S'* Gertrude (épisode de la fontaine
« Un jour, avant Prime (1), j'entrai dans la cour et, assise auprès de la pi»-
(I) C'éult en ittt. époque d'où la tainte fait dtter ce qu'elle regardait romme aa eonver» xion. Ello aTait alors vingl-sit ans. Kllr entra souvent en communication avec l'humanité de Noirc-Selgneur. Mais ici rllc parle surtout do la Divinité, comme on le Toll par uo texte de S' Bernard qu'elle cite, et p.nr les <lerni<rr» iicn«'!i iln rlianiire.
cine, je goûtais la beauté de ce lieu. Il me charmait par la limpidité de ses eaux courantes, par la verdure des arbres eavironnants, par le vol libre de ses oiseaux, notamment des colombes, enfin et surtout, par le repos secret qu'on sentait dans cette retraite. Je me demandai alors ce que j'aimerais à ajouter à ce séjour, pour qu'aucun agrément ne lui manquât. Je songeais qu'il me faudrait un ami (1) facile à trouver, affectueux, sympathique, qui adoucirait ma solitude. Alors, ô mon Dieu, source des voluptés inestimables, vous avez fait aboutir à vous cette méditation, dont, sans doute, vous étiez l'inspirateur. Vous m'avez fait comprendre que mon cœur pouvait devenir votre habitation pleine de charmes. Pour cela il fallait que, par une juste et continuelle reconnaissance, je fasse refluer vers vous le courant de vos grâces, que ces eaux me rappelaient; il fallait que, comme ces arbres, je croisse en vertu et m'épanouisse en bonnes œuvres. Enfin comme ces colombes, dédaignant la terre, j'avais à m'élancer librement vers les régions célestes, où mon âme, affranchie des sens et des bruits du monde, s'appliquerait tout entière à penser à vous.
« Tout le jour j'eus l'esprit rempli de ces pensées. Le soir, avant de'dormir, je m'agenouillai pour prier et soudain je me rappelai ce passage de l'Évangile: Si quelqu'un m'aime, il pratiquera mes enseignements, et mon père l'aimera, et nous viendrons à lui, y faire notre demeure (Jean, xiv, 23). En môme temps mon cœur de boue sentit que vous vous rendiez présent en lui... Il y a de cela neuf ans, et, depuis lors, chaque fois que je suis revenue à mon intérieur, je vous y ai toujours retrouvé; vous ne vous êtes pas éloigné même un instant, excepté une fois, pendant onze jours... Cela provint, je crois, d'une conversation mondaine... 11 fallut, pour me ramener, votre douce humilité et votre admirable chanté, car j'en étais venue à cet excès de folie que je ne prenais pas garde à la perte d'un tel trésor. Je n'en éprouvais aucune douleur, je n'avais pas le plus petit désir de retrouver le bien perdu. Je ne puis comprendre maintenant comment mon esprit a pu tomber dans une telle extravagance.
« Rendez désormais très parfaite mon union avec vous. Attirez-moi si fortement que, lorsqu'il faudra m'occuper d'œuvres extérieures, je ne fasse que m'y prêter. Qu'après les avoir accomplies le mieux possible, â votre gloire, je revienne me jeter sans partage dans l'intime de votre être : telle une eau, dont l'obstacle est enlevé, se précipite impétueuse dans les profondeurs. Qu'enfin vous me trouviez aussi attentive à votre présence que vous mettez de soin à me la procurer. Que, par là, j'arrive à toute la perfection » qui m'est destinée (Le héraut de l'Amour divin, 1. III, ch. m. Voir encore le ch. xxui).
4€. — La B*« Marguerite Marie :
Ce divin Sauveur me dit « qu'il voulait me faire une nouvelle grâce encore plus grande que toutes celles qu'il m'avait déjà faites, qui était de faire en sorte que je ne le perdrais jamais de vue, l'ayant toujours intimement présent (2) : faveur que je regarde comme le comble de toutes celles que j'ai
(1) Plus tard, l'aateurde l'Imitation de Jétns-Christ dira : < Quand Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble dirfîcile; mais quand Jésus se retiie, tout fatigue... Vous ne pouvez vivre heureux sans un ami, et si Jésus n'est pas pour vous l'ami par excellence, TOUS serez toujours dans le chagrin et la tristesse • (1. Il, ch. nu).
(Sj Le texte ne dit pas s'il s'agit de la présence de la divinité ou de l'humanité. Il est pro« bable qu'il y avait les deux. — Cette grâce parait avoir été donnée à la bienheureuse ver*
reçues jusqu'ici de sa miséricorde infinie, puisque depuis ce temps-là j'ai eu sans cesse ce divin Sauveur intimement présent... Celle divine présence inspire en moi tant de respect que, lorsque je suis seule, je suis obligée de me prosterner la face contre terre et de m'anéantir, pour ainsi dire, en la présence de mon Sauveur et de mon Dieu... J'expérimente encore que toutes ces grâces sont accompagnées d'une paix inaltérable, d'une joie intérieure, et surtout d'un désir toujours plus ardent d'être humiliée, méprisée, anéantie et accablée de toutes sortes de souffrances, pour devenir un peu moins indigne d'être la plus petite des servantes de Jésus-Christ » (deuxième lettre au P. Rolin, t. Il de la seconde édition de Paray, 1876, p. 323).
§ 4. — Préseace de Dieu sentie dans runion pleine et les états
snivants.
4». — S»« Thérèse :
1* Sur l'union pleine. « Dieu s'établit lui-même dans l'intérieur de celte âme de telle manière que, quand elle revient à elle, il lui est impossible de douter qu'eWe n'ait été en Dieu et Dieu en elle. Et cette vérité lui demeure si fermement empreinte que, quand elle passerait plusieurs années sans être de nouveau élevée à cet état, elle ne pourrait ni oublier la faveur qu'elle a reçue, ni douter de sa réalité... Je connais une personne qui ne savait pas que Dieu fût en toutes choses par présence, par puissance, et par essence, et qui, après avoir été favorisée de la grâce dont je parle, le crut de la manière la plus inébranlable. En vain, un de ces demi-savants à qui elle demanda comment Dieu était en nous, et qui n'en savait pas plus qu'elle avant qu'elle eût été éclairée, lui répondit que Dieu n'était en nous que par sa grâce; elle ne voulut point ajouter foi à sa réponse, tant elle était sûre de la vérité » (Château, 5, ch. i).
2' Sur Vextase. « L'âme se voit alors prés de Dieu et il lui en reste une certitude si ferme, qu'elle ne peut concevoir le moindre doute sur la vérité d'une telle faveur... Jetais au commencement dans une telle ignorance, que je ne savais pas que Dieu fût dans tous les êtres. Mais comme, durant cette oraison, je le trouvais si présent à mon âme, comme la vue que j'avais de cette présence me semblait si claire, il m'était absolument impossible d'en douter. Des gens qui n'étaient pas doctes me disaient qu'il s'y trouvait seulement par sa grâce. Persuadée du contraire, je ne pouvais me rendre à leur sentiment et j'en avais de la peine » {Vie, ch. xviii).
« Cette âme [grâce à l'extase] se voit près de Dieu » {Vie, ch. xix).
[Soit dans l'oraison d'union, soit dans les ravissements], « le Seigneur unit l'âme à lui, mais en la rendant muette et aveugle comme S' Paul au moment de sa conversion... L'extrême plaisir qu'elle goûte de se voir si pris de Dieu suspend toutes ses puissances >» {Château, 7, ch. i).
3* Dans le mariage spirituel. « Pourvu que l'âme soit fidèle à Dieu, jamais,
l'i-P'ique de sa profe*sion. Klle en parle dans u Vit écrite par elle-même, t. ii, page 9Tt I st' trmire adressé au P. Rolin). Elle dil U : • Je le voyais, je le aentais proche de moi, et j'ciii'-adais beaucoup mieui que »i c'eût été des sens corporels •.
à mon aria, Dieu ne manquera de lui donner celte vue intime et manifeste de sa présence » (Château, 7, ch, i).
Voir encore plusieurs citations du chapitre sur Textase.
S 5. — Sur la certitude que donnent la quiétude et Tunion pleine.