CHAPITRE IV
Hallucinations d’origine cérébrale.
A côté de Ces troubles vaso-moteurs passagers de la circulation cérébrale et de leur action sur les cellules cérébrales, il y a, chez les enfants comme chez l’adulte, des hallucinations qui dépendent d’une lésion organique du cerveau et de néoplasmes (gliomes ou tubercules) plus ou moins volumineux. En voici neuf observations.
Ces néoplasmes amènent d’une façon intermittente des perturbations vaso-motrices de voisinage, qui se révèlent par des hallucinations passagères ou qui engendrent un état aigu dans lequel les hallucinations sont le phénomène dominant.
En voici un bel exemple tiré de la clinique de l’hôpital des Enfants et dû à mon père. Le diagnostic fort incertain a été tout à coup éclairé par l’examen de l’œil qui a fait découvrir un tubercule de la choroïde.
Dès lors, il n’y eut plus de doute ; les hallucinations résultaient de l’hyperhémie cérébrale voisine d'un tubercule du cerveau. L’autopsie a permis de vérifier ce diagnostic. Voici l'observation :
Observation LV.
Tubercules cérébraux, — Hallucinations diurnes et nocturnes.
— Opbthalmoscopie. — Tubercule de la choroïde.
La nommée È..., âgée de 5 ans 1/2, entre dans le service de M. Bouchut, le 28 avril 1879, salle Sainte-Catherine, lit 41.
Elle ne présente aucun antécédent héréditaire morbide.
Depuis quinze jours environ, les parents ont remarqué un changement manifeste dans l’habitude extérieure de leur enfant.
Enfin, il y a quatre jours, ces symptômes se sont accentués.
L’enfant a été prise, une nuit, d’hallucinations terrifiantes, elle appelaitau secours, se croyait poursuivie et menacée d’un homme armé d’un couteau ; ces hallucinations ont duré les jours suivants, même pendant le jour, avec un peu de somnolence.
De la diarrhée survint; il y eut même un vomissement.
Le jour de son entrée, l’enfant était assez calme, et dans le jour elle eut des hallucinations visuelles ; deux selles diarrhéiques, pas de vomissement, et elle refusait toute alimentation.
L’abattement était peu marqué ; l’enfant, couchée dans le decubitus latéral droit, les paupières closes, poussait de petits gémissements. Si on l’interrogeait, elle répondait aussitôt aux questions qu’on lui adressait.
Aucun trouble de sensibilité ni de motilité.
Pouls régulier battait 120 à la minute.
L'examen ophthalmoscopique pratiqué, fait découvrir un tubercule de la choroïde avec névro-rétinite exsudative.
La papille est jaune, diffuse, estompée sur les bords, presque effacée par l’œdème péripapillaire.
Les vaisseaux offrent des flexuosités, surtout les veinés.
Enfin dans l’œil gauche, on voit une masse grosse comme un pois, sans vaisseaux ; c’est le tubercule de la choroïde.
Les jours suivants se passèrent dans un état semi-comateux, avec fréquence du pouls, 192, celui-ci restant régulier.
Enfin le 3'mai, après avoir montré un peu d’hyperesthésie et des mouvements d’oscillation rythmiques de la tête, indice des lésions pédonculaires, l’enfant succomba ; dans son agonie, elle poussait des cris inarticulés ; elle n’eut pas de convulsion.
La température n’a jamais dépassé 38». — Le soir de sa mort elle avait 39».
Autopsie. Les sinus sont remplis de caillots jaunes ambrés, fibrineux, adhérents. Le cerveau montre sur sa face connexe, un
œdème énorme, gélatineux. La substance cérébrale est ramollie et parsemée çà et là d’énormes tubercules agglomérés, figurant presque une couche de pus ; ces néoplasmes pénètrent la substance corticale et déterminent une zone d’encéphalite.
A la base, les lésions sontles mêmes; les tubercules ne siègent pas le long des vaisseaux dans la scissure de Silvius, les masses tuberculeuses sont disséminées, une siège sur le pédoncule cérébral droit près des plexus choroïdes.
Les yeux ouverts sous l’eau montrent le tubercule. Les autres organes étaient parsemés de tubercules. C’était donc une tuberculose généralisée. Mimique de Vhôpitaldes Enfants 1884.)
Observation LVI.
Hallucinations diurnes sympathiques des tubercules du cerveau. ■
Au mois de juillet 1876, j’ai vu dans la clientèle du docteur Poupon, et avec lui, une petite fille de 3 ans qui dépérissait graduellement, dont l’humeur et le caractère étaient notablement changés, qui avait eu une convulsion il y a un mois et une autre il y a huit jours. Pas de vomissement ni de constipation ou d’intermittence du pouls. Depuis la dernière convulsion, elle avait de la somnolence et ne mangeait pas. Le matin de notre consultation, elle avait eu du délire, des hallucinations constantes de quelque chose qui tombait devant elle et l’effrayait beaucoup, de poupées qu’elle croyait voir et qui n’existaient pas. Puis tout s’était calmé, et elle était tranquille, sauf un état d’agacement considérable. Elle n’avait rien aux poumons ni au cœur. C’était, à notre avis, une tuberculose méningée, sans méningite réelle, avec des symptômes de congestion cérébrale pouvant conduire à la méningite. (Communiquée par mon père.)
Observation LVn.
Hallucinations nocturnes symptomatiques d’une tuberculose générale.
V... (Julie), 2 ans 1/2, entrée le 20 juin 1870, au n» 39 de la salle Sainte-Catherine.
Cette enfant avait depuis six mois des douleurs vagues dans les membres, les dents et les oreilles. Parfois, elle avait des
frayeurs nocturnes et poussait des cris comme si elle voyait tiO fantôme. Elle n’avait jamais eu de convulsion. Le 19 juin, pour la première fois, elle eut des mouvements convulsifs du bras avec perte de connaissance, avec vomissement et constipation. Elle toussait depuis longtemps. Le jour de son entrée, on constate des râles muqueux dans toute la poitrine, de la diarrhée et un peu de fièvre, 116 pul. Dans la nuit, étant éveillée, elle eut une hallucination visuelle et parut très effrayée. Elle repoussait une apparition de la main, et lui disait : Va-t-en.
A la visite, le 21, il lui est prescrit 10 gr. de sirop de diacode dans un looch.
Les nuits suivantes, les hallucinations se renouvellent, en même temps la bronchite augmenta et se changea en pneumonie. Bromure de potassium, 50 centigr.
Un peu d’œdème de la papille et d’hypérhéraie du fond de l’œil.
29 juin. La malade est dans le coma; de temps en temps on l’entend grincer des dents, faire des soupirs, mais elle reste immobile. Elle meurt le 3 juillet.
A Yautopsie, méningite avec exsudât dans les scissures de Sylvius et dans l’espace interpédonculaire. On ne trouve pas de granulations sur ce point. Les ventricules sont distendus par un épanchement considérable qui a réduit en bouillie crémeuse la substance blanche des parois ventriculaires et de l’extrémité postérieure des hémisphères cérébraux.
Les poumons, le foie, les reins sont criblés de granulations tuberculeuses.
Pas de tubercules dans la choroïde, mais les papilles et les veines rétiniennes sont très fortement congestionnées. (Communiquée par mon père.)
Observation LVIII.
Hallucinations symptomatiques de la vue et du toucher. — Ophthalmoscopie.
—. Névrite optique. — Hémorrhagies rétiniennes.
B..., Pauline, 13 ans, entre le 1" février 1870, au n» 57 de la salle Sainte-Catherine; sortie le 16 mai.
Cette enfant, très petite pour son âge, non formée, n’a jamais été malade. Elle n’a jamais eu de crise depuis huit mois, elle
souffre de douleurs de tête occupant les tempes et le sommet de la tête. Ges douleurs paraissent et disparaissent, elles sontquelquefois très fortes, l’obligeant à prendre le lit, sans convulsions,, sans agitations des membres avec diplopie, quelquefois amaurose passagère de l’œil droit. De temps à autre, elle a pendant la nuit, étant éveillée, en pleine lumière, des hallucinations d’un fantôme blanc, la tête voilée, sè trouvant près de son lit, ne parlant pas, mais lui donnant des soufflets que l’enfant déclare avoir sentis. Cette apparition a encore eu lieu deux jours avant l’entrée à l'hôpital, et, bien que la grand’mère fût auprès de l’enfant pour la rassurer et lui dire qu’il n’y avait rien là où elle croyait voir un fantôme, l’enfant ne persiste pas moins dans son hallucination (1).
Les deux yeux, examinés à l’ophtalmoscope, présentent une diffusion de la papille dont les contours sont presque invisibles. Cette partie du nerf optique est masquée par une vascularité rougeâtre au travers de laquelle on ne voit pas l’irradiation normale des vaisseaux rétiniens. Ces vaisseaux sont minces, interrompus en apparence, dilatés partiellement, variqueux, et on ne les. retrouve intacts qu’à une certaine distance de la papille. Il y a un grand nombre de vaisseaux capillaires nouveaux très fins et, çà et là, il y a de petits points hémorrhagiques en dehors des vaisseaux, mais ils sont peu nombreux. 11 y a, au contraire, un grand nombre de petites taches miliaires blanches irrégulièment étoilées ou longitudinales ; quelques-unes sont arrondies. Ges taches blanches existent dans la choro'fde, entre les vaisseaux et le long des vaisseaux. Deux d’entre elles se trouvent au niveau de la papille et empiètent sur elle.
A. part cela, la santé est bonne, l’enfant ne vomit pas, n’a pas de diarrhée, pas de battements de cœur ni de souffle vasculaire. Elle a seulement de fréquentes névralgies intercostales.
Elle resta un mois et demi dans la salle, n’eut pas de nouvelle hallucination ni de dérangement intellectuel, et sortit le 15 mai.
(1) Atlas d’ophtalmoscopie mèdicale,’par E.Bouchut. Planche X, figure et page 128.
Observation LIX.'
Hallucinations diurnes de congestion cérébrale par seconda dentition.
Opbthalmoscopie.—Hémorrhagie rétinienne dans la macula.
X..., 11 ans, entrée le 1'" août 1878, n’a jamais eu de convulsions et n’a eu que la rougeole et la coqueluche. Elle avait depuis longtemps des maux de tête, voyait quelquefois trouble et avait des sifflements d’oreille passagers ; sa tante est morte folle, il y a un an.
Deuxième dentition très irrégulière.
Sans cause connue, il y a huit jours, elle a été prise d’hallucinations diurnes de la vue. Elle voyait des hommes noirs qui voulaient la tuer, mais elle n’entendait pas de voix et ne sentait pas qu’on la'frappe.
Gela a duré plusieurs jours et la nuit elle dormait bien. Ses visions avaient lieu pendant le jour.
Pas de vomissement, selles régulières, bon appétit, pas de paralysie motrice ni de trouble de la sensibilité et de l’intelligence. ^
Les nerfs optiques sont très pâles, de forme différente à droite et à gauche ; les veines dilatées et dans la macula droite une petite hémorrhagie. (Communiquée par mon père.)
Observation LX.
Hallucinations. — Hémostase et irrégularité des vaisseaux de la papille.
— Atrophie papillaire.
Bachelet, fils du concierge de Bicôtre, 12 ans, entre le 5 septembre à l’infirmerie de la maison (service du D" Léger) pour des hallucinations fréquentes de l’ouïe. Dans les cours de l’hospice où il se promène, il croit entendre des voix qui lui disent: Sauve-toi vite. Dépêche-toi, ou je vais t’assommer. Il se retourne, il n’y a personne.
Son intelligence est conservée, toutes ses fonctions sont régulières. La vue est affaiblie, mais plus de l’œil gauche que de celui de droite.
A gauche, atrophie de la papille, irrégularité des vaisseaux qui sont tortueux, hémostases sur quelques points.
Observation LXI.
Epilepsie. — Démence. — Hallucinations symptomatiques d’une lésion cérébrale. — Névro-rétinite.
Cette enfant, âgée de 9 ans, entre dans le service de mon père, salle Sainte-Catherine, 37.
Depuis longtemps elle est épileptique et offre un état de démence bien caractérisé. Elle est méchante, veut battre ses compagnes et de temps en temps a des hallucinations bien caractérisées.
A l’ophthalmoscope, à gauche, névrite optique, à droite névro-rétinite caractérisée par un exsudât partiel grisâtre situé en dehors de.la papille le long des vaisseaux.
La papille est diffuse, rouge, gonflée et sans son relief ordinaire. (E. Bouchut. Allas (lophthalmoscoÿie médicale, figure 81).
Observation LXII.
Hallucinations diurnes de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût et du toucher, liées à l’hystérie. — Pertes de connaissance. — Contracture.
— Anesthésie. — Diplopie. — Aménorrhée. — Opthalmosoopie. — Hyperhémie papillaire.
Bathilde H.. 14 ans, entrée le 22 janvier 1866, au n» 7 de
la salle Sainte-Catherine, à l’hôpital des Enfants (M. Bouchut).
Cet enfant, qui a eu jadis des gourmes, des maux d’yeux, n'a jamais été malade ; elle a tous les signes delà puberté, mais n’est pas formée, et commence de l’hystérie.
Il y a deux ans, le jour de l’enterrement d’une petite sœur, elle a éprouvé un assez grand chagrin pour avoir immédiatement un trouble des facultés intellectuelles caractérisé par des cris et des divagations générales. Depuis lors, ces phénomènes ont persisté avec une intensité variable et en se compliquant de contractures passagères, de diplopie et d’hallucinations de la vue, de l’ou'ie, du toucher et de l’odorat.
Etat actuel — Enfant maigre, un peu pâle, portant aux yeux les traces d’ancienne blépharite. De temps à autre elle déraisonne, mais en ce moment elleest parfaitement lucide et répond, pendant le jour, très juste. Elle a très souvent des hallucinations qui lui montrent des femmes noires passant devant elle. Elle s’entend quelquefois appeler par son nom de baptême. Elle sent l’odeur d’eau de Cologne qui n’existe pas, elle ne sent plus les saveurs, prend l’amer pour le sucré et réciproquement, et ne trouve pas de goût à ce qu’elle mange. De temps à autre elle croit qu’on la touche et s’imagine qu’on la pince ; en. revanche, quand on la pique et qu’on la pince elle ne le sent pas.
Elle voit distinctement, mais quelquefois il y a du brouillard devant les yeux et de la diplopie, mais il n’y a pas de strabisme ni de dilatation inégale des pupilles.
Aujourd’hui elle peut marcher, mais de temps à autre la marche est impossible en raison de contractures des jambes souvent accompagnées de douleurs névralgiques. Aujourd’hui il h’y a de contracture que dans l’extrémité des doigts de la main droite qui sont depuis quarante-huit heures roides et fléchis, réunis par leurs extrémités palmaires, mais il n’y a pas de contracture au poignet ni au coude, mais de temps à autre elle a des pertes de connaissance avec des mouvements convulsifs.
L’enfant a de l’appétit, digère bien, n’a pas de diarrhée, elle ne tousse pas et a des palpitations assez fortes. De temps à autre elle a des pertes de connaissance avec du spasme et de l’œsophagisme qui donne lieu à un resserrement de cœur.
Les yeux, examinés à l’ophthalmoscope, présentent une altération à peu près analogue de chaque côté.
Les veines sont plus nombreuses et plus dilatées. La papille est fortement congestionnée, peu apparente et du côté externe complètement voilée par l’hyperhémie.
26 janvier. La contracture a complètement disparu ainsi que l’anesthésie. ■
11 février. Rien de nouveau; l’état général est bon. Elle sort de l’hôpital.
Cette observation est digne du plus grand intérêt et sa
contracture hystérique, étudiée à l’ophthalmoscope, en fait pour le moment une des choses rares de la science. De plus, les troubles fonctionnels qui ont accompagné cette contracture et la cause du mal méritent toute l’attention des médecins.
11 s’agit d’une jeune fille de 14 ans ayant toutes les apparences extérieures de la puberté, mais n’ayant pas encore vu ses règles et pour cette raison sans doute étant malade.
Ce qu’elle éprouve est singulier : à la suite d’un grand chagrin elle eut une sorte d’accès de folie caractérisée par des cris bizarres et un désordre d’idées très évident. Puis sont venues des hallucinations de la vue, de l’ouïe, du toucher et de l’odorat, de la diplopie, des contractures dans les extrémités des membres et, de temps à autre, des pertes de connaissance avec des mouvements convulsifs.
C’est dans cet état névropathique compliqué d’aménorrhée que l’enfant est arrivée à l’hôpital et qu’il fallait se prononcer entre le diagnostic d’une névrose ou d’une congestion chronique de l’encéphale cérébrale. L’ophthalmoscope a décidé la question, et par cela même qu’il y avait dans l’œil une hypérémie des vaisseaux de la papille voilant une partie des contours de cet organe jointe à une hypérémie des veines de la rétine, il ta liait conclure à un état morbide semblable des membranes du cerveau. Cela était plus en rapport avec les symptômes observés chez la malade, qu’un diagnostic de névrose essentielle sans lésion cérébrale. Du moment où le seul appendice du cerveau dans lequel on puisse apprécier la circulation de cet organe paraît hypérennié en même temps qu’existent des troubles fonctionnels graves, il est évident que l’on est en droit de rapporter ces troubles fonctionnels à une lésion cérébrale, plutôt qü'à une névrose.
Du reste, ce fait de contracture accompagnée d’infiltration sanguine de la papille n’est pas le premier que j’aie observé. J’en ai vu d’autres, et je crois maintenant que ce qu’on appelle
la contracture essentielle des extrémités accompagnée d’hypérémie papillaire et rétinienne n’est pas essentielle comme on le dit, mais bien plutôt symptomatique d’un état congestif du système cérébro-spinal. C’est un point sur lequel je reviendrai dans une autre occasion ; mais à l’occasion du fait dont on vient de lire l’exposé, m’était impossible de ne pas faire ces remarques qui me paraissent être de la plus haute importance. (Communiquée par mon père.)
Observation LXIII.
Hallaciuiitions diurnes symptomatiques.
Mansard, 5 ans, vu avec le D' Bieuland, en 1875, le 26 juillet.
Cet enfant est sujet à des convulsions, il a parfois de la diplopie, des vomissements et depuis seize mois, il accuse des halluciniations très fréquentes de la vue, qui est obsédée par des images d’hommes et de rats courant dans la chambre. Paralysie incomplète progressive des membres inférieurs, affaiblissement de l’intelligence. — Rien à la sensibilité. Cet enfant m’a paru être affecté d’un tubercule du cerveau, mais je ne l’ai pas revu et ne sais pas ce qui est arrivé. (Communiquée par mon père.)
Observation LXIY.
Danse de Saint-Guy. — Délire, illusions sensoriales. — Hallucinations.
Mlle M..., âgée de 11 ans, maigre, pâle et faible, fut prise, au mois de mai, de la danse de Saint-Guy, occupant les deux côtés du corps.
Par moments, elle ne reconnaissait personne et ces crises duraient environ une demi-heure.
Cet état dura tout le mois de juin, et il n’y eut qu’une seule crise de trouble psychique. 'ElU juillet, il y eut quatre crises qui durèrent de cinq à dix minutes.
En août. La chorée continue, l’intelligence est troublée, le regard fixe, hébété, et elle se trompe en prenant une autre femme pour sa mère. Elle se met à répéter niaisement tout ce
qu’elle entend dire, sans paraître comprendre. Aux repas elle a peur, dès qu’on s’approche d’elle, qu’on lui enlève ce qu’elle a devant elle et se cache derrière la carafe et la bouteille. Elle croit avoir déjeuné en ville chez des persdnnes méchantes qui prenaient ce qu’elle mangeait et dont elle ne comprenait pas le langage.
Elle crie, se roule à terre et a des syncopes fréquentes à la moindre contrariété ; de temps à autre, des mouvements, prend sa mère pour un ogre qui veut la dévorer, ou bien se déshabille et se met toute nue sur le parquet, l’esprit troublé et cela pendant un quart d’heure. Puis, revenue à elle, elle croit qu’elle a été en voyage, qu’on lui enfonçait des clous dans le corps, qu’on la brûlait sous des couvertures de soufre, que son lit s’était changé en puits, etc.
En septembre. Les mêmes phénomènes se sont reproduits. Elle s’est couchée sous le lit et s’y est endormie ; puis remise dans son lit, elle reste égarée, les yeux fixes, tantôt calme, tantôt agitée, avec des mouvements choréiques, des syncopes et des hallucinations diverses de l’ouïe et de la vue.
J’ai revu l’enfant deux fois en février 1878. Elie allait mieux, mais avait toujours des hallucinations. (Communiquée par mon père.)
Observation LXV.
Hallucinations diurnes par congestion cérébrale, tentatives de suicide.
— Ophthalmoscopie. — Hémorrhagies rétiniennes.
Mlle S..., âgée de 10 ans, a des douleurs de tête depuis l’âge de 3 ans ; les douleurs occupent la région frontale et ne l’empêchent pas de dormir.
L'enfant a eu de plus la coqueluche, la rougeole, une fièvre muqueuse et quelques autres maladies d’enfants.
^ Au mois de février 1875, spontanément, elle a cessé de voir de l’œil gauche et l’on a constaté, à la Rochelle, dans la rétine, un épanchement de sang retrouvé à Paris par Sichel. Au bout de quinze jours, l’épanchement avait disparu et la vision revint.
Tout le temps qu’elle est restée à Paris, elle n’a pas souffert
de la tête et elle y est restée quinze jours à peu près. Rentrée à La RocRelle, les douleurs de tête ont reparu.
Toujours très excitée, elle eut en plein jour des hallucinations de squelettes et de fantômes qui voulaient la prendre et la tuer. Jamais elle n’eut d’hallucinations de l’ouïe ni du toucher. Sous le coup de ces hallucinations, affolée de terreur, elle essaya de se tuer en se fourrant un mouchoir dans le gosier. Une autre fois, ce fut une cuiller, et quelques jours plus tard elle allait se jeter par la fenêtre, lorsqu’elle a été arrêtée par sa gouvernante. En dehors des hallucinations, l’intelligence est intacte.
Les digestions sont bonnes, régulières. Rien aux poumons ni au cœur; des vermifuges sont donnés sans résultat ainsi que du bromure de potassium.
Cette enfant a guéri très complètement sans conserver aucun trouble de l’intelligence, et en 1886, onze ans après ces accidents, nous savons qu’elle est mariée, mère de famille et très bien portante. (Communiquée par mon père.)
Hallucinations de la fièvre typhoïde, de Victère, de la chorée.
Les hallucinations se rencontrent aussi, chez les enfants, dans les cas de fièvre typhoïde au début ou dans le cours de la maladie, dans l’évolution de la jaunisse, et enfin nous les avons vues dans la chorée, soit au début, soit dans l’évolution de cette névrose congestive de la moelle.
Observation LXVI.
Fièvre continue ataxique. — Hallucinations. (Résumé.)
Maria M..., âgée de 8 ans, entrée le 26 février 1859, pour une maladie fébrile datant de trois jours, caractérisée par les symptômes suivants : lassitude, mal de tête, pas d’épistaxis, fièvre vive, douleurs de ventre, diarrhée et deux vomissements^ de bile.
27 février. Langue blanche et sale; soif très vive; lèvres fuligineuses; ventre douloureux dans la fossé iliaque, sans gargouillement, ni taches, forte fièvre. Délire toute la nuit caracté-
risé par des paroles incohérentes et l’hallucination de-personnes qui lui faisaient peur de façon à la faire sortir du lit.
Emétique, 5 centigrammes.
28 février. Le délire a continué toute la nuit. Visage abattu avec stupeur; langue jaunâtre, sèche, avec lèvres et dents fuligineuses, ventre souple, ballonné, douloureux dans la fosse iliaque droite avec gargouillement, sans taches lenticulaires. Diarrhée abondante et vomissements. Point de céphalalgie ni d'épistaxis, hypéresthésie générale de la peau qui est très chaude, pouls 128. Même résonnance de la poitrine, râles sibilants des deux côtés en arrière.
La fièvre typhoïde a évolué de ce jour au 20 mars, et dès le 25 mars on peut considérer l’enfant comme étant convalescente.
Le délire a duré six jours jusqu’au 5 inars et les hallucinations deux jours seulement. {Maladie des nouveau-nés, page 1047, par E. Bouchut.)
Observation LXVII.
Fièvre muqueuse. — Hallucinations diurnes se reproduisant douze jours de suite.
H.. âgée de 3 ans, rue Paradis, 50, vue avec le D'' de
Montfumat. Elle était malade depuis une quinzaine de jours avec de la fièvre, de la dyspepsie, pas de vomissement ni diarrhée et rien à la poitrine; aucune localisation n’était possible. Nous pensâmes à une fièvre typhoïde de forme muqueuse. L’enfant jouait toute la journée sur son lit et se nourrissait de bouillon et de potages.
Pendant le jour elle eut tout à coup des hallucinations de bêtes noires, informes, qui semblaient lui faire du mal et qui la faisaient crier, quoique sa mère fût là pour la consoler ; cela dura plusieurs heures et l’hallucination cessa pour ne reparaître que le lendemain vers la fin de la journée.
Cet état d’halluciaation revint douze jours de suite et disparut définitivement.
L’enfant a guéri quinze jours après, restant fort nerveuse, mais conservant toute son intelligence, et le père, que je vois de
temps à autre, m’a dit que cet accident ne s’était pas renouvelé et n’avait pas laissé de traces. (Communiquée par mon père.)
Observation LXVIII.
Fièvre typhoïde. — Hallucinations diurnes.
Pichenot, âgée de 5 ans, affectée de fièvre typhoïde depuis quinze jours. Vue avec le D'Finot. Elle était dans un état de prostration considérable avec 128 pulsations, 40“,2 de température, ventre ballonné, couvert de taches rosées lenticulaires et avec de la diarrhée abondante.
Elle gardait sa connaissance, mais poussait des cris fréquents et des plaintes presque continuelles. De temps à autre, elle croyait voir devant elle des fruits sur une planche et demandait qu’on les lui donnât, ou bien elle voyait la bonne, absente, et lui tendait la main en l’appelant auprès d’elle. Cet état dura pendant huit jours, et ces phénomènes ne se produisaient qu’en plein jour.
La maladie s’aggrava beaucoup les jours suivants, mais les hallucinations disparurent. Il n’y eut plus que des symptômes typhoïdes de plus en plus, et enfin la malade guérit d’une façon définitive, sans qu’il restât aucun trouble de l’intelligence. (Communiquée par mon père.)
Observation LXIX.
Hallucinations diurnes de la vue, coïncidant avec une hémi-chorée. Ophthalmoscopie. — Etat congestif de la papille et des veines rétiniennes.
Eugénie K..., âgée de 11 ans, fut prise en plein jour, en sortant du bain, d’hallucinations irrégulières, de voitures versées, de chevaux se battant, et sans perturbation du sens de l’ouïe.
Trois semaines après, elle a eu de la chorée hémiplégique avec mal de tête. Elle tombe souvent, se mord la langue et ne peut manger seule.
Après trois semaines de cette chorée, vers le soir, elle a eu, tout éveillée, l’hallucination d’une image de la Vierge qu’elle distinguait les yeux fermés, mais non les yeux ouverts. Elle
voyait en même temps des taches rouges. Cette vision a duré cinq minutes.
L’état général est bon, la sensibilité intacte-; bon appétit ; les yeux présentent une grande hyperhémie de la pupille et dilatation des veines sans hémorrhagies rétiniennes.
Observation LXX.
Hallucinations diurnes dans'le cours d’une chorée.
Marie Toussaint, 6 ans, entrée le 15 octobre 1870, pour une chorée générale extrêmement violente, obligeant l’enfant à garder le lit depuis quelques jours. C’est une première attaque venue sans cause connue. Les deux nerfs optiques sont très rouges, fortement congestionnés, la papille plate, diffuse. Il n’y a pas de dilatation des veines.
Quelques jours après son entrée, elle eut tout à coup, pendant six heures de suite, en plein jour, des hallucinations de bêtes placées près d’elle, à l’atteinte desquelles elle voulait se soustraire en appelant au secours et en se reculant dans son lit. On essaye inutilement de la calmer, et tout ce qu’on peut dire ne peut vaincre cette frayeur.
Ces hallucinations revinrent plusieurs jours de suite et disparurent en même temps que diminuait la chorée. (Communiquée par mon père.)
Observation LXXI.
Hallucinations Bympathiquesde la chorée, — Ophthalmoscopie.
Hyperhémie des nerfs optiques.
L...., âgée de 9 ans, entrée le lô mai 187.8 au n° 27 de la salle Sainte-Catherine (M. Bouchut).
Cette enfant n’a jamais eu de rhumatismes aigus ou chroniques, elle n’a pas rendu de vers et n’a point fait récemment de maladie aiguë. Elle ne semble point chlorotique et elle est en train de renouveler ses dents. A. la base du cœur, sous le mamelon, elle a un bruit de souffle assez fort qui ne se prolonge pas dans les vaisseaux. Depuis quinze jours, elle a des mouve- Bouohut. 5
ments choréiques (dans tout le corps) qui l’empêchent de boire seule ou de manger des aliments liquides et de marcher. Bas de céphalalgie ni de troubles intellectuels. Elle voit bien, mais h Xophthalmoscojie, les nerfs optiques sont aplatis, diffus, peu visibles, sans exsudation et d’une teinte rouge uniforme ; les vaisseaux sont dans l’état naturel.
Il y a huit jours, pendant la nuit, elle a eu des hallucinations visuelles d’hommes habillés qui dansaient devant elle et qui lui firent grand’ peur. Sa mère essayait en vain de la calmer.
On fut obligé d’enlever sa sœur qui couchait à côté d’elle, et cet état d’excitation dura toute la nuit.
A l'hôpital, un soir, dans la salle éclairée par une veilleuse, elle a tout à coup été effrayée par une vision d’hommes sautant autour de son lit; elle cacha son visage dans son oreiller, se mit les mains sur les yeux pour se défendre du phénomène. La vision n’en persista pas moins et dura une grande partie de la nuit.
Ces hallucinations cessèrent de se produire lorsque s’améliora la chorée. (Communiquée par mon père.)
Observation LXXII. (Personnelle.)
Hallucinations diurnes et terreurs nocturnes dans l’ictère.
Le 17 novembre 1882, on amène à la consultation de l’hôpital une fille de 7 ans, que j ’ai vue et qui se nommait F...., rue de Javel, 9. Elle a un ictère depuis six semaines.
Il y a quatre ans, elle a été réveillée par le cauchemar d’une poule grosse comme une table et dans les bras de sa mère, bien qu’elle fût éveillée et avec de' la lumière, elle continuait à voir l’oiseau. Gela dura jusqu’au matin.
Depuis lors, pareille terreur nocturne s’est reproduite bien des fois, mais toujours la nuit.
Depuis qu’elle a eu la jaunisse, l’hallucination est revenue une fois, mais en 'plein jour, sans avoir été préalablement endormie ; la vision n’a pas duré longtemps. L’intelligence n’offre aucun autre dérangement.
Hallucinations dans le cours d'une néphrite.
Enfin, dans l’évolution des néphrites, on peut rencontrer de cas d’hallucination conjointement avec l’éclampsie. En voici un exemple ;
Observatioî^ LXMII.
Hallucinations diurnes et nocturnes, suite d’éclampsie albuminurique.
Rostand, 5 ans, entrée le 19 mai 1875, pour une néphrite albumineuse a frigore, suivie d’anasarque, d’éclampsie violente et d’hallucination. Elle fut guérie par l’hydrate de chloral.
Cette enfant, affectée d’anasarque, qui avait eu deux violentes attaques d’éclampsie, fut soumise à l’hydrate de chloral et les convulsions ne revinrent pas ; mais, les jours suivants, elle offrait de l’hébétude et avait de continuelles terreurs causées nuit et jour par des visions de rats qui couraient dans son lit et l’effrayaient beaucoup. Ces hallucinations ont duré trois jours et ont disparu avec l’anasarque. (Communiquée par mon père).