GRENOUILLETTE SANGUINE
Les kystes vasculaires de la région sublinguale ont été décrits pour la première fois par Dolbeau, en 1857 (Mémoire sur une variété de tumeur sanguine ow grenouilletite sanguine). Le point de départ de ce Mémoire est une observation communiquée par cet auteur à la Société anatomique, en 1854, avec pièce à l'appui ; quatre autres y sont jointes. Mais deux choses différentes s’y trouvent confondues : les tumeurs érectiles simples et les kystes qui en proviennent quelquefois. |
HE ARS Mon exposé se bornera à l’analyse des observations les plus importantes.
L'OBSERVATION 1 concerne une femme de 34 ans. Du côté gauche, entre le frein de la langue et la ‘mâchoire, il y a sur le plancher de la bouche un relief transversal, mou, fluctuant, bleuâtre, transparent. De plus, on remarque sous la langue, à la lèvre inférieure, à la face interne de la joue gauche, des bosselures violacées, membraneuses. M. Nélaton crut à une grenouillette coïncidant avec des tumeurs érectiles. Il voulut en débarrasser la malade. Ponction avec le trocart. Il sort du sang rouge, mais sans impulsion. L’hémorrhagie est difficilement arrêtée. Gonflement, douleurs, accidents généraux. Mort.
À l’autopsie : La tumeur du plancher de la bouche se compose d’une grande cavité distincte, occupant le plancher de la bouche, l'épaisseur de la base de la langue. Toutes ces cavités à parois minces et séreuses, renferment encore du sang dans différents états.
OBsERVATION 111. — Jeune fille de 18 ans. « À gauche de la langue, et repoussant le frein, on trouve une tumeur grosse comme une petite noix. Cette tumeur est recouverte par la muqueuse saine et mobile. Elle est transparente, un peu violacée ; à sa surface, on observe un petit point érectile de la grosseur d’une tête d’épingle. Suivant la malade, ce serait le siège de la ponction qui a été pratiquée anciennement. La tumeur recouvre la veine ranine, qui n'existe plus que dans sa terminaison à la pointe de la langue. Par en bas, la tumeur se confond avec le plancher de la
bouche. »
OBSERVATION v. — Sur le cadavre d’une jeune femme, M. Dolbeau trouva une tumeur située à gauche du frein de la langue, sur le plancher de la bouche. Elle était grosse comme une noisette, recouverte par la muqueuse qui était libre d’adhérence. Il crut à une grenouillette peu développée. «J’eus beaucoup de peine à disséquer le canal de Wharton, à cause de la présence de nombreuses veines variqueuses et présentant par places des culs-de-sac. Néanmoins, j'isolai le canal et j’eus la cerlitude qu’il n’était pour rien dans la formation du kyste. Gelui-ci en était bien éloigné
mA et logé au milieu des paquets veineux dont j'ai déjà parlé; j'ai voulu l'isoler complètement des veines, mais bientôt il a été ouvert et j'ai pu constater ce qui suit: les parois étaient très minces, lisses et d'aspect séreux vers l'intérieur. Le contenu était un liquide séreux, légèrement rosé, renfermant un petit corps d'apparence fibrineuse. J'ai exploré les parois, et nulle part je n’ai pu trouver un trou, un pertuis qui fit communiquer cette cavité, soit avec les conduits salivaires, soit avec les veines. Je crois cependant que ce kyste.est le résultat d’une oblitération veineuse. que la portion restée libre s’est développée ensuite successivement. Mon opinion se trouve fondée sur l'existence des paquets variqueux, très adhérents les uns aux autres et par la présence de plusieurs diverticules encore en communication avec les autres. »
Nous aurions donc ici les deux variétés de kystes vasculaires décrits ailleurs : 1° Les uns, produits par une simple dilatation vasculaire, ou bien siégeant dans le tissu cellulaire ambiant, mais communiquant toujours avec la cavité du vaisseau ; 2° les autres, séparés du courant sanguin et dans lesquels la matière colorante disparaît peu à peu.
Dans toutes ces observations, on peut remarquer deux circonstances intéressantes : la coexistence de tumeurs érectiles avec tous leurs symptôme, et l’âge peu avancé des malades.