‹ Des hallucinations chez les enfantsChapitre 10 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Théorie et Mécanisme des hallucinations.

Les théories de l’hallucination sont nombreuses et elles relèvent à^&Y'ovdiVé surnaturel, dëTordrejôsî/c/^o%zÿMe etde l’ordre anatomique c’est-à-dire de l’état cellulaire du cerveau.

Le rôle du surnaturel dans l’explication des hallucinations a été longtemps en faveur. C’est la théorie du mysticisme et des esprits dominés par les croyances religieuses de la démonologie, de la sorcellerie et des possessions démoniaques; mais cette intervention des démons familiers, des génies, des fées, des anges, de satan, de Dieu dans les hallucinations, si considérable dans l’antiquité et au moyen âge, n’a plus rien de scientifique. Rien dans le surnaturel ne peut satisfaire les exigences de la physiologie et de la pathologie modernes. Les inspirations de l’extase religieuse, les visions célestes, les voix divines et les illusions sensorielles de la possession démoniaque, de la magie, de la sorcellerie sont des manifestations de mysticisme religieux ou profane, et de foi divine qui se rattachent à la nervosité morbide, et c’est à ce point de vue qu’il faut se placer si on veut se rendre compte des phénomènes hallucinatoires.

Le théorie 'psychologique qui, dans la première moitié du siècle, a joui d’une certaine faveur, n’explique pas grand’ehose,

car elle se contente d’hypothèses hasardeuses rendant compte du fait par ce fait lui-même.

Ainsi que veulent dire, à côté de ce qu’on appelle les conceptions normales de l’intellect, ces autres conceptions intérieures anormales de M. Garnier, constituant les fausses perceptions^ ou les hallucinations,, sinon l’expression^ dans un langage différent, du fait à analyser.

Pour être complet, il faudrait ajouter que ces conceptions anormales de l’halluciné s’acccompagnent d’une perception imaginaire d’images extérieures, de bruits étranges, de sons musicaux, de paroles bizarres, de contact cutané agréable ou douloureux, ce que la conception normale ne produit jamais. Ainsi,, les yeux fermés, j’ai la conception d’un paysage, de la figure d’un ami, mais je n’en ai pas l’image : ceci est un rappel mental d'une perception antérieure ; tandis que chez l’halluciné ce rappel mental prend la forme extérieure d’un acte, sensoriel déterminé entraînant la conviction d’un fait réel.

Le D' Peisse considère l’hallucination comme l’exagération du rappel mental ordinaire de la perception des sons et des imagos, c’est-à-dire comme un acte de mémoire. Mais chez un sujet bien portant, les yeux ouverts ou fermés, le rappel mental ne donne que des images confuses des objets et des couleurs de la nature sans perceptions réelles ; que des mélodies sans bruit, que des souvenirs gustatifs, tactiles, sans aucune sensation réelle. Et, si forte que soit la tension de la mémoire dans l’évocation d’une forme idéale que l’on voit et que l’on pourrait prendre, ce sujet n’est pas dupe de la conception anormale imaginaire, tandis que l’halluciné est dupe de la conception visuelle auditive ou autre.

C’est là une différence absolue.

Un autre philosophe dont le nom est resté célèbre. Bûchez, a soutenu la même théorie du Rappel mental donnant ja conviction d’une extériorité qui n’existe pas ; mais cette explica-

tidü ëët eridore de celles qui reudent compte du fait par le fait lui-même, et ne peuvêtit pas faire beaucoup avancer la sciëlicé.

Pôüi* Leiüt, l’autéur du Démon dé Socrate, les hallucinations sOilt lâ transformation des idées en sensations, chose contraire et opposée au fonctionnement normal de l’intellect qui s’élève de la sensation et de la perception à la formation des idées.

Ce Sont, dit-il, dés sensations fausses prises pour des sensations véritables ; cela n’est pas exact, car chez les hallucinés, il n’y a que des conceptions anormales donnant lieu à des sensations véritables^ ce qui est bien différent.

bans son Traité des hallucinations, on voit que, pour Brière de Boismont, le rappel mental et la conception qui en résulte peuvent, dans leur exagération, donner lieu à de véritables sensations, cè qui amène l’hallucination physiologique qu’on peut observer chez les sujets nerveux et de haute intelli- • gence par la force d’attention et de volonté.

Sauf quelques différences dans le langage, Delasiauve, Parchâppê, Pâlret et d’autres aliénistes ont donné à ces théories le secours de leur talent et de leur expérience ; mais, comme on le Voit par ces courts extraits, tous en restent ou à peu près â cètte idée que l’exagération du rappel mental produit les fausses sensations. On tourne dans le même cercle, et il n’en sort rien de bien satisfaisant.

La fhèbrÎB Àmtürniquè tirée de l’état cellulaire du cerveau, des troubles passagers qui s’y produisent, a donné et donnera de meilleurs résultats.

Sâiidras a émis cette idée que l'hallucination est une manifestation pathologique à part dans les désordres dont le système nerveux nous montre une étrange collection. C’est un fait entièrement distinct de la pensée, de la réminiscence, de lâ sensation normale.

SàndraS, qüi avait eu de nombreuses hallucinations, et qui

les âVàit bien étudiées sur lui-ttiême, était üii iüèdecih distingué de l’Hôtel-Dieu, dont la raison et 1‘intelligencë étàieiit appréciées de ses collègues.

Il avait eü une petite hémorrhagie cérébrale avec hémiplégie et dont il avait guéri ; C’est à la suite de cei àCcideiii qu'Ü avait de fréquentes hallucinations, qu’il distinguait ibès bien de ses sensations normales.

Bourdier, dans le môme ordré d’idées, a soutenu dde l’haiidcination était toujours üne opérâtioii pathologique et jamais physiologique.

Cela est vrai, mais il est allé trop loin en disant due raison OU hallucination s’exclüâient réciprodüement et que si i’hàilucination était compatible avec l’exercice riormal de là j)iüpart des facultés cérébrales, elle était incompatible avec l’iiïtégrité dé la raison.

Il est évident que c’eSt là une affirmation sans valeur, démentie par le nombre des hallucinés célèbres jouissant d’une intelligence supérieure atteignant le génie.

La môme pensée de localisation se retrouve dans le mémoire de Baillarger sur lés hallucinations (M. de l’Âc. de Médecine, 1846; t. XII), qu’il attribue : '

1° A i’exercicè involontaire de la mémoire et de l’imàgi-' nation ;

2° A la suspension des impressions internés ;

9“* A l’excitation interne des appareils sensoriels; C’ëst là que se trouve la pensée localisatrice ; les deux autres expliquent aussi bien le rêve que l’hallucination et confondent ces deux phénomènes qui doivent être séparés.

Diaprés tout Ce que nous savons sur la physiologie dü cerveau dans ses rapports avec le fonctionnement de l’intelligence, de la mémoire, du langage, avec là détermination du siège de la sensibilité et de la motilité, il semble qu’on ne puisse séparer l’origine des troubles de l’intelligence, de la sensibilité et du mouvement, des modifications petites ou

grandes, passagères ou permanentes de l’état cellulaire du cerveau et en particulier des centres.

La psychologie, dans ses applications métaphysiques peut chercher autre chose, mais la médecine clinique ne doit pas avoir la prétention de s’élever si haut.

Elle doit se borner à la recherche des modifications de texture d’imbibition, sous forme des cellules qui correspondent aux différentes fonctions du système nerveux.

En effet, à côté des grosses lésions d’un traumatisme, d’une rupture, d’une oblitération vasculaire, du développement d’un néoplasme ou de quelques entozoaires, il y a des modifications partielles de texture cellulaire cérébrale, hyperhémie, anémie par imbibition sanguine variable, résultant d’une insolation,de l’action du grand sympathique, de son influence vaso-motrice. Est-ce qu’un homme frappé d’insolation qui déraisonne momentanément, qui a des hallucinations pendant une journée, n’a pas eu de [modification si légère qu’elle soit, dans l’imbibition des cellules cérébrales correspondantes aux fonctions troublées? Deux Jours après, tout rentre dans l’ordre ; mais si l’insolation a été plus forte et les lésions plus accentuées, si, ces lésions sont considérables et permanentes, l’intelligence peut être plus sérieusement troublée ou à tout jamais perdue.

C’est aussi dans cette voie que M. Luys et M. Ritti se sont engagés pour rendre compte de la formation des hallucinations.

Ainsi, pour eux, ce sont les vibrations des cellules de la couche corticale produites par les stimulations de la couche optique qui engendrent les perceptions sensorielles. Mais,à l’état pathologiqué, le contraire a lieu, et les vibrations naissent spontanément dans les cellules des couches corticales, produisent des perceptions anormales par suite d’automatisme, comme.le dit Baillarger.

Le môme phénomène d’automatisme pourrait avoir lieu

également dans ;les cellules de la couche optique, comme si une sensation réelle venait de les mettre en .mouvement. Et M. Ritti (Théorie de l’Hallucination) page' 50, dit :

«A l’état normal, les objets extérieurs amènent l’excitation des nerfs sensoriels-: dans l’hallucination, au contraire, une excitation interne, celle des ganglions sensoriels, amène des représentations perçues par le malade, et qu’il objective comme si une impression sensorielle venait irriter le nerf sensoriel.

Puis il se résume en disant que les phénomènes du processus morbide.de l’hallucination sont :

1“ L’activité spontanée des cellules de la couche optique provoquée par des causes variables ;

2° L’irradiation de cette activité fictive vers les cellules de la substance corticale ;

3“ L’entraînement consécutif de ces mêmes cellules corticales qui mettent en œuvre ces matériaux erronés avec la même logique que s’ils étaient réels (page 51).

Quand on est bien au courant de la physiologie actuelle du cerveau, cette théorie de l’ébranlement et de la vibration spontanée des cellules du cerveau satisfait bien l’esprit. Mais on peut se demander qui a vu la vibration des cellules du cerveau? Évidemment, c’est là une brillante hypothèse.

Dans cette étude qui repose sur ces infiniment petits et sur des éléments invisibles,n’est-il pas préférable d’attribuer à un désordre anatomique circulaire passager, d’un petit territoire cellulaire de la couche corticale, le trouble fonctionnel hallucinatoire que M. Ritti attribue à la vibration cellulaire? Sans rien affirmer à cet égard, il nous semble que cela pourrait être plus exact.

A la suite d’une grande surexcitation du cerveau par la religion, la politique, l’amour contrarié, l’ambition de la fortune ou des honneurs, une grande frayeur, il est bien évident que tous les actes de certains individus révèlent un fonctionne-

meiit cérébral irrégulier qui résulte d’une modalité pathologique des cellules correspondant aux facultés en désordre.

Sans pouvoir déterminer la nature exacte de cette altération; il est difficile de ne pas en adniettre l'existence.

Les hallucinations extatiques ou démoniaques, les SUbstL tutions de personnalité qui font croire à Uil politicieli de bhS étage qu’il est empereur ou roi, ies iliusions sensorielles de celui qui, comptant des cailloux dans sa main, assure qü’il entasse des millions, les ennemis que croit voir et entendre un homme qui a échappé à un grand péril, les propositions déshonnêtes qu’une femme croit entendre derrière elle dans la rue, ne sauraient exister sans une modalité cellulaire pathologique du cerveau.

Les lésions ophthalmoscopiques trouvées darts ces Cas font croire à la congestion cérébrale qui se traduit par la flexuosité des veines, la turgescence des artères, et quelquefois par des hémorrhagies de la rétine.

A ia première heure des maladies aiguës fébriles et des fièvres éruptives de l’enfance, alors que l’on ignore ce qui va se produire, si le grand sympathique, par ses actions réflexes et vaso-motrices, détermine des haliucinations ou Une convulsion, tous les physiologistes et les médecins admettront bien que, si l’état morbide fébrile agit sur le système nerveüx ceri^ tral pour produire de tels désordres fonctionnels, cet état morbide a modifié l'état du cerveau, c’est que les cellules cérébrales directrices de la fonction troublée ont subi i’iüfluence constrictive ou paralysante des nerfs vaso-moteurs, et qu’il en est résulté une maladie pathologique passagère à laquelle on peut attribuer les perceptions anormales de l’hallucination.

Le problème est plus délicat, plus difficile à résoudre aujourd’hui pour les hallucinations suggestives de la vue, de foule, du goût, de l'odorat, du toucher.-

Comment ces hallucinations, de même que les paralysies

de la sensibilité èt du mouvement peuvent-elles se produire au commandement de l’expérimentateur et disparaître à sa volonté.

Nous n’avons aucune donnée certaine pour répondre à cette question et pour formuler l’explication de ces phénomènes morbides. Il est bien probable qu’il y a une influence morale agissant sur l’état physique et psychique.

Or, on sait depuislongtemps combien, en dehors de l’hypnotisme, cette influence est considérable et les traités de pathogie renferment lés observations les plus curieuses à cet égard, montrant les troubles de la circulation générale ou vaso-motrice qui amènent la perturbation ou l’arrêt des fonctions nerveuses. Il est probable qu’il en est de même dans les hallucinations et les paralysies suggestives par hypnotisme.

La sensibilité du Système vaso-moteur est telle qu’il n’est pas impossible que, sous l’influence morale exercée par l’hypnotiseur, il y ait des phénomènes de perturbations fonctionnelles nerveuses, phénomène d’arrêt ou autre, et qu’il survienne, en conséquence, des modalités cellulaires, cérébrales amenant les troubles passagers de perception, de sensation et de mouvement.

C’est là du moins ce que la réflexion peut inspirer quand on désire se rendre compte des phénomènes dont je viens de parler.

Hors de là il n’y a que des hypothèses peu satisfaisantes. Il est plus facile de se rendre compte des hallucinations toxiques par les solanées vireuses, les papavéracées, le haschisch, l’alcool.

Là, il y a Un élément connu et certain, c’est le poison qui circule dans les vaisseaux et vient imprégner les cellules cérébrales, et tant que le poison n’est pas éliminé, il y a une modification des cellules cérébrales par le sang toxique qui vient les nourrir et qui trouble leur fonctionnement physiologique ; nous ne savons pas ce qui se passé dans les cellules

autrement que par les troubles hallucinatoires ou délirants des malades ; mais nous sommes sûrs qu’un des deux facteurs de l’exercice régulier, normal de ces cellules, est altéré et qu’il est certainement la cause iies^^désordres nçsryeux.^

L’observation des malades et l'expérimentation qui peut renouveler le phénomène à volonté en sont la preuve.

Quant aux hallucinations de cause organique cérébrale, il semble que leur mécanisme soit des plus faciles à exposer et à comprendre. Il n’en n’est rien; qu’il y ait tubercule, gliôme, ancienne hémorrhagie, ou n’importe quel néoplasme dans un point quelconque du cerveau ou de la moelle, cela n’explique point l’origine des hallucinations.

En etfet, les différences, les variétés de siège de la lésion cérébrale excluent toute idée localisatrice chez les enfants.

Pour se rendre compte des hallucinations dans ces cas, il faut réfléchir que la lésion apparente n’est peut-être pas la cause directe du phénomène morbide et qu’elle n’en est que la cause occasionnelle, au même titre qu’elle est cause de la céphalalgie, du vertige et des vomissements.

En effet, par leur présence dans le cerveau et la moelle épinière, les néoplasmes entretiennent ou peuvent entretenir dans tout l’organe des troubles circulatoires et nutritifs qui engendrent différents désordres du système nerveux dans l’intelligence, la sensibilité générale et spéciale et le mouvement.

Elles peuvent aussi bien troubler l’exercice régulier des perceptions normales pour produire des perceptions anormales ou hallucinations.

11 suffit pour cela que, dans le centre d^origine des perceptions, l’état des cellules cérébrales soit modifié par une influence de voisinage éloignée, et alors on comprend que des hallucinations puissent se produire au même titre qu’elles se produisaient sous l’influence d’une irritation sympathique lointaine, viscérale ou autre.

On comprend aussi la possibilité des hallucinations avec des tumeurs plaeées en avant ou en arrière des hémisphères cérébraux dans les noyaux centraux, la couche optique, dans le cervelet ou la moelle.

C’est moins la lésion elle-même que son retentissement sur les cellules du centre-des perceptions.

De cette façon, quelle que soit la cause occasionnelle des hallucinations, leur véritable origine peut être rapportée à une modalité pathologique toujours la même, et cette modalité peut être considérée comme une lésion vaso-motrice des eellules cérébrales du centre des perceptions.

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