Grâces ou touches mystiques, voies ou états mystiques
Il peut être utile, pour préciser toujours plus, de distinguer entre grâces ou touches mystiques, voies ou états mystiques. Par grâces ou touches mystiques on entend généralement des interventions spé-
(1) Saint Ib'nace .(rivaii à saint François de Borgia, en 1545, à propos des obs tacles • qui i>mpéchent Dieu de perfectionner au gré de son bon plaisir les dons qu'il a déj.i mis dans l'àm<' : Et ce n'est pas seulement avant d'avoir été gratifié, dans le servie»' divin, de bienfaits, de dons particuliers et des consolations du Saint-Esprit, que l'homino apporte de tels obstacles; il le fait encore après avoir reeu des gn\c<'S et dos faveurs sij:naiées de Dieu, et lorsque son àme, par suite de ces faveurs, éclairée de lumières d'en haut, dégagée de toutes ténèbres et déli\Tée du tourment de la sollicitude, se voit inondée de joie et d'une indicible allégresse. Oui, lorsqu<« cette âme possède tant de salutaires secours par lesquels elle est emportée tout entière, non sans un souverain plaisir, vers l'amour des choses éternelles et le désir de la gloire qui ne finira point, c'est alors même que, se laissant dissifx^r par des penséesdc la dernière futilité — triste preuve de la légèreté de notre natiirt' — elle laisse par son imprudence s'échapper l'abondance de tant de bien.s célestes. . Lettres de taint Ignace de Loyola, traduites CQ français par le I'. Marcel Bouix, Paris IK70, lettre \i\, p. 1.71-l.V).
(2) Entendons : les états mystiques proprement dits, non les états ou exercices par lesquels l'àme (sous l'inlluence d'une grAce non mystique) se prépare en quelque sorte, se dispose nt'fjalivement, par l'oraison de cœur et de simple regard, par l'esprit d'oraison, par une vie ascétique intense, par de grands désii-s de perft'ction, de totale appartenance ;i Dieu, d'union intime avec lui, à la réception des ^cràces mystiques — s'il plait à Dieu de les lui donner— malgn' qu'elle s'en trouve, ou i>luiôt parce qu'elle s'en trouve bien indigne et n'oserait y aspirer cxpllcitemont. Voir L. de Gran<lmai5on, Étipes, cxxxv, 315-311» (sur les «rr-rriVr* m<jstii]>iet), et :{3.'-'33l (sur la prédisposition, préparation, aspiration aux grâces u)>stiqii* *'.
Lxxu INTHODUCTION A LA DIXIÈME ÉDITION.
ciales de Dieu dans une 4me, qui soient d'ordre mystique, même quand celte âme ne serait pas menée d'ordinaire par les voies mystiques et ne serait pas dans les états mystiques. Une ûme peut, dans un cas donné, recevoir des touches mystiques, sans être pour cela spécialement appelée de Dieu ;\ suivre la voie mystique, ni k vivre la vie mystique. Rien ne prouve, par conséquent, qu'une âme soit infidèle à Dieu du seul fait qu'elle ait eu quelques touches mystiques dans des circonstances particulières. Dieu a pu avoir ses raisons, pour son bien à elle ou pour celui des autres, de lui faire goûter une fois ou l'autre ce vin enivrant, sans vouloir en faire son breuvage ordinaire.
Il y aurait lieu peut-être de distinguer aussi entre grâces et tnuckes mystiques, entre élats et voies mystiques, le mot touches et le mol états étant souvent pris en un sens plus précis, moins général que les mots grâces et voies.