CHAPITRE Il
Des guérisons de la folie. — Observations de guérisons tardives. — Mécanisme des guérisons tardives.
La proportion des guérisons de la folie est très diffielle à établir : dans la moitié des cas, selon Ball ; dans le tiers, selon Sollier, on obtient un résultat heureux. Earle admet que les cas de guérison sont moins fréquents aujourd'hui qu'ils ne l’étaient il y a 30 ou 40 ans : « Depuis 20 ans, dit-il, la moyenne est descendue en Amérique de 46 à 34 p. 100. Sur 100 malades qui auraient guéri il y a 25 aus, 74 seulement recouvreraient aujourd’hui la santé ».
Nous n’entrerons pas, nous l’avons dit, dans les nombreuses conditions qui influent sur la guérison ; nous ne ne nous arrêterons que sur la durée, sur le temps qu'elle peut mettre à se maniiester.
« La curabilité de l’aliénation mentale est en raison inverse de sa chronicité » : tel est le principe généralement admis et observé ; plus la maladie est ancienne, moins il y a d'espoir. D'après Guislain 60 p. 100 des guérisons obtenues se produisent dans le premier mois, 25 p. 100 dans les six mois consécutifs, et les chances diminuent à mesure que la maladie se prolonge.
Sur 100 guérisons, d’après Dagonnet, 64 sont sur-
venues dans le 1” mois de la maladie ; 40 p. 100 quand la maladie a duré plus de trois mois, 2 p. 100 quand elle existait depuis plus d’une année.
Le docteur Jacobi, en Allemagne, a lui-même constaté qu'il était possible d'obtenir dans les deux premiers mois de la maladie 80 guérisons sur 100 cas d’aliénation vraie : « Après deux ans, ajoute-t-il, les guérisons deviennent tout à fait exceptionnelles ». |
Nous avons à notre tour interrogé les statistiques de l’Asile de Maréville et nous avons trouvé, par exemple, que, sur une moyenne de soixante-six guérisons obtenues dans le service des femmes, la durée du traitement a été :
De LiMOISipon rer 7 malades DÉS OS MO DOTE RER 16 "id De 3 4: 0 Mois pour" TR De Gois Aa npOour RER Detan a ansipour es ER FE
Et sur soixante-dix hommes sortis guéris la durée du traitement a été :
DÉTIMNOISIDONTERERENEEEE 11 malades DER MOTSDOUEEE NES TOITS De 3 à 6 mois pour....... IDE De CMOS A MANAPDOUr TE Det A2 ATSATOUr ARE DARCICE
Un seul est resté plus de 5 ans.
Il nous semble inutile de multiplier les exemples ; ces
proportions doivent être considérées comme l'expression de la réalité. Au delà de la première année, les chances décroissent avec une rapidité extrême et, au bout de quatre ans, deviennent presque nulles.
Ce temps écoulé, il ne faudrait pas cependant abandonner tout espoir, car on voit des guérisons tardives, le plus souvent inatlendues, même au bout de quinze, vingt, vingt-cinq années de folie. Les exemples abondent.
Marcé eut l’occasion de constater une guérison après dix années de maladie.
Blanche à connu une dame atteinte de mélancolie qui est restée quinze ans dans une maison de santé pour en sortir guérie.
Rousseau, Marandon de Montyel, Cullerre ont cité des cas de guérison après dix-sept, dix-neuf, et quatorze années d'internement.
À ce propos nous aurions pu consulter les registres de l’Asile et rechercher, comme tant d’autres l’ont fait, les proportions de guérisons tardives pour les hommes et pour les femmes, par âge et par état civil, par année et pour cent. Mais à quoi bon ! un tel travail n’eût pas eu grande valeur ; pour nous, médecin, la question de guérison n’équivaut pas celle de liberté, et pour affirmer une guérison, il est indispensable qu'on ait pu suivre les malades pendant de longues années après leur sortie, connaître le résultat de leur rentrée en famille, savoir comment ils se comportent dans les luttes de la vie, etc... Car il peut arriver (ét il est arrivé souvent) que l’on considère comme convalescents des malades qui peu après leur sortie tombent en démence ; ils ne présentaient alors que cette
lo
phase de lucidité passagère, que nous avons signalée, et que l’on peut jusqu’à un certain point rapprocher de ce retour aux sentiments affectifs très fréquemment observé, nous l'avons déjà vu, chez les aliénés les plus troublés quelque temps avant la mort.
Ces renseignements nous auraient forcément manqué; et tous ceux qui ont publié des observations de guérison tardive, sont-ils bien sûrs que cette guérison était définitive ? Nous nous bornerons à ne citer à l’appui de notre thèse que des observations de malades de l’Asile ayant retrouvé leur raison après un long séjour et dont nous avons nu avoir des nouvelles, soit personnellement, soit par le médecin en chef auquel ils ont écrit, soit par les sœurs qui les ont soignés et avec lesquels ils n’ont cessé de correspondre.
Nous allons donner 1e1 7 observations personnelles de malades de l’Asile de Maréville (4 hommes et 3 femmes) sortis guéris après y avoir passé de nombreuses années en traitement, et dont nous pouvons affirmer jusqu’à ce jour le maintien de l’état mental.
Ces observations peuvent se classer en 2 catégories ; les 3 premières sont des manies chroniques avec idées de perséeution, les 4 suivantes sont des lypémanies ou mélancolie avec idées de persécution.
Nous montrerons ensuite comment ces guérisons sont survenues, nous chercherons le traitement qui les à provoquées, et nous émettrons alors quelques idées générales sur divers traitements de la folie, aujourd'hui en usage.
dis ces ie