OBSERVATION I
(Personnelle)
MANIE CHRONIQUE AVEC IDÉES DE PERSÉCUTION. — GUÉRISON APRÈS 11 ‘ANS DE TRAITEMENT,
Malade: T... (âgée de 50 ans) à la suite du décès de son mari, entra à l’Asile de Maréville en 1885, après avoir déjà fait, sans résultat, un séjour de deux années dans une maison de santé particulière.
Le médecin en chef de l’Asile, le docteur Sizaret, la reconnut atteinte de « folie chronique avec délire anxieux, idées de grandeur et de richesses, persécutions imaginaires, tendance à la démence » et, quinze jours après, il justifiait son maintien à Maréville en la déclarant atteinte de « manie chronique avec agitation continuelle, tendance à déchirer, malpropreté extrême, affaiblissement progressif des facultés ».
Cette malade se trouvait donc considérée comme incurable, et vouée à une démence certaine.
Me T... resta longtemps dans un état d’agitation extrême, déchirant ses vêtements, en proie à des hallucinations de toutes espèces, répétant toujours que ses enfants étaient morts. Le calme n’apparut qu’au bout de quatorze mois, en août 1886, la malade était devenue plus tranquille ; ce calme persista depuis lors en s’accentuant de plus en plus. Mais toujours les mêmes idées délirantes, Me T... répétant sans cesse : « Oh, n’est-ce pas ! Oh, quel malheur ! »
En mai 1887, on constatait du dédoublement de la personnalité. « La vraie Mr° T,., habite Nancy, rue....., elle n’est pas celle-là. »
En janvier 1889, toujours même état délirant, mais la malade commençait à s'occuper, jouant aux cartes avec les autres aliénées.
Ce mieux ne fit que s’accroitre (la santé physique, restant toujours satisfaisante, on l’attribua à un affaiblissement progressif des facultés). En juin 1893, le dédoublement de la personnalité se remarquait encore et en mai 1894, le médecin en chef, le docteur Päris, notait : «ou elle
mer re
va réellement mieux, ou elle est arrivée à cette phase d’amélioration apparente qui précède fréquemment la démence ».
L'amélioration était réelle, car, en août 1894, M. T... avait pour ainsi dire retrouvé toute sa lucidité d’esprit : elle avait pleine conscience d’avoir présenté des troubles intellectuels sérieux à la suite du décès de son mari; et tout en craignant la liberté après dix années d'absence de la vie, elle demandait parfois sa sortie.
En février 1895, décidée à quitter l’Asile, elle voulut auparavant faire régler ses affaires, afin de n’être pas exposée à des contrariétés au dehors, et d’être débarrassée du souci de questions d'intérêt assez pénibles.
Mn:° T... sortit de l’Asile en mai 1895 absolument quérie. Il nous a été permis de la suivre, de lire même des lettres qu’elle a écrites aux sœurs qui l’avaient soignée, et où elle confirme le parfait état de sa raison. Son intelligence, sa sensibilité, étant donc restées engourdies, le réveil de son esprit s’est effectué lentement, sous l'influence d’un traitement moral prolongé, par appels répétés aux sentiments affectifs.
Aurait-on pu prévoir une telle guérison ? malgré toutes les apparences de démence ! Peut-être ! l’aliénation était de cause morale, l’invasion explosive avait suivi de près l’action de la cause ; en quelques jours la maladie avait atteint le summum de l’évolution ! le délire s'était transformé : la malade était revenue à des sentiments affectifs, toutes ces conditions sont regardées comme des circonstances favorables. Il y avait donc lieu d'espérer dans l’avenir !