). Ce qui se fait par lexercice même de la contemplation, et ne saurait se faire sans le renoncement et l'humilité, sans la culture de toutes les vertus, notamment de la charité.
e) Dans la période où la contemplation envahit toute lame et conflsque, pour ainsi dire, toute l'activité humaine, dans la période des puriQcalions crucifiantes, « le rôle du directeur n'est plus tant de
(I) Dans une lettre explicative, iusérôe n. 39, le R. P. de la Taille écrit : « .le n'ai pas maintenu dans mon opuscule que l'homme puisse sans la grâce contemplative • arriver à Je très hauts sommets de grâce et do sainteté », mais seulement • à un niveau supérieur de vie spirituelle •. La première expression dépasse ce que je me crois en mesure d'affirmer avec certitude; et non la seconde, qui est plus mesurée. •