DESCRIPTION DU PREMIER
t. — Énuméradvn. Les deux thèses ci-dessus nous ont fait connaître les deux caractères principaux de l'union mystique. Cette union a dix caractères de seconde espèce que voici; ils vont être expliqués successivement. Je les numérote comme faisant suite aux deux caractères fondamentaux.
3" Elle ne déj.end pas de notre volonté;
4' La connaissance de Dieu qui l'accompagne est obscure et confuse;
5* Ce mode de communication est à demi incompréhensible;
6° Cette union n'est produite ni par des raisonnements, ni par la considération des créatures, ni par des images sensibles;
7* Elle varie sans cesse d'intensité;
8* Elle demande moins de travail que la méditation;
9* Ellle est accompagnée de sentiments d'amour, de repos, de plaisir, et souvent de souffrance;
10' Elle porte par elle-même, et très efficacement, aux différentes vertus ;
11* Elle agit sur le corps et réciproquement;
12» Elle gène plus ou moins la production de certains actes intérieurs; c'est ce qu'on appelle la ligature.
*. — En employant le terme de caractères de seconde espèce, je n'ai pas voulu dire qu'ils sont sans importance, mais que spéculativement, ils en ont un peu moins que les deux autres qui les précèdent; plusieurs en sont comme les conséquences. Ceux-ci, en effet, sont les seuls qui nous fassent connaître le fond de l'occupa-
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tioD que Dieu donne à l'àme dans Tétat mystique. Les autres en indiquent seulement les effets ou les circonstances.
Certains de ces effets, tels que l'amour divin, se produisent sans aucune exception. D'autres peuvent en présenter çà et là.
S. — Unité des états d'union mystique. Précédemment JQ m'étais contenté d'affirmer que les quatre degrés de cette union sont, non des grâces sans liaison, mais le développement progressif d'une même grâce (ch. ui, «). Nous en avons maintenant la preuve, puisque ces états se ressemblent par tant de points. Ils ont les mêmes éléments : les douze caractères ci-dessus. Les différences viendront du degré de perfeclion de ces caractères. Cette proposition saute au.x yeux quand on lit S" Thérèse et que l'on prend la peine de comparer les descriptions qu'elle donne pour chaque degré (Voir encore ch. xv, «•). De môme le P. du Pont présente toutes ces grâces d'union comme n'en faisant qu'une, comme fond {Vie du P. Balthasar Alvarez, ch. xiv).
4. — ILs troisième earaetèrs a déjà été indiqué; c'est l'impuissance absolue de se procurer par soi-même les états mystiques. J'en ai tiré ma définition de ces états (ch. i). Mais il est bon d'y revenir, pour ajouter quelques notions complémentaires.
Je n'apporterai pas de citations de S'* Thérèse pour ce caractère, ni pour les deux suivants, parce qu'il suffit d'ouvrir ses Œuvres pour constater qu'elle en parle sans cesse.
5. — li'impuissance dont il s'agit se manifeste de six façons :
1* Comme il vient d'être dit, on ne peut pas produire en soi l'union mystique, quand Dieu ne la donne pas; tout le monde peut constater qu'il ne suffit pas de la vouloir;
2* Par là même aussi on ne peut pàs prévoir sa venue, quelque préparation qu'on ait tenté d'y apporter. Les commençants sont souvent surpris de voir comme elle arrive à l'improviste. Ils n'y songeaient pas et es*^ayaient bonnement d'élever leur cœur vers Dieu, sans peut-être y bien réussir. Soudain un recueillement d'un genre spécial les a sai^is «ans qu'ils sachent pourquoi. Ils se sont laissés aller à ce courant, parce qu'ils consultaient, à première vue, que c'était une occupation pieuse. Ils ont remisa un autre moment le soin de l'examiner de plus près. Leur rôle a consisté à consentir à une action imprévue;
3* Si cette union est donnée, on ne peut pas la rendre pitts forte,
malgré le désir qu'on en a. On ne s'enfonce en Dieu que dans la mesure précise où il le veut ;
k* 11 en est de même pour Vespèce de l'union mystique. Nous verrons que cette faveur peut présenter certaines diflérences dans sa manière d'être. Or il ne dépend en rien de notre volonté d'avoir une espèce plutôt qu'une autre; par suite, on ne peut rien prévoir à ce sujet;
5* Ceux qui n'ont cette union que de temps en temps constatent, le plus souvent, qu'elle cesse brusquement, comme elle était venue ; et cela, sans leur participation ;
6** On ne peut pas la faire cesser par un simple acte de volonté intérieure. On n'arrive à agir sur elle que par des moyens indirects, en se promenant, ou en se distrayant beaucoup an dehors. De la sorte, on peut ainsi la diminuer, ou même arriver à la faire eesser tout à fait (Voir ch. xiu, s).
•. — jivi« aux directeur». Il suit de cette dernière remarque qu'un directeur demande l'impossible si, d'une manière générale, il conseille ou ordonne à quelqu'un de quitter l'union mystique pour revenir à l'oraison ordinaire. Tout ce qu'on pourrait faire, ce serait d'abandonner Toraison, ce qui n'est pas la même chose.
Néanmoins le dirigé devra montrer de la bonne volonté, en essayant doucement d'obéir. Le résultat, il est vrai, est connu d'avance. Mais peu importe. Ce que l'obéissance peut demander, ce n'est pas de réussir, mais d'essayer.
9. — Uoe autre conséquence de ce qui précède, c'est que dans l'union mystique on se sent , par rapport à cette faveur, dans une dépendance absolue de la -volonté divine : il dépend de Dieu seul de donner, d'augmenter, de retirer.
Rien n'est plus propre à inspirer des sentiments d'humilité. Car on voit clairement qu'on a un rôle très secondaire, celui du pauvre qui tend la main. Dans l'oraison ordinaire, au contraire, on est tenté d'attribuer à ses talents la plus grande part du succès.
Cette dépendance, continuellement sentie, produit aussi une crainte filiale de Dieu. Car nous voyons combien il lui est facile de nous punir de nos infidélités, en nous faisant tout perdre iostantanément.
S. — Cause de cette impoiManee. Les thèses ci-dessus nous
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font entrevoir pourquoi l'union mystique n'est pas mise à notre disposition comme l'oraison ordinaire. Cela tient à ce que cette union donne une possession expérimentale de Dieu. Une comparaison fera comprendre cette explication. Si un de mes amis est caché derrière un mur, je puis toujours penser k lui, quand je le désire. Mais si je veux entrer re'ellement en relation avec lui, ma volonté ne suffit plus. Il faut que le mur disparaisse. De même Dieu est caché. Avec l'aide de la çràce, il dépend toujours de ma volonté dépenser à lui; ce qui est de l'oraison ordinaire. Mais on comprend que si je veux entrer réellement en communication avec lui, cette volonté ne suffit plus. Il y a un obstacle à enlever; la main divine en est seule capable.
•• — Si l'on ne peut produire à volonté l'état mystique, du moins on peut m*j ditapeser. Et cela, par la pratique des vertus, et aussi par une vie de recueillement intérieur et extérieur (Voir ch. XXVIII, zé).
Quelquefois on est pris soudain par l'union mystique, en lisant quelque livre pieux, ou en entendant parler de Dieu. Dans ce cas, la lecture ou la conversation est, non pas la cause, mais l'occasion de la grûce reçue. Cette grâce a Dieu pour seule cause; mais Dieu tient compte de la disposition où nous nous trouvons.