Les voies mystiques et la perfection chrétienne
Les grâces mystiques sont un puissant moyen de sanctification. Voilà qui est incontestable et incontesté. On pourrait chicaner en disant que, dans l'acte mystique, l'âme est plus passive qu'agissante et que, d'autre part, ce n'est pas d'être mû qui nous sanctifie, mais de nous mouvoir vers Dieu. Il est vrai, ce n'est pas la grâce seule qui fait tout, mais la grâce à laquelle nous correspondons, ou, si l'on veut, la correspondance à la grâce. Aussi ne prétend-on pas que les grâces mystiques nous sanctifient sans nous : les mystiques sont les premiers à le rappeler, si quelqu'un était tenté de l'oublier. Mais il reste que, ces grâces attirent l'âme, la soulèvent, l'entraînent dans un monde si beau, la mettent en contact avec une force si suave, l'éclairent si puissamment sur Dieu et sur le néant de tout ce qui n'est pas Dieu, que portée par la main divine, appuyée sur le Bien-aimé, qu'elle sent être son Unique et son Tout, elle court à l'odeur de ses parfums, se dégage de tout et d'elle-même, pour être toute à lui, ne voir que lui, n'aimer que lui. Faut-il conclure de là qu'il n'y a de perfection chrétienne que dans les voies mystiques? Nous avons dit que cette assertion repose ou sur une confusion entre les voies mystiques et la perfection de la charité, ou sur l'hypothèse gratuite de leur identité pratique. Que ce soit un raccourci pour y arriver, comme dit sainte Thérèse, c'est juste; mais ce raccourci a ses casse-cou, comme elle