‹ Des Guérisons Tardives de la FolieChapitre 12 sur 30 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(Personnelle)

DÉLIRE DE PERSÉCUTION AVEC HALLUCINATIONS DES CINQ SENS. — GUÉRISON APRÈS {2 ANNÉES DE TRAITEMENT.

H..., Jean-Baptiste, né en 1826, marié, manouvrier, fut interné à l’Asile de Maréville en novembre 1884. Le début de la maladie remontait à cinq mois. A la suite d’une discussion qu’il eut avec le maire de sa commune et le garde-champèêtre., il se crut persécuté par eux, et jour et nuit il entendait des musiciens qui jouaient sous ses fenêtres pour l'empêcher de dormir, et l’injuriaient. Insomnie complète. Il croyait avoir des grenouilles dans l’estomac. Il se figurait être sous l’influence de persécuteurs, qui employaient un instrument aimanté qu'il appelait voyotte et qui avait le don d’imiter toutes les voix d’hommes et d'animaux. A plusieurs reprises, et pour s’en débarrasser, il a eu l'intention de se noyer, mais la voyotte s’y opposa.

Pas d’antécédents héréditaires, pas d’alcoolisme.

24 heures. — H... est atteint de délire des persécutions avec hallucinations des cinq sens. Il est dangereux pour son entourage.

(Dr LaANGLOIS).

Quinzaine. — Même état mental, inconscience absolue.

En juillet 1885 une amélioration très sensible s'était fait sentir,

l’insomnie avait disparu et le malade commençait à avoir une certaine conscience de son état.

En. 1886, toujours les mêmes idées délirantes, et hallucinations

rl

terrifiantes. il voyait des cuvettes de sang noir et des membres humains amoncelés.

En 1887, H... était devenu plus irritable et s’excitait très facilement ; on ne constatait alors aucune modification dans son état mental ; la voyotte venait encore souvent l’insulter et le persécuter.

Cet état persista identique jusqu'en 1894, il avait toujours les mêmes illusions internes, entendant les mêmes voix ; pendant sept ans l’état mental était resté stationnaire, sans que l’on puisse enregistrer aucune amélioration, même passagère. Cependant H... avait conservé toute sa mémoire, ses facultés intellectuelles ne semblaient nullement affaiblies et ses sentiments affectifs pour les siens n’étaient pas diminués. Il entretint à ce moment une correspondance suivie et très sensée avec sa femme, pour s'intéresser à ses enfants, et lui demander de venir le chercher.

Peu à peu ses idées de persécution disparurent, une pneumonie, qu’il contracta à la fin de 1895, acheva de le rétablir; et pendant sa convalescence, il reconnut ses folies ; la voyotte n'existait, disait-il, que dans son imagination, et il ne l’entendrait plus jamais.

C'est alors que le docteur Vernet lui accorda sa sortie, il vient de quitter l’Asile de Maréville le 15 afril dernier, et il est probable qu’au

sein de sa famille, la guérison ne fera que s'affirmer.

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