‹ Des grâces d'oraisonChapitre 89 sur 199 · S» Bernard · texte numérisé non relu

S» Bernard

t Ne croyez pas que cette fusion du Verbe et de l'âme se fasse sentir au moyen du corps ou de l'imagination... Non, cette union est spirituelle... Aimante et aimée, Tâme ne sera pas pleinement satisfaite de la manifestation commune de l'époux, que nous en donnent les créatures ; ni de celle, déjà moins fréquente, qui provient de tableaux intérieurs et des songes. Il lui faut obtenir, par une prérogative spéciale, que Dieu descende du ciel dans son être intime, dans la moelle de son cœur; qu'elle possède présent l'objet de ses désirs, non en figures, mais la pénétrant ; non en apparence, mais faisant sentir son impression... Je ne dis pas qu'alors il se montre tel qu'il est, quoique ce ne soit pas d'une manière 1res différente. Il n'est pas non plus présent d'une manière continuelle, même aux âmes très pieuses, et il ne l'est pas à toutes de la même manière. On comprend que le goût que fait éprouver la présence divine varie suivant les différents désirs de l'âme et que, suivant ses divers appétits, le palais soit diversement affecté par la saveur délicieuse du mets céleste » (In Cant. Sermo xxxi, n»« 6, 7).

Voir encore un texte de S» Bernard, dans le ch. xxv, 24.

44. — Richard de St-Victor, commentant ce verset du Cantique des Cantiques : « Pendant la nuit, sur mon petit lit, j'ai cherché celui que j'aime et je ne l'ai pas trouvé ». Il dépeint le désir de la contemplation et dit incidemment en quoi elle consiste :

M C'est avec raison que l'Épouse dit qu'elle cherche à travers les ténèbres (celles de son esprit) ; car elle ne jouit pas pleinement de l'Époux, et ne sent pas sa présence. Il est vrai qu'il est présent par essence, et aussi comme objet du désir, puisque ce désir [dû à sa grâce] suppose sa présence; mais celte présence ne le rend pas visible. L'obscurité n'a pas encore disparu, la lumière qui manL feste la présence n'a pas encore brillé. Aussi l'Épouse se plaint de celte nuit; elle gémit d'avoir à y chercher l'Époux et de ne pas le trouver. Elle appelle la lumière, la grâce qui le rendra pleinement />r^stfw/; elle veut être vue par lui et le voir. Cette faveur si grande, cette expérience de la présence et de la douceur spirituelle est indiquée par ces mots : J'ai cherché celui que j'aime... Hélas! l'Époux ne se découvre pas toujours immédiatement, quand nous le cherchons et le désirons. Il diffère, pour éprouver notre constance et dans notre intérêt; car quand une chose nous a coûté beaucoup de peine, nous y sommes plus attachés et nous la conservons avec plus de soin; les désirs trop vite satisfaits s'affaiblissent ; les autres vont en grandissant >> (ch. i).

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