LE MOT CONTEMPLATION
en avertisse le lecleur. Elst-elle complète, ou seulement notable? Porte-t-elle sur les actes de l'imagination, ou de la mémoire, ou de l'entendement, et avec simplification de la volonté? Chacun lu conçoit à sa manière (1).
4. — Ainsi, pour certains auteurs, il n'y a nucun intermédlMlre entre la méditation et la contemplation. Gela revient peutêtre à comprendre dans cette dernière Voraison affective. Et la définition précédente sait s'y prêter. Car alors l'entendement s'est simplifié; son regard est plus simple. La volonté seule a gardé la multiplicité. Voilà le second sens, mais assez rare, du mot contemplalion.
D'autres, comme Alvarez de Paz, ne font commencer la contemplation que lorsque la volonté elle-même s'est simplifiée; en un mot, son premier échelon est ce que nous avons appelé proprement Voraison de simplicité. Ce qui prouve clairement que, pour lui, l'oraison affective ne fait pas partie de la contemplation, c'est qu'il expose ces deux états dans des traités séparés et successifs; nous avons ainsi un troisième sens du mot. C'est celui que Courbon a adopté (part. III, ch. i).
S' Jean de la Croix exige quelque chose de plus : un élat mystique latent. J'aurai à l'expliquer dans la suite, en parlant de sa première nuit obscure (quatrième sens).
Pour S" Thérèse, le sens se restreint encore davantage. Il ne l'applique qu'aux états mystitjues manifestes (2) (cinquième sens).
Ik. — Voilà donc cinq signiflrMtlens différentes du même mot. Conclusion : quand on cit»- un auteur parlant de la contemplation, il faut toujours se demander, par le contexte, ce qu'il a eu en vue.
Beaucoup d'autres expressions de la langue mystique sont malheureusement dans le même cas. Par exemple, quiétude, tmion, silence, sommeil, recueillement, etc. Tunl s'en faut que les auteurs les entendent tout à fait de la même manière, surtout ceux qui
(1) Je ne parle pa« ici d'un autre sens encore que S' Ignace donne au mot contemplation d^n» ses Exercices, il désigne ainsi une oraison mentale portant sur un r . ;.jae. Par la m'^thode qu'il conseille, il incline l'àme vers ia vue simple
et.' . mais il n'oblige pas à cette simplicité qui caractérise les autres
soIl^■^ ue cuiiiemplations; on peut raisonner; c'est du regard, mais pas nécessairement du regard simple, comme l'exige la vieille définition.
Cil • Dans l'oraison vocale et menUile. dit-elle, nous pouvons faire quelque chose de nous-mêmes, avec l'aasisuacc de Dieu ; mais dans la eontemplali9n, nous ne poulotit a'tuiument rien. C'est Dieu qui fait tout • yChetnin, cli. xxvii).
LES ORACU d'oraison. 5
ont précédé S" Thérèse ou qui ont vécu à peu près k la même époque.
«. — f^uallAc««tr«. Pour éviter ces ambijsi^ultés, beaucoup d'auteurs ont ajouté au mot contemplation des (jualificatifs. Ils distinguent deux sortes de contemplations. Celle qu'ils appellent infuse, passive, extraordinaire ou éminente, n'est autre que l'état mystique (voir ch. m, *). L'autre, appelée acquise, active ou ordinaire, est définie ainsi par Scaramelli qui est ici l'écho de tous ses prédécesseurs : « C'est la contemplation qu'avec l'aide de la grAce, on peut acquérir par sa propre industrie, et spécialement par un long exercice de la mi^ditation ; bien qu'en rigueur elle ne soit pas due à tous ces efforts (Tr. 2, n" 69) (1).
En termes plus clairs, c'est l'oraison de simplicité. Ce qu'on a voulu désigner, sous des noms différents, c'est toujours le même intermédiaire entre la méditation et l'état mystique (2).
9. — Hiatorique de cette expression. Je ne crois pas que le mot contemplation acquise ait été employé avant le xvii* siècle (Voir sur cette question V appendice à la fin de ce volume). Il l'est en 1609, dans un livre espagnol du P. Thomas de Jésus, qui regarde ce mot comme usité parmi les mystiques {préfacé).
Les autres auteurs du commencement du xvii' sii'de, tels que Suarez, le V"'' Louis du Pont, S' François de Sales, Alvare» de Paz, n'ont pas encore cette expression.
9. Le cardinal Brancati, écrivant vers la fin du xvii* siècle, prouve que les Pères ont connu la contemplation acquise mims la n*aimer, et, dès lors, qu'ils la distinguent de l'infuse. Car tantôt leurs textes poussent à un simple regard, comme dépendant de
(1) S' Liguori : • Comme le dit le P. Segneri dans son livre d'or, La Concordia, la médiution ordinaire arrive, au bout dun ceruin temps, à produire la contemplation appelée acquise, et qui consiste à voir d'un simple coup d'oeil les vérités qu'on ne découvrait auparavant que par un discour» prolongé • (ffomo aposL, Append. I. n* 7j. Le saint ne parie pas de l'oraison affective, qu'il fait, sans doute, rentrer dans la médilalion. Entre celle-ci et la • contemplation infuse ., il place l'élat que ie viens d'indiquer, et qu'il appelle encore recueillement actif, puis un de ses cas i>articuliers qu'il nomme repos contemplatif [Otium contemplativum) ', c'est lalterUion amoureuse à Dx«u (Voir ch. ii, 17j.
Boudon comprend les deux espèces dans cette définition : « La contemplation est un simple regard affectueux de l'objet sans discours ni recherche... Toutes les créa tures considérées par vues do foi peuvent <^tre les sujets de la contemplation, avec cette diff'^rence que la méditation recherche ce que la contemplation possède • {Le Hcgne de Dieu dans foraison mentale, t. I, cli. vin).
(2; Aussi j'ai dit ailleurs (ch. ii, 72, note) qu'il revient au même de prouver l'existence de l'oraison de simplicité ou celle de la contemplation acquise. Ce dernier Doint va être établi tout à l'heure.