‹ Des Guérisons Tardives de la FolieChapitre 8 sur 30 · TON · texte numérisé non relu

TON

S'éclairer des feux de l’immortalité », étaient bien connus des anciens, qui recueillaient dans un religieux silence les paroles des mourants. Comment expliquer que la pensée ne soit pas anéantie après une longue inaction de l'organe cérébral, malgré les modifications matérielles que le cerveau a dù éprouver, malgré les diminutions de poids qui surviennent, dit-on, à la longue, dans l’encéphale des uliénés ? « C'est le boisseau renversé sur la lumière, dit Parchappe, il la cache mais il ne l’éteint pas. »

Nous pourrions à ce propos donner bien des exemples, raconter l’histoire si connue de Ganganelli, de ce pape qui, au moment d’expirer, retrouva la raison pour confesser ses fautes ; mais nous renvoyons aux observations de ce genre si longuement relatées par Brière de Boismont dans son Histoire des hallucinations.

Notons encore les moments de lucidité d'esprit qui surviennent si souvent au cours d’une folie ancienne, qui pourraient faire espérer une guérison prochaine, mais qui ne sont en réalité que les signes précurseurs d’une démence à Jamais incurable. « Il existe, dit Rousseau, cerlains aliénés qui, au plus léger contact de la démence, cessent complètement de délirer : leur débilité intellectuelle reste latente, ils reprennent des allures régulières et peuvent être rendus momentanément à la vie commune. Ce sont les malades de cette catégorie qui sont suscephibles d'être méconnus et qui viennent grossir indûment le nombre des guérisons tardives. »

« On rencontre parfois, dit Calmeil, des paralytiques généraux même dont les conditions paraissent s’améliorer, dont la progression devient facile, la prononciation

beaucoup plus libre. Un médecin peu exercé se flatterait d’avoir obtenu une guérison presque complète ; lorsqu'on ne perd pas les malades de vue, on voit récidiver les accidents et bientôt on demeure convaincu que l’aliéné n'éprouvait qu’une rémission momentanée. »

S'il est si difficile déjà d’affirmer une guérison complète, il est encore plus téméraire d'assurer qu'elle ne se produira jamais, et nous pouvons nous résumer en disant avec Morel : « Il n’est jamais prudent en médecine mentale de poser le pronostic d'incurabilité ».

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