S» François de Sales
1' Il a composé, i l'usage de la Visitation, un Directoire spirituel pour les act'ons journalières. Il y indique un grand nombre de petits exercices, inten-
tions, oraisons jaculatoires, etc., correspondant aux différentes heures de la journée, et termine l'article 12 par l'Avis suivant :
« Le Directoire propose qxtantiti d'exercices, il est vrai ; et il est encore bon et convenable pour le commencement de tenir les esprits rangés et occupas ; mais quand, pa/" le progrès du temps, les âmes se sont exercées en cette muU^plicité d'actes intérieurs, et qu'elles sont façonnées, dérompues et dégourdi?-, alors il faut que ces exercices s'unissent en un exercice de plus grande simplicit'', à savoir, ou à l'amour de confiance, ou de l'union et réunion du coeur à la volonté de Dieu, ainsi que l'exercice de l'union marque; de sorte que cette multiplicité se convertisse en unité. Mais c'est à la supérieure à connaître et discerner l'attrait intérieur, et l'état de chacune de ses filles en particulier, afin qu'elle les conduise toutes selon le bon plaisir de Dieu. Et de plus s'il se trouve quelques âmes, voire même au noviciat, qui craignent trop d'assujettir leur esprit aux exercices marqués; pourvu que cette crainte ne procède pas de caprice, outrecuidance, dédain ou chagrin, c'est à la prudente maltresse de les conduire par une autre voie, bien que pour l'ordinaire, celle-ci soit utile, ainsi que Texpérience le fait voir » {CEttvres, édition Migne, t. V, col. 1«9).
2* « Que celles qui n'y entendent rien [au latin de l'office] se tiennent simplement attentives à Dieu, faisant des élancements amoureux, tandis que l'autr chœur dit le verset et qu'elles font les pauses » (Directoire de la Visitation, art. 4).
3* Parlant des exercices intérieurs commandés par le Directoire :
« Quand, par le progrès du temps, les âmes se sont exercées à cette mukipHcité d'actes intérieurs, il faut que ces exercices s'unissent en un exercice de plus grande simplicité, de sorte que cette multiplicité se convertisse en unité» {ibid., fin de l'art. 12).
«•. — S" J. de Chantai :
1° (c Dieu, dans cet état, est l'agent particulier qui dresse et enseigne; l'âme est celle qui reçoit les biens très spirituels qu'on lui donne; qui sont l'attention et l'amour divin tout ensemble. Et puisque sa bonté traite pour lors avec l'âme en manière de donneur, l'âme doit aller à Dieu avec un cœur confiant, sans particulariser d'autres actes que ceux auxquels elle se sent inclin-'i par lui, demeurant comme passive, sans faire de soi aucun* diligence, avec ce fpgard de simple quiétude, comme qui ouvrirait les yeux avec une œillade enfantine, avec une attention simple pour conjoindre ainsi amour avec amour. Si on veut agir et sortir de celte attention amoureuse très simple et tranquille sans discours, on empêche les biens que Dieu communique par celte seule attention qu'il requiert » {Opuscules, édit. Pion, t. III, p. 278).
2* <« Si en l'oraison l'âme sent quelques louches de Dieu, par lesquelles il montre qu'il veut se communiquer à elle, il faut alors cesser toute opérât a et s'arrêter tout court, pour donner lieu à sa venue, et ne la point empéchiT par des actions faites â contre-temps, mais se disposer avec le silence intérie t et un profond respect à le recevoir » {ibid., p. 262).
3* Sur la pensée des mystères de Noire-Seigneur. La «ainte écrivait à S' François de Sales.
« Souvent j'ai été en peine, voyant que tous les prédicateurs et bons livret enseignent qu'il faut considérer et méditer les b-^nefices [bienfaits] de Notre-
Seigneur, sa grandeur, les mystères de noire Rédemption, spécialement lorsque rÉ«;Iise nous les présente. Cependant l'Âme qui est dans cet état d'unique regard et oisiveté, voulant s'essayer de le faire, ne le peut en façon quelconque, ce dont souvent elle se peine beaucoup. Mais il me semble néanmoins qu'elle le fait en une manière excellente, qui est un simple souvenir et représentation fort délicate du mystère, avec des affections douces et savoureuses ». Le saint répondit ; « Que l'âme s'arrête aux mystères en la façon que Dieu lui a donnée, car les prédicateurs et les livres spirituels ne l'entendent pas autrement » (Vie de la sainte par la Mère de Chaugy, 1. III, ch. ixiv, et Œuvres de la sainte, édition Migne, t. li, col. 857).
4* " Lorsque à l'oraison on est attiré à une grande simplicité, il ne faut pas se mettre en peine quand, autour des bonnes fêtes, on ne s'y occupe pas aux pensées de ces grands mystères, car «/ faut toujours suivre son attrait. Hors de l'oraison, on peut faire des pensées, et regarder simpleinent les mystères ou les lire; car bien qu'on n'y fasse pas de grandes considérations, on ne laisse pas de sentir en soi certaines douces affections d'imitation, de joie ou autres. Et pour l'oraison, le grand secret est toujours d'y suivre l'attrait qui nous est donné... Les âmes attirées à la simplicité dans l'oraison doivent avoir grand soin de retrancher un certain empressement qui donne souvent envie de faire et multiplier les actes en icelie... Comme il ne faut jamais se porter d« soimême à cette oraison, aussi faut-il suivre l'attrait » {Entretien 36. Édition Pion de 1875, t. II, p. 350 et suiv.).
*1. — Bossuet :
a Tout ce qui unit à Dieu, tout ce qui fait qu'on le goûte, qu'on se platt en lui, qu'on se réjouit de sa gloire, et qu'on l'aime si purement qu'on fait sa félicité de la sienne ; et que, non content des discours, des pensées, des affections et des résolutions, on en vient solidement à la pratique du détachement de soi-même et des créatures : tout cela est bon, tout cela est la vraie oraison. Il faut observer de ne pas tourmenter sa tête, ni même trop excite^r son cœur; mais prendre ce qui se présente à la vue de l'âme avec humilité et simplicité, sans ces efforts violents qui sont plus ima}2;inaires que véritables et fonciers, se laisser doucement attirer à Dieu, s'abandonnant à son esprit » (Opuscule De la meilleure manière de faire oraison. Édition Vivès-Lachat, t. VII, p. 501).
S». — Pensée du curé d'Ars :
« On n'a pas besoin de tant parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle; on lui ouvre son cœur; on se co/nplait en sa saillie présence; c'est la meilleure prière » {Vie par M. Monnin, 1. V, ch. iv).
S2 6m. — i.e R.P. deSmedt :
« La contemplation aride et qu'il serait peut-être permis de qualifier... d'oraison de patience... consiste à se tenir paisiblement devant Dieu, sans aucune pensée ou aucun sentiment bien distincts, sauf un sentiment général de satisfaction de l'honorer ainsi par sa présence, à la manière de ces nobles courtisans dont toutes les fonctions consistent à se trouver à certaines heures, auprès de leur souverain » {Notre vie surnaturelle, tome II, part, ii, sect. u, sous-seet. ii, art. I, ch. IV, § "2).
§ 3. — Stfconde règle : ne pas faire d'efforts poar empêcher les actes. — Troisième règle.
SS. — S* Liguori s'élève contre certains mystiques qui oublient cette règle, et qui. avant quon ne soit arrivé à l'étal mystique, proscrivent d'une manière générale tous « les actes de la volonté : ceu.x d'amour, d'oblation, de résignation, etc. -'. Il conclut ainsi, en adoptant les remarques du P. Segneri : « Quand Dieu ne parle pas, il faut que Tàme use de tous les moyens possibles de s'unir à Dieu : de méditations, quand elles sont nécessaires; d'affections, de prières, de résolutions; pourvu que ces actes soient produits sans contrainte: on se contentera de ceux auxquels l'âme se sent suavement inclinée a (Homo apost., Apppnd. 1, n* 1).
*4. — S" Thérèse a la môme doctrine. Elle la donne, il est vrai, à propos des commencements d'oraisons surnaturelles. Mais par là même, elle l'admet a fortiori pour Toraison de simplicité. Elle consacre presque tout un chapitre à cette question et résume ainsi sa pensée : <• l'àme ne doit arrêter le discours de l'entendement que lorsque l'amour est déjà réveillé » {Château, 4, ch. m). Dans ce dernier cas, " elle peut, sans discourir avec l'entendement, se tenir attentive devant Dieu et le considérer opérant en elle... Puisque Dieu nous a donn>^ les puissances de l'âme pour agir, et que le travail de chacune d'elles a sa r!!'Compense, au lieu de chercher à les captiver par une sorte d'enchantement, laissons-les s'acquitter librement de leur office ordinaire, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de leur en confier un plus relevé » Ubid.).
<6. — S* Jean de la Croix. Sur la troisième règle.
Après avoir recommandé d'accepter le repos de l'esprit dans l'oraison de simplicité et dans l'état mystique, il ajoute :
" .Mais hors de ce temps, l'àme devra s'aider, dans tous ses exercices, du secours des bonnes pensées et de la méditation, selon la méthode dont elle ri'cu'Mllera plus de dévotion et de profit spirituel. Elle s'appliquera en particulier aux mystères de la vie, de la Passion et de la mort de Notre-Seigneur J'sus-Christ, pour conformer ses actions, ses pratiques et toute sa vie à la sienne « (Montée, l. II, di. ixxu)