‹ Des Guérisons Tardives de la FolieChapitre 7 sur 30 · ARE · texte numérisé non relu

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bien préciser ce que nous entendons par guérison en médecine mentale, et ce qu'il faut entendre en particulier par guérison tardive, et lorsque Ball dit que « la folie n’est pas un crime, que c’est une maladie qui guérit par le traitement » quel sens attache-t-il au mot guérison ?

Nous croyons, comme Magnan, que tout aliéné est porteur d’une tare héréditaire, qu'il faut être prédestiné pour devenir aliéné, qu'il faut, selon l'expression de Thomson, « être atteint de diathèse vésanique ». Dans ces conditions, quelle peut être la guérison de la folie : guérison, en médecine physique, c’est la disparition radicale et définitive de la maladie ; on guérit d’une pneumonie, d'une fièvre typhoïde ; mais en médecine mentale, lorsque les troubles psychiques ont disparu, peut-on affirmer qu'il y à guérison ; est-on certain qu'ils ne reparaïtront jamais ? Il n'y a dans la folie aucun symptôme anatomique qui puisse la faire supposer et partant aucun signe qui puisse affirmer la guérison.

Nous admettons que les troubles psychiques du délire aigu, de la lypémanie, de la mélancolie, etc., de la folie simple, en un mot, sont susceptibles de disparaître et le sujet qui les présentait de retrouver à ce moment seul la plénitude de sa raison. En cela nous faisons résider la guérison ; ce sont dans ces rétablissements survenant au bout de 10 ou 15 ans que nous comprenons les guérisons tardives.

Ces restrictions posées, on peut dire que la folie est curable, que les guérisons sont possibles ; on peut dire qu'il y à rémission, guérison au moment où on la constate ; mais on ne saurait affirmer une guérison définitive,

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l'avenir doit être seul juge en la matière. Car quelles que soient les apparences de parfaite raison, quelle que soit la durée du rétablissement, nous estimons qu’un aliéné guéri d'un premier accès est toujours sous le coup d’une nouvelle atteinte. Nous savons combien les rechutes sont fréquentes en alénation mentale, produites par une cause si imprévue qu’il est presque imprudent d'assurer qu’une guérison est à jamais certaine et définitive.

Notre opinion, admise par certains aliénistes, n’a pas été partagée par tous, nous allons résumer les divers avis donnés sur cette question.

C'est en 1873 que fut discutée pour la première fois, à la Société médico-psychologique, la grande question de la curabilité en médecine mentale.

Auguste Voisin prétendait que tout accès d’aliénation coïncide avec une altération des cellules nerveuses, et, s'appuyant sur les travaux de Hayem, il concluait à lPimpossibilité de la guérison dela folie par celle des lésions cérébrales. Sans indiquer quelle est cette lésion constante, il expliquait que l’aliéné, en apparence guéri, conserve toujours quelque chose d’anormal dans ses habitudes, dans son jugement, avec une grande tendance aux rechutes.

Foville, en protestant contre cette théorie (puisqu'il admet des guérisons radicales dans les diverses formes de la folie) se demande comment on peut expliquer avec la permanence des lésions cellulaires des améliorations partielles ou totales. Il admettrait volontiers des rémissions, mais il ne peut croire au retour définitif d’une fonction, lorsque les cellules nerveuses, dont la lésion avait produit le trouble, sont atrophiées, dégénérées ou détruites.

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Blanche semble partager cet avis: il considère comme possibles les guérisons complèles, et il ajoute que s'il est prouvé par l’anatomie pathologique qu’il n’y a pas d’aliéné sans altérations persistantes de la substance cérébrale, 1l faut renoncer à guérir la folie : «IL faut rayer le mot guérison de tous les traités d’alhénation mentale ».

Fournet accepte aussi cette opinion, mais en affirmant que le cerveau, « la plus vitale de toutes lessubstances organiques », se guérit et se restaure comme les autres, et en niant en outre toute relation forcée entre les cellules et les troubles de l'intelligence.

Quant à Magnan, qu'on considère à tort comme le créateur de la dégénérescence, puisque Morel, bien avant lui, s’était déjà occupé de folie héréditaire, son opinion se rapproche de celle de Luys, que nous allons longuement développer plus loin, et pour lui, on naît aliéné, c'est certain ; mais, où bien on vient au monde avec une tare manifeste, et on entre dans la vie avec des troubles intellectuels qu’on conservera jusqu’à la fin ; ow bien on nait normal en apparence, sans tare manifeste, jusqu à l’accès qui peut survenir brusquement sans la moindre cause et disparaître aussi vite, pour reparaître ensuite à une époque indéterminable. La guérison radicale ne peut donc pour Magnan jamais être affirmée, et le malade se trouve toujours sous le coup d’un nouvel accès.

Ces mêmes idées ont été développées par Thomson dans sa longue discussion sur la curabilité : quiconque deviendra fou possède en naïssant « la diathèse vésanique » dont tout accès de folie n’est que l'expression : plus tôt elle se fait sentir, plus elle est incurable et la folie de l'enfance est pour lui irrémédiable.

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Le problème, sans être résolu, se trouvait donc posé, et ce fut à l’occasion du projet de loi relatif au rétablissement du divorce que de longues discussions s’élevèrent en 1882 et en 1883 à l’Académie de médecine et à la Société médico-psychologique sur la possibilité des guérisons tardives. En dehors de l'intérêt législatif, que nous avons entrepris plus loin de faire ressortir, cette discussion montra toute l’incertitude qui régnait encore sur ce fait de clinique pure, de simple observation. Les médecins aliénistes furent appelés à intervenir, car la question avait pour but de savoir si la folie ne devait pas être comptée parmi les causes susceptibles de rompre les liens du mariage.

Blanche, poursuivant son idée, combattit résolument cette innovation : il n’hésita pas à dire que la folie, même ancienne, est encore dans un certain nombre de cas susceptible de guérison ; par conséquent on ne peut pas considérer ceux qui en sont afteints comme ne comptant plus pour rien dans la vie sociale.

D'autre part, Luys, partisan de cette disposition législative, affirma qu’au bout d’un certain temps d’aliénation mentale, quatre ans pour les hommes, cinq années pour les femmes, les aliénés sont voués à l’incurabilité absolue et frappés par là d’une déchéance irrémissible, en raison de laquelle on peut sans scrupule rompre les liens par lesquels ils avaient été antérieurement unis à un mari ou à une femme ; les lésions organiques succèdent aux lésions dynamiques, la démence se substitue à la folie p'oprement dite, et passé ces deux limites, les guérisons sont plus apparentes que réelles.

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« Plus je m'applique à suivre attentivement les cas qui m'ont passé sous les yeux, écrit-il plus tard dans son Traitement de la Folie, plus j'acquiers cette conviction qu'une fois déclarées, les maladies mentales constituent, dans leur évolution lente à travers l’organisme, un processus morbide à marche fatale vers la démence, susceptible de laisser au support quelques moments de répit, 1l est vrai, mais néanmoins irrévocable dans sa marche progressive. »

Pour lui prouver qu'il est dans l'erreur, 1l demande qu'on lui montre dans les archives de la science un certain nombre d'observations de guérisons authentiques, «observations n’existant pas, dit-il, ou du moins n'ayant pas été publiées ».

Il prétend avoir compulsé toute la collection des Annales médico-psychologiques et n'avoir rencontré que trois exemples, cités par Snell dans un journal allemand, et ces cas encore ne sont nullement probants, car il ne s’agit-pas de sujets tombés dans la période de démence et devenus inertes et insensibles, mais de sujets agités, turbulents, qui, au bout de dix à douze années, ont récupéré la possibilité de rentrer dans leur famille : « Voilà donc le bilan de la science aliéniste sur ce point spécial de la pathologie mentale ».

La question devenait un sujet intéressant d’études qui s’Imposait pour ainsi dire aux recherches des médecins d'asiles ; car c’est à eux qu'il appartenait d'interroger les registres de leurs services.

Giraud fit paraître un mémoire avec neuf observations de formes aiguës (manie ou lypémanie) dans lesquelles la

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guérison, prouvée autant qu’elle peut l'être par la sortie sans réintégration ultérieure, a été obtenue après une durée de traitement variant entre cinq et seize années.

Le docteur Sizaret en publia également une guérison au bout de huit années ; Rousseau en découvrit, sur six mille admissions, quatorze au bout d’un séjour variant de huit à vingt-huit ans.

Pinel vit guérir un malade au bout de vingt-huit ans de séquestration, Marcé après dix années, Blanche après quinze ans, Marandon de Montyel, Cullerre, etc., tous les aliénistes actuels en ont publié des observations, apportant ainsi à cette thèse des documents irréfutables.

On pourrait presque croire, en présence de tant d’exemples, que la guérison tardive n’est pas une simple excepton en médecine mentale; nous voyons en effet qu'elle a été souvent rencontrée et nous allons entreprendre maintenant de donner les observations de ce genre que nous possédons et de décrire les causes qui peuvent engendrer ce rétablissement, les circonstances parfois inattendues qui le produisent.

Mais avant d'entrer dans l’étude des guérisons tardives proprement dites, c’est-à-dire de celles qui, survenant chez un sujet encore vigoureux, lui permettront, plusieurs années après sa sortie, de vivre de sa vie d’autrefois, nous voudrions mentionner un fait réel, souvent constaté, qui a toujours éveillé l'attention des psychologues ; je veux parler du changement qui se fait chez l’aliéné aux approches de la mort et permet à la raison de reprendre ses droits. Ce retour de l'intelligence, « cette phosphorescence plus grande de l'esprit qui semble déjà

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