‹ Des Guérisons Tardives de la FolieChapitre 14 sur 30 · L'ASILE · texte numérisé non relu

L'ASILE

Malade : H... (Marie-Eudoxie), 41 ans, lingère, entrée à l’Asile en juin 1885, fut reconnue atteinte de « lypémanie avec mutisme, immobilité, refus des aliments, ne peut vivre en liberté sans danger pour elle-même et pour l’ordre public ». Quinze jours après, le docteur Sizaret la déclarait atteinte de démence avec mutisme obstiné, même refus d'aliments, indifférence absolue.

Me H..., à la suite de chagrins de famille, était tombée depuis plusieurs mois dans une profonde tristesse, le sommeil avait disparu, elle passait toutes ses journées à l’église, abandonnant son ménage, son atelier, oubliant même ses heures de repas et refusant de manger lorsqu'on venait la chercher. Très agitée, elle fit une tentative de suicide et fut aussitôt amenée à Maréville. Aucun antécédent héréditaire.

Le séjour de l’Asile lui rendit aussitôt le- calme, peu à peu elle congsentit à se nourrir elle-même, mais elle refusait avec obstination de répondre aux questions qu’on lui adressait.

Tourmentée par des idées de persécution, elle s’accusait de fautes. imaginaires, croyant qu’elle allait être damnée.

21 décembre 1885. — Aucun changement favorable, inertie intel-

lectuelle par suite de pénurie d'idées, toutes les facultés sont affaiblies, marasme physique complet, la malade ne mange même pas seule.

Cet état persiste pendant toutes les années 1886 et 1887 et en 1888, le docteur Päris écrivait. « Mme H... paraît en démence (inertie stupide) »et à la fin de cette même année il constatait qu'aucun changement favorable ne s'était produit, « M° H... ne parle jamais, ne mange pas

seule, a besoin d’être airigée comme un enfant ».

1889-1890. — Même état continuel de mutisme, d’indifférence, d’inconscience, d'inertie physique « état mental non susceptible d’amélioration » était-il porté sur les registres.

Mais en 1891, malgré la persistance de ses idées de culpabilité, lorsqu'on lui parlait de sa fille ou de sa tentative de suicide, M° H.. commençait à avoir une légère conscience de son état. Depuis quelque temps elle travaillait régulièrement à la lingerie, sa torpeur semblait s'être dissipée, et M° H... devint très impressionnable. Ce changement subit, survenu certainement sous l'influence du travail, et d’une sollicitude de tous les instants, ne laissa pas de surprendre ceux qui avaient suivi la malade. Les facultés intellectuelles étaient toujours très affaiblies, mais malgré une amnésie antérieure presque complète Me H... manifesta le désir de revoir son mari et sa fille pour avoir des nouvelles de tous les siens.

Juillet 1893. — Le mieux n'ayant fait qu’augmenter, sur les instances de la malade et de la famille de M° H..., le docteur Pâris certifiait qu’elle avait éprouvé dans son état mental une amélioration très sensible qui permettait de la rendre à sa famille qui la réclamait.

Mme H... quitta l’Asile en pleine possession de sa raison, elle le prouve suffisamment par une lettre, qu’elle écrivit aussitôt son retour dans ses foyers :

Paris le 26 juillet 1893, Monsieur Le DocreuRr

« Mon départ fixé pour quitter l’Asile, je ne pus malgré ma volonté et mon devoir vous faire mes remerciements de vive voix. Dans cette

lettre je viens témoigner la reconnaissance des soins que j'ai reçus ;

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