‹ Des grâces d'oraisonChapitre 76 sur 199 · Deux si^nMi «•otpléMteiitAlres. L'appel de Dieu de · texte numérisé non relu

Deux si^nMi «•otpléMteiitAlres. L'appel de Dieu de

(1) Plus généralement ces signes s'appliquent à un exercice spiritael d'espèce quelconque, quand on a vériâé préalablement qu'il est bon en lui-môme. Ici c'est précisément le cas.

viendra indubitable, si la facilité est accompagnée de Tan des deux sentiments suivants : un attrait persistant pour ces oraisons; de ia difficulté et du dégoût pour la méditation.

Ces siçnesne paraissent pas indispensables (1).

Beaucoup d'auteurs, je Tavoue, semblent admettre le contraire. Mais peut-être n'ont-ils pas songé à distinguer entre les conditions strictement exigibles, et celles de surérogation. Ou encore ils supposent implicitement que, dans la pratique, ces sentiments sont presque toujours réunis; qu'ils forment comme un bloc inséparable Peut-être ont-ils raison (2).

Quoi qu'il en soit, les deux premiers signes pourraient suffire à eux soûls pour qu'on n'inquiète pas ceux qui pratiquent ces oraisons. Si quelqu'un réussit dans une occupation sainte et en profite, quelle raison peut-on apporter pour l'en détourner? Dans l'ordre naturel, lorsqu'une personne nous consulte sur une profession honnête à embrasser, nous déclarons qu'elle agit sagement, si elle en prend une pour laquelle elle a de Yaptitude, et qui lui soit profitable. Par analogie, on doit agir de même pour les choix de l'ordre surnaturel.

Courbou fait remarquer que, dans ces passages d'un degré à Taalre, il y a trois inconvénients à éviter : le premier de ne pas vouloir quitter le degré on l'on s'est trouvé jusqu'alors; le second, de le quitter trop tard; le troisième, de le quitter trop tôt (part. II, ch. i).

SA. — Oaand une personne se croit dans l'oraison de simplicité, il peut se présenter un cas einharraMiAiit t celui où l'oraison simple est très aride, combattue par beaucoup de distractions. On ne voit plus guère apparaître les deux premiers signes ci-dessus. Que prouvent alors les deux autres? L'impuissance qu'on ressent provient-elle de l'action divine? Ne doit-on pas plutôt l'attribuer à U négligence, à la mollesse, ou à une fatigue générale?

(1) TA est l'avis de Bossuet : • Je suis bien persuad*^ qu'en se livrant à la seule fcN, qui de sa nature n'est pas discursive ai raisonoante, oo peut faire cesser le 'liscours, »aju être dans iitnpuUsance d'ea faire... Cet état est bon et conforme à la doctrine de S' Paul qui ne demande pas le discours, mais la seule foi... Quand donc je trouverai uo chrétien qui, tant ilrt dons cetu impuitfnee d« discours, ou $ant tonger qu'il y esL, priera sans discowr$, je n'aurai rien à lui dire, sinon qu'il croie et qu'il vive en paix . (Lettre à M~ de Maisonfon. édition Vivèe-Lachat, t. XXVll, p. 822).

(2) Je dis : peut-dtre; parce qu'il s'agit ici d'une question de fait, qui ne saurait Atre tranchée que par l'expérience. Or aucun auteur ne l'a discutée.

••. — Repense. On saura toujours à quoi s'en tenir sous le rapport de la fatigue, et on y remédiera de son mieux par les moyens ordinaires.

Mais pour Taccusatioa de paresse, il ne faut pas la lancer trop vite. Ainsi qu'il a été dit (5S), du moment que des essais de méditation ne donneraient pas de meilleurs résultats, ni pour le temps de l'oraison ni pour la conduite en dehors, on ne doit pas être inquiété. A plus forte raison si la personne, que nous supposons sincère et de bonne volonté, déclare que, pour se livrer à des raisonnements variés, il lui faudrait des efforts épuisants par leur continuité. Refuser un léger effort serait de la mollesse; mais il n'en est plus de même quand on recule devant un fardeau écrasant. On ne dit pas : Je ne veux pas; mais : Je ne peux pas.

A9. — •bjerti«n. Oui; mais cette dernière affirmation ne repose-t-elle pas le plus souvent sur une illusion? une telle impossibilité n'est peut-être qu'apparente? C'est simplement de la torpeur. On en triompherait si on consentait à se secouer, à prendre fortement à cœur son progrès spirituel. Peut-être est-ce là en réalité ce que Dieu voudrait?

•9. — Réponse. Poussons à l'énergie; c'est fort bien en thèse générale. L'appel à l'effort est excellent, pourvu toutefois que le résultat obtenu soit meilleur et que la fatigue ne soit que momentanée. Pour beaucoup de personnes, cette double condition ne sera pas remplie. Elles se seront agitées sans profit sérieux, et en voulant fuir la mollesse, elles tomberont dans le surmenage, à la suite duquel elles ne pourront plus rien faire. Voilà où l'on arrive par le système de M effort quand même.

La même difficulté de conduite se présente pour les études et pour la mortification. Lorsque quelqu'un croit faire bonnement ce qu'il peut, il est souvent amené à se demander s'il ne pourrait pas faire davantage. Et pourtant il faut bien s'arrêter quelque part. Malheureusement il n'y a pas de ligne tracée à la craie pour indiquer la frontière qu'il est sage de ne pas dépasser. C'est une affaire d'appréciation morale, de bonne volonté, de sincérité avec Dieu. Aimez Dieu et vous trouverez le juste milieu.

59. — Autre cas. Quelquefois la personne ne sait pas expliquer en quoi consiste au juste son oraison mentale. Que doit faire le directeur? — Il ne doit pas chercher une clarté impossible à obtenir. 11 lui suHit de savoir si cette personne fait bonnement ce

qu'elle peut, pendant l'oraison, et si elle en tire profit. Une telle méthode est simple et suffisante.

••. — Trois règle* de eonduite sur la difficulté de méditer. Elles s'appliquent à l'oraison de simplicité. Tous les auteurs sont d'accord pour les admettre.

Tout à l'heure nous nous demandions comment on pouvait savoir si on est appelé de Dieu à cet état. Nous supposons maintenant que la réponse est affirmative, il s'agit dès lors de fixer la manière de s'y comporter.

Première règle, concernant les actes pour lesquels on ne se sent pas de goût ou de facilité pendant l'oraison (réflexions, prières vocales, demandes, etc.) : ne jamais se faire violence pour les produire; mais se contenter de l'oraison de simplicité (qui, par hypothèse, peut réussir).

Le motif de cette règle est, qu'agir autrement serait contrarier l'action di>4ne.

Seconde règle, concernant les actes pour lesquels on sent au •ontraire de la facilité pendant l'oraison : céder à cette tendance, •u lieu de s'entêter à rester immobile.

La raison, c'est que nous n'avons pas trop de toutes nos facultés pour aller à Dieu. Quand nous le pouvons, servons-nous du raisonnement, de la mémoire, de l'imagination. N'y renonçons que quand il y a de la difficulté à les exercer.

En résumé, il y a deux excès opposés à éviter : se forcer à la variété des actes, voyant là l'idéal de l'oraison ; se forcer au repos par système, comme les quiétistes.

Sur ces questions, voir les réponses de S' François de Sales à S** J. de Chantai (Kie de la Sainte, par iM«' Bougaud, 1. 1, ch. xviii) ; Vie du P. Balthasar Alvarez, par le P. du Pont ; surtout le ch. xli. Voir aussi les citations, n" ss).

Troisième règle, à suivre en dehors de l'oraison proprement dite : profiter de toutes les occ isions, soit pour s'instruire, soit pour exciter sa volonté; et compléter ainsi ce qui peut manquer à l'oraison elle-même.

•1. — La seconde règle peut être énoncée sous une autre forme, à savoir qu'«n ne doit pas Cnlre d'efTorta pour se mettre dans l'oraison de simplicité. C'est ce que les auteurs orthodoxes du XMi* siècle exprimaient en disant de « ne pas s'y ingérer ». Les quiétistes admettaient le contraire.

On ne doit donc pas se dire : Je tâcherai, par système, de supprimer tous les actes distincts, même ceux que je pourrais faire facilement, tels que les actes variés de louange, de remerciement, de repentir, de demande, d'amour, etc. ; et je m'ohligerai à me contenter de la simple attention à Dieu, avec un regard d'amour. Outre que ce serait fort difficile, si la grâce n'y portait pas, ces efforts, provoqués uniquement par notre propre industrie, aboutiraient à une oraison qui ne serait pas profitable. Elle ne l'est que si elle se produit sous l'influence divine. On tombera ainsi dans une tiédeur déplorable ; on ne songera plus à pratiquer, en dehors de l'oraison, les différentes vertus.

Cette erreur strait encore plus grave, si on poussait toute une communauté de religieuses à faire de> efforts pour se mettre dans ce degré d'oraison. En effet, nous avons vu que, pour le pratiquer à l'état fréquent, il faut y être appelé par Dieu (*»). Par suite, on ne doit '^pousser personne ni surtout le faire pour une communauté entière. Généralement ses membres n'ont pas tous la même vocation, en fait d'oraison ; ne les détournons pas de la leur. Il suffit à ces âmes d'avoir une instruction suffisante pour qu'elles ne repoussent pas la grâce, s'il plaît à Dieu d'agir. Qu'on se contente de leur donner cette instruction.

««. — Pour appliquer les règles ci-dessus, on pourra s'inspirer de celles, plus détaillées, qui seront données dans le chapitre xiv, sur la ligature. Elles sont faites, il est vrai, pour le cas de la quiétude ; mais il est analogue, quoique plus nettement accusé (1;.

Disons seulement que lorsque quelqu'un aura reconnu qu'il est souvent dans loraison de simplicité, il ne doit pas se faire scrupule de supprimer certaines prières vocales non obligatoires, s'il y sent de la difficulté, ou s'il voit qu'en les remplaçant par une oraison moins variée, il s'unit davantage à Dieu. « Dans l'oraison, dit S' Thomas, il ne faut user de prières vocales et de signes extérieurs analogues que dans la mesure où on excite la dévotion intérieure. Mais si, par ces exercices, l'esprit est rendu distrait,

(1) S^ Jeaa de U Croix prévient que Ie« règles qu'il a données pour • la contemplation passive • ou • parfaite • ne s'appliquent pas seulement à celle-ci, mais à une autre moins élevée; c'est-à-dire • aux moments fortunés où Notre-Seigneur appoUe l'àme à goûter une attention générale, sainte et pleine d'amour; et à ceux dans lesquels l'àme, aidée de la grâce, s'élablii elle-même • {Montée, 1. II, ch. xxxn).

OU s'il éprouve une certaine gène {si mens qualiiercumque impe' diatur), il faut s'en dispenser. Cela s'applique surtout à ceux qui se trouvent suffisamment disposés à la dévotion, sans avoir besoin d'aucun préliminaire de ce genre » (2.2. q. 83, a. 12. c).

Dans l'oraison mentale, il y a des personnes qui croient bien faire en se forçant à la variété des actes. S' Ignace donne le couseil contraire : « Quand sur un point de méditation, dit-il. j'aurai trouvé le genre de dévotion que je désirais, je m'y reposerai, sans chercher avec inquiétude à passer outre, jusqu'à ce que. mon âme soit pleinement satisfaite » [Exerc, l" semaine , add. K). Le saint oriente ainsi doucement vers l'oraison affective ou de simplicité les âmes que Dieu y appelle. Car cette reprise d'une pensée qui a frappé n'a pas seulement pour effet de la faire mieux approfondir. Elle conduit à le faire avec plus d'affection ou dintuilion. Il recommande aussi de revenir sur ce qui, dans les méditations précédentes, aura causé (comme pensées ou affections) plus de consolation ou de désolation (1" semaine, Exerc. 3. Voir encore Annol. 2; k* semaine, notand. 2; 2' manière de prier, et à ta suite, la 2* règle). Chose remarquable, et menant forcément au même but, le saint veut qu'une partie notable des cinq méditations quotidiennes soit formée de répétitions : il en met deux par jour au début de la première semaine et va jusqu'à trois pendant les deux semaines suivantes. Bien plus, la dernière est toujours une « application de sens » (1).

•S. — De« esiMlfi. Certains auteurs conseillent de faire parfois Afii pauses dans l'oraison mentale; ce qui revient à s'essayer à l'oraison de simplicité. Mais ce conseil doit être compris avec une restriction : les pauses doivent se faire si facilement qu'elles soient plutôt acceptées que provoquées (2). Car il faut laisser ce genre

(1) Parla on teod de plus en plus à opérer, • cum a/fectu el $tmpl.iri inluilu •, ainsi que le fait remarquer ua ancien commentateur, le R. P. Louis de la Paima, provincial de Tolède, dans sa Praxis viLx spiritnaRs, 1634. Voir i-ncore Suarex, [>e nlig. Soe. Jetu, l. IX, c vi, n* 11.

{i) On cite souvent Bossuet comme poussant à faire des pauses \ÉtaU d'or., t. VII, n* 10). Mais le contexte montre qu'il parle de cpIIps qui se produisent d'ellesmi^nies. Comme le P. Baltbasar Alvarez qu'il résume, il ne s'occupe que de l'ét&t mystique. Or, dans cet état, le repos n'est qu'accept*-. Du reste le P. B. Alvarez .'xplique ailleurs sa pensée : • Ce n'est point tenter Dieu que de cesser pour lars ks rai.sonnements sur des vérités particulières... Ces raisonnoineots. possibles en d'autres temps, ne le tout pat alors > {Vie, ch. xu, teconde difficulté).

Courbon (p-irU 111, cb. vi, à la fln) conseille les pauses, mais dans un cas tout difTorent. Il parle seulement des prières vocales et demande qu'on y fasse quckjuca

d'oraison se produire comme de lui-même, sans véritable effort de notre part (**)■ Et cela aura lieu si Dieu y appelle et si nos préjugés ne mettent pas obstacle à l'action divine.

11 va de soi également que ces pauses consistent, non à ne plus rien faire, mais à agir plus simplement.

•4. — Doit-on préparer un sujet d'oraison, quand on est dans ces degrés?

Pour l'oraison affective, il n'y a pas de doute. Car elle s'exerce sur des sujets particuliers, qui peuvent varier d'un jour à l'autre.

Pour l'oraison de simple regard, on doit en dire évidemment autant, si elle change souvent de sujet. Il n'y a de difficulté que lorsqu'elle consiste toujours dans l'attention amoureuse à Dieu. Je dis que presque toujours il faut conseiller de préparer un sujet, parce que, ainsi que je l'ai répété, ce souvenir amoureux de Dieu n'est pas si exclusif qu'il ne s'y mêle, à titre secondaire, une foule d'autres idées. Il faut fournir un aliment à cette activité.

Il n'y a, sans doute, exception que dans un cas, c'est lorsqu'une longue expérience a montré que les sujets préparés ne servent absolument à rien, tandis que nos propres pensées fournissent une occupation suffisante, et que les conséquences pratiques pour la conduite s'en tirent spontanément. Mais ce cas doit être rare, sauf dans certains états mystiques. L'oraison de simplicité n'a pas de telles prétentions.

Même dans ce cas extrême il serait mieux d'arriver à l'oraison avec l'équivalent d'une préparation. On ne demande pas d'en changer tous les jours. Il suffit d'avoir quelques idées toutes prêtes, et d'être à même de s'en servir, si cela est nécessaire, surtout pendant les premiers moments,

S* François de Sales eut à examiner cette question. La mère Marie de la Trinité, prieure des carmélites de Dijon, avait conseillé à S" J. de Chantai de ne plus préparer sa méditation (1). Probablement on la jugeait arrivée, au moins, à l'oraison de simplicité. Cependant l'évêque de Genève désapprouva cette direction. Dans une lettre du 11 juin 1610, c'est-à-dire peu de temps avant que

interruptions pour échapper à une récitation routinière, et se remettre dans le recueillement.

Je crois que le P. de Caussade (Inslruct., part. II, dial. v) pousse trop à faire des pauses, et à les faire par système.

(1) Vie de la Sainte, par Me Bougaud, ch. x de la seconde édition, rectifiant le récit de la première.

S** J. de Chantai quittât la vie du monde, il lui disait : « Prendre pour méthode de ne se point préparer, cela m'est un peu dur... cela peut être utilement fait; mais que ce soit une règle, je confesse que j'ai un peu de répugnance. »

•S. — Courbon signale une temtmU^m qui peut survenir à ceux qui sont arrivés à l'oraison de simplicité. C'est « de ne prendre que peu de temps ou même point du tout, pour faire oraison, sous prétexte qu'on la fait toujours dans quelque occupation que ce soit ». On se figure même « qu'on la fait mieux en allant et venant ».

Mais ces personnes doivent se persuader « que l'attention amoureuse, en quoi consiste leur oraison, a besoin d'être fortifiée, parce qu'avec le temps, elle va diminuant comme un ressort qui s'affaiblit peu à peu. Car cette attention est combattue par une infinité d'autres qu'on ne peut pas s'empêcher d'avoir en agissant. Elle a donc besoin de se remettre et de se rétablir; et tout cela se fait dans les heures que l'on consacre spécialement à l'oraison » (part. il[, ch. ix).

f 6. — Coap d^œil aar rhistoire ë« ror&i«on mentale.

••. — Avant le xv* siècle, ou môme le xvi*, on n'arrive pas à trouver dans l'Église l'usage d'une oraison mentale méthodique, c'est-à-dire déterminée quant au sujet, à la marche, kl^ durée (1).

Afin d'éviter tout malentendu, j'insiste sur ce point qu'il s'agit ici uniquement d'oraison mentale méthodique, el non de celle qui se fait siins règles fixes, quand on le veut, aussi longtemps

(1) Toutefois les chartreux paraiMent avoir eu, dès le début, un temps déterminé pour l'oraison montale. (Voir PaLrologU latine de Migoe, t. CLIII, coL 699, 701, Guigoni» corutteUidinei .)

Le$ p«inU df médiUUion aoni conseillés à la fln du xt* siècle par Jean Mombaer, de Bruxelles (Mauburnus), mortà Paris en \\À)i (MeditcUorium, membrura 3). Il appartenait à la pieuse association des Frèret de la vie commitne, fondée p.ir Gérard de Groole à la fin du uv aiècle et qui, des Pays-Bas, se répandit en Allemagne et tn Italie Thomas a Kern pis appartenait aux chanoines réguliers de cette confrérie.

Le P. Paber {Progrès de la vie tpiritueUey ch. xv) s'est fait une singulière idée dr l'oraisoD mentale • des anciens Pères el saints du désert •, lorsqu'il dit que la méthode de S' Sulpice en est • une copie plus fidèle que celle de S* Ignace •. Je c: ois que tootec deux en sont fort éloignée*. Il n'apporte aucune pièce justiflca^ tive.

qu'on en sent l'attrait, ou sur un sujet choisi suivant l'inspiration du moment. Il est clair que, de tout temps, on a réfléchi avec cette liberté aux vérités du salut et qu'on a cherché à se recueillir en Dieu, sans récitation de formules. C'était là, j'en conviens, de l'oraison mentale, mais d'un genre différent.

Cela posé, voici quelques preuves de ma proposition.

Il semble bien que l'oraison des »nciem« «rdreM consistait à se pénétrer des idées présentées par l'office divin et la sainte Écriture ; puis, dans les moments de liberté, on y revenait doucement et sans plan préconçu. Les règles des Ordres antérieurs au xvi° siècle ne fixent clairement, comme oraison, que la récitation de l'office divin. Par le mot oratio, elles désignent les prières vocales. Il faut veiller à ne pas interpréter ce mot avec nos idées modernes. (Voir la collection de règles publiée par Holstcnius, bibliothécaire du Vatican : Codex regularum; Rome, 1666, deux in-i").

Comme exemple, prenons la règle primitive des Carmes. Composée par S' Albert, patriarche de Jérusalem, elle fut confirmée et modifiée en 1248, par le pape Innocent IV. S" Thérèse la rétablit pour le Garniel réformé, mais elle dut faire l'addition de deux heures d'oraison mentale. L'ancienne règle se contentait de dire : « Que les religieux demeurent dans leurs cellules, ou auprès, méditant jour et nuit la loi du Seigneur, et veillant en oraison, si ce n'est qu'ils aient d'autres occupations légitimes. » Or le vrai sens de ce texte est simplement de demander le recueillement et la pensée des choses divines, sans fixer le moyen à prendre : lecture, oraison vocale, etc. Car s'il s'était agi de méditation, avec la signification moderne du mot, on n'aurait pu imposer à presque personne de la faire sans interruption, « jour et nuit », et il aurait fallu fixer les méthodes à suivre. Cette interprétation large est celle donnée par la Théologie de Salamanque, composée par les Pères Carmes. Ils admettent qu'on satisfait à cette règle, même en étudiant la théologie scoiastique et morale et toutes les sciences qui s'y rapportent {Cursus theol. mor., tract. XXI, c. ix, punct. 4, num. 63) (1).

(I) Dans son commentaire de la règle de S' BeQOit {Patrologie latine de Mignc, t. LXVI), Dom Martène dit que • chez les anciens, méditer signifie souvent faire une simple lecture (comme dans la seconde règle de* saints Père», ch. v) ou se livrer à une pieuse étude • (col. 414, règle 8).

## àis, — Pour rOrdre de S* Dontlni^ue, un Père provincial a bien voulu me donner les renseignements suivants. Dans les traditions primitives, il n'est nullement question de prières individuelles, à heure et durée déterminées (Voir deux auteurs du xiii* siècle, le B* Humbert de Romans et Gérard de Fraschet, Vitée fratrum).Cesi au chapitre de Milan, en 1505, près de trois siècles après la fondation de l'Ordre, qu'apparaît un changement. On devra faire de l'oraison mentale au chœur, en communauté, une demi-heure le matin, et autant le soir. A partir de 1569, douze chapitres successifs jugent nécessaire de répéter ce commandement, en le rendant de plus en plus pressant. Celui de 1868 prire, pour le jour même de l'omission, de la participation aux mérites de l'Ordre, à moins qu on ne soit empêché comme malade ou voyageur. Celui de Rome, 1670, ordonnait de lire à haute voir le sujet de méditation, au commencement de l'exercice.

Pour les franciscains, nous trouvons des renseignements dans un traité du xvii' siècle, Commentaria in statuta et coristituliones fratrum minorum, par le R. P. Sanctorus de Melfi, qui récrivit par l'ordre de son général (Rome, 16i3). Il résume ainsi la législation formulée par le chapitre général de 1594 (1 et renouvelé par celui de 16i2 : « Nous ordonnons qu'après complies, tous les religieux, soit convers, soit clercs, soit prêtres, s' adoraient dévotement à l'oraison mentale, pendant une demi-heure, et qu'ils y consaci-ent le même temps après matines. Cet exercice sera précédé d'une courte lecture dans quelque livre spirituel, pour servir de matière à la méditation » (c. v, stat. ii, p. 394- et suiv.j.

Évidemment, cette ordonnance de la fin du xvi* siècle n'a pu créer un changement brusque. Elle suppose donc que, depuis quelque temps (nous ignorons lequel), l'usage de l'oraison mentale s'était répandu dans certaines maisons ou familles de l'Ordre. Mais elle suppose aussi que cet usage n'était pas encore universel ni obligatoire. Une évolution se produisait. Il serait intéressant que ces questions historiques soient élucidées pai* des spécialistes.

•9. — Ces habitudes des anciens Ordres tiennent à plusieurs ca«uie«. La première est que l'oraison vocale de beaucoup de

(\) L« Codex rtdactu^ des franciscains donne m^ine des ordonnances antérîeuret sur • l'oraison raentalf • : irx>:{ iSalainanque), 1579 (l'aris). 1590 (Naples), 1593 (Valladolid. On cite in^riic un toxtc assez obscur de 147^ '\'ii>i<-t(i, et un autre, un peu pins clair, d« 183? (Messins).

monastères était longue, et, dans ce cas, on se fatiguerait beaucoup si ensuite on voulait méditer par des procédés savants.

Une autre cause est qu'on suppléait à l'influence de la méditation par des règles assurant un recueillement persistant et par la fréquence des prières échelonnées tout le long de la journée. Le commentateur de la règle de S' Benoît, dans l'édition Migne (t. LXVI, col. 4-ii, B), dit : « Dans les anciennes règles monastiques, nous ne trouvons aucune heure affectée à l'oraison mentale, parce qu'en tout lieu et en tout temps, on pensait aux choses célestes. » En un mot, il y avait une atmosphère, une vie continue d'oraison, qui résultait moins de tel exercice particulier que d'un ensemble. Quand, au contraire, on est très mêlé à la vie du monde, on est généralement obligé, pour se remettre dans le divin, de donner une forme plus tranchée à certains exercices ou à certains do leurs éléments, tels que la préparation et les résolutions. En f lit nous leur voyons jouer un rôle important dans les congrégations plus modernes d'hommes ou de femmes qui ont supprimé ou diminué la récitation de l'office en commun.

Enfin le mode d'oraison des anciens s'explique par la vie intellectuelle de leur époque. Ayant très peu de livres, ils ne variaient pas, comme nous, leurs lectures. Ils s'habituaient à vivre d'un petit nombre d'idées, ainsi qu'on le fait encore dans l'immobile Client et les couvents du rite grec. Les anciens avaient donc une âne moins compliquée, plus lente que la nôtre; leur oraison s'en ressentait.

Les grands changements se sont produits en Occident à la suite de la Renaissance, quand la pensée humaine est devenue, je ne dis pas plus profonde, mais plus remuante ; mouvement qui a toujoui-s été en s' accentuant.

•9. — S' Ignnce lui-même ne songea pas à changer l'usage universel. Au moment où l'on entrait dans son Ordre, il faisait suivre ses Exercices pendant un mois en silence. Ensuite, Toraison obligatoire du matin consistait uniquement en une demi-heure de prières vocales, la récitation du petit office de la S" Vierge. L^s profès n'étaient invités que d'une manière générale à consac;er à la prière le plus possible de leur temps libre. Ce régime dura une trentaine d'années; puis l'oraison mentale s'introduisit peu à peu.

••. — Au xvii* siècle, la méthiNle d* S' Sulpicc devint célè-

bre. Elle a passé par deux phases assez différentes, comme l'a montré M. Letourneau, curé de S-Sulpice, dans son livre très documenté : Méthode d'oraison mentale du séminaire de S^-Sulpice l^LecofTre, 1903).

La première rédaction, due à M. Olier (1656), est semblable à l'oraison de M. de Condren, qui lui-même la tenait du cardinal de Bérulle [ibid., append.,p. 322). C'était presque uniquement une oraison affective, supposant des hommes déjà instruits, et n'ayant guère besoin que d'exciter leur volonté (1). Sans chercher à développer un sujet, on « adore » Jésus-Christ dans un de ses mystères, puis on tâche d'entrer « en participation » de ses sentiments {ibid., ch. I, p. 6, 7).

La seconde rédaction est due à M. Tronson. II fit un changement profond, mais qui, à première vue, a pu paraître insignifiant. Il voulut rendre l'exercice plus pratique, l'adapter aux séminaristes, qui, au point de vue de l'oraison, sont des commençants. Pour cela il transforma l'oraison affective de M. Olier en vraie méditation, ajoutant des considérations et renforçant les demandes [ibid.f ch. II).

7#. — De ce que, dans l'Église, on a été longtemps sans se servir de l'oraison mentale méthodique, il ne faut pas conclure qu'elle est inutile, ni vouloir la suppi-imer, sous prétexte de remettre en honneur la spiritualité antique. Les méthodes ont été un pregrè», et ce progrès a été amené naturellement et forcément par le changement des esprits, comme je l'ai montré plus haut.

De nos jours, il faut éviter deux exagérations opposées : l'une, d'être l'esclave des méthodes; l'autre, de les dédaigner; l'une, de vouloir les imposer à tout le monde; l'autre, d'en détourner tout le monde. La vérité est entre deux : conseillez les méthodes à ceux qui peuvent s'en servir et en tirer parti (2).

(1) Eq face des sujets d'oraison, dit M. de Bërulle, • on conresse son indignité cl «on impuissance à Ut approfondir par te* pentéex, se contentant de les regarder avec humilittS pour les honorer et les révérer, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de regarder notre bassesse et aotre pauvreté, et nous donner sa lumière pour entendre CCS sujets •. M. Oller dit : Dans cette participation • Dieu communique sos dons par la teult opération intime de son esprit. L'àme qui expérimonte qu ' opération secrète en son coeur, te doit tenir en rtpot et en silence..., tant V" opérer par toi-même, ni faire des efforts qui troubleraient les opérations pures cl saintes de l'Esprit divin en elle • (ibid., p. 8). M. Tronson dit au contraire que ceit** partie de l'oraison • se doit faire particulièrement p.'-r la demande • (p. I:î6).

(2) Suares se tient sagement à l'égale distance des exagérations en plus ou en

Nous avons un exemple de cette larg-eiir d'esprit dans nn conseil donné par le P. Achille Gagliardi, S. J., qui, le premier, commenta les Exercices de S' Ignace, et qui fait autorité dans la matière. Parlant de l'examen particulier, il dit : « Cet examen est très important pour tous; mais il en est autrement de la méthode stricte qui consiste à marquer des points sur des lignes. Elle est inutile et même nuisible aux scrupuleux, et à ceux qui manquent de mémoire ou d'imagination; qu'ils fassent autrement cet examen » {Commentarii; proœmium, § 2).

9t. — L'oraison de sinipllrité a évidemment été pratiquée de tout temps. Mais l'art de l'exposer n'a progressé que lentement. Elle a été souvent décrite d'une manière obscure ou trop brève, •u sans la bien distinguer de l'union mystique. Il serait intéressant de débrouiller l'évolution de cette exposition

On constate du moins que, peu à peu, pendant la première moitié du xvii* siècle, la notion de ce degré passe des livres savants dans les traités de vulgarisation pieuse. On le doit probablement à l'enseignement de S'* J. de Chantai, répandu de tous côtés par ses filles.

Mais l'ivraie du quiétisme pousse à côté du bon grain. En 1687, l'Église est obligée d'intervenir pour qu'on ne fausse pas, en l'exagérant, l'oreùson de simplicité, et elle condamne le quiétisme.

De nos jours, il serait grandement A désirer que, dans les livres ou les instructions aux novices, on donnât au moins quelques légères idées de ce degré, au lieu de laisser croire qu'il n'y a pas de milieu entre raisonner dans l'oraison et être enlevé par l'extase. Que de directeurs ou de maltresses des novices n'ont jamais entendu parl-er de cet intermédiaire ! et alors comment peuventils diriger, en vue soit du présent, soit de l'avenir, les âmes fort nombreuses qui se trouvent dans cet état? Us seront portés à leur dire : puisque vous n'êtes pas arrivées à l'état mystique, il faut rester dans la méditation.

moins. • Afin, dit-il, que l'homme arrive, de son côté, à faire tout ce qui est possible, il est nécessaire qu'il s'aide de conseils et de régies. Mais ces secours n'ont pas pour bot de le faire prisonnier, ni d'imposer une douane au Saint-Esprit, lequel doit rester libre de mouvoir sa créature comme bon lui semble. Elles apprennent seulement à se mellre au travail, dans le cas «ù le Saint-Esprit ne prévient pas Faction par une grâce spéciale; de plus elles rendent capable, quand la gr&ce est donn^, 4e la recevoir, de la sentir et de la suivre > (De reHgione toc. Jesu, 1. IX, c. VI, n" 3).

S' Jean de la Croix dénonce ces directions incomplètes (Prologue de la Montée; Vive Flamme, strophe 3, § i et 12. Voir encore mon chapitre xxvi); et il le fait en termes fort vifs. Mais je n'insiste pas, car on me dirait que des reproches visant des personnes regardées comme très éclairées ne peuvent être tolérés que de la part d'un saint. Peut-être même ajouterait-on à demi-voix, qu'ici le saint a des exigences trop gênantes. Ne discutons pas!

C'est pour remédier un peu à cet état de choses que j'ai traité si au long de Toraison de simplicité. Je regarde ce chapitre comme aussi utile, à lui seul, que la partie proprement mystique dont je vais bientôt parler.

I 1. — Existence (2) et natcre de roraison de simplicité.

9%. — S»« J. de Chantai:

i' (3) « Mon esprit en sa fine pointe est dans une très iimple unité : il ne s'unit pas, car quand il veut faire des actes d'union, ce qui! ne veut que trop souvent essayer de faire en certaines occasions, il sent de l'effort et voit clairement qu'il ne se peut unir mais demeurer uni : l'âme ne voudrait bouger de là. Elle n'y pense pas et elle ne fait autre chose que de former au fond d'ellemême nn certain enfoncement de d^sir. qui se fait quasi imperceptiblement, que Dieu fasse d'elle et de toutes créatures, et en toutes choses, tout ce qui lui plaira (4). Elle ne voudrait faire que cela pour l'exercice du malin, pour celui de la sainte messe, pour préparation à la sainte communion, pour action de grâces de tous les bienfaits; enfin pour toutes choses, elle voudrait seulement demeurer en celte très simple uniti^ d'esprit avec Dieu, sans étendre sa vue ailleurs » (lettre du 29 juin 1621, à S' François de Sales. Édition Pion, tome I des Lettres).

2» « Vous m'avez donné un bon sujet de confusion, de m'avoir demandé mon oraison. Hélas! ma fille, ce n'est que distraction et un peu de souffrance pour l'ordinaire. Car que peut faire un pauvre chélif esprit, rempli de mille sortes d'affaires, que cela? Et je vous dis confidemment et simplement qu'il y a environ vingt ans que Dieu m'ôta tout pouvoir de rien faire à l'oraison avec l'entendement, et la considération ou méditation; et que tout ce, que je puis faire est de souffrir et d'arrêter très simplement mon esprit en Dieu, adhérant â son opération par une entière remise, sans en faire les actes, sinon que

(1) Dans c«;t ouvrage, je rangerai, autant que possible, les citations par ordre chronologique des auteurs. Toutefois il sera souvent utile de commencer par Sainte Thérèse, ou quelque écrivain donnant un texte décisif.

(3) Cette existenee est prouvée par les citaUons qui vont suivre et par celles qui établissent (ch. it) l'existence de la contemplation acquise. Car cette dernière n'est autre que l'oraison de simplicité, en vertu des définitions reçues.

(3) Peut-cire, en écrivant ces lignes, la sainte avait-elle en vue un état plus élevé que l'oraison de simplicité. En tout cas on peut appliquer ce texte à ce dernier éut. Les textes suivants sont plus concluants.

(*) Ici, la sainte particularise un peu l'occupation de cette oraison, d'après son attrait: eu encore cet état était accompagné de soulTrance et alors il amenait fréquemment des actes de conformité à la volonté de lieu.

j'y sois excitée par son mouvement, attendant là ce qu'il platt à sa bonté de me donner » (Édition Biaise, lettre 282, à une supérieure).

3* Diverses espèces. Avis aux directeurs :

« 11 y a divers degrés en cette manière d'oraison, comme en toutes les autres ; les unes possédant cette unique simplicité et repos en bien plus éminent degré que les autres, et y recevant diverses lumières... Cet attrait nous est tellement propre, que les Ames qu'on en tire semblent sortir de leurs centres, perdant la liberté d'esprit, et entrant dans une certaine contrainte et entorlillemenl, qui leur ôte leur paix » {Réponses sur le Coutumier, art. 24; Édition Migne, col. 237).

4* Sur l'espèce sèche :

i( Il arrive souvent que les âmes qui sont en cette voie sont travaillées de beaucoup de distractions et qu'elles demeurent sans aucun appui sensible, Notre-Seigneur leur retirant les sentiments de sa douce présence, et toutes sortes d'aides et de lumières intérieures; de sorte qu'elles demeurent dans une totale impuissance et insensibilité, bien que quelquefois moins. Cela étonne un peu les âmes qui ne sont pas encore bien expérimentées ; mais elles doivent demeurer fermes, et se reposer en Dieu par-dessus toute vue et sentiment, souffrant, recevant et chérissant également toutes les voies et opérations qu'il plaira à Dieu faire en elles... Elles doivent avec la pointe suprême de leur esprit »e joindre à Dieu, et se perdre toutes en lui, trouvant par ce moyen la paix au milieu de la guerre, et le repos dans le travail » [ibid., col. 237).

5» Même sujet. Ne pas s'obstiner à s'analyser :

« 11 y a des âmes, entre celles que Dieu conduit par cette voie de simplicité, que sa divine bonté dénué si extraordinairement de toute satisfaction, désir et sentiment, qu'elles ont peine de se supporter et de s'exprimer, parce que ce qui se passe en leur intérieur est si mince, si délicat et imperceptible, pour être tout à l'extrême pointe de l'esprit, qu'e//es ne savent comment en parler. Et quelquefois ces âmes souffrent beaucoup si les supérieures ne connaissent pas leur chemin, parce que, craignant d'être inutiles et de perdre le temps, elles veulent faire quelque chose et se travaillent la tête à force de réflexions, pour remarquer ce qui se passe en elles; cela leur est très préjudiciable et les fait tomber en de grands entortillements d'esprit, que l'on a peine à démêler si elles ne se soumettent à quitter les réflexions tout à fait, et à souffrir avec patience la peine qu'elles sentent, laquelle bien souvent ne procède que de ce qu'elles veulent toujours faire quelque chose, ne se contentant pas de ce qu'elles ont, ce qui trouble leur paix, et leur fait perdre cette très simple et très délicate occupation intérieure de leur volonté » {Lettre à une supérieure; édition Pion, t. III, p. 3J8).

6* Pn'jugé» contre l'oraison de simplicité :

<< Notre bienheureux Père la disait être très sainte et salutaire, et qu'elle comprenait tout ce qui se pouvait désirer pour le service de Dieu. Or, néanmoins je sais qu'elle est fort combattue par ceux que Dieu conduit par la voie du discours, et plusieurs de nos sœurs en ont et»' troublées, leur disant qu'elles sont oisives et perdent leur temps. Mais, sans vouloir manquer au respect que je duis à ces personnes-là, je vous assun-, mes très chères sœurs, que vous ne devez point vous d-'-tourncr de votre train pour tels discours. Car notre bienhcu-

LES ORACEB O'ORaISON 4

renx Père, qui entendait excellemment toutes sortes d'oraisons, ainsi qu'il se voit en ses écrits, a toujours approuvé celle-ci ; et disait encore que, tandis que les autres mangent diverses viandes à la table du Sauveur, [il Faut que] nous reposions nos âmes et toutes nos affections, par une toute simple confiance, sur sa poitrine amoureuse. Avec un si solide conseil, il nous faut demeurer fermes, et suivre fidèlement cette voie dès que nous y serons attirées. Car il ne s'y faut pas porter de nous-mêmes, mais attendre avec humilité et patience l'heure que notre divin Sauveur a destinée pour nous introduire en ce bonheur. Car enfin, pour aller à Dieu et arriver à lui, il se faut laisser conduire par son esprit. Ce qui est de son choix est toujours le meilleur pour nous » {Réponses sur le Coutumier, art. 24; édition Migne, col. 236).

Pariant de « l'oraison de simple présence de Dieu » : « Les avis des personnes religieuses sont pour l'ordinbire fort contraires à cela, ce qui met en grande peine les filles [de la Visitation] et quelquefois celles qui les gouvernent » (Lettre à la mère Favre, du 10 novembre 1630. Édition Pion, 1878, t. IH, lettre 1053; édition Migne, t. II, col. 1602). — Voir encore ci-dessus, n»31.

13. — S* Ignace (seconde lettre à la sœur Rejadella; Venise, 1536) :

« Toute méditation où l'entendement travaille fatigue le corps. Il est d'autres méditations, également dans l'ordre de Dieu, qui sont reposantes, pleines de paix pour l'entendement, sans travail pour les facultés intérieures de l'âme, et se font sans effort intérieur ni physique. »

S* Ignace ayant été consulté sur les exercices qu'on devait exiger des scolasliques de son Ordre, répondit qu'il fallait éviter de les surcharger de méditalions. On leur demanderait avant tout deux exercices très simples, ceurts, mais fréquemment répétés : l'attention amoureuse à Dieu présent et l'offrande de leurs travaux. « Ce sera facile... et, s'ils sont bien disposés, ils attireront ainsi des visites de Dieu, qui. malgré leur peu de durée, apporteront de grands rt^sultats )• (Réponse au P. Brandon; Lettres de S' Ignace; t. II de l'édition de Madrid, 1875; appendice, p, 5^;0).

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