‹ Des grâces d'oraisonChapitre 79 sur 199 · DIFF^RKNTS GENRES DE GRACES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

DIFF^RKNTS GENRES DE GRACES MYSTIQUES

i. — Deux groupes. Dans le chapitre T', nous avons disting^é les grâces mystiques d'avec celles de la voie ordinaire. Il s'agit maintenant de partager les premières en différentes espèces. Tout d'abord, nous avons à y reconnaître deux groupes bien distincts.

Pour nous en faire une idée exacte, rappelons-nous qu'au ciel nous recevrons deux sortes de dons, qui n'auront pas la même importance. D'une part, nous aurons la vision béatifique, qui nous meltra en possession de Dieu. De l'autre, la vue de saints, des anges et des autres créatures. C'est ce que les théologiens distinguent par les noms d'objet premier et d'objet second de la béatitude.

». — Or, ici-bas on peut de même distinguer deux sortes de grâces mystiques, d'après la nature de l'objet qui est offert surnaturellement à notre connaissance.

Le caractère des états du premier groupe consiste en ce que c'est Dieu lui-mémê, et tout pur, qui se manifeste. On les appelle un'on mystique, ou encore contemplation mystique (ou infuse) de la Divinité (1).

(I) Par lui-même le mot ds contemplation mystique pourrait s ai'piiqu»T iiiAnie aux révélations et visions; mais S** Thérèse, S* Jeaa de la Croix et beaucoup d'au très ont adopté l'usage contraire.

51 CHAIMTHE III.

Dans le second groupe, la manifestation porte sur un objet créé. Par exemple, on verra l'humanité de Notre- Seigneur ou la S" Vierge ou un ange, ou un fait passé ou futur, etc. Nous trouvons là les visions (d'êtres créés), et les révélations ; en d'autres termes, les apparitions et paroles surnaturelles. On y joint les phénomènes corporels miraculeux, tels que ceux qu'on remarque chez les extatiques.

S. — Il était nécessaire de bien distinguer ces deux catégories de grâces, d'abord parce que nous serons obligés de les décrire séparément; puis l'estime qu'il en faut avoir est loin d'être Ja même. Les grâces d'union avec Dieu sont de beaucoup les plus utiles et les plus sûres (Voir ch. xxi, 44).

4. — iVoins donnés à ces deux groupes. On a proposé d'appeler grâces indnques celles qui font ainsi pénétrer dans la Divinité (1). Les autres ayant pour terme quelque chose qui est hors de Dieu, seraient r ;^ pelées exdéiques. Rien ne contribue à donner et à maintenir des idées claires, comme de désigner par des mots très courts et s'opposant bien l'un à l'autre les choses qu'on est porté à confondre.

A la suite de Scaramelli, plusieurs auteurs désignent ces deux groupes par les mots de contemplation confuse et contetnplation distincte. Ils indiquent ainsi, non l'objet de la connaissance, mais la manière dont on le connaît. Ce second point de vue semble moins important que le premier. Ce langage suppose aussi qtie les révélations consistent toujours en connaissances bien distinctes; ce n'est pas exact.

ft. — Ije« quatre étapes ou degrés de l'union mystique. Dès le chapitre suivant, j'aurai besoin d'y faire allusion. Je les prends tels que S'* Thérèse les a décrits dans son dernier ouvrage, le Château intérieur. Dans sa Vie, écrite par elle-même, il est peutêtre moins facile d'en bien apercevoir les différences. On a :

1* L'union mystique incoinplète, ou oraison de quiétude (du mot latin quies, repos, qui exprime Vimpression qu'on éprouve dans cet état);

2* L'union pleine ou semi -extatique, appelée aussi par S** Thérèse oraison d'union;

(1) Dante a créé un mot analogue. Voulant exprimer que \m ««'raphins m plongent en Dieu, il invente un verbe et dit qu'ils « s'indéitetU >, ^irûUa {ParadU, chant IV, vers 28).

DIFFERENTS GENRES DE GR-\CES MYSTIQUES. 5f

3" L'unian extatique ou extase;

i' L'union transf or tuante ou déifiante, ou mariage spirituel de l'âme avec Dieu.

•. — ABMlogie» et différences entre ces grÀces. Ainsi que nous le verrons plus tard, par les descriptions, les trois premiers degrés ne sont, comme fond, qu'une même grâce, qu'on peut appeler union non transformante. Ils en constituent respectivement l'état faible, l'état moyen, l'état énergique. En un mot, ce sont surtout trois degrés d'intensité. Dans la quiétude, l'âme est un vase qui n'est qu'à moitié rempli par la liqueur divine; parfois même il n'en renferme que quelques gouttes. Dans l'union pleine, il est piein jusqu'au bord. Dans l'extase, il déborde et il est en ébullition.

Ainsi, il y a unité entre ces trois degrés. Il est bon de s'en souvenir quand on lit S'* Thérèse, pour se guider à travers les nombreux détails descriptifs qu'elle donne (Voir ch. vu, »j.

Quant au mariage spirituel, nous verrons qu'il ne perfectionne pas les états précédents en les renforçant, mais en les modifiant.

f. — Cf qui vient d'être dit des trois premiers degrés donne déjà une idée assez bonne de ce qui les distingue les uns des autres. De même que nous saisissons sans grande explication les différences qui existent entre une colline, une montagne et une chaîne de montagnes, ou entre une maison, un hôtel et un palais (1). Mais il y a moyen de préciser un peu plus, en définissant des lignes de démarcation et les choisissant de manière qu'elles soient faciles à discerner. Pour cela, caractérisons chaque degré par un de ses effets.

• . — Voici les déAMlti^a» qu'on peut donner pour les trois degrés inférieurs au mariage spirituel. L'union mystique s'appellera :

1* Quiétude, quand l'action divine est encore trop faible pour empêcher les distractions; en un mot quand l'imagination garde encore sa liberté ;

S" Union pleine, quand elle a les deux caractères suivants : a) sa force est tellement grande que l'âme est pleinement occupée d« l'objet divin; c'est-à-dire n'en est détournée par aucnne

(1) S'* Thérèi» emploie un« antrp iruftfc : la quiéludi* est uno • élincello • «t rextaae un • Inc«ndie • (Voir ch. xu, 12, 4*). Il ne reste qu'Ji Icdiqner l'éUt intermédiaire «n disant, par cxsmpla : l'union plein* est un« flaumt.

autre pensée; en un mot, il n'y a pas de distractions; b) d'autre part, les sens continuent plus ou moins à agir. De sorte qu'on peut encore, par un effort plus ou moins grand, se mettre en rapport avec le monde extéideur, en parlant, marchant, etc. ; on peut sortir de son oraison;

3° Extase (et c'est là sa définition universellement acceptée), lorsque l'action divine a une énergie considérable et que toutes les communications des sens avec le dehors sont interrompues, ou à peu près. De même, on ne peut plus faire de mouvements, au moins volontaires, ni sortir à son gré de son oraison.

On voit que ces définitions ne restent pas dans le vague : chaqu< degré y est différencié du précédent par un fait nouveau, et ci fait est observable directement et facilement. Abstraction faite de l'intensité, l'union pleine diffère de la quiétude par l'absence de distractions, et l'extase de l'union pleine, par l'aliénation complète des sens.

Il s'en faut que, dans leurs classifications, les mystiques se soient toujours astreints à cette méthode scientifique.

©. — Voilà donc l'union mystique non transformante répartie en trois types bien définis. Mais n'exagérons pas celte idée de séparation, et prévenons bien vite qu'on peut passer d'un type à l'autre par des transUiona insensibles.

Il en résulte que, dans la pratique, on hésite souvent à classer nettement une grâce sous telle ou telle de ces dénominations. On peut dire seulement : elle est très voisine de tel type.

C'est ainsi que, dans l'échelle des couleurs, nous concevons le bleu, le vert et le jaune comme des choses bien distinctes, des types bien tranchés. Mais cela n'empêche pas qu'elles soient reliées par une suite continue d'intermédiaires. On ne peut nommer ces nuances qu'en les rattachant aux couleurs fondamentales par des à peu près. On dit par exemple : c'est du vert tirant sur le jaune. Il est impossible de procéder autrement; et d'ailleurs ce langage est suffisamment clair.

lo. — Autres espèce*. Nous verrons que toutes les autres espèces indiquées par les mystiques (oraisons de silence, sommeil surnaturel , ivresse, Jziblation, blessure d'amour, etc.) ne sont que différentes manières d'i'tre des quatre degrés précédents. Ce ne sont pas des degrés successifs. En les traitant comme tels, on complique à tort la mystique (Voir ch. xxx).

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