OBSERVATION IV
(Personnelle)
LYPÉMANIE AVEC IDÉES DE PERSÉCUTION. — GUÉRISON APRÈS 19 ANS DE TRAITEMENT.
Malade: B... (Aristide), 39 ans, employé de chemin de fer, entré à l’Asile de Maréville en 1875, après un court séjour dans une maison de santé du Rhône. Arrêté à Lyon sous prévention d’attentat à la pudeur sur des jeunes filles, il fut au bout de quelques mois de prison transféré à l’Antiquaille.
FAN Car
Nous ne savons rien de ses antécédents héréditaires, aucun parent aliéné ; quant à ses antécédents personnels il était ordinairement excité, difficultueux, souvent il avait été l’objet de disgrâces de la part de ses chefs auxquels il attribuait des idées malveillantes à son égard, il assista, dit-il, au siège de Paris qui fit sur lui une profonde impression.
Il fut reconnu atteint de lypémanie avec idées de persécution.
Dans les premiers temps de son séjour à l’Asile de Maréville, il ne voulut pas manger de viande, ni boire de vin, donnant pour prétexte de cette abstinence le dégoût que lui causait le souvenir de la guerre. Ce ne fut qu’au bout de 8 jours qu’il se décida à accepter la nourriture ordinaire de la maison ; on remarquait chez lui un fond de tristesse peu prononcé, une légère dépression, mais toujours calme.
En 76, l’état de B... s’améliora quelque peu, et il s’occupa dans les bureaux de l’administration, ayant toujours conservé ses mêmes idées délirantes, plus ou moins bien dissimulées.
En 76, il fut pris d'un accès d’agitation extrême : refusant entre autres manies de se faire raser et couper les cheveux.
Le calme revint deux mois plus tard, mais les hallucinations apparurent, et le malade se mit à parler la nuit, monologuant une partie de la journée, en proie à des idées de persécution à l'égard de ses anciens chefs.
Après une évasion en juillet 187%, le médecin en chef écrivait à ses parents : « M. B... se figure que tout le monde lui en veut, qu'il est interné arbitrairement ; son caractère est irascible et violent, il refuse d'écrire à sa famille ». Sans être absolument incurable, ajoute le docteur Christian, « il ne me paraît offrir que très peu de chances de guérison ».
En 1878, mêmes idées de persécution, halluciné dangereux.
En 1880, M. B... avait repris son calme, à peu près permanent, et recommençait son travail dans les bureaux. Cet état persista pendant longtemps, et en 1882, on notait chez lui une véritable amélioration : les hallucinations dispararent peu à peu, les idées de persécution subsistant encore ; son chef de bureau appréciait ses qualités d'excellent comptable, et la régularité de son travail.
Maïntenu encore à l'asile, son état mental ne fit que s'améliorer de plus en plus, B... se mit à demander sa sortie.
En 1886, au mois d’août, le docteur Langlois lui rendit la liberté, « certifiant que B... ne manifestait plus depuis longtemps aucun symptôme d’aliénation mentale, qu’il était intelligent et capable de gagner sa vie ». Il sortit de l’Asile le 25 septembre 1886.
En quittant Maréville, il partit pour Paris et fut employé à la Compagnie de l’Ouest dont il fait encore partie aujourd’hui et jouit de la plénitude de sa raison.