‹ Des grâces d'oraisonChapitre 77 sur 199 · Le P. Nouet {Conduile de VhomrM d'ormison · texte numérisé non relu

Le P. Nouet {Conduile de VhomrM d'ormison

« Après que Ihomme d'oraison a fait un progrès considérable dans la méditation, il passe insensiblement à l'oraison affective, qui, étant entre la méditation et la contemplation comme l'aurore entre la nuit et le jour, tient quelque chose de l'une et do l'autre. Dans ses commencements elle lient plus de la méditation : parce qui'elle se sert encore du discours, mais peu en comparaison du temps qu'elle emploie aux affections; parce qu'ayant acquis beaucoup de lumières par le long usage des considérations et du raisonnement, elle entre aîissitàt dans son sujet, et en voit toutes les suites sans beaucoup de peine, d'où vient que la volonté est bientôt émue. De là vient qu'à mesure qu'elle se perfectionne, elle quitte le raisonnement et se contentant d'une simple vue, d'un doux souvenir de Dieu et de Jésus-Christ son Fils unique, elle produit plusieurs affections amoureuses, selon les divers mouvements que le Saint-Esprit lui donne. Mais quand elle est arrivée au plus haut point de sa perfection, eUt simplifie ses affections aussi bien que ses lumières; en sorte que l'âme demeun^ra quelquefois une heure, quelquefois un jour, quelquefois davantage dans un même sentiment damour, ou de contrition, ou de révérence, ou de quelqu« autre mouvement dont elle a reçu l'impression » (1. IV, ch. i).

7S. — Le P. Grou, sur « la voie de la simplicité ». Il entend par là une de ses espèces, l'attention amoureuse à Dieu :

<< Au lieu de l'exercice compliqué et fatigant de la mémoire, de l'entendement et de la volonté, qui s'appliquent dans la méditation, tantôt à un sujet, tantôt à un autre, Dieu mel souvent lame dans une oraison simple, où lesprit n'a point d'autre objet qu'une vue confuse et générale de Dieu; le cœur, point d'autre sentiment qu'un guût de Dieu doux et paisible, qui la ûourrit sans effort, comme le lait nourrit les enfants. L"ân>e aperçoit alors si peu ses opérations, tant elles sont subtiles et délicates, qu'il lui semble qu'elle est wsire, et plongée dans une espèce de sommeil... Enfin il la dégage dune multitude de pratiques dont elle se servait auparavant pour entretenir sa piété, mais qui, comme autant d'entraves, ne feraient plus que la gêner et la retirer de sa simplicité » {L'intérieur de Jésus et de Marie, t. I, ch. .xi,; édition du P. Cadrés) (1 .

»«. — Le R. P- de Clorivière. Après avoir décrit loraison affective (opuscule sur la prière, 1. Il, ch. xi), il passe au degré suivant, qu'il appelle «raison de recueillement :

« De nouvelles grâces sont la récompense des âmes [qui sont] fidèles à répondre aux desseins de Dieu... Elles sont comme imperceptiblement élevées à un état plus parfait. Leur amour, quoique plus vif, n'a plus le même attrait, parce qu'il est plus éclair-'. Elles voient clairement, elles sentent que ce n'e*t ni la multiplicité ni la variété de leurs actes qui les rendent plus agréables à Dieu; que plus les actes sont simples, plus ils sont parfaits et mettent l'im* dans ce calme où Dieu se plaJt à agir... Elles se retirent peti à peu d« la multi plieité des actes, qni n'a plus poar elles le même attrait, et qui contribuerait plutôt à les dissiper qu'à les rappeler à Dieu, en les empêchant de suivre la conduite de l'Esprit-Saint » (1. II. ch. xxiv). Voir encore ch. vu. Au chapitre xm, le R. P. interprète comme je l'ai fait (ch. i, 8) l'opuscule de Bossuet sur l'oraison de simplicité.

7 9. — S** Thérèse décrit l'oraison affective, sans pourtant lui donner de nom :

« Quant à ceux qui, comme moi, loin de se servir de l'entendement, trouvent plutôt en lui un obstacle qu'un secours, ils n'ont qu'une chose à faire : ftftndn patience, jusqu'à ce qu'il plaise au Seigneur d'occuper leur esprit et «le leur donner sa lumière. M'adressant à ceux qui discourent, je leur recommanda de ne pas cooMimer tout le temps de l'oraison à approfondir le sujet qu'ils méditent... Il leur semble qu'il ne doit pas y avoir pour eux de jour de dimanche, ni un instant de suspension de travail. Que dis-je? lli considèrent comme perdu le tempa qvi n'est pas ainsi empkyé. Et moi, je regarde cette perte comme un - I !' ' - '■"■ '^ut, que doivent-ils donc faire? Se mettre, comme je lai dit, en ;if^ iii . ,1, s iire-Seigneur, s'entrettnir mvec lui sans fatiguer renlendenacnt. et savturer le bonheur d'être en ta compagnie. Là, point de pénibles raisonne-

(D U biofrapbe do f. Qroa aoo» dit qali (Mcrlvalt là «on état habitael {ibid., m. uv,

tr).

/•arais po citer, lar le inéme état d'oraitoa, un autre paoaga du m/^me auteur, tiré de son Manuel de» âme» intérieuret ^'chapitre sur la nimplicilé, à la Sa du volumes ktaia il renferme des expreisloot «xa^érces. comne celles-ci : l'àme • ne .s'orrupe de rleo •, • elle ne sait pas si elle fsit oraison • ; • on passe ainsi des heures sans dégoût •. Il s'en faut que ce dernier cas se Kcsenta pour toot le

ment?, mais une simple exposition de nos besoins et des motifs qu'aurait le divin Maître de ne pas nous soufTrir à ses pieds. Il faut, suivant les temps, varier cette occupation, afin de ne pas se dégoûter par la continuité de la même nourriture » [Vie, ch. xui).

»» bis. — Le R. P. Bainvel, S. J. :

« Il faut agir dans l'oraison... Mais agir n'est pas nécessairement faire des actes distincts ou classés. On peut avoir le cœur embaumé de quelqu'un ou de quelque chose, et ion se tait, parce que Ton craint qu'en ouvrant, le parfum ne s'évapore... Quand on commence, il faut peut-être diviser, analyser, expliciter tel genre d'actes, puis tel autre. Peu à peu on agit sans décomposer; on procède par ensembles quelquefois très complexes, et dont l'analyse peut être difficile. Qu'on se rappelle la différence entre lire et épeler, entre lire des yeux et lire en prononçant... On n'épelle plus dès qu'on sait lire; un lecteur pressé préfèie lire des yeux sans prononcer. Ainsi quand l'acte de foi ou d'amour est pénible, il peut être excellent de le formuler, mOme en paroles; quand il se fait comme tout seul et qu'on le vit, il peut être meilleur de ne rien dire. Quand on ne sait pas méditer, on peut viser à mettre en ligne tour à tour les trois puissances; quand on médite bien, on les fait agir sans y penser, ni sans distinguer leurs actes et leurs rôles » (opuscule inédit sur l'Oraison, 3» leçon).

§ 2. — Première règle de conduite : ne pas faire d^efforts pour produire des actes si on y éprouve de la difficulté (60).

»«. — S» Jean de la Croix :

!• «« Le temps est venu de passer de la méditation à la contemplation, lorsque les actes discursifs que l'âme faisait naguère par elle-même viennent à lui manquer, lorsqu'elle se voit privée des goûts et des ferveurs sensibles dont elle jouissait... Une fois arrivée là, il faut diriger l'âme par une voie tout opposée à celle qu'on lui faisait suivre aupatavant. Naguère on lui donnait un sujet de méditation, elle s'appliquait à létudier; maintenant on doit le lui interdire et lui défendre de méditer. D'ailleurs elle n'y réussirait pas, lors même qu'elle le voudrait... Le Seigneur répand alors secrètement et tranquillement dans l'âme la sagesse et la lumière, sans qu'il se fasse en elle beaucoup d'actes distincts, formulés ou réilé es » (Vive Flamme, str. 3, vers 3, § 5, 6).

2» « Il y a des âmes qui, au lieu de se livrer à Dieu et de seconder son opération, l'entravent sans cesse par leur action indiscrète ou par leur résistance. Elles ressemblent aux petits enfants, qui s'obstinant à marcher eux-mêmes, trépignent et pleurent lorsque leur mère veut les porter dans ses bras; d'où il résulte que [leur mère les déposant à terre] ils ne peuvent marcher, ou s'ils marchent, ils ne font jamais que des pas d'enfant. [Dans ce traité] nou.s enseigîierons cette science, qui consiste à se laisser conduire par l'esprit de Dieu » (Irologue de La Montée).

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